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Soi impérieux

soi impérieux

En bref : dans le modèle du soi présenté par Ostad Elahi, le soi impérieux est dans la psyché la source des pulsions qui nous poussent impérieusement à agir contre les principes éthiques et divins et à enfreindre les droits d’autrui.

Pour bien comprendre cela, faisons appel à une expérience tirée de la vie de tous les jours. Romain raconte :

« Je suis chargé de l’accueil du public dans une grande administration. Comme nous manquons d’effectifs, c’est un travail assez pénible et j’ai l’impression d’être harcelé entre le téléphone qui sonne toutes les cinq minutes et les gens qui font la queue pour demander des renseignements. Face à cette situation de stress, je suis souvent tenté de me montrer agressif et désagréable avec les gens qui me posent des questions, surtout quand ils ne comprennent pas ou qu’il faut leur expliquer des choses évidentes. D’un autre côté j’essaie de me contrôler. Je me dis que ces gens ne sont pas responsables du manque d’effectifs dans notre service ; que moi aussi, face à d’autres administrations que je ne connais pas, je ressens une sorte d’angoisse (Ai-je bien le bon papier ? Est-ce que je suis bien au bon guichet ? …) ; Qu’il est donc très naturel pour eux de venir me poser des questions pour se rassurer. Quand je pense à tout ça, j’essaie de prendre sur moi (ce n’est pas toujours facile ! ) Pour surmonter mon énervement et pour leur répondre patiemment et de façon et agréable. »

Cette expérience fait état d’une tension entre deux tendances opposées, deux « voix » contraires qui s’affrontent en nous. L’une de ces tendances correspond à la voix de la raison, fondée sur des valeurs d’humanité telles que l’altruisme, ou des principes éthiques comme celui qui veut qu’on agisse envers les autres comme on voudrait qu’ils agissent envers nous-même. C’est cette tendance qui pousse Romain à « prendre sur lui », même si ce n’est pas facile, pour se montrer patient et agréable. Cette première tendance correspond à la manifestation de ce qu’Ostad Elahi appelle l’âme céleste.

L’autre « voix » repérable dans ce récit correspond à une tendance anti-éthique fondée sur l’égoïsme et le désir d’assouvir immédiatement ses pulsions nuisibles (ici, des pulsions d’agressivité) sans tenir aucun compte des principes éthiques et de l’humanité que je dois à mes semblables comme à moi-même. Telle personne me pose une question qui m’énerve : comme je suis dans une position d’impunité qui me permet de réagir comme je l’entends, je laisse aller mon agressivité, sans tenir compte des droits de mon interlocuteur, en tant qu’usager de l’administration publique qui m’emploie, mais aussi simplement en tant qu’être humain. Cette deuxième tendance correspond à ce qu’Ostad Elahi appelle le soi impérieux.

Le soi impérieux se manifeste donc à travers des pulsions nuisibles qui s’opposent systématiquement aux valeurs de l’éthique véritable.

Cette première définition a le mérite d’être simple et de reposer sur une expérience que chacun peut reconnaître en soi, celle du tiraillement intérieur entre deux voix opposées. Elle est pourtant incomplète ; elle ne rend pas compte de la complexité de cette instance essentiellement inconsciente, qui peut prendre les formes les plus variées et les plus subtiles, et qui suppose donc qu’on apprenne à la reconnaître. Ainsi par exemple :

  • toute pulsion n’est pas nécessairement la manifestation du soi impérieux. Le fait que Romain soit agacé ou énervé par une situation objectivement stressante est une réaction naturelle. Ce sentiment, considéré en lui-même, ne relève pas a priori du soi impérieux. Mais s’il le conduit à se montrer désagréable (donc nuisible aux autres) ou à développer une forme d’ingratitude et de pessimisme par rapport à la vie (sentiments nuisibles à sa propre personne), alors on peut dire qu’il a basculé dans le soi impérieux ;
  • inversement, des comportements ou des attitudes en apparence raisonnables, éthiques ou spirituelles peuvent relever en fait du soi impérieux. Ce dernier exerce en effet sur notre psychisme une pression anti-éthique et anti-divine permanente, sans que nous en soyons nécessairement conscients. Il peut arriver que, sous l’influence du soi impérieux, nous accomplissions des actions parfaitement illégitimes, tout en nous persuadant nous-même que nous sommes dans notre bon « droit ».

