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La règle d’or selon Hadj Nemat

Par , le 28 Feb. 2015, dans la catégorie Articles - Imprimer ce document Imprimer

Vue sud de Jeyhounabad

« Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse »… Telle est, dans sa formulation négative, la « règle d’or » qui est au fondement de la plupart des grandes doctrines morales. Hadj Nemat, le père d’Ostad Elahi, lui consacre tout un développement dans son grand œuvre en vers, le Livre des Rois de la Vérité. Il montre que ce principe universel trouve sa condition et son sens dans le processus de transformation de soi par lequel chacun peut s’efforcer de rendre son être semblable à une « eau pure ». Alors « faire le bien » ne se réduit pas à éviter aux autres le mal qu’on ne voudrait pas pour soi-même ; l’altruisme véritable est une expression de l’adoration du Vrai. L’extrait qui suit a été traduit par Leili Anvar.

Quiconque veut être compté au rang des serviteurs
Et s’unir au Seigneur en toute humilité,
Doit purifier son être, devenir eau limpide
Afin de contempler l’éclat de Sa splendeur.
Car l’Essence du Vrai est pure et sans défaut
Et seuls ceux qui sont purs en reçoivent les bienfaits
Si ton être est semblable à l’eau courante et pure,
Il aura pour toujours le goût de la douceur
Mais si à l’intérieur, l’ego est plein, impur,
Il croupit du dedans comme de l’eau stagnante.
Et sache que quiconque veut s’approcher du Vrai,
Se soumettra à l’ordre émis par le Seigneur.
Son intention sera de contenter son Dieu
Et de faire toujours ce qu’Il a commandé,
Renonçant dans son âme aux tentations, aux doutes,
À toute hypocrisie, toute dualité,
Réduisant à néant l’ego avide et fourbe.
Coupant court à l’orgueil, l’arrogance, l’impureté,
Soumis à Ses décrets de la tête jusqu’aux pieds.
Lors le Vrai deviendra, en lui, son Bien-aimé,
Et la joie en son cœur lui sera accordée.
Il me faut énoncer en toute sincérité
Les deux principes menant à l’immortalité,
Survivance de l’âme au sein de l’Eternel :
En premier, tout ce que l’on aime pour soi-même,
Le vouloir pour les autres comme légitime et juste.
En deuxième, ne pas vouloir pour ses semblables
Tout ce que pour soi-même on ne désire pas.
Car si tu vois autrui comme un autre toi-même,
Jamais comme un vautour, tu ne fondras sur lui.
Tu choisiras alors les actions les meilleures,
Dans le cœur des épines tu cueilleras la fleur.
Le bon agit en bien même avec les mauvais ;
Dans ce monde, il ne fait que le bien en tout lieu.
Faire le bien en réponse du bien est une chose
Mais rendre par le bien le mal que l’on t’a fait
C’est là, je te le dis, la bonté au sens vrai.
Ô mon cœur, soit donc bon, envers tous, quels qu’ils soient
Afin que tous te voient comme pôle du Vrai.

Source originale : Hâdji Ne‛mat Djeynûnâbâdi, Shâhnâme-ye Haqiqat [Le Livre des Rois de Vérité], Téhéran, Djeyhûn, 1373/1994 (1ère édition, 1966), p. 379.

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15 commentaires

  1. Wilhelm le 28 Feb 2015 à 6:14 1

    C’est si beau et si difficile

  2. KLR le 28 Feb 2015 à 11:06 2

    Merci pour ce beau poème !
    A propos de cette belle image d’eau pure qui doit devenir la substance de l’être, j’ai eu une expérience récente qui m’a fait saisir la nécessité de faire feu de tout bois en matière d’altruisme, et de saisir toutes les occasions possibles.
    Dans le cadre de mon travail, une de mes chefs a récemment accouché. C’est une personne avec qui j’ai eu de temps en temps maille à partir car elle est très gestionnaire, tout en jouant sur l’affectif quand cela l’arrange…
    Lorsque son enfant est né, une collègue m’a mis un SMS enthousiasme avec une photo du bébé ! j’ai vu le SMS et j’ai tout de suite émis un soupir de dépit et d’agacement.
    Puis dans un second temps j’ai répondu à cette collègue gentiment. Elle m’a renvoyé un deuxième SMS : “peux tu lui envoyer un message pour la féliciter…”.
    Là, j’ai vu tout de suite la main de Dieu, j’ai regretté mon geste de dédain et j’ai compris que Dieu m’offrait sur un plateau une occasion de faire un geste altruiste.
    j’ai envoyé un SMS à ma chef, celle-ci en a été très touchée, et m’a renvoyé un message très gentil…
    Le fait d’avoir pu faire ce geste a totalement apaisé mon coeur, et je ressens cette image de l’eau pure et mon geste de dédain comme une grossière impureté !

