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Paroles, paroles…

micros

Dans un précédent article, « s’engager à dire le bien », avait été évoquée la place centrale de la parole dans la pratique spirituelle et un cadre pratique avait été proposé :

  • Se fixer un cadre régulier d’analyse de nos paroles négatives. Ce n’est en effet qu’au prix d’une telle analyse que l’on peut, avec l’aide de la raison, espérer identifier les manifestations du soi impérieux dans notre parole négative, et les circonstances particulières où il se manifeste (pratique in vitro).

  • Armé de cette analyse, se mettre en situation d’agir : lorsque se reproduit la situation où le soi impérieux a toutes les chances de se manifester par une parole négative, lutter en faisant silence ou en la remplaçant par une parole positive (pratique in vivo).

Il est évident que toute parole n’est pas négative – ni tout silence positif (Hervé Bazin, prenant le contrepied du célèbre adage tiré du Talmud, dit à ce propos : « C’est la parole qui est d’or ; le silence est de plomb. »). Mais dans l’optique d’une pratique spirituelle visant à identifier les manifestations du soi impérieux, nous nous attachons ici à utiliser les paroles que nous prononçons au quotidien comme autant de symptômes permettant de l’identifier et, partant, de mieux le combattre. Pourquoi « négative » ? Parce que, d’une manière ou d’une autre, cette parole constitue une forme d’empiètement sur un droit (en particulier le droit d’autrui), ce qui est la signature du soi impérieux. Nous avions esquissé comme une typologie des différentes formes de paroles négatives, ou manifestations verbales du soi impérieux – au-delà de la médisance, qui a déjà fait l’objet de plusieurs articles. Qu’on se souvienne :

La parole blesse ou répare. Elle humilie ou grandit. Elle est frime ou effacement, agression ou affection, découragement ou encouragement, plainte ou gratitude, mensonge ou vérité. La parole est médisante ou protectrice, angoissante ou rassurante, bavarde ou discrète… Les éducateurs, parents ou professeurs, le savent mieux que quiconque. Quand monte, par exemple, la colère devant l’insolence répétée de l’enfant, vient le moment où il faut choisir : laisser éclater sa colère, se soulager momentanément, au prix d’humilier l’enfant et d’affaiblir la capacité de l’éduquer à l’avenir ? Ou bien, contenant cette colère, trouver les mots fermes mais justes, qui, faisant résonner la raison et la dignité de l’enfant, vont l’amener lui-même à trouver le cheminement qui l’amènera à changer de point de vue et de comportement ?

L’objet de cet article est de développer et d’illustrer, à l’aide de définitions et d’exemples, cette typologie dans l’idée de nous aider dans notre auto-analyse au quotidien. Cette typologie est d’ailleurs dynamique : vos retours, sous forme de commentaires et de partages d’expériences, contribueront à l’affiner et l’enrichir d’exemples nouveaux.


Types de paroles négatives
(manifestations verbales du soi impérieux)

Blessante, humiliante

cliquez pour lire la définition

Lorsqu’on pointe le défaut ou la faute de quelqu’un en sa présence – ou pire, en présence d’un tiers – d’une manière qui lui fait perdre la face ; situation qui est aggravée lorsque l’autre est en position « inférieure » du point de vue du rapport social (supérieur à subordonné, professeur à élève, parent à enfant…). Lorsque par un ton ou une parole ironique, on marque son mépris, réduisant l’autre à néant, faisant comme s’il n’existait pas.

Agressive, violente

définition

Lorsqu’on coupe la parole, hausse le ton, que le propos devient rageur voire insultant, dans l’objectif d’imposer un point de vue ou d’empêcher quelqu’un de s’exprimer. Parfois en réaction à la parole négative de l’autre : c’est l’escalade. Où, percevant que l’autre ou les événements ne se soumettent pas à ma volonté de contrôle, je cède à la colère et à la frustration au travers de la parole agressive.

Médisante, calomnieuse

définition

Lorsqu’on rapporte auprès d’un tiers, parfois en déformant la réalité ou en inventant ou exagérant, un défaut ou une faiblesse de l’autre ou une situation qui le dévalorise. Souvent par un mimétisme idiot, en écho à la médisance ou la calomnie que l’on colporte, plus ou moins consciemment, et qui commence par l’écoute passive mais complaisante des médisances proférées par autrui. Parfois par esprit de revanche, souvent par rivalité ou jalousie : faire payer à l’autre, symboliquement, son audace d’oser être, ou sembler être, meilleur que moi.

