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Portraits du soi impérieux (2) : le soi impérieux est impérieux

Portraits du soi impérieux 2

Cet article s’inscrit dans notre série consacrée aux « portraits du soi impérieux » :
► lire la présentation générale de la série : Portraits du soi impérieux (1) : une éthique de la transformation
► voir tous les articles de la série : Portraits du soi impérieux

 

Si l’on parle de « portraits » au pluriel, c’est pour mieux rendre compte de cette figure protéiforme et insaisissable de notre vie intérieure. Car le soi impérieux est un modèle mouvant qui rend très difficile le travail du peintre. On ne sait jamais vraiment où le trouver quand on le cherche et on le trouve souvent là où on ne le cherche pas, parfois dans nos comportements extérieurs, plus souvent encore dans nos pensées et nos émotions, dans nos activités les plus quotidiennes aussi bien que dans nos actions en apparence les plus spirituelles et les plus nobles. Le soi impérieux est comme un rhizome qui court et s’étend en souterrain dans le Soi. On n’y a accès qu’à travers les pousses qui de temps en temps se révèlent au niveau de notre conscience, mais quoiqu’il arrive, on ne parvient jamais à le déterrer entièrement et il est toujours là. On se contentera ici d’en présenter quelques manifestations, telles que nous avons pu les percevoir en nous-mêmes et à travers les expériences que nous avons recueillies. Ces portraits se recoupent et se rejoignent souvent. Pour la clarté de l’exposé, on va les distinguer les uns des autres, mais le plus souvent le soi impérieux se présente à nous sous plusieurs facettes et sur plusieurs niveaux en même temps, achevant ainsi de nous confondre et de nous troubler.

L’objectif n’est donc pas de présenter un portrait complet du soi impérieux, mais de donner, à travers des exemples, quelques moyens de repérer cet adversaire aux multiples visages dont l’arme la plus redoutable est précisément de se rendre indétectable. Les expériences évoquées ne sont pas nécessairement les plus subtiles que nous ayons vécues ou observées, mais ce sont celles qui pouvaient être racontées. Car au-delà d’un certain degré de subtilité, la confrontation avec le soi impérieux est difficile à mettre en mots, il appartient à chacun de la vivre et d’en mesurer toute la richesse.

Le soi impérieux se manifeste communément sous la forme d’une pulsion brute ou impérieuse. Cette pulsion nous pousse à agir ou à penser d’une façon qui assouvisse nos désirs illégitimes sans tenir compte de la raison, du bien et du mal ou du droit d’autrui. Elle produit en nous des envies, des attractions, des émotions parfois banales et parfois si délicieuses qu’il est impossible d’y résister sans de solides raisons.

« Le soi impérieux est une puissante énergie psychique, nuisible à l’âme, produite dans notre inconscient psychique par l’activité de nos points faibles caractériels, et qui se traduit au niveau de notre moi conscient par des pulsions, des désirs et des suggestions antiéthiques et antidivins. »

Bahram Elahi, La Voie de la Perfection – Introduction à la pensée d’Ostad Elahi, Paris, Albin Michel, 2018, p. 47.

  • Envie de se mettre en avant : quelqu’un raconte son histoire et je le coupe brutalement pour accaparer la parole et raconter mon histoire à moi, similaire, mais tellement plus intéressante.
  • Envie de posséder quelqu’un : je vis en couple et je suis pris(e) de désir pour une autre femme ou un autre homme.
  • Envie et jalousie : mon collègue a eu la promotion que j’aurais aimé avoir, depuis je lui trouve tous les défauts et je dis autour de moi tout le mal que je pense de lui.

Sous sa forme exacerbée, la pulsion impérieuse est comparable à une lame de fond qui fait craquer les digues de la raison et de la conscience morale, renversant sur son passage toutes les règles sociales, les principes éthiques ou les bonnes résolutions que nous avons pu prendre : c’est la colère noire, la haine vengeresse ou encore, sur le mode déficient, les gestes suicidaires. C’est aussi l’ensemble des comportements addictifs que nous pouvons avoir : le démon du jeu, l’alcool, la cigarette. Sous une forme moins spectaculaire, l’addiction à la télévision, à Internet ou aux jeux vidéo relève aussi du soi impérieux : le plus souvent, on sait bien qu’on devrait arrêter, mais les meilleures raisons du monde n’arrivent pas à nous donner la force de le faire. Que nous en soyons conscients ou non, la pulsion impérieuse a pris le contrôle de notre volonté.

J’ai une addiction à l’information. Cela se traduit par le fait que, de manière compulsive, dès que j’en ai l’occasion, j’ai besoin de consommer de l’information, que ce soit la TV, Internet ou des magazines. A la base, il s’agit peut-être d’une curiosité intellectuelle qui est une bonne chose. Mais le problème est que cela peut prendre des proportions démesurées : je peux rester parfois très tard le soir à lire des informations sur Internet, ou encore pendant un jour de congé, alors que j’ai mille choses à faire pour lesquelles j’ai pris un engagement vis-à-vis de moi-même ou de ma famille, je passe plusieurs heures devant mon écran.