  3. mahaut le 28 Feb 2015 à 12:18 3

    Ce nouveau billet est un vrai baume sur nos coeurs, dans ces jours où le monde tourne à l’envers plus que jamais….. Merci

    Après avoir essayé de pratiquer l’altruisme, je me suis rendue compte : “chez moi”, de quelque chose semblable à :
    – l’altruisme véritable est une expression de l’adoration du Vrai –

    J’ai éprouvé bien des fois “mon amour maternel”, pour mes enfants… à des moments où ils dépassaient les limites et qu’il fallait “punir” sans toutefois les écraser…. et assumer leur éducation, j’étais vraiment très démunie au moment où je me retrouvais dans cet état……….. Dans ces moments, du moins, me concernant, souvent je me suis retrouvée face à une âme, dont le corps biologique était proche du mien, fait du même tissu que moi, mais en même temps une âme dont, je ne savais rien….

    – Car si tu vois autrui comme un autre toi-même, Jamais comme un vautour, tu
    ne fondras sur lui. Tu choisiras alors les actions les meilleures, Dans le cœur
    des épines tu cueilleras la fleur. –

    J’étais face à mes enfants et en même temps face à notre Créateur commun, j’essayais de faire “mon devoir”….

    Dans ces moments, je sentais monter en moi, comme une chaleur dans ma poitrine et mon coeur battait plus fort et je constatais que l’altruisme avait un véritable goût….

    Avec le temps, en essayant de pratiquer l’altruisme en toutes circonstances, j’ai ressenti renaître dans ma poitrine cette sensation connue….. pour moi l’altruisme est semblable à cette sensation maternelle éprouvée….

    Cela a été une merveilleuse découverte d’avoir pu saisir cette relation et notre rapport avec tous les êtres. Nous sommes tous frères, avec un même Créateur. Il ne peut rien d’autre habiter dans notre coeur, sinon, nous ne sommes plus avec Lui.

    Quelle merveille pour Ostad, d’avoir été éduqué par un tel père biologique ! La vie est avant tout éducation nous ramenant à la racine….

    1. A. le 02 Mar 2015 à 23:46 3.1

      > J’étais face à mes enfants et en même temps face à notre Créateur commun, j’essayais de
      >faire “mon devoir”….
      Ce n’est pas facile de faire son devoir comme parent, notamment pendant l’adolescence alors que le soi impérieux se manifeste dans toute sa puissance et de surcroît avec une influence du milieu qui ne fait qu’encourager les jeunes (et les moins jeunes) à agir dans un sens anti-éthique

      >Faire le bien en réponse du bien est une chose
      >Mais rendre par le bien le mal que l’on t’a fait
      >C’est là, je te le dis, la bonté au sens vrai.
      C’est justement avec ses proches les plus proches, que l’on peut commencer à mettre en pratique la bonté véritable, l’altruisme véritable, cad répondre en bien quand ils te font du mal. Mon aîné de treize ans par exemple, est ultra-égoïste … les autres n’existent pas pour lui. La tentation est forte alors lorsqu’il te demande de l’aide (ce qui arrivé souvent) de lui rendre la pareille, de se venger … mais il faut l’éduquer, donc on ne peut pas se permettre d’agir comme lui il le fait. Donc, agir avec bonté mais en même temps lui faire remarquer par l’exemple et la parole, ses erreurs .. tout un travail d’équilibre. Ce qu’est difficile d’être un bon éducateur

  4. chat31 le 28 Feb 2015 à 19:35 4

    Merci pour cette belle traduction. Ce nouvel article m’a redonné l’occasion de relire les articles précédents dédiés à Hadj Nemat. Je me suis rendue compte que la lecture de ces poèmes, et en particulier l’amour inconditionnel du Vrai qui en découle, sont profondément inspirants et m’aident à ne pas me laisser submerger par ce monde et ses nombreuses influences anti éthiques.