Frimeuse, mythomane

définition

Lorsqu’on met en avant ses qualités, ses acquis, réels ou inventés, de manière à susciter l’admiration et l’intérêt. Parfois, plus finement, j’induis par ma parole le sujet, la question, qui me donne l’occasion idéale de me mettre en avant, ou bien encore j’amène l’autre à me faire un compliment. Lorsque l’on rappelle à quelqu’un, de manière plus ou moins subtile, les services qu’on lui a rendus, afin de briller ou de recevoir en retour quelque parole flatteuse « tu es si généreux… » ou des remerciements. Le moi blessé n’existe alors que dans le regard de l’autre, qu’il veut à tout prix séduire ; il mendie par sa parole frimeuse un peu de ce regard dont il pense que cela va le guérir de sa blessure.

un exemple

Le frimeur revanchard

A est un ami avec qui j’ai connu autrefois une situation de rivalité amoureuse dont il est sorti victorieux, à mon grand dépit. Aujourd’hui, A connaît quelques difficultés professionnelles, alors que moi, ma réussite est parfaite… Sans vraiment m’en rendre compte, dès que je le vois, j’ai tendance à amener la conversation sur le terrain professionnel : « Alors, où en es-tu au niveau de ta boîte ? Est-ce que ton différend avec ton chef s’est débloqué ? etc. ». Ainsi, sous couvert d’amitié et de donner de bons conseils, je l’amène à me confirmer que, décidément, cela ne s’arrange pas, et à me lancer en retour « Et toi alors, toujours autant de responsabilités, etc. » Et je sors de cet échange avec, au fond de moi, une étrange jouissance d’avoir, en quelque sorte, pris une vieille revanche sur A en l’amenant ainsi à reconnaître ma supériorité.

Inutile, irresponsable

définition

Lorsqu’on parle de ses projets plus qu’on ne s’engage dans leur réalisation – ou encore, que l’on fait des promesses pour faire plaisir, qu’on ne réalisera jamais : chaque jour l’échéance est repoussée et tous les prétextes sont bons à ajourner la réalisation. On préfère discuter en permanence de mille prétextes que l’on a érigés en obstacles – parce que, décidément, on a du mal à s’engager dans la décision et dans l’action positive. Où la parole est le support de compensation d’un manque à être, manque de volonté, manque de prise sur la réalité – tous déficits qu’elle vient pourtant renforcer.

Râleuse, pessimiste

définition

Lorsque l’on se plaint de sa situation, de tel événement, de la société en général… et que l’on prédit que tout va mal se passer, mal finir, sans voir le côté positif ou la possibilité d’évolution positive d’une situation, fût-elle difficile. Muni de lunettes toujours sombres, notre regard sur la réalité n’en retient que le mauvais côté et s’assombrit ainsi encore plus ; ce qui, à l’origine, tenait peut-être de l’esprit critique bien placé devient, au fil de nos pensées et paroles négatives, une vision falsifiée des choses, parfois sous couvert d’une ironie corrosive. Où la parole, fruit de la frustration, l’envenime et la creuse.

Angoissée, instable

définition

Lorsque l’on exprime son angoisse, son inquiétude à quelqu’un qui n’est pas bien placé pour l’entendre – comme si on faisait de lui le déversoir (plus ou moins consentant) de nos pensées-déchets. Ou encore, lorsque l’on exprime deux avis opposés sur le même sujet à une même personne dans un laps de temps court : on fait de lui le témoin, souvent involontaire et impuissant, de nos hésitations intérieures, de notre incapacité à décider. Où la parole devient l’exutoire de conflits intérieurs que nous ne savons plus gérer, mais que, loin de résoudre, elle ne fait que renforcer.