Alors même que je sais le caractère négatif de cette attitude, son caractère stérile voire nuisible, alors que je suis conscient que j’éprouverai du remords et du regret pour les occasions gâchées à m’abandonner ainsi, je dérape malgré tout. Alors je me fixe explicitement des « pénalités » du type : « Puisque tu as exagéré hier, pas de TV ni d’Internet aujourd’hui », mais je ne parviens guère à m’y tenir. Toujours je retombe dans les arguments du type : « Allez, pendant que tu prends ton repas, tu peux bien regarder 5 minutes les nouvelles » ; ou encore : « Allez, qu’est-ce que ça coûte de regarder tel site 5 minutes ? », 5 minutes qui se transforment évidemment toujours en 1h ou beaucoup plus et ne me laissent plus le temps de faire dans de bonnes conditions tout ce que j’avais promis de faire…

La pulsion brute et impérieuse du soi impérieux est ici clairement identifiable : elle nous pousse à accomplir une action nuisible, et, alors même que nous sommes parfaitement conscient du caractère illégitime de cette action, alors même que la conscience blâmante fait entendre sa voix, elle bloque, par sa force et son intensité, toute manifestation de la raison ou de la volonté : le soi impérieux règne en maître sur nous.

« En général, il attaque en force par le biais de pulsions impérieuses, telles qu’une bouffée d’orgueil, de jalousie ou de haine, ou bien un désir illicite irrépressible. On ressent alors très clairement sa présence et son activité en nous. Ces attaques en force peuvent parfois aller jusqu’à un état de crise paroxystique, un « putsch émotionnel », qui désactive la raison et notre volonté de résister, permettant au soi impérieux d’assouvir sans frein ses pulsions. La personne qui subit une telle crise se transforme en un pantin qui obéit corps et âme aux ordres de son soi impérieux, sans penser aux conséquences, ni même avoir conscience de la laideur de l’acte qu’elle est en train de commettre, et ce même si elle est par ailleurs très croyante et très morale. N’étant plus guidée que par les pulsions et désirs dictés par son soi impérieux, elle brise les interdits et n’est réceptive à aucun conseil, semblable à un drogué en état de manque qui cherche à obtenir sa dose par tous les moyens. Et s’il lui arrive d’avoir un sursaut de mauvaise conscience, c’est toujours après coup. »

Bahram Elahi, La Voie de la Perfection – Introduction à la pensée d’Ostad Elahi, Paris, Albin Michel, 2018, pp. 61-62.

L’un des signes les plus sûrs de l’action du soi impérieux, c’est le sentiment d’urgence, la pulsion impérieuse, quasi irrépressible qui nous porte vers un acte ou un comportement. Nous sommes toujours fortement motivés pour tout ce qui va dans le sens du soi impérieux alors que nous sommes rarement motivés a priori pour fournir un effort allant dans le sens éthique ou spirituel.

Je suis professeur. Une élève vient me confier un jour qu’un de mes collègues a tenu contre elle des propos racistes. Je suis outrée et je me rends en salle des professeurs avec la ferme intention de dénoncer ce fait auprès de mes collègues et peut-être même auprès du proviseur. Je me sens investie d’un double devoir : celui de citoyenne et celui de professeur, chargée aussi de protéger ses élèves contre les abus. Je me prépare à faire un véritable esclandre, j’entends d’avance les paroles indignées qui vont être prononcées : « Comment ? C’est une honte ! Tu te rends compte, etc. ». Tout en marchant, je m’aperçois cependant que j’ai étrangement hâte d’arriver et de raconter tout ça aux autres. J’en éprouve même un certain plaisir alors que logiquement ça devrait être une affaire plutôt pénible : il s’agit tout de même de dénoncer un collègue pour une faute grave, tout cela sur la seule foi d’un récit d’élève. Est-ce que j’ai pris la peine de vérifier que l’accusation était fondée, qu’il n’y avait pas d’exagération ? Non. Pourquoi alors cet empressement à aller raconter mon histoire à qui veut l’entendre ?… Évidemment, il y a cette expérience cuisante, où ce collègue avait souligné en plein conseil de classe, devant le proviseur et les représentants des parents, que certains élèves s’étaient plaints de mes retards répétés. Évidemment je lui en veux. Je m’arrête dans le couloir. Il y a du soi impérieux là-dessous. Il va falloir que je trouve une autre solution que l’esclandre.

Le devoir de citoyenne ici, ressemble fort à de la vengeance et peut-être aussi au besoin de se faire une image de femme passionnée et engagée pour les grandes causes, de façon à effacer l’image moins reluisante de professeur toujours en retard. Et le signe qui a permis à cette enseignante de s’arrêter à temps, c’est bien le caractère impérieux de la pulsion qui la pousse à accomplir coûte que coûte son « devoir ». En général, on le sait bien, accomplir son devoir fait partie des activités pour lesquelles il faut fournir un effort. Si je n’ai aucun effort à fournir, si au contraire j’y suis entraîné de façon quasi compulsive, il est fort probable que ce prétendu devoir ne soit en réalité rien d’autre qu’une manifestation déguisée du soi impérieux.

 

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Comment avez-vous fait ou faites-vous a posteriori la différence entre pulsion du soi impérieux maquillée d’éthique une part, et le sentiment d’urgence éthique louable et légitime d’autre part ?

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12 commentaires

  1. A. le 28 Oct 2019 à 8:58 1

    En occasion d’un dîner, récemment, j’ai été confronté à des personnes qui ont exprimé des opinions avec force, par rapport à certains sujets ayant trait au spirituel.

    Bien que pas d’accord, je n’ai pas donné mon point de vue (pendant la plupart du temps) afin d’éviter des discussions stériles.

    Seulement une fois, pour expliquer un événement assez incroyable qui m’était arrivé, j’ai été obligé de dévoiler un peu ma façon de penser et j’ai dit quelque chose du style « tout ce qui nous arrive c’est par la volonté de l’Un et c’est en étroite relation avec notre nature, c’est à dire ce qui nous sommes réellement ». Ce qui m’a valu plusieurs manifestations de désaccord.