    1. Danielle le 01 Mar 2015 à 13:20 4.1

      Je me joins à vous pour ce grand Merci, ces merveilleuses traductions nous permettent d’accéder à ces textes exceptionnels.

  5. adissam le 01 Mar 2015 à 12:21 5

    sans jugement, j’ai le cœur léger…

    “Ô mon cœur, soit donc bon, envers tous, quels qu’ils soient […]”

  6. Becido le 02 Mar 2015 à 22:17 6

    Bien sur c’est un très beau texte, mais j’aimerais y mettre un bémol :

    “En premier, tout ce que l’on aime pour soi-même,
    Le vouloir pour les autres comme légitime et juste.
    En deuxième, ne pas vouloir pour ses semblables
    Tout ce que pour soi-même on ne désire pas.”

    Derrière les apparences, il y a une chose qui me gène dans ces deux phrases. Serais-je donc le détenteur du savoir de ce qui est légitime et juste pour mes semblables ?

    C’est l’écueil de l’altruisme “positif”, l’enfer est pavé de bonnes intentions.

    1. mahaut le 04 Mar 2015 à 10:31 6.1

      Bien évidemment, il ne faut pas prendre au pied de la lettre : «comme pour vous-même » ! “Nous ne sommes pas “la” mesure inattaquable”. Il faut mettre à distance, selon la volonté du Créateur. Nous ne sommes pas encore à l’état de la vérité pure !! Il faut se rapporter au bien commun…

      Laissez-moi vous raconter la leçon que j’ai prise un jour d’un de mes enfants qui avait 8 ans…. !!

      “Oh ! Maman, avec toi, c’est “beau” parce que “c’est rouge” Je l’ai regardée et je me suis regardée…. je me suis dit : “Vraiment celle-ci a bien compris les choses, il va falloir que je fasse attention à mon comportement”. Oui, j’aimais le rouge, mais de là, à que cela vienne une REGLE POUR LES AUTRES ???

      J’avais reçu ce jour-là, une LECON SANS FRAIS. Quand on veut pour soi-même, ce n’est pas sous l’angle de notre égo, mais bien celui de la commune mesure et cela c’est difficile, il faut vraiment aimer et pour l’autre : pour souhaiter pour autrui, ce qui lui convient.

      En l’occurrence ici. La commune mesure n’était pas la couleur rouge, mais bien “qu’elle grandisse pour elle-même” avec l’accord de notre Créateur. Ma vie passera, et elle continuera après moi…

      1. Becido le 05 Mar 2015 à 23:19 6.1.1

        Je souscris à votre vision des chose Mahaut.

      2. Etienne le 09 Mar 2016 à 12:17 6.1.2

        Dans le prolongement de la conclusion que tire mahaut, j’ai récemment repensé cette fameuse règle d’or du ”en toutes circonstances, se mettre à la place d’autrui”. Et bien, je me suis rendu compte que l’appliquais de façon incomplète. En effet, je me contentais de simplement me mettre à la place de la personne, mais comme si c’était moi-même, avec mes propres qualités et défauts, goûts et attraits, qui faisais face à la situation d’autrui… !

        Or bien que cela soit une étape préliminaire indispensable, le risque qu’évoque à juste titre Becido est de ne pas comprendre la réaction d’autrui, puisqu’on se dit que nous n’aurions pas réagi de la sorte dans une même situation. D’un tel constat peut alors naître un soi impérieux qui nous amènerait alors à effectivement penser que nous sommes ”détenteur du savoir de ce qui est légitime et juste pour (nos) semblables”, comme le souligne Becido. Par analogie avec la pratique complète de l’altruisme qui consiste à non seulement agir pour le bien d’autrui mais également à en assimiler le corollaire qui est l’ingratitude d’autrui, la pratique complète de la règle d’or supposerait d’intégrer une étape plus avancée, à savoir la connaissance réelle d’autrui.

