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L’entendement spirituel et le système causal

Par , le 7 Sep. 2008, dans la catégorie Articles - Imprimer ce document Imprimer - English version

[Cet article fait partie d’une série de 7 articles sur La pensée d’Ostad Elahi]

Médecine de l’âme, connaissance de soi : la conception qu’Ostad Elahi se fait de la spiritualité le conduit à accorder une place fondamentale à la réflexion et à l’entendement. A condition de préciser qu’il s’agit d’un entendement spirituel, nourri de principes éthiques et spirituels justes, et non de l’intelligence matérielle que nous appliquons aux tâches ordinaires. L’entendement spirituel peut d’ailleurs être aussi bien décrit en termes de sensibilité : il fonctionnera d’autant mieux qu’on aura affiné ses sens spirituels. Ces derniers demeurent engourdis et inopérants tant que nous nous rapportons uniquement à la surface de nous-même, au niveau du moi conscient superficiel. Mais il ne sert à rien, et il est même dangereux, d’activer artificiellement ses sens spirituels (comme cela arrive lorsqu’on cherche à susciter des états de conscience modifiés), tant que l’entendement spirituel et la compréhension qui l’accompagne font défaut. Cette faculté de discernement spécial, issue de la part céleste de la raison humaine, doit elle-même être cultivée ; elle n’est donc pas séparable du processus d’éducation de la pensée et de la connaissance de soi développée au fil de la pratique.

L’importance accordée par Ostad Elahi à l’entendement spirituel contribue à orienter dans un sens particulier l’appréhension des questions d’ordre éthique et spirituel. En effet, si l’émotion et l’intuition ont leur part dans le processus de perfectionnement, il s’agit d’abord de comprendre, et de comprendre rationnellement. En ce sens la spiritualité est à sa manière une science, parce qu’elle repose sur des réalités objectives auxquels l’entendement peut s’appliquer pourvu qu’il développe une attention et un intérêt actif pour les questions spirituelles. Qu’une réalité soit objective signifie, fondamentalement, qu’elle présente une stabilité suffisante pour être abordée de manière expérimentale, dans l’idée d’en dégager des lois générales et des principes de conduite. Le développement et la maturation du soi obéit, comme tout autre phénomène, à des enchaînements de causes et d’effets. Ces enchaînements présentent certaines régularités qu’il est donc également possible d’exploiter, en insérant son action dans les canaux de la causalité. Par exemple, pour obtenir un résultat spirituel quelconque, on s’appuie sur certains mécanismes ou certaines structures psychiques, ou encore on accomplit certaines démarches qui finissent par développer une capacité ou un droit. Le perfectionnement est en ce sens un processus « naturel ». La spiritualité elle-même peut être dite « naturelle », pour autant qu’elle est adaptée à la nature du soi et aux conditions de son développement, et qu’elle peut faire l’objet d’une approche rationnelle : la pensée d’Ostad Elahi rompt ainsi avec la voie de l’émotion privilégiée par la spiritualité classique et le mysticisme.

On comprend dès lors que le travail de perfectionnement ne se limite pas à la lutte intérieure et qu’il doit être réinscrit dans la conception plus vaste d’un véritable système spirituel : chaque être, chaque événement, trouve sa place et sa justification pour celui qui sait les ressaisir dans l’enchaînement général des causes et des effets, des actions et des réactions. Cette manière d’envisager la dimension spirituelle elle-même comme un système (ou un écosystème) causal a des conséquences pratiques immédiates. D’une part, rien de ce qui nous arrive n’est sans raison : il faut en chercher la cause. D’autre part, comme nous sommes des êtres libres et responsables, nous pouvons dans une certaine mesure infléchir le cours des choses. C’est pourquoi Ostad Elahi explique qu’il faut d’abord chercher la cause de ce qui nous arrive en nous-même, plutôt que de laisser libre cours, par exemple, à la rancœur, à l’amertume, ou à la déprime.

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5 commentaires

  1. danielle le 22 Sep 2008 à 23:29 1

    Peut-on, en toutes circonstances trouver la cause des événements désagréables en soi-même ? Si une collègue me nuit par jalousie, la cause n’est pas en moi, mais en elle ?