Grossière, déplacée

définition

Lorsqu’on utilise une tournure ou une idée vulgaire, inadaptée au contexte où l’on se trouve – il ne s’agit pas de la parole truculente, ni de la provocation qui parfois libère, mais de la parole de trop qui nous a échappé, où nous nous sommes révélés aux autres dans notre bassesse ou bien dans notre immaturité, notre méconnaissance des codes sociaux, voire dans notre manque de respect, par rapport à tel ou tel qui nous écoute.

un exemple

Le chef dérape

Lors d’une séance de travail avec un collaborateur, je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai dérapé dans le registre de langage du fait que j’étais très remonté au sujet des actions d’un tiers, fournisseur, sur le projet dont le collaborateur avait la charge. Je lui dis des phrases du genre « Tu ne vas pas te laisser emm… par ces c… et leurs procédés f… et qui se f… de notre g… ». Il était vraiment très surpris par ces écarts de langage dont je n’ai pas l’habitude. Il répondit poliment sans jamais donner dans le même registre, dans lequel je persistai dix bonnes minutes. Je sortis de cet entretien tout bizarre, en me demandant pourquoi je m’étais ainsi laissé aller, tout honteux de m’être moi-même, par inconséquence, ainsi placé en quelque sorte en infériorité par rapport à un collaborateur. Les mots que l’on utilise sont essentiels dans l’image que les autres se font de vous, et de la position sociale qui nous est donnée et dont on se doit de prendre soin : je me suis souvenu de certains de mes chefs, et comment ils étaient descendus dans mon estime le jour où ils s’étaient autorisés des écarts de langage.

Bavarde, envahissante

définition

Lorsqu’on ne supporte pas le silence, qu’il nous faut immédiatement remplir d’un flot incessant de paroles ; volubilité qui puise en nous au souci maladif de projeter une image positive (l’enjoué, le dynamique, …), ou bien à l’angoisse d’une intimité par trop risquée car elle dévoilerait notre être profond, ou encore au besoin de domination, de maîtrise de la relation à l’autre. Lorsque dans une conversation, il n’est question que de soi et que nous ramenons tout à soi : plus ou moins consciemment nous ramenons tout propos de l’autre à notre propre vécu, notre propre expérience – et nous orientons l’échange sur le terrain où nous avons « des choses à dire ».

un exemple

L’hôtesse bavarde

J’avais organisé un dîner avec des amis de mon mari. Après la soirée, je demandai à mon mari ce qu’il en avait pensé. Il me dit « Ton dîner était très réussi. Par contre tu n’as pas arrêté de toute la soirée de parler de toi et de tes projets ! Pas une seconde tu n’as cherché à leur poser des questions ou à les mettre en valeur dans la discussion… » À la suite de cette remarque j’essayai de me remémorer les conversations lors du dîner. Nous avions commencé à parler longuement de mon mari et moi, la manière dont nous nous étions rencontrés et mariés. Ensuite, on avait passé beaucoup de temps à parler de mon projet professionnel – je monte une petite entreprise de communication. Enfin, jusqu’à une heure tardive, nous avions discuté de mes enfants – nos invités étant tous deux pédiatres, je leur ai posé mille questions ; c’était comme une consultation gratuite en fin de soirée… Au total, j’avais du, à moi seule, occuper 75% du temps de parole de la soirée.

Je fus prise de remords tant les paroles de mon mari sonnaient juste : toute obnubilée de mes propres préoccupations et aussi de me mettre en valeur, je n’avais pas du tout cherché à mettre en valeur les convives, ou tout simplement à les connaître. À la moindre seconde de silence, je prenais immédiatement la parole sans que les autres aient pu souffler. Dès qu’ils prenaient l’initiative d’un nouveau sujet, je le ramenais à moi : par exemple, à un moment, la femme évoqua la nouvelle coupe de cheveux de son mari qu’elle aimait beaucoup. Immédiatement j’évoquai mon propre coiffeur et coloriste, en quoi il était le meilleur, son nom et son pays d’origine, etc. Le pire est que, ce faisant, j’avais l’impression d’accomplir parfaitement mon devoir d’hôtesse et « de mettre l’ambiance », en me gardant de toute indiscrétion. Il me reste à analyser plus profondément le pourquoi de tels comportements.