    C’est là que j’ai commencé à bouillonner dans mon for intérieur.

    Ensuite la discussion s’est déplacée vers la politique. Là aussi mes amis ont exprimé avec beaucoup de force leurs points de vue. Quant à moi, je me suis tu si ce n’est pour dire que parler de politique c’était malsain ou stérile car les informations étaient biaisées, et les politiciens étaient prêts à n’importe quoi pour atteindre leur but. Et aussi que la politique et les médias cristallisaient la négativité de cette époque.

    Cela m’a valu une autre expression de désaccord par un de mes amis car « la politique joue un rôle important dans le fonctionnement de notre société et on ne peut pas la négliger. Et c’est aussi grâce aux échanges que l’on se forge une idée.»

    En analysant mon expérience, je me rends compte que :

    a) au lieu d’avoir une approche détachée et indifférente, j’ai exprimé mes propos avec beaucoup d’intensité;

    b) mon bouillonnement intérieur a continué à augmenter ;

    c) pendant les 24 heures qui ont suivi le dîner, j’ai continué à ressasser des pensées par rapport à notre rencontre et je me suis imaginé (à plusieurs reprises) devant mes interlocuteurs en train de leur dire (par exemple): « je vais vous expliquer le problème de la politique » ou bien « la spiritualité c’est en pratiquant que l’on comprend » etc.

    Je n’arrive pas tout à fait identifier la nature précise de cette réaction pulsionnelle. Bien sûr, il y a un aspect imaginatif mais aussi d’irritation face aux autres. Je me suis aussi senti attaqué par des personnes qui avaient une forme d’arrogance intellectuelle.

    Si quelqu’un a des idées je suis preneur.