Sous les manifestations les plus variées et les plus contradictoires, le soi impérieux représente donc toujours une même tendance au sein du soi : la tendance anti-éthique et anti-divine. Sa fonction principale semble donc être de nous empêcher de progresser et de croître spirituellement. Toutefois, il est essentiel de comprendre que même s’il se définit avant tout par son caractère nuisible, le soi impérieux est en réalité indispensable à la maturation de notre âme céleste. En effet, la tension interne à travers laquelle se manifeste le soi impérieux est une nécessité : sans cette résistance, il n’y a ni progrès ni maturation. Ce n’est qu’à travers une lutte active contre la pression anti-éthique et anti-divine du soi impérieux que l’âme céleste peut réaliser son perfectionnement. Le soi impérieux est donc autant un obstacle qu’une condition du développement de soi.

Les caractéristiques du soi impérieux

Le soi impérieux peut être décrit comme :

  1. nuisible envers les autres mais aussi envers soi-même. Le soi impérieux est l’adversaire de l’âme céleste, mon adversaire donc, puisque le Moi est une émanation de l’âme céleste. Non content d’entraver le progression, l’évolution positive de la part céleste, il tend par nature à l’envahir et, si nous ne luttons pas, à la dénaturer et à l’empoisonner entièrement.
  2. Hostile et agressif : le soi impérieux piétine volontiers les autres. Il vise à l’expansion de l’ego, et cherche donc à neutraliser tout ce qui peut y faire obstacle.
  3. Hyperactif et infatigable : le soi impérieux travaille naturellement sans relâche, sans que cela nous demande aucun effort. Obéissant au seul principe de plaisir, il cherche aveuglément à assouvir ses pulsions et continue à le faire tant qu’il n’est pas arrêté et maîtrisé par le Moi.
  4. Rebelle : le soi impérieux résiste viscéralement à toutes les formes de maîtrise par lesquelles on cherche à se défaire de son emprise. Plus fondamentalement, il est rétif et s’oppose systématiquement à tout ce qui contribue à développer et à nourrir notre âme céleste (et donc à affaiblir sa domination sur nous) : l’éthique véritable, la spiritualité, l’attention au divin…
  5. Rusé : s’il ne peut passer en force, le soi impérieux emploie des moyens détournés pour assurer sa domination. Il peut en particulier contaminer notre jugement ou nous faire adopter de faux raisonnements ou encore mimer en nous la voix de notre âme.
  6. Envahisseur : si on ne lutte pas activement contre sa propension à coloniser l’ensemble du soi, il finit par prendre le contrôle des trois autres instances (Moi, Surmoi, Surça). Sa tendance naturelle est de dominer notre psychisme pour nous faire adopter ses valeurs et nous faire penser et agir en fonction de ses intérêts.
  7. Irresponsable : le soi impérieux, dont le mode d’opération est pulsionnel, est une force aveugle et donc irresponsable, qui ne peut répondre de ses actes. Il faut en conclure qu’il n’est pas « mauvais » en soi. C’est au Moi qu’incombe la responsabilité de le repérer, de le maîtriser, d’en prévenir les effets. De ce point de vue il nous est utile, comme les haltères sont utiles à l’athlète qui veut développer sa masse musculaire.
  8. Anti-éthique et anti-divin : le soi impérieux est anti-éthique, car il est à l’origine de toutes nos pulsions, de toutes nos émotions, de toutes nos pensées et de toutes nos actions nuisibles, qui tendent à léser les droits d’autrui ou nos propres droits. On médit, c’est lui ; on est impatient, agressif et colérique, c’est lui ; on est jaloux, c’est lui ; on est orgueilleux, on veut frimer et montrer sa supériorité, c’est toujours lui ; on juge ou on méprise les autres, c’est encore lui. Et c’est lui encore, sous un autre mode, quand on est lâche, faible ou incapable de défendre ses droits ; quand on se laisse déprimer (en dehors des cas cliniques qui échappent à la volonté), quand on veut tout laisser tomber, qu’on rumine des pensées pessimistes ou qu’on voit la vie d’un point de vue exclusivement négatif… Le soi impérieux est en outre anti-divin, car il est à la source de toutes les pensées ou actions qui nous poussent à couper notre relation avec la Source (athéisme réel). C’est aussi lui qui nous pousse à nous représenter Dieu et la spiritualité non pas tels qu’ils sont mais de la façon qui nous arrange (fanatisme, dogmatisme, ou au contraire laxisme spirituel).

