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Hommage à Hadj Nemat

Par , le 28 Feb. 2014, dans la catégorie Articles - Imprimer ce document Imprimer - English version

Jeyhunabad

Le 28 février 1920 s’éteignait Hadj Nemat, le père d’Ostad Elahi. Deux documents célèbrent ici la mémoire de ce grand spirituel qui fut aussi un poète mystique inspiré. L’hommage musical conçu par Renaud Garcia-Fons et Claire Antonini sur la base d’une composition d’Hadj Nemat (le “Monajat”) a été enregistré en public à la Maison de Radio France le 25 février dernier. “Infidélité du monde”, le poème consacré par Hadj Nemat au thème de l’impermanence régnant dans les affaires humaines, est un des chefs-d’œuvre du Livre des Rois de la Vérité. Nous en republions un extrait dans une traduction de Leili Anvar.

Extrait musical

➤ Extrait Mardi idéal – France Musique

Monajat d’Hadj Nemat : Suite en ut
Malek Jan : Zekr
Vieux Gauthier : Chacone

Extrait de l’émission “Un mardi idéal” par Arièle Butaux, diffusée le 25 févier 2014 sur France Musique

Infidélité du monde

Le Livre des Rois de la Vérité est un ouvrage de plus de 15000 vers composé en 1919 par Hadj Nemat, dans lequel il relate la vie des saints, des prophètes et des grandes figures spirituelles de l’humanité. Les récits narratifs alternent avec des passages plus méditatifs en forme de prières, de conseils ou d’invocations. La personnalité mystique d’Hadj Nemat, son amour inconditionnel pour le Divin et sa soif de connaissance des vérités spirituelles s’y révèlent et permettent de saisir quelque chose de l’atmosphère particulière dans laquelle Ostad Elahi a baigné dès son plus jeune âge.

Dans ce poème, intitulé « Infidélité du monde », il nous dévoile le regard qu’il portait sur ce monde constamment changeant.

Oui, j’ai de quoi me plaindre de ce monde qui tourne
Du bruit, de la clameur qui monte pendant qu’il tourne
Monde qui va de travers, monde trompeur, changeant
Qui tantôt monte et tantôt redescend
Que pourrais-je bien dire de ce monde voûté
Qui tantôt est si beau et tantôt est si laid
À l’un il donne la gloire et la fortune
Et l’élève plus haut encore que la lune
À l’autre, il donne le sang comme seule nourriture
La terre et la boue comme lit de fortune
Il donne à l’un la joie, la fête et le bonheur
Et il condamne l’autre au deuil et au malheur
Mais quelle est donc l’énigme de ce monde ancien
Qui fait gémir les hommes et les femmes aussi bien
Monde à l’envers, monde funeste
Monde destructeur qui fait que rien ne reste
Qui lacère le cœur de l’espace et du temps
Douleur en eux à l’œuvre incessamment
Le monde est recouvert de rouille et de poussière
Les mois et les années rabougris de froideur
Ô combien de prophètes porteurs de lumière
Combien de saints aux illustres carrières
Combien de souverains aux noms si glorieux
Combien de sages aussi, héroïques et fameux
Et combien de mystiques les yeux rivés sur Dieu
Dans le désir brûlant, ô combien d’amoureux
Combien d’hommes et de femmes, de tout temps
Combien d’entre eux, des petits et des grands
Sont venus en ce monde pour y être éprouvés
Et tous, un jour, ils ont dû le quitter
Dans ce monde aucun n’a trouvé de bonheur
Ils n’y trouvèrent rien que tumulte et fureur
Tous, en venant ici, de douleur ont souffert
Personne n’ échappe au piège de ce monde éphémère
De mille maux est suivi le bonheur d’un instant
Un long deuil succède à la fête d’un moment
Dans ce monde aucun vœu ne peut être exaucé
Dans ce monde aucun nœud ne peut être dénoué
Celui qui quelque temps à cheval est resté
Le reste de son temps, à pieds, il a marché
Personne n’a vu ici la moindre stabilité
Ce monde ne donne rien que l’infidélité
Tantôt automne, tantôt printemps
Les choses vont ainsi depuis la nuit des temps
On voit à chaque instant qu’il change ses couleurs
Qu’il ne donne rien d’autre enfin que la douleur
Beaucoup ont ici passé leur chemin
Ils gisent sous la terre ayant vécu en vain
Et toi, ô mon cœur, par ce monde si vieux ne te laisse pas surprendre
Car il sait bien comment dans son piège te prendre
(…)
De l’homme ne reste à la fin que son nom
On se souvient de lui comme mauvais ou comme bon
Au juste restera pour toujours, sa justice
Jusqu’à la fin des temps, l’injuste gardera l’injustice
Applique-toi au bien, mon âme, tant que tu peux
Car seul le bien te sauvera ici et dans les cieux
Il restera de toi comme souvenir ici
Il sera ton bonheur, là-bas, au Paradis