    1. kbld le 02 Nov 2019 à 12:30 1.1

      @A.
      –––––––––––––
      Dans vos réflexions, il y a, me semble-t-il, un sujet général et deux questions particulières.
      –––––––––––––
      1. Le problème général est la sorte de réaction intériorisée après un évènement, le fait de ressasser un évènement dans sa tête. J’imagine que cela recoupe en lui-même beaucoup de cas. Concernant ce que vous évoquez ici, je me demande si ce n’est pas en rapport avec l’idée des actes manqués – en tout cas le titre ressemble ! Cela m’arrive largement aussi. On peut certes penser à l’arrogance – même si on a raison, on préfère se ressasser dans son esprit ce fait plutôt que de passer son temps à quelque chose d’utile – et à la volonté de domination – impossible en pratique et donc imaginée. Cependant, on remarque que cela arrive aussi pour quelque chose de spirituel, une occasion manquée, par exemple, que l’on ne peut s’empêcher de regretter. Dans une certaine mesure, c’est une bonne chose d’éprouver un déplaisir dans une telle situation, j’imagine, tant que cela ne paralyse pas mais pousse au contraire à agir en bien. Nous en parlions ici : https://www.e-ostadelahi.fr/eoe-fr/humilite-4-lhumilite-est-une-force/#comment-249662
      Je me demande si faire un bilan n’est pas une solution à ce problème. Personnellement, mettre par écrit mes idées, sur n’importe quel sujet, m’aide à enlever une charge mentale et à aller de l’avant. Concernant l’organisation de son temps, cet article explique très bien la chose : https://www.cerveauetpsycho.fr/sr/article/eviter-la-surchauffe-cerebrale-818.php
      –––––––––––––
      2. Il y a la question de l’expression face à des gens qui ont un point de vue différent au sujet de questions que nous considérons comme spirituelles. L’attitude consistant à se refréner de dire tout ce que l’on pense, puis à un moment dire au passage quelque chose dans un vocabulaire que personne ne comprend, ne me semble pas la meilleure. Vous accumulez, semble-t-il, de la frustration à ne rien dire et, lorsque vous vous lâchez (vous parlez à un moment de « dévoiler », comme une délivrance), cette frustration doit se ressentir. Par ailleurs, vous dites que vous avez été « obligé » de dévoiler « un peu » votre façon de penser, mais, si vraiment vous avez sorti une phrase de ce type et dans ce vocabulaire, je ne pense pas que cela correspond à cette description.
      Tout d’abord, il faut, intérieurement, avoir confiance en soi, ce qui est facteur de charisme lorsque c’est associé à une humilité intérieure. Cela dépend des situations, et notamment il faut faire attention aux conséquences professionnelles de nos discours, mais, d’une manière générale, je ne resterais pas là à me taire face à des discours concernant la spiritualité et que je considère erronés. Je n’ai pas peur de mes idées et je les exprime dès que je juge cela utile. D’un autre côté, je ne les exprimerais pas sous la forme d’une bombe comme vous le décrivez. Il est difficile de vous en dire plus sur mon expérience de comment s’adapter à son interlocuteur, puisque, justement, je ne vous connais pas, mais il me semble que c’est comme avec n’importe quel sujet technique. Dans le cas où votre métier porte sur un sujet technique – et la plupart du temps, il y en a d’une certaine mesure –, pensez simplement à comment vous parlez de votre sujet à un non-spécialiste.
      Un élément important est, me semble-t-il, ne pas cherchez à plaire, et de comprendre la différence entre cela et chercher à faire comprendre. Si quelqu’un me pose une question, je me demande ce qui est vrai ; si j’ai fait en sorte qu’il comprenne, alors que ce que je crois être la vérité lui plaise ou pas ne me concerne plus.
      Peut-être votre bouillonnement intérieur vient du fait qu’il faudrait simplement que vous vous exprimiez (de manière adéquate, bien entendu). Dans une grande partie du monde occidental, les gens doutent de leur foi, de leurs convictions, ils sont assaillis d’information les poussant à juger la spiritualité niaise et ridicule. Cela peut être facteur de grand bien pour autrui de voir que des gens croient, en sont fiers et n’ont pas peur de le dire.
      Il y a quelques années, dans un pays non arabe du Moyen-Orient, nous discutions en groupe, et une personne du groupe s’était donné pour mission de diffuser le marxisme dans ce pays, une idéologie que je juge négative car matérialiste. Le problème est que ce genre de gens avancent souvent masqués et ne font qu’orienter les gens au début (d’ailleurs, je ne critique pas ce procédé, il est assez logique). Je me rappelle d’avoir tenu toute une discussion avec elle, pour la pousser au bout de ses raisonnements, non pas pour la convaincre, je n’allais jamais le faire, mais pour que les autres personnes présentes comprennent, par les mots qu’elle-même avait prononcés, la vraie nature de ses idées et ainsi couper toute influence auprès des autres. Tout le monde pensait que je perdais mon temps avec elle, mais mon but était très exactement atteint.
      Une autre fois, en France, à un dîner avec cinq autres personnes que je ne connaissais pas avant, nous discutions en anglais sur le sens de la vie (sujet qui ne venait pas de moi). Il y avait une personne très avenante et très bonne oratrice, et j’avais un mauvais pressentiment par rapport à elle. Je me lançais dans une discussion avec lui sur des points particuliers sur lesquels j’étais en désaccord, par égard à l’influence sur les autres. Il poussait à une vision hédoniste de la vie, mais de manière très subtile, presque tout ce qu’il disait était des choses sur lesquelles tout le monde serait d’accord. Par ailleurs, son statut social lui donnait beaucoup de prestige, alors que moi je n’étais socialement rien et mon anglais n’était pas très bon. Il a dit plus tard qu’il était chrétien converti au bouddhisme, je pense après que je l’ai poussé dans le sens de le dire. Tout cela était très subtil, la soirée se terminait bien. Alors qu’on partait, il demandait à une personne qui n’avait pas beaucoup parlé si elle ressentait de la culpabilité dans sa vie, elle disait que oui comme quelque chose qui la pèse, et alors de manière très empathique il réfléchit et dit « c’est vrai qu’il y a beaucoup de culpabilité dans le christianisme ». Il avait ressenti que cette personne était vulnérable psychiquement et, alors que personne d’autre n’avait été convaincu par lui, a lâché cette chose qui, dans le contexte, m’avait atterrée ; il a eu un instinct assez extraordinaire à voir que, malgré nos discussions, il restait cette personne qui allait être réceptive à ses paroles. J’ai essayé de dire quelque chose mais il était manifeste que, surtout après une manière de faire si efficace (sans dire que la personne fût de mauvaise foi), ma parole n’avait aucune valeur aux yeux cette tierce personne. Il se trouve en plus que j’avais oublié mon sac, et, en revenant le chercher cinq minutes plus tard… je les ai vu tous les deux sur une table, elle buvant manifestement ce qu’il allait lui enseigner sur le sens de la vie. Mais je ne pense pas avoir jamais ressenti de douleur à repenser à cela. Il y a une liberté de penser et donc la personne qui choisit de se faire influencer par ce genre de personnes ne me concerne plus lorsque j’ai fait ce que j’ai pu pour exprimer un autre point de vue.
      En fin de compte, ce n’est pas parce qu’une discussion n’aboutit pas à l’adhésion générale à vos idées qu’on peut la considérer « stérile ».
      –––––––––––––
      3. Sur la discussion politique, je suis pour ma part d’accord avec ce que vous décrivez des idées de vos interlocuteurs et pas d’accord avec les vôtres.