Indiscrète, curieuse

définition

Lorsqu’on révèle à quelqu’un un secret, le nôtre ou celui d’un tiers, qui le met dans l’embarras, le gêne. Ou bien lorsque, à l’inverse, on cherche par nos paroles à soutirer des informations, et que nous soient livrés des informations qui ne nous regardent en rien. À l’origine de ces paroles, et de cette propension à trop en dire ou bien cette curiosité maladive, souvent on trouvera des pulsions inavouables : malveillance de celui qui révèle un secret, curiosité maladive du jaloux, frime de celui qui sait, volonté de puissance de celui qui veut tout savoir…

Décourageante, attristante

définition

Lorsque par notre parole on entame la motivation de l’autre, ou qu’on lui évoque des sujets sources de chagrin et de tristesse. Une telle parole peut être de l’ordre d’une malveillance plus ou moins consciente comme elle peut être de l’ordre d’une pseudo-bienveillance : sous couvert de parler avec franchise et sans détour, on manque de compassion (qui est de l’ordre de la sympathie, du sentiment), mais surtout on démontre son manque d’empathie (qui est de l’ordre de la compétence relationnelle) : incapable de se mettre à la place de l’autre, de se représenter son monde, de comprendre son schéma mental, on prononce une parole négative source d’attrition pour lui.

Manipulatrice, directive

définition

Lorsque par notre parole on cherche à orienter, à contrôler, à maîtriser les actions de l’autre – de manière explicite (directive) ou subtile (incitatrice, manipulatrice). Je veux donc soumettre l’autre à mes désirs, parfois à son insu, voire faire son bonheur malgré lui en l’amenant à… Ce faisant je nie sa capacité à décider par soi-même, à exercer son libre arbitre ; et je prends une lourde responsabilité en m’immisçant dans sa vie ; en influant le cours de ses actions je m’attribue de fait une part de la responsabilité de leurs conséquences. Ou encore, parole terroriste : on fait dire à l’autre, devant des tiers, ce qu’il n’a jamais dit en déformant ses propos, en les sortant de leur contexte et ce faisant, on le met sur la défensive – plutôt que de pouvoir exprimer son point de vue éventuellement contradictoire, l’autre est englué à convaincre les tiers qu’il n’a « jamais dit ça ».

un exemple

L’ami rhéteur

Au cours d’un dîner, nous avions une discussion philosophique avec deux amis. Un moment j’interviens avec ma stratégie favorite en disant à l’un : « tu ne poses pas la bonne question ; la vraie question c’est… » Il a réagi avec violence : « comment peux-tu décider pour moi de ce qu’est ou pas la bonne question ? » Sur le coup j’ai trouvé sa réaction ridicule. Mais en y réfléchissant j’ai vu qu’il mettait le doigt sur une forme de terrorisme intellectuel que j’exerce parfois, notamment vis-à-vis de mes collègues et de mes amis. D’une certaine manière je feins la pseudo-écoute en apparence, avec des tournures rhétoriques du type « Oui, tu as tout à fait raison » ou « je comprends ton point de vue », pour ensuite dire quelque chose qui ne tient en rien compte de ce qu’il dit, remettant en cause la manière même dont il a posé le sujet ou la pertinence de la question, ou bien je le contredis tout en affectant d’être d’accord. Le pire c’est quand je reformule ce que dit mon interlocuteur en déformant ou en mettant l’accent sur le point faible de son discours ; dans ce cas l’interlocuteur est tout à fait frustré de cette déformation sans forcément être en capacité de démonter l’opération rhétorique.

Mensongère

définition

Lorsque par notre parole, on induit l’autre en erreur afin de servir nos propres fins aux dépens des intérêts de l’autre ou d’un tiers : cela peut être de manière directe (je déforme sciemment les faits lorsque je les présente à l’autre), ou de manière subtile et indirecte (je me dupe moi-même pour donner une version enjolivée ou sélective des faits, de manière à orienter le jugement de l’autre dans le sens qui m’arrange).


Note : les exemples sont rédigés à la première personne afin d’aider le lecteur à mieux s’y projeter. Des exemples seront ajoutés en fonction des retours des lecteurs. N’hésitez pas à poster vos exemples en commentaires.



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10 commentaires

  1. A. le 11 Oct 2020 à 11:58 1

    Merci d’avoir identifié ces nombreuses facettes dans notre façon de communiquer, chacune d’elles décelant à son tour une facette de notre soi impérieux.

    Un exemple qui me vient à l’esprit par rapport aux paroles qui évoquent des sujets sources de chagrin et de tristesse chez l’autre, provient d’une situation vécue dans le milieu professionnel.

    Lors d’un meeting sur deux jours avec des collègues au travail, j’ai partagé avec eux le problème de mon fils cadet (10 ans) qui ne dort pas la la nuit par crainte de l’obscurité. Bien entendu, c’était dans le but de profiter de leur vécu en tant que parents.

