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Portraits du soi impérieux (3) : le soi impérieux est dominant

Portraits du soi impérieux 3

Cet article s’inscrit dans notre série consacrée aux « portraits du soi impérieux » :
► lire la présentation générale de la série : Portraits du soi impérieux (1) : une éthique de la transformation
► voir tous les articles de la série : Portraits du soi impérieux

 

Le soi impérieux, on l’a vu, fonctionne sur la base des valeurs « terrestres » (ego et intérêts matériels). On pourrait résumer son action sur nous de la façon suivante : faire en sorte que nos pensées et nos aspirations se réduisent aux valeurs terrestres et nous faire oublier les valeurs célestes. Ou encore : nous faire agir uniquement en fonction de nos intérêts matériels et égoïstes, sans tenir aucun compte des intérêts des autres ni de ceux de notre dimension spirituelle.

Or on constatera en s’observant que, quelles que soient nos croyances et même si nous avons fondé notre vision du monde sur la foi en Dieu et les valeurs spirituelles, les valeurs terrestres imprègnent presque entièrement nos émotions et nos pensées. Sur la très large majorité d’entre nous, et sans que nous puissions rien y faire, l’attraction des valeurs terrestres est beaucoup plus forte que l’attraction des valeurs célestes. Nous éprouvons un attachement démesuré pour ces valeurs qui occupent notre esprit hors de toute proportion et nous font oublier les valeurs spirituelles, et c’est bien ce qui permet au soi impérieux d’asseoir sur nous sa domination.

Le déséquilibre initial

La domination du soi impérieux en nous est normale, du moins dans un premier temps (ce qui ne signifie pas qu’il faille s’y résigner). Il s’explique par le caractère immature de la part céleste de notre psyché, encore incapable de percevoir concrètement les enjeux spirituels et les bienfaits pourtant réels qui découlent de l’action éthique en terme de développement et de croissance de l’âme céleste. Pour dire les choses plus crûment, nous ne voyons pas très bien ce qu’un acte éthique – qui souvent suppose un effort d’abnégation et de renoncement – nous rapporte concrètement. Nous percevons difficilement comment il nous nourrit intérieurement et nous fait progresser. En revanche nous percevons parfaitement les enjeux de la vie matérielle (santé physique, réussite, sentiment de puissance, etc.) qui exerce ainsi tout naturellement son attraction sur nous. C’est cette différence fondamentale dans notre réceptivité aux valeurs matérielles et spirituelles qui explique le déséquilibre initial de notre nature et la domination naturelle du soi impérieux. Mais plus l’âme progresse et mûrit, plus on prend conscience de l’effet de nos actes positifs et négatifs sur elle, et plus le soi impérieux perd du terrain, jusqu’à ce que le déséquilibre se résorbe totalement.

Le déséquilibre initial en faveur du soi impérieux est renforcé par les valeurs dominantes de nos sociétés qui mettent en avant des modèles purement matérialistes de la réussite et du bonheur (argent, célébrité, beauté physique, individualisme, négation des valeurs spirituelles considérées comme enfantines et dépassées…). Un tel contexte est une aubaine pour le soi impérieux qui se voit conforté dans sa domination intérieure par les modèles extérieurs. Mais c’est aussi une aubaine pour la part céleste si elle a entrepris de lutter contre le soi impérieux : plus l’adversaire auquel elle est confrontée est fort, plus elle a de mérite à lutter et plus sa croissance s’en trouve accélérée.