Ce que le soi impérieux n’est pas

Le soi impérieux n’est pas le corps. Il est une extension ou une complication de l’âme terrestre ou Ça. Lutter contre le soi impérieux ne passe donc pas par la mortification du corps ni par le refus de plaisirs légitimes. Le corps est à respecter et à soigner comme une créature dont la garde nous serait confiée, ni plus, ni moins.

Le soi impérieux n’est pas une substance. Il ne s’agit pas d’une instance à part, d’un germe de mal ou – en se référant à une représentation familière – d’une sorte de petit diable qui aurait en chacun un mode d’existence propre. Le soi impérieux n’est pas une substance, une entité en soi : sa nature est relationnelle. Il est le résultat d’un problème fonctionnel, en l’occurrence d’un dysfonctionnement du Ça, par excès ou défaut. Le soi impérieux apparaît lorsqu’on laisse libre cours à des pulsions susceptibles de nuire aux autres ou à soi-même en introduisant une forme d’excès ou de défaut dans notre relation aux autres ou à nous-même. Sitôt qu’un Moi fort parvient à réguler ces excès du ça, le soi impérieux disparaît, tout comme une maladie fonctionnelle disparaît quand on réussit à résorber le déséquilibre qui est à sa source.

Dans la pratique, il est toutefois utile de parler du soi impérieux comme d’un être à part, au besoin en le personnifiant, en lui attribuant de véritables intentions anti-éthiques ou encore en lui prêtant une « voix » opposée à la voix de la conscience. On peut alors se le représenter comme un adversaire contre lequel il faut lutter et dont il faut déjouer les ruses. Une telle fiction s’avère nécessaire sur le terrain pratique : on ne peut pas se battre contre une abstraction.


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2 commentaires

  1. Bernard Grandadam le 18 Aug 2009 à 23:37 1

    Je trouve cet article très intéressant d’autant que dans la vie nous sommes sans cesse tiraillés par des pulsions intérieures comme la concupiscance la colère …
    Détecter les pulsions nuisibles qui nous poussent à des actes vils et malveillants est simple bien que la lutte pour les neutraliser soit très difficile.

    En revanche, il est difficile de trouver la limite entre nos pulsions qui nous permettent de défendre nos droits et leurs excès qui tombent dans le soi impérieux.

    A titre d’exemple, concernant le cas de l’agent de l’accueil confronté à un public en colère voire dès fois agressif, dans quelle limite doit il être genti avec le public voire son admininistration qui l’emploie sous peine de tomber lui-même en dépression; chose qui arrive malheuresement très souvent dans l’administration pour de tels agents ?

  2. Torvia le 02 Jul 2010 à 20:22 2

    @Bernard Grandadam : Je me suis retrouvé dans une situation similaire à cet agent de l’acceuil, et ce pendant un certain temps. J’avais du mal à gérer cette situation et pendant quelques semaines, c’était très difficile de faire mon travail en défendant mes droits et en étant courageux, sans tomber dans la violence, l’agressivité ou la colère. Jusqu’au point ou j’en suis venu à perdre tout mon dynamisme, et même ma propre estime de soi, en me disant que je n’étais pas qualifié pour ce travail. Je trouvais en effet qu’il était injuste que je me retrouve dans cette situation. Puis je me suis rappelé de certains éléments qui m’ont permis de remonter la pente.
    D’abord, Dieu est juste et Il veut mon bien, cette situation est donc surement propice à mon développement psychospirituel à ce moment précis, à moi de ne pas laisser passer cette occasion, de prendre du recul afin de réussir cette épreuve. Cela m’a permis de rendre Dieu omniprésent dans mon travail, ce qui se ressentait dans chacune de mes paroles, attitudes ou décisions.
    Je pense donc, qu’un des moyens pour trouver cet équilibre, ce juste milieu, est de rendre Dieu présent à ses cotés à chaque instant, en se disant “qu’est ce qu’Il voudrait que je fasse”, c’est à dire, agir dans le sens du contentement Divin.

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