      3.1. Votre avis est sans doute inspiré par le fait qu’Ostad Elahi dit n’avoir “absolument rien à voir avec la politique” et qu’il ne veut “jamais en parler” (voir Paroles de Vérité, n°133). Mais je pense qu’il faut prendre en compte le contexte. Déjà, il évoluait dans un régime officiellement non démocratique, c’est-à-dire qu’aucun pouvoir ne lui avait été conféré. Ne pas avoir d’action politique signifiait pour lui ne pas vouloir de pouvoir, alors que dans un régime démocratique on en a dès sa majorité, qu’on le veuille ou non. Par ailleurs, il avait d’après moi une position de personnalité spirituelle qu’il faut prendre en compte, en plus dans un contexte où les groupes spirituels avaient été persécutés par peur que ces groupements aient des revendications politiques et parce qu’il y avait eu une tendance, réelle ou supposée, des groupes messianiques à revendiquer le pouvoir politique ; il s’agissait donc aussi de protéger l’intégrité de son message. Cela ne signifie pas qu’il n’avait pas un avis personnel, mais il le gardait pour lui, car la société, par son système non démocratique, ne lui demandait pas son avis. Sans compter que l’histoire de son pays a montré que critiquer le régime en place a amené à pire, du point de vue des droits et libertés considérés comme universels en Occident.
      3.2 La position de vous et moi est tout à fait différente. Il est vrai que, dans ce cas général aussi, Ostad Elahi déconseillait d’« entrer en politique », ce que je comprends comme porter sa personne aux suffrages, ce qui se place encore d’acquérir du pouvoir.
      3.3 En deçà de cette limite, les choses deviennent plus subtiles, mais je ne pense pas qu’il soit une bonne chose de ne pas s’informer et avoir des opinions sur la politique, qui vous concerne, que le vouliez ou non, tant que vous ne renoncez pas à la nationalité d’un pays démocratique et que vous n’allez pas vivre dans un pays connaissant un système différent. Vous pouvez d’ailleurs vous abstenir du vote par acte politique, ou voter pour des partis prônant l’abolition de la démocratie, mais l’idée que, nonobstant le pouvoir (vote) qui vous a été confié, vous pouvez vous « laver les mains » de la vie de la cité, est selon moi trompeuse. Il me semble qu’il s’agit très exactement de l’attitude de Ponce Pilate (certes, à l’origine, il avait demandé le pouvoir, mais il provenait probablement d’une famille où on l’avait, et donc ce n’était pas nécessairement beaucoup plus un choix qu’une personne naissant de nos jours dans un système démocratique). Qui a du pouvoir a une responsabilité à laquelle il ne peut pas échapper sous prétexte d’une attitude passive. Or, comme vous l’ont dit vos interlocuteurs, l’information, y compris par la discussion, est essentielle à la survie d’une démocratie, car on ne peut exercer correctement un pouvoir sans information préalable.
      Quoi qu’on puisse penser du personnage, l’auteur incontournable pour comprendre les systèmes politiques contemporains est Alexis de Tocqueville. Je vous invite à lire la partie IV, surtout les chapitres 6/7 de De la démocratie en Amérique, dans lequel il explique très bien que le système le plus oppressif n’est pas du tout le système aristocratique (non-démocratique), mais la démocratie dans laquelle les citoyens ne font pas l’effort volontaire se sauvegarder leurs libertés.
      C’est typique dans un grand pays occidental. J’ai été justement sur le terrain d’une campagne politique et l’absence d’intérêt et d’information des gens est au-delà de ce qu’on peut imaginer si on ne le voit pas en pratique. C’est cela qui permet, d’un point de vue matériel, à des choses regrettables d’arriver.
      Après, le point de vue spirituel pousse à plusieurs choses, dans mon expérience :
      a) Dans ma vie de tous les jours, j’essaye de me rappeler que l’Efficace en toute chose c’est Lui. J’en comprends notamment qu’il ne s’agit pas de mettre son espoir ou sa foi (ultimes) dans des personnages politiques. C’est comme pour beaucoup de choses dans la vie. Un étudiant révise un examen, mais beaucoup d’incidents peuvent arriver qui changeront le résultat de cet examen. Dans l’histoire, il suffit de penser à la Seconde Guerre mondiale, qui aurait dû, d’un point de vue matériel, être gagnée par ceux qui ont perdu, mais on observe un retournement de situation brutale à un moment, dû à une série de petites choses qui ont eu effet papillon, et qu’on ne peut considérer comme le fruit de hasard.
      Cela signifie qu’une fois que l’on fait son devoir, on ne doit pas se sentir investi d’une mission de changer le monde, ou être trop profondément touché par les évènements en s’empêchant de voir que tout arrive pour une raison. Adopter un point de vue spirituel pousse à être optimiste sur toute chose. Après, il est vrai que c’est assez décourageant de voir des gens votant presque au hasard ou pour des raisons non rationnelles, quand on fait nous les efforts adéquats et la voix a le même pouvoir. Mais c’est comme pour tout et c’est comme cela.
      b) Comme dans toute parole, ce qu’on dit compte. Est-on dans la discussion rationnelle dans l’optique de l’intérêt collectif ou dans la haine ou la passion ? Personnellement, si tout le monde à une table est d’accord avec moi en tout, je ne verrais pas l’intérêt de parler (mais ça n’arrive jamais).
      c) Il faut aussi voir que le temps est limité et évaluer ce qui est le plus utile. Personnellement, j’ai des avis politiques totalement opposés à ceux auxquels on tient en général dans mon milieu éduqué et cosmopolite, et même de tous les milieux que je fréquente car je partage des avis avec des groupements radicalement opposés entre eux, alors que les idées des gens sont en général en bloc. Cependant, il se trouve que je ne parle pas de moi-même de ces sujets car ils sont souvent passionnés et peuvent occuper plus d’espace qu’ils ne devraient. Autrement dit, il faut évaluer l’intérêt de parler de tel sujet qui touche quelqu’un dans sa vie quotidienne et sur lequel on pourrait éventuellement être utile, par rapport à l’éventuel intérêt public à ce que ma parole influence un peu la cité dans un sens. Il faut être conscient de la petitesse de son pouvoir, sans que cela mène à la débilité (torpeur) je pense. Après, lorsqu’une discussion porte sur le sujet, j’exprime mes opinions ouvertement et calmement, et tout se passe bien.
      d) Après, il est vrai que chacun son domaine de compétence. Il est vrai que si j’ai des opinions fortes sur une série de sujets, c’est parce que c’est souvent mon domaine de compétence et quasiment mon métier. Mais, par exemple, je n’ai aucune compétence en économie et en finance, mais j’ai fait l’effort de m’informer. Il est vrai cependant que tout le monde n’a pas le temps ou le début de compétence pour en acquérir d’autres. En même temps, c’est pour cela qu’il y a une démocratie représentative : on confie à quelqu’un que l’on juge intègre et compétent le soin de décider pour nous. Évidemment, toute la question est de savoir qui l’est dans ceux qui se portent candidats. On peut alors voter comme quelqu’un que l’on connait, que l’on considère comme tel et qui lui a le temps de s’informer suffisamment. Mais cela ne signifie pas que l’on puisse ériger comme vérité générale que l’ignorance politique est le summum de la sagesse.
      e) Je pense qu’il est important aussi de différentier entre la politique spectacle et l’information réelle et utile. Mais, qu’on le veuille ou non, nous recevons une information, et à la fin nous avons le pouvoir de voter. Au lieu de la subir, je pense qu’il faut prendre des mesures adéquates pour pouvoir bien utiliser consciencieusement le pouvoir qu’on a.
      f) Évidemment, il faut s’abstenir de proclamer que la spiritualité pousse à tel point de vue partisan, de prétendre à une supériorité d’opinion du fait qu’on aurait telle connaissance spirituelle ou d’avoir en général un discours qui porte à la confusion entre les sujets.

