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Une personnalité spirituelle remarquable

Par , le 20 Feb. 2012, dans la catégorie Articles - Imprimer ce document Imprimer - English version

Jeyhunabad

Ostad Elahi évoque souvent le rôle capital joué par son père Hadj Nemat (1871-1920) dans sa formation spirituelle. Ce dernier était âgé de vingt-neuf ans lorsqu’une expérience spirituelle intense le détermina à quitter les fonctions qu’il occupait auprès du gouverneur de sa région pour se consacrer entièrement à la vie mystique. Reconnu comme un saint de son vivant, il était également poète : c’est à lui que l’on doit, entre autres, le Livre des Rois de Vérité. À l’approche du 92e anniversaire de sa mort, deux témoignages présentés sur le site hadjnemat.com offrent un aperçu sur une personnalité spirituelle remarquable.

Témoignage d’Ostad Elahi, fils de Hadj Nemat

Mon père était très intransigeant pour tout ce qui touchait au respect d’autrui. Il a d’ailleurs apporté beaucoup de soin à mon éducation morale. Je me souviens qu’un jour où il m’avait réprimandé, une femme d’un certain âge qui travaillait chez nous m’a gentiment demandé : « Mon petit, qu’as-tu fait pour que ton père…? » Mais je l’ai rabrouée avant qu’elle ne finisse sa phrase et elle n’a plus rien dit. Un peu plus tard, mon père m’a fait dire que même s’il pardonnait ma première faute, il ne le ferait pas pour la deuxième, qui était d’avoir fait de la peine à cette femme, tant que je ne me serais pas racheté et que je n’aurais pas obtenu qu’elle me pardonne.

Je me souviens d’une autre fois où, en compagnie de quelques notables, le gouverneur de la région est venu rendre visite à mon père. Un grand nombre de personnes attendaient, sous un soleil de plomb, et l’on a installé le petit groupe à l’ombre, sous un abri dressé à son attention. Lorsque mon père est arrivé, il a aussitôt demandé pourquoi les notables étaient à l’ombre alors qu’il n’y avait aucune différence entre eux et ceux qui se tenaient sous le soleil. Et il a ordonné que l’on retire l’abri, ce qui a été fait avec tant d’empressement que celui-ci s’est écroulé sur les notables. Mais mon père ne s’est pas excusé, bien au contraire, il les a sermonnés : « Comment avez-vous pu accepter d’être assis à l’ombre quand les autres étaient en plein soleil ? En quoi êtes-vous différents ? Ne sommes-nous pas tous faits de chair et de sang ? ».

Témoignage de Seyyed Tahmasb, membre du clergé qui devint par la suite un derviche de Hadj Nemat

J’avais entendu parler d’un certain Hadj Nemat qui avait la réputation d’être une grande personnalité spirituelle. Je me suis rendu sur place pour y mener ma petite enquête. De nombreuses personnes attendaient dans une vaste pièce pour le rencontrer. Il ne restait qu’une petite place au fond, près de la porte, à côté d’un vieillard en haillons et très sale. N’ayant d’autre choix, je m’y suis assis tout en m’offusquant intérieurement d’être contraint à me mêler à ces gens d’une dignité inférieure à la mienne. Quelques minutes plus tard, Hadj Nemat est arrivé. Conformément à la coutume, il a d’abord fait le tour de l’assemblée pour embrasser les mains des personnes présentes. Quand mon tour est arrivé, il m’a embrassé les mains et m’a examiné sans dire un mot. Puis il est passé à mon voisin en haillons et lui a embrassé très chaleureusement les mains et le visage en lui disant les paroles suivantes : « Mon ami, tu m’es cher, comme le sont