Poème publié dans Orient, Mille ans de poésie et de peinture, Diane de Selliers éditeur, 2004.
Traduction : Leili Anvar-Chenderoff, maître de conférences en langue et littérature persane à l’Inalco.

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12 commentaires

  1. Black c@t le 28 Feb 2014 à 11:56 1

    Magnifique !! Merci pour ce moment d’émotion !!

  2. Bouboulina le 28 Feb 2014 à 12:10 2

    Merci pour ce partage. Cette musique est très belle. Propice à la médiation et la prière.

  3. clara le 28 Feb 2014 à 16:02 3

    Pendant que je lisais ce poème, j’ai soudain eu comme l’impression que mon âme s’envolait très haut, très loin, et j’ ai réalisé à quel point nous venons d’ailleurs, à quel point nous ne sommes pas de ce monde, à quel point ce monde est vain……. comme le dit le poëme.

    Mon coeur s’est serré et une nostalgie irrépressible s’est emparée de moi.

    Que la musique est belle et comme elle peut nous mener loin, loin de notre quotidien..
    Que le monde spirituel est beau,majestueux,pur, émouvant, irremplaçable….Il faudrait de nombreux qualificatifs encore pour exprimer mon ressenti…

  4. cir le 28 Feb 2014 à 18:27 4

    merci infiniment pour cette suite en ut, ce zekr et cette chacone qui touchent tant et adoucissent profondément mon cœur meurtri, si je me mets à l’écoute du monde

  5. Coimba le 28 Feb 2014 à 20:31 5

    Merci pour ce billet car il m’a permis de revisiter le site et de relire ce beau poème si éloquent sur la condition humaine dans ce monde terrestre. C’est un poème qui m’aide à remettre les choses en perspectives surtout lorsque je m’emballe pour les plaisirs de cette vie.

  6. Wilhelm le 02 Mar 2014 à 2:36 6

    C’est très beau

  7. ABCD le 02 Mar 2014 à 9:09 7

    Par nature dans ce monde je suis actif et même compétitif.
    Mais quand j’écoute cette musique immédiatement mon âme devient nostalgique des valeurs spirituelles et je me détache des choses de ce monde

  8. Diane le 02 Mar 2014 à 13:32 8

    Que d’émotions en écoutant ces extraits musicaux et en lisant ce poème, les larmes me sont venues, exactement comme lorsque l’on n’a pas vu quelqu’un qui nous est cher depuis longtemps, mon âme retrouvait son origine.

  9. cir le 06 Mar 2014 à 9:35 9

    Plus j’écoute ce duo magnifique, plus j’entends le féminin et le masculin se répondrent
    Le féminin chante, le masculin accompagne… et chante à son tour
    Pour une ode à l’Un, réunis et unis…
    Deux cœurs en un seul cœur, pour le Coeur, la parade au bruit du monde…

  10. suzie le 06 Mar 2014 à 22:20 10

    Magnifique !

  11. Lily22 le 25 Feb 2017 à 9:07 11

    J’ai beau le connaître, cet extrait de chant poétique, chaque fois je suis nouvellement frappée par sa profondeur et sa justesse inspirée.

  12. mike le 27 Feb 2017 à 23:34 12

    sympa l’émission et la musique j’avais pas cliqué sur le lien
    un bel hommage!
    merci

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