    Quelle fut ma surprise quand ils me répondirent que la cause était probablement à rechercher dans les histoire angoissantes que je racontais à mon fils.

    N’arrivant pas comprendre à quoi ils se référaient au juste, ils évoquèrent un de mes récits à propos de l’utilisation de drones au combat. En cette occasion je leur avait parlé d’une simulation filmée d’une attaque de drones dans laquelle ces machines infernales tuaient d’une façon infaillible des étudiants d’une université. Apparemment cela avait angoissé notre secrétaire.

    De surcroît, insistèrent mes collègues, le récit des drones n’était pas un cas isolé et j’avais tendance à raconter des événements ou faits divers, toujours déprimants/angoissants.

  2. Lola le 11 Oct 2020 à 12:29 2

    Bonjour,
    Merci infiniment pour cette typologie qui m’a beaucoup éclairée sur un certain nombre de mes paroles et surtout donné une piste bien concrète pour lutter contre mon soi impérieux, à un moment où je me demandais par quel bout le prendre. Voilà une superbe porte d’entrée: observer nos paroles…Je me suis demandée où dans cette typologie on pouvait mettre la parole ingrate ou plutôt le manque de gratitude. J’ai remarqué, en me comparant à des proches qui remerciaient spontanément et régulièrement, qu’il y avait plusieurs occasions où je ne pensais pas remercier. Par exemple, mon mari me rend un service: il poste la lettre qui traîne dans l’entrée depuis 3 jours, il change l’ampoule du couloir dont je m’étais plainte, il me fait une installation informatique…et je ne prends pas le temps de le remercier. Je l’amène à se sentir frustré et à me demander: as-tu vu que j’avais réparé tel élément…? Ce serait plutôt une parole manquante, pas assez chaleureuse, pas assez positive, paradoxalement alors que je peux être très chaleureuse dans d’autres circonstances…

  3. Lilo le 11 Oct 2020 à 15:22 3

    Manipulatrice/directive/décourageante (effrayante): Alors voilà, je me considère souvent “quelqu’un qui a tout compris”. Je tombe donc dans un réel mépris pour les autres. Que ce soit par des paroles que je finis par lâcher exaspérée, ou mon silence qui juge…Sous couvert de “vérité” je me permets de mettre les certitudes des autres en branle, ou juste à mettre mal à l’aise quelqu’un qui n’est pas obligé de savoir ce que je sais, ou ce que je crois savoir. Je crois que cette façon d’agir vient d’une façon d’être : une profonde volonté d’être supérieure à tout le monde. Un profond mépris d’autres personnes avec qui je ne suis pas d’accord. Mais je n’arrive pas à me dire que ce sont des points de vues…je me fais croire que seule moi et quelques autres chanceux détiennent la vérité. Mais quel est mon effet? Si je me rends compte que des amis ont des idées que je considère ignorantes ou bien même si je me rends compte d’une méchanceté de caractère d’une autre personne (en raison d’ignorance et ou de jalousie), est-ce que je dois leur jeter “ma” vérité à la figure? Peut-être créer un stresse et une angoisse insoutenable pour cette personne? Dois-je m’éloigner d’elle en me rendant compte qu’elle ne me fait pas de bien? Ou rester proche mais me distancier en pensées.
    En tous les cas, je me rends compte que je fais tort à des gens (amis, collègues, personnes à une table de café voisine…) en exprimant ma pensée comme un bulldozer. Si je m’imaginais l’Un à côté de moi, je n’agirais pas ainsi sans égard pour leur bien être en brandissant la bannière de la “vérité”.
    C’est un point très difficile pour moi qui, je crois, vient d’une profonde intolérance en moi et un profond sentiment de supériorité. Aussi, une réaction contre des années à me faire écraser par des gens que je ne respectais pas, aujourd’hui que eux me respectent et ne me harcèlent plus (grace à Dieu quelque chose à changer, c’est un peu un mystère). Vengeance? Je soupçonne aussi un problème lié à la confiance en l’Un. Si je pratiquais réellement la confiance en sa guidance et que tout ce qui m’arrive est pour mon bien, je ne serais pas aussi acharnée et catégorique.