Pour renforcer sa domination, le soi impérieux « occupe la place » et tend à étouffer toute réceptivité aux valeurs spirituelles en nous bombardant de pensées et d’émotions matérielles. Il suffit pour le voir de nous observer au quotidien. Quelles sont les questions qui nous préoccupent en général ? Combien de fois par exemple nous posons-nous ce genre de question :

« Pourquoi je fais ça ? Est-ce que c’est juste ? Est-ce que mon intention est bonne ? Est-ce que j’ai vraiment le droit ? Où est mon devoir dans cette affaire ? Est-ce que mon comportement ne risque pas de porter tort à quelqu’un ? Qu’est-ce que je peux faire pour l’aider ? Est-ce que cette attitude, cette pensée est vraiment belle ? Est-ce qu’elle est digne ? Quel est l’effet de ce comportement ou de cette pensée sur mon évolution spirituelle ?… »

Avouons-le, pour la plupart, nous ne pensons en ces termes que de façon très occasionnelle. D’autres questions, d’autres émotions en revanche occupent en permanence le flux de nos pensées et contribuent bien plus à façonner nos comportements de tous les jours :

« Est-ce que c’est dans mon intérêt ? Qu’est-ce que ça va me rapporter ? Comment faire pour en avoir plus ? J’ai peur. Est-ce que je vais réussir ? Si je ne réussis pas ce sera la catastrophe ! Que vont-ils penser de moi ? Je suis déprimé(e). Je ne vais jamais y arriver. Je suis nul(le). J’ai réussi, je suis le (la) meilleur(e) ! Qu’est-ce que j’ai bien répondu ! Je vais en parler, je vais me faire remarquer, je vais me faire bien voir. Est-ce qu’il (elle) m’aime ? Je ne l’aime pas. Quel abruti ! J’en ai marre ! Ça n’arrive qu’à moi des choses pareilles ! Elle n’a qu’à se débrouiller, ça ne me regarde pas. De quel droit se permet-il de me parler sur ce ton ? Ah malheur, pourquoi j’ai bafouillé ? J’aurais dû lui rabattre le caquet ! Elle a tout ça, elle. Quelle chance ! Et moi alors ? Pourquoi pas moi ? J’ai envie. Je veux. J’ai bien le droit… »

Notre image sociale, nos intérêts matériels, nos mépris, nos désirs, nos concupiscences, nos peurs, nos jalousies, nos frimes, nos déprimes, notre volonté de puissance… nous sommes littéralement imbibés de toutes ces préoccupations plus ou moins conscientes qui nous habitent et résonnent tout naturellement dans notre esprit. Elles ne présentent pas nécessairement de caractère illégitime en elles-mêmes, mais elles occupent le terrain de notre conscience. Si nous n’y prenons pas garde, si nous les laissons prendre toute la place, elles constituent dans notre pensée comme un bruit de fond favorable à la domination du soi impérieux.

Une étape décisive dans le repérage du soi impérieux est de reconnaître en soi cette domination : de se dépouiller de l’illusion tenace d’être au-dessus de cela, de se défaire de l’idée qu’on se porte plutôt bien du côté de l’éthique. Ressentir pour son âme céleste quelque chose comme la sensation de celui qui, après une ou deux décennies d’une vie de bon vivant, s’aperçoit soudain qu’il s’est empâté, qu’il s’essouffle, qu’il a mal au dos et qu’il doit réagir d’urgence s’il ne veut pas être décrépi avant l’âge. Réagir donc, sans honte et sans désespoir, parce que la domination du soi impérieux est normale tant que notre âme est immature. Sans résignation non plus, parce que reconnaître cette domination, ce n’est pas l’accepter, c’est mesurer la force de son adversaire avant d’entrer dans l’arène. D’ailleurs, dès qu’on a reconnu le soi impérieux en soi et dès qu’on s’est engagé sincèrement dans la lutte, on ne peut plus parler de domination. Même si le rapport de force reste inégal, le soi impérieux, une fois découvert, n’est plus le seul maître à bord.


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8 commentaires

  1. A. le 21 Jan 2020 à 9:10 1

    Merci pour cet article très dense – une bonne méthode pour se rappeler cette omniprésence du soi impérieux et prendre conscience de sa domination, est faire des « autos évaluations flash ». Moi j’en fais une vers midi. En cette occasion j’essaie d’analyser comment les premières heures de la journée se sont passées, les pensées que j’ai eues, les erreurs etc … je fais cela car lors de mon évaluation, le soir, il y a bcp de choses dont je ne me souviens plus

  2. MH le 22 Jan 2020 à 1:00 2

    Quel texte clair, simple, et compréhensible!
    Et quel chemin, encore, parcourir pour contrer mon soi impérieux…
    Même si j’essaie (!) de développer ma raison saine, que d’obstacles encore, chaque jour, en ce qui me concerne!
    Je crois que la prise de conscience est importante, voire primordiale, mais le travail de lutte contre le soi impérieux est un travail de longue (très longue) haleine…
    Merci pour ces explications si justes, et sur ce portrait… au laser! (je me suis retrouvée dans pas mal de ces flux de pensées!!!)