      1. A. le 07 Nov 2019 à 20:52 1.1.1

        @kbld
        Merci de votre longue réponse.
        Je commence par répondre à la première partie.

        Vous dites: « je ne resterais pas là à me taire face à des discours concernant la spiritualité et que je considère erronés. »
        « mais il me semble que c’est comme avec n’importe quel sujet technique. »
        « pensez simplement à comment vous parlez de votre sujet à un non-spécialiste.»

        Je ne suis pas trop d’accord. Si on n’a pas une expérience de Dieu dans le quotidien et du fait que ce qui nous arrive est en rapport avec Lui, il est impossible de faire comprendre cela par des mots à quelqu’un qui ne le voit pas. En même temps je n’aurais pas dû me sentir frustré/bouillonner/m’irriter et me dire tout simplement qu’après tout, il m’a fallu aussi pas mal de temps avant de réaliser ce “simple fait”. Donc être détaché et bienveillant envers les autres et éventuellement partager mon opinion d’une façon très détachée.

      2. A. le 09 Nov 2019 à 12:31 1.1.2

        @kbld – merci de votre commentaire, vraiment intéressant.

        “En deçà de cette limite, les choses deviennent plus subtiles, mais je ne pense pas qu’il soit une bonne chose de ne pas s’informer et avoir des opinions sur la politique.”
        Je suis d’accord avec vous, mais ce n’est pas en discutant avec les autres – hélas – que l’on arrive avoir ces informations. C’est plutôt en essayant de trouver quelques sources fiables (et encore, si elles existent).

        La majorité des gens ont des opinions assez fortes à propos de la politiques et les discussions sont souvent animées (vous le dites aussi dans votre commentaire), mais ils ne se rendent pas compte d’avoir des informations biaisées. Le processus est donc assez stérile voir négatif.

        “C’est typique dans un grand pays occidental. J’ai été justement sur le terrain d’une campagne politique et l’absence d’intérêt et d’information des gens est au-delà de ce qu’on peut imaginer si on ne le voit pas en pratique.”
        Je suis 100% d’accord avec vous. En plus à avoir des informations biaisées, les gens ne prennent la peine d’approfondir des sujets qui sont difficiles, parfois les dossiers sont très techniques, complexes.

        Aujourd’hui les politiciens ont des comportements négatifs parfois même criminels. L’hasard a fait qu’à plusieurs reprises des gens que je connais bien m’ont rapporté ce qui ce trame derrière les coulisse et j’ai été choqué (au début, du moins). J’ai découvert certains politiciens mentent systématiquement et que le meurtre peut être utilisé (en Europe aussi) parfois.

        Donc en guise de conclusion:
        a) il vaut mieux ne pas en parler car les gens sont mal informés car ils ne prennent pas le temps de se renseigner (et aussi les « dossiers » sont complexes) et/ou n’ont pas accès à des sources non biaisées
        b) certains politiciens sont prêts à tout pour atteindre leur but. Donc défendre les idées de l’un par rapport aux idées d’un autre peut ressembler parfois à défendre deux représentants de la pègre.

