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Surça

Par , le 9 May. 2008, dans la catégorie Conceptothèque - Imprimer ce document Imprimer

En bref : le surça est l’instance de notre psyché qui est le réservoir de nos pulsions spirituelles.

C’est la quatrième instance décrite par B. Elahi pour expliquer le fonctionnement de notre psyché, et notamment sa double aspiration :

– la première tendance nous oriente vers les besoins et les objectifs matériels de l’existence, ceux liés à la réalisation sociale, à l’expansion de l’ego, au confort immédiat, mais également aux nécessités physiologiques du corps et à ses instincts – il s’agit du ça ;

– la seconde nous pousse vers la dimension spirituelle de la vie, qui correspond en chacun de nous à l’adhésion à certaines valeurs éthiques, à notre besoin de nous dépasser ou à notre attirance pour le spirituel, le divin, et toute forme de transcendance – il s’agit du surça.

Alors que le ça est à l’origine de la libido et de la volonté de puissance, le surça génère en nous :

  • la pulsion divine (ou élan divin) : c’est elle qui nous donne la motivation et l’énergie de retourner à la Source en se manifestant notamment par le sentiment de la foi. Lorsqu’elle est frustrée ou refoulée sous l’influence de notre expérience ou de notre éducation, elle peut générer des complexes difficiles à résoudre, par exemple une aversion réactionnelle pour le divin.
  • la pulsion éthique : c’est elle qui cultive en nous les idéaux d’éthique et d’humanisme, nous pousse à porter secours aux autres, à faire le bien, et à condamner unanimement certains traits de caractères comme la mesquinerie, la traîtrise ou l’égoïsme. Elle agit dans les événements les plus anodins de notre quotidien comme dans des actes de bravoure exceptionnels, des engagements humanitaires, etc.
  • la pulsion de découverte : elle se manifeste par notre attraction intellectuelle et spirituelle pour des buts nobles et par la recherche de la vérité. C’est elle qui nous donne le goût de la compréhension des choses ; elle se trouve à l’origine des découvertes, aussi bien dans le domaine des sciences de la nature que dans celui des réalités spirituelles.
  • la volonté d’élévation : cette pulsion nous pousse sans cesse à nous dépasser pour atteindre notre capacité la plus élevée, la Perfection. A la différence de la volonté de puissance, issue du ça et dirigée vers des buts matériels liés à notre réussite dans ce monde, la volonté d’élévation est animée par un sentiment noble et toujours moral. La première génère l’avidité, elle est mue par l’insatisfaction, tandis qu’avec la seconde se développent l’humilité et le détachement.
  • la pulsion d’opposition au ça : elle est à l’origine de l’ambivalence intérieure qui fait que nous sommes partagés entre des exigences pulsionnelles apparemment antagonistes du point de vue de leur nature et de leurs buts. Le risque, si l’on n’exerce pas sa volonté, est de constamment basculer dans un extrême ou dans l’autre, avec les possibles dérives que cela implique. Si l’on ne fournit pas un effort actif et conscient pour développer notre part spirituelle, c’est le ça qui prend naturellement les commandes, et notamment le soi impérieux, qui méprise tout ce qui relève de l’éthique et du divin. En réaction, la voie ascétique consiste alors à affaiblir le ça en réprimant ses pulsions (quelles qu’elles soient) pour mieux donner libre cours aux aspirations spirituelles du surça. La méthode de la spiritualité naturelle repose quant à elle sur la maîtrise, par la raison saine et éduquée (contenue dans le moi), des deux pôles pulsionnels (ça et surça). C’est le développement de cette maîtrise qui peut conduire notre âme vers sa perfection tout en nous permettant de nous accomplir matériellement, en respectant nos besoins légitimes sans enfreindre les règles de l’éthique. Le moi, éduqué selon des principes justes et conscient des enjeux spirituels de notre existence comme de la valeur provisoire et relative de notre dimension matérielle, nous conduit ainsi plus rapidement vers notre perfection : à tout moment, il peut en effet s’appuyer sur deux forces motrices puissantes (le ça et le surça) mais maintenues en équilibre.

Nous avons à présent identifié cette source pulsionnelle intarissable qui nous projette vers des aspirations supérieures, éthiques, divines, et spirituelles en général. Présentée de cette manière, elle pourrait apparaître, d’un point de vue structurel, comme une instance « idéale », foncièrement bonne et utile, incapable de dérives. Or, tout se complique dès lors que l’on aborde les choses d’un point de vue dynamique. En effet, le soi impérieux, qui est un dérivé anti-éthique et anti-divin du ça, voit dans le surça non seulement un adversaire à étouffer, mais une instance qu’il cherche à mettre à son service en la colonisant.

Le soi impérieux peut dans certains cas détourner le surça de ses aspirations spirituelles et le pervertir en leur substituant des valeurs ou des mythes purement matériels : le surça se met par exemple à surinvestir des domaines intellectuels ou culturels, au point de donner lieu à de véritables cultes.

Dans d’autres cas, le soi impérieux peut engendrer, chez une personne en quête de spiritualité, un orgueil et une suffisance intellectuelle tels qu’elle refusera de suivre un conseiller ou un enseignement divin authentique lorsque l’occasion s’en présentera. Plusieurs facteurs peuvent expliquer de pareils comportement : chez certains, c’est le sens de la vérité qui est altéré par manque d’éducation, chez d’autres, des intentions en apparences nobles sont en fait imprégnées des attentes du soi impérieux.

Le soi impérieux peut tenter d’utiliser la pulsion de découverte à ses fins, en développant et en dirigeant l’intelligence vers des découvertes qui visent à nuire, à provoquer la souffrance, ou en tentant de décrédibiliser aux yeux du monde certains principes éthiques ou divins justes.

Le soi impérieux peut encore infiltrer l’intention initialement noble d’un ascète, en créant chez lui le besoin d’éprouver des états de conscience modifiée particulièrement agréables, ou en lui faisant miroiter la possibilité d’acquérir à force de privations certains pouvoirs paranormaux. Chez les extrémistes religieux ou sectaires, le soi impérieux justifie au nom de la foi la réalisation des pulsions les plus ignobles.

En dépit de toutes dérives liées à sa colonisation par le soi impérieux, le surça est une instance précieuse et nécessaire : elle est la seule force intérieure capable de nous arracher à la dimension visible et immédiate de notre existence pour nous pousser vers notre propre perfection.

Mais son existence nous impose certains devoirs envers nous-mêmes, car il faut qu’elle puisse non seulement se faire entendre, mais encore nous conduire à bon port. Les deux axes de cet engagement consistent d’une part à lutter contre les tendances auto-destructrices du soi impérieux, qui tente par tous les moyens d’étouffer ou de détourner le surça, et d’autre part de s’appuyer constamment sur une raison saine, s’exerçant au sein d’un moi fort. Ce moi est alors le seul maître intérieur qui soit capable à la fois de museler le soi impérieux en gardant un ça fort, et de tenir le cap entre les différents écueils qui viennent d’être signalés.


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