  3. Mike le 27 Jan 2020 à 23:56 3

    Intéressant et utile cette analyse de pensées comme une prise de sang pour déceler son état de santé à un moment T et voir ce qui domine et ce qu’on fait pour lutter et redresser la barre, quel médicament s’administrer pour tel type de pensée etc.

  4. Danielle le 31 Jan 2020 à 13:08 4

    Merci mille fois, ces questions simples posées au bon moment changeraient bien des choses:

    « Pourquoi je fais ça ? Est-ce que c’est juste ? Est-ce que mon intention est bonne ? Est-ce que j’ai vraiment le droit ? Où est mon devoir dans cette affaire ? Est-ce que mon comportement ne risque pas de porter tort à quelqu’un ? Qu’est-ce que je peux faire pour l’aider ? Est-ce que cette attitude, cette pensée est vraiment belle ? Est-ce qu’elle est digne ? Quel est l’effet de ce comportement ou de cette pensée sur mon évolution spirituelle ?… »
    Je note la liste et m’efforcer de les mettre en pratique…

  5. F le 05 Feb 2020 à 2:32 5

    Merci pour le magnifique article. Les questions posées m’aident à ajuster ma conduite.

  6. KLR le 11 Feb 2020 à 20:50 6

    Merci beaucoup pour cet article, je me suis reconnue dans le second paragraphe de commentaires : ” Est-ce que c’est dans mon intérêt ?…..Elle n’a qu’à se débrouiller, ça ne me regarde pas. De quel droit se permet-il de me parler sur ce ton ? Ah malheur, pourquoi j’ai bafouillé ? J’aurais dû lui rabattre le caquet ! Elle a tout ça, elle. Quelle chance ! Et moi alors ? Pourquoi pas moi ? J’ai envie. Je veux. J’ai bien le droit… »….”
    Ces pensées sont tellement habituelles, quotidiennes !!!
    Pourtant en lisant l’article et en ayant un oeil extérieur, on se dit mais c’est vraiment immature, voir risible… Mais quand on est en plein dans les préoccupations de l’ego, c’est difficile quelque fois de s’en extraire. Essayer de remplacer votre 2ème paragraphe par le premier, est certainement une piste à creuser.

  7. ja18 le 13 Feb 2020 à 11:28 7

    Merci pour cette article pragmatique et qui incite à la pratique. Je rejoins les commentaires ci-dessus pour dire que cette liste de “questions de la raison saine” est extrêmement utile. Cela fait un moment que ma réflexion dans le cadre de l’attention permanente revient à cette question: mais que dire lorsque l’on veut se concentrer sur Lui, et rester dans le guide intérieur? Je fais le premier pas, mais ensuite les mots me manquent, et rapidement je reviens à la surface superficielle de ce monde…

  8. mike le 17 May 2020 à 17:03 8

    Génial! Belle analyse, je pense qu’on est tous concerné et moi le premier; ce qui m’interpelle c’est que ce genre de sujet n’a pas le même impact sur les internautes et en tous cas ne semble pas donner la même motivation de parler comme le sujet sur les bons actes au temps du coronavirus, c’est incroyable non? cela voudrait-il dire que c’est parce qu’on est dominé par le soi impérieux ou alors votre analyse nous abasourdit ?
    Je commence tout doucement à sentir les bienfaits de la lutte et je vois quel bienfait il y a parce que beaucoup de problèmes dont je me sentais la victime n’étaient en fait que le résultat de mes mauvais comportements.

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