    2. kbld le 10 Nov 2019 à 12:21 1.2

      @A. (1.1.1)
      Vous raisonnez trop, il me semble, de manière binaire. Ce que j’ai essayé de montrer dans mes exemples est que nous nous influençons les uns les autres, par les actes mais aussi par la parole, et donc qu’au lieu de subir une influence, nous pouvons profiter de nos recherches pour influencer positivement les autres (avec précaution). Je ne pense pas qu’il est judicieux de considérer sa foi comme un parti politique auquel on adhère, ou pas, et que dans ce dernier cas, tant pis pour les autres.
      Pour vous donner un autre exemple, j’étais dans un pays dictatorial par le biais d’une idéologie d’extrême-gauche matérialiste, qui est une ancienne colonie française. Du fait de l’intransigeance des colons il y a longtemps, beaucoup de gens se sont battus pour l’indépendance du pays et pour, en quelque sorte, le respect de leur droit à la liberté, mais cela a été mêlé à cette idéologie que je juge négative, sans que les personnes n’aient pu faire la différence. J’étais amené, dans ce pays, à passer une partie d’une après-midi avec une personne très âgée, qui parlait un français excellent et très soutenu, et qui avait participé à cette indépendance, avait eu par le passé des liens avec une personne proche du chef de cette indépendance et proche, par générations interposées, de moi-même, et avait participé, en tant que citoyen assez pauvre et localement, à la vie politique locale (sans exercer de pouvoir donc, et croyant en avoir collectivement). On parle donc de quelqu’un de bien – comme la plupart des gens –, mais endoctriné. Il voulait me parler de l’identité politique de son pays. Évidemment, je n’allais pas lui dire : « moi, issu du pays ancien colonisateur, je vais t’expliquer la vraie nature de cette idéologie », en espérant avoir un quelconque résultat comme ça. Non, je suis sorti de son cadre de conversation, et j’ai vu qu’il s’agissait d’une personne en fin de vie, qui ne croyait pas en l’au-delà. Or, nos croyances ont, je crois, un effet sur notre perception des choses là-bas. J’ai donc essayé de voir avec lui si « peut-être », il n’y a pas la possibilité qu’un au-delà existe. Il a fini par dire que oui, c’est possible qu’il y ait une vie après la mort, et à vraiment accepter cette idée, ce qui je pense lui a été utile.
      C’est vrai qu’il existe des personnes avec lesquelles toute tentative de discussion sur quoi que ce soit est inutile, mais c’est extrêmement rare. Je suis en contact régulier avec une personne très âgée, athée convaincue (mais se disant chrétien), en paroles et en actes, et surtout qui a arrêté l’école très jeune et ne sais même pas ce qu’est la Bible (vraiment)*, isolée et n’influençant personne. Avec elle, j’essaye juste d’être gentil et ne vais pas plus loin. Mais, je vous assure, cette personne est très spéciale, et je doute que ceux avec qui vous dîniez soient dans ce cas. Tout le monde a une « certaine expérience de Dieu dans le quotidien », mais il se peut qu’il ne le sache juste pas.
      *Cela ne signifie pas qu’arrêter l’école tôt entraîne une telle personnalité, j’ai discuté avec une autre personne étant dans les champs très jeune, qui m’expliquait joliment, dans son vocabulaire, voir l’effet divin dans le passage d’une graine à l’état de plante.
      Et puis, il y a l’influence collective et sociale du fait de laisser certains discours s’imposer dans l’espace public. On n’est pas dans le cœur de chaque personne, on ne sait pas qui suit simplement la masse parce qu’ils doutent plus ou moins et sont vulnérables. Et quand bien même on connaîtrait parfaitement les pensées intimes matérialistes de chacun, je pense qu’il y a un intérêt à se faire un peu (subtilement) respecter et de faire que les gens hésiteront plus la prochaine fois avant d’avoir de tels discours. La même attitude réservée que vous avez à exprimer certaines idées, il ne serait pas si mal que les autres l’aient parfois.
      Y compris dans un contexte amical. Cela me fait penser à un autre exemple. À l’adolescence, certains garçons ont tendance à parler en groupe de sexualité de manière que certains peuvent juger peu digne. Et, au lycée, il y avait un garçon que je connaissais depuis un certain temps, peut-être des années, je ne l’avais jamais vu parler de sexualité, du tout. Je ne me rappelle plus exactement comment, mais, j’ai compris à un moment que, par ailleurs, il avait à un moment eu une discussion de ce genre avec quelqu’un. J’étais surpris, et je lui ai dit respectueusement que c’est bizarre vu qu’il n’en parle jamais. Il m’a dit que si, mais pas quand je suis là, car il sait que je n’aime pas cela. On peut penser que, dans ce cas précis, c’était bien ou mal, mais en tout cas manifestement j’avais imposé autour de moi, sans le savoir et dans une certaine mesure, une sorte de registre. Je n’avais évidemment jamais menacé cet ami de le frapper ou quoi que ce soit, je n’étais même pas conscient qu’il s’adaptait à moi, il s’agissait simplement pour lui de me respecter. Dans le cas où ce registre est meilleur que l’autre, alors c’est une bonne chose. Et ne pensez pas que c’est dû à une aura naturelle que j’aurais, je ne suis pas du tout un mâle dominant.
      Si vous pensez qu’un certain type de discours peut influencer négativement les gens ou vous-même, alors je dirais faites-vous du bien en faisant du bien aux autres en vous exprimant, de manière adaptée et sans chercher à faire adhérer quiconque à une doctrine. Je parle du bien à vous, puisque vous parliez d’un problème que vous avez, et je disais penser que cela vient d’une frustration tirée de votre sentiment d’impuissance à constater qu’un certain discours /domine/ vous et les autres, et influence même vous. Y compris vous, car, vous avez beau croire à certaines choses, à force d’entendre l’inverse, il y a un risque que vous y croyiez un peu moins si vous ne vous prémunissez pas. Il y a bien entendu d’autres moyens (prières, etc.), mais votre sentiment intérieur est peut-être un signe que cela a un effet sur vous. Dans certains pays, le parti unique au pouvoir a littéralement un haut-parleur à chaque coin de rue répétant de la doctrine en boucle, pas dans d’autres, mais cette image n’est pas mauvaise pour comprendre l’effet de certaines paroles (qui peuvent être totalement bienveillantes, il ne s’agit pas de juger les gens). Évidemment, il ne s’agit pas d’agir à une plus grande échelle que la nôtre, mais ce que je dis par rapport à votre expérience, c’est simplement que vous pouvez vous libérer de ce sentiment d’impuissance et vous exprimer (dans la mesure du raisonnable, mais vivre dans un pays libre aide !) pour faire d’une pierre au moins deux coups. Après, l’effet de nos actions, et leur potentiel effet papillon, ce n’est plus dans notre main, et c’est aussi important de le savoir.
      Vous semblez prendre les deux dernières phrases citées dans votre première réponse hors contexte, je parlais dans la manière de parlez à autrui, la votre m’ayant semblé, d’après ce que vous avez décrit, inadéquate car incompréhensible pour beaucoup.

  2. Pensé le 28 Oct 2019 à 15:54 2

    Je pense que quand je bouillonne à cause du soi impérieux, souvent je deviens pensive et introvertie. Je parle avec moi même et je suis fachée mais je ne peux pas le montrer car je veux parler et dire des choses qui sont vérifiés…
    Sur le coup je ne critique pas, mais après je m’exprime… Donc comme c’est différé c’est un peu moins intense.
    Cependant, il y a de temps en temps des cas où il y a une maladresse. Si je réalise après, je me prépare et présente mes excuses aux personnes impliquées, si j’ai eu tort.