  4. Lilo le 11 Oct 2020 à 15:26 4

    Trop souvent, je ne me soucie pas du bien être d’autrui. Je lâche ce que j’ai sur le coeur et je peux parler 30min à 1 heure d’affiler, sans me questionner sur comment la personne se sentira après. Mon excuse, je suis intéressante, je suis plus importante, j’amuse la galerie et je suis plus informée. J’accable, je pollue, j’angoisse autrui et j’envahis leur espace.
    La vraie vérité: ma peur de paraître faible, sans intérêt, de ne pas compter.

  5. Diane le 12 Oct 2020 à 13:39 5

    Merci pour l’article et les définitions et exemples donnés pour les types de paroles, cela va me permettre de mieux identifier en quoi mes paroles sont négatives, j’ai trop tendance à ne faire cas que de ce qui est flagrant et pas de ce qui est subtile. Deux exemples récents, le premier illustrant la parole grossière : en parlant d’un client avec une collègue, j’ai utilisé une expression très familière pour dire “celui-là il me casse les pieds”, et quand elle m’a dit qu’elle avait été choquée d’entendre ça de ma bouche, je me suis sentie aussitôt très mal. Du coup, cela m’a marquée et je fais beaucoup plus attention depuis. L’autre exemple illustre la parole bavarde/envahissante : je rencontre le père d’un ami dont la mère est décédée récemment (donc la femme du père), et à part demander comment ça va, ne sachant pas trop quoi dire mais me sentant obligée de dire quelque chose, j’ai été très maladroite “elle était malade, c’est peut-être un soulagement finalement pour vous, et la maison tout seul, vous vous en sortez, etc…” Bref, régulièrement je me dis “ne parle pas trop ça t’évitera de dire des bêtises”, mais malheureusement je n’y arrive pas ! je vais lire et relire ces définitions et trouver chaque jour les exemples qui s’y réfèrent, ainsi, j’arriverai peut-être mieux à anticiper et modifier mes paroles, ou ne rien dire !

  6. MaryO le 13 Oct 2020 à 19:13 6

    Mille mercis pour ces paroles et leur définition qui m’ont aidé à voir la vérité et la laideur de mon comportement. Je reviendrai relire ce texte régulièrement jusqu’à ce que je puisse me défaire, à la grâce de Dieu, de ces habitudes …

    Encore, un grand merci!

  7. LA le 13 Oct 2020 à 23:47 7

    Bonjour et merci d’expliquer si clairement mes paroles fautives! Consciente du fait que prières et expressions d’adoration de l’Un proviennent de cette même bouche, je me rends compte encore mieux de la force et du pouvoir de mon soi impérieux! Je comprend que chaque instance de faiblesse, d’oubli et de manque de fortitude résulte en empiètements des droits de mon âme ainsi que ceux d’autrui…

  8. Wlihelm le 16 Oct 2020 à 6:42 8

    En complément de cette typologie très utile des paroles inconsidérées et/ou négatives, on peut aussi ajouter les mimiques, yeux roulés, et autres marques du visage et du corps visant à déconsidérer, moquer ou humilier les autres.
    Dans un registre négatif comparable on trouve les commentaires dans les médias sociaux, emoji ironiques et autres marques de dédain, petite piques ou désaveux qui peuvent avoir une effet aussi mauvais que les paroles malveillantes.
    Par contre, le silence peut avoir une grande force, comme me l’avait indiqué à juste titre un ami très cher il y a quelque années :
    Tout dépend des circonstances, mais le silence permet parfois de résister aux attaques et paroles malveillantes des autres sans relancer la polémique. En ne répondant pas à une attaque par une attaque, on gagne souvent en respectabilité, mais aussi efficacité, et on acquière aussi une certaine estime de soi, doublée d’un contrôle de soi accru.
    Le silence peut aussi empêcher son propre ego de se manifester et conséquemment parfois aussi effacer les velléités et racines négatives de cet ego.
    Cependant, parfois, face aux malveillants il convient aussi de se défendre.
    Tout dépend des circonstances.
    C’est un exercice subtil et délicat.

  9. Suraj le 17 Oct 2020 à 23:11 9

    Nous notre exemple serait celui d’une “parole ping-pong” où l’on se renvoie la balle non-stop car chacun campe sur sa position et surtout nous voyons différemment la situation de notre discussion.
    L’homme du couple voit “pragmatique” en images tandis que la femme voit “intellectuel” cérébral.
    Exemple : une amie nous confie ce soir par sms qu’elle est en travaux chez elle et n’a pas de chauffage alors qu’il fait très froid. Je lui réponds par sms qu’elle peut utiliser notre domicile (puisque nous en sommes absents) et aussi trouver un radiateur à la cave.