  2. Emmanuel Comte le 23 Sep 2008 à 11:25 2

    Et pourquoi me jalouse-t-elle ? Est-ce que je suis sûr que je n’ai aucune part dans le fait qu’elle me jalouse ? Je crois que l’idée est de chercher, dans ce genre de circonstances, ce que je peux changer dans ma manière d’agir ou dans ma vision des choses, plutôt que de me laisser affecter ou abattre par les événements qui m’atteignent de l’extérieur… Il s’agit moins de s’attribuer la responsabilité directe de ce qui m’arrive (ce serait absurde), que de faire de ce qui arrive une occasion d’agir et de se perfectionner. Et comme c’est toujours sur soi qu’on agit (en modifiant ses pensées, ses émotions, actions), ça revient finalement à chercher en soi un levier, ou à identifier la source d’un dysfonctionnement sur lequel on peut intervenir (la “cause”).

  3. Han le 23 Sep 2008 à 15:21 3

    Il n’est pas sûr que de saisir les désagréments comme des occasions de se perfectionner exclue de s’en attribuer la responsabilité directe.
    Pour reprendre le cas de la jalousie d’une collègue, il peut y avoir plusieurs cas de figures:
    – elle me jalouse parce que je frime et fais étalage en sa présence de tout ce que j’ai et qu’elle n’a pas. Bien qu’il s’agisse d’une responsabilité partagée (elle est aussi responsable de sa propre jalousie), ma responsabilité directe n’en est pas moins effective.
    – elle me jalouse alors qu’objectivement, je n’ai rien fait pour, et je me mets à lui en vouloir. Bien que je ne sois pas responsable de sa jalousie, je suis effectivement responsable de mon propre sentiment de rancune à son égard et peut saisir cette situation pour travailler mon détachement et ma patience ou mon indulgence
    – elle me jalouse, je n’ai rien fait pour, et je n’en suis pas non plus affecté. Il ne s’agira peut-être pas ici de chercher un manque en moi, mais d’utiliser cette occasion pour bonifier mon soi (pour me “perfectionner) en faisant preuve d’empathie et de compréhension pour cette personne, et en essayant de la soulager de sa jalousie, en la mettant sincèrement en valeur par exemple.

  4. MIA le 24 Sep 2008 à 4:13 4

    @Emmanuel
    Vous écrivez :”Ces enchaînements présentent certaines régularités qu’il est donc également possible d’exploiter, en insérant son action dans les canaux de la causalité. Par exemple, pour obtenir un résultat spirituel quelconque, on s’appuie sur certains mécanismes ou certaines structures psychiques, ou encore on accomplit certaines démarches qui finissent par développer une capacité ou un droit”.
    A quelles régularités faites-vous référence ?
    Pourriez-vous donner des exemples de mécanismes, de structures psychiques et de démarches ?

  5. JB le 03 Jan 2009 à 23:09 5

    @MIA
    Permettez que je rebondisse sur vos questions.
    J’ai donc cherché un exemple, je vous propose le suivant, il est classique et concerne les automobilistes.
    En voiture je peste régulièrement contre les comportements des autres automobilistes, et cela fait exister dans ma sphère une multitude de pensées négatives.
    Je constate qu’en réalité le fait de pester me porte préjudice et que j’en suis le seul responsable.
    Afin de contrer mes jugements hâtifs, mon impatiente, ma conception de comment bien conduire etc. J’ai programmé une action entre l’événement observé (qui suscite que je peste) et mon jugement. Pour ce faire, au préalable je me suis observé dans ma conduite en essayant d’imaginer quels effets je pouvais produire sur les autres, effectivement quand je mets ma ceinture de sécurité après avoir démarré, ma trajectoire n’est pas rectiligne « aurai-je bu », certes non !
    Mais qu’en pense l’autre ?
    Tiens telle personne conduit trop rapidement, que dire si un enfant attend son père ou sa mère devant l’école ?
    Désormais j’oppose un argument contraire car je sais que je suis ignorant de la problématique de l’autre. Ma sphère c’est allégée de quelques pensées négatives, je suis plus serein au quotidien et j’ai gagné en tolérance.

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