  3. marie madeleine le 29 Oct 2019 à 10:03 3

    j’ai rendu service à une amie la semaine dernière ce qui m’a pris du temps et a nécessité une certaine organisation de ma part pour que tout se passe bien. Hier elle me rappelle très rapidement, pour vérifier que j’avais bien pu aller jusqu’au bout de la démarche. Elle raccroche rapidement : “Ok, bye” sans une once de gratitude. J’étais interloquée. J’ai saisi mon téléphone pour lui envoyer aussitôt un SMS pour lui exprimer ce que je ressentais : ma déception, son ingratitude et impolitesse évidente… J’avais l’intention toute fois de mettre des formes pour lui dire ce que je pensais. Je me suis maitrisée, j’ai remis le téléphone dans mon sac. J’ai ravalé mon ressentiment à son égard et rapidement en analysant la situation, je me suis rendu compte que ma réaction émotionnelle était complètement démesurée face à l’événement. Sincèrement lui rendre ce service ne m’a vraiment pas demandé beaucoup d’efforts. Mais mon soi impérieux sournois, me poussait à une action pouvant paraitre tout à fait légitime “défendre mes droits”. C’est l’intensité de ma réaction négative pour si peu qui m’a amenée rapidement sur la piste de la jalousie envers mon amie.
    Le principe de la défense des droits est légitime et louable, mais totalement anecdotique dans cette histoire (soi impérieux maquillé).
    Le problème de fond est la jalousie et à moi de trouver un plan de traitement pour ce point faible caractériel en moi.

  4. adissam le 31 Oct 2019 à 12:02 4

    Tout d’abord, merci beaucoup pour cette série d’articles sur un sujet qui m’interroge depuis longtemps. Qu’est-ce que le soi impérieux ? Comment se manifeste-t-il en moi ?
    ———-
    Je remarque que le soi impérieux modifie mes priorités.
    ———-
    À la lecture de cet article, l’image d’Hercules luttant face au lion m’est venu immédiatement à l’esprit. Cet adversaire est aussi fort que lui et le suit constamment; il lui colle littéralement à la peau. Je me suis donc dit: “tiens, c’est une image intéressante, va donc faire une petite recherche au sujet d’Hercules, tu pourras ensuite écrire quelques lignes grâce à cela…”.

    Te voilà donc, fourbe ! La priorité ne serait-elle pas de d’abord trouver en moi un exemple concret qui pourrait contribuer à la discussion ?
    ———
    Rechercher des informations sur Hercules ne transgresse pas de droit pourtant, sauf si cela devient du papillonnage stérile, flânant d’un site à un autre, sans une limite de temps fixée au préalable. Je me suis dit, d’accord, je m’accorde 8-10 minutes pour assouvir cette curiosité intellectuelle ! Au final, je n’y ai passé que quelques minutes et j’ai commencé à écrire un premier jet de ce commentaire.
    ———
    Écrire ces lignes est donc déjà, pour moi, une forme de lutte contre le soi impérieux.
    Les points faibles identifiés sont : la paresse et l’arrogance.

  5. Mike le 01 Nov 2019 à 20:43 5

    Oui juste avant de vous lire !
    J’étais bien tranquille au chaud dehors il pleut grisâtre j’ai déjà bossé ce matin malgré le jour férié le repas n’était qu’à 16 h.
    Je voulais un petit café avec un peu de sucre, 1 chocolat ou 2 ? J’ai un surpoids désagréable parce que le mal de dos s’installe et les risques Cardio vasculaires après 50 ans … finalement 2 nougats pas très bons puis 2 Ferrero puis voilà une ancienne boîte qui traine avec des nougats un peu fondus et un et deux et trois et une tisane supplémentaire pour diluer tout cela.
    Une petite voix en rajoute : ce n’est pas grave mike tu feras du vélo ce soir en plus tu peux écouter les chemins de la philosophie en même temps c’est bien agréable :((
    Ça suffit !
    Je m’arrête quand même et je ne prends pas le croissant qui reste sur la table 👌

  6. myosotis le 03 Nov 2019 à 20:30 6

    Mon conjoint vient de passer une partie de l’après-midi du dimanche à faire de la comptabilité et au lieu de le remercier je lui fait la leçon car certaines parties restent “incomplètes” selon moi…Zorro est en fait un tonton flingueur…arghh. Démasqué mais trop tard.

    1. kbld le 06 Nov 2019 à 18:36 6.1

      @myosotis
      Ce n’est pas réellement trop tard. Si vous vous rendez compte de l’erreur et lui dites affectueusement que vous êtes désolée j’imagine que cela peut avoir complètement compenser l’erreur au départ voire plus, tant que le comportement n’est pas trop répétitif ou au moins qu’il y a une évolution.

  7. Bouboulina le 08 Nov 2019 à 9:21 7

    Comment avez-vous fait ou faites-vous a posteriori la différence entre pulsion du soi impérieux maquillée d’éthique une part, et le sentiment d’urgence éthique louable et légitime d’autre part ?

    Un regard extérieur. Quelqu’un m’a fait remarquer que mes justifications sentaient bons le soi impérieux car je m’apprêtais à faire quelque chose de contraire à l’éthique.

    Le fait de se référer au code éthique et divin. Par exemple, je m’apprêtais à mentir pour obtenir un remboursement. En regardant l’acte objectivement, il ‘m’est apparu clairement que oui, cet acte relève bien du soi impérieux puisqu’il me conduit à transgresser un principe éthique.

    La conscience morale : ça s’est manifesté par le fait que je ne me sentais pas tranquille, d’où le besoin de me trouver des justifications.

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