    Mon compagnon me dit alors “elle aura du mal à l’emporter avec son vélo” car il sait qu’elle passe toujours chez nous à pied ou en vélo.
    Je lui réponds très vite ” évidemment, il est bien trop lourd, je ne vois même pas pourquoi tu dis ça, c’est tellement évident.” Pour moi c’est une Lapalissade et comme on vient de lire le billet ensemble, je lui assène “tu vois, c’est ça ton défaut, parler pour ne rien dire, “parole bavarde”.
    Lui se vexe, et comme toujours dans ce style d’échange, se justifie en long et en large “si j’ai dit ça c’est parce que je la vois venir en vélo, qu’il lui faudra venir en voiture, et rentrer la voiture car dehors elle ne peut se garer etc…” bref il voit la scène et la verbalise.
    Moi je transmets l’info à mon amie mais en pensant qu’elle aurait tout de suite vu qu’il était lourd.
    Et surtout la phrase s’adressait à moi, et à moi on n’a pas besoin de dire que ce radiateur est trop lourd, je le sais.
    On se dispute car lui reste ancré sur sa vision de la scène, se défend de la nécessité d’avertir notre amie du poids du radiateur, du risque d’amende de stationnement, et moi je rétorque qu’elle a l’habitude, qu’elle travaille chez nous, a trimballé chez nous du matériel et s’est déjà maintes fois garée sans souci.
    On se renvoie la balle ainsi, chacun veut avoir raison.
    Et là on réalise qu’on est comme chaque fois tombés sous l’emprise du soi impérieux car d’un petit rien du tout dont tout le monde se fout on a fait un match pour imposer son point de vue.
    Pulsion de puissance caractérisée ! Bonne raison pour écrire ce commentaire et analyser notre comportement grâce aux retours des commentateurs. Merci à tous et mille excuses pour tant de stupidité, c’est en le rédigeant qu’on se rend compte à quel point c’est nul ! On s’aime tant et on se dispute pour ça !!!
    Et pourquoi on ne s’arrête pas à la première salve, pourquoi on continue à vouloir imposer sa vision des faits cad protéger ses droits ? Pourquoi la parole de l’un serait plus valable que celle de l’autre ?
    J’espère qu’après cette expérience, l’aspect “peccadille” de l’affaire nous sautera dorénavant tout de suite à l’esprit et musèlera le soi impérieux.

  10. marie le 18 Oct 2020 à 12:59 10

    Un grand merci pour votre article, qui offre de nombreuses pistes concrètes de réflexion et de travail in vivo.
    La difficulté de la parole, c’est qu’elle s’exerce en temps réel au contact des autres, elle fuse, on a très peu de temps pour se préparer, réfléchir, stopper le soi impérieux toujours au premier rang, et trouver la parole juste, bonne et positive.

    Récemment, une amie m’appelle. Devinant le but de son appel, je décide de ne pas lui répondre au téléphone, mais l’invite par un petit message à m’écrire, prétextant d’être trop occupée. Ceci car je crains de m’emporter au téléphone et de lui lancer des paroles agressives, blessantes, colériques, irresponsables, inutiles, tout ceci à la fois.
    Elle m’envoie à la suite un message, dans lequel j’ai sentie une colère à mon sens injustifiée, à l’encontre d’une autre amie, à laquelle elle doit pourtant beaucoup.
    Je prends le temps de ravaler mon énervement intérieur et toutes les pensées négatives qui apparaissent en moi.
    Je prends ainsi 24h de réflexion, de prière intérieure, et je lui écris, en essayant de me mettre à sa place et de lui faire comprendre des choses, mais sans la viser directement, avec une réflexion notamment sur la colère, qui rend la vue étroite,…et qui nécessite de prendre du recul…
    Sa réponse me montre qu’elle n’a pas compris que je parlais d’elle aussi, en évoquant la colère, mais aussi que mes écrits ne l’ont pas blessée et l’ont conduite à prendre du recul: j’en souris intérieurement et me réjouis de ne pas avoir cédé à mon premier mouvement.

    Si on sent qu’on n’est pas capable de maîtriser sa parole, éviter la situation et s’entraîner à l’écrit peut être un préalable au travail à l’oral, plus difficile.

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