        Cette étape plus avancée consisterait alors à se mettre tout d’abord en situation d’autrui, puis d’essayer de penser comme autrui, c’est à dire en comprenant et en intégrant sa façon de penser. Un peu comme un acteur qui doit ”devenir” le personnage qu’il interprète pour que sa performance soit vraie. Mais à la différence de l’acteur qui agirait dans une optique simplement matérielle, la pratique de la règle d’or en ce sens fait appel à diverses qualités humaines. Je vois par exemple la bienveillance qui nous permet de ne pas rejeter la réaction d’autrui, ou encore l’altruisme au sens de cette motivation qui nous pousse sincèrement à aller vers autrui pour essayer de le comprendre. C’est d’ailleurs peut être en ce sens là qu’Ostad Elahi avance que ”l’altruisme est une forme de dévouement envers Lui.” (Maximes de guidance, Principes de sagesse universelle, n°198)

      3. An. le 12 Feb 2018 à 5:00 6.1.3

        …”essayer de penser comme autrui, c’est à dire en comprenant et en intégrant sa façon de penser”

        par ex., il m’est arrivé d’appeler une personne que je ne côtoie que rarement. Il s’avère que pendant notre bref échange, je me suis adressé à elle en la tutoyant sans y prêter attention. Il s’agit d’une personne plus âgée que moi et d’une autre culture; j’ai par la suite appris qu’elle l’avait très mal pris.
        Si j’avais 60 ans, j’aimerais très certainement des marques de respect, d’autant plus au premier abord.

  7. mike le 09 Mar 2015 à 1:06 7

    bravo à la traductrice qui a réussi à faire tout en alexandrins! ce qui donne encore plus de rythme et d’étais à cette poésie riche en fondements essentiels.

  8. Ms le 07 Oct 2015 à 22:37 8

    “Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse” … Cette phrase me fait inévitablement penser à la notion de compassion … Bien que j’éprouve du mal à l’appliquer au quotidien, et ce, encore plus avec certaines personnes, je trouve que c’est vital pour être bien au quotidien et vivre sa vie de manière apaisée (ou plutôt, plus apaisée …). C’est une prérogative non seulement pour les autre mais aussi et surtout pour soi même. Cela apporte tellement !
    (C’est comme le concept d’altruisme : à première vue, cela aide objectivement les autres mais au final le principal effet revient à la personne altruiste elle-même …!).

    Vouloir pour l’autre ce que l’on veut pour soi-même est très difficile, surtout dans les périodes où l’on n’est soi-même “pas bien” … Il est facile d’être avenant, de faire preuve de gentillesse, etc., dès que l’on reçoit une bonne nouvelle … (sachant que même dans ces situations, vraisemblablement plus favorables, je n’y pense pas toujours …) …

    Finalement, le véritable challenge est d’avoir cet état d’esprit tout le temps et c’est pourquoi faire preuve de compassion aide à mon sens :
    – d’une part, s’agissant d’autrui, la compassion permet de garder l’autre à l’esprit, de ne pas oublier que l’on n’est pas seuls et notre “bonheur” n’est pas seul à compter
    – d’autre part, s’agissant de soi-même, la compassion apaise car paradoxalement sortir de ses soi-disant soucis, de son petit être pour s’ouvrir permet non seulement de se rendre compte que l’on n’est pas seul mais je trouve également que rien ne remplace d’aider une personne ou lui donner un peu d’intention (même lorsque l’on est pas “au top” dans notre vie

    En somme, cet effort de sortir de sa bulle et de ses propres prétentions et attentes est on ne peut plus difficile mais dès lors que l’on fait ne serait-ce qu’un petit effort, notre vision des choses change (elle devient juste) et l’on se sent bien ! Ce sentiment, pour ma part, est la preuve même d’un regard dénué/atténue d’égo !
    Quand on y pense, les moments où l’on est mal sont ceux où l’on est constamment focalisés sur nous-même (comportement automatique de tout être humain), et dès que l’on s’ouvre même un peu, tout va mieux 🙂

  9. An. le 27 Feb 2018 à 14:16 9

    Au sujet de la règle d’or, j’ai découvert récemment le “Petit manuel de l’éthique au quotidien” publié chez Studyrama. C’est détaillé et riche en cas concrets. Il y a une partie sur “se mettre à la place de l’autre” qui développe entre autres le “pourquoi ? comment ? et jusqu’où ?” de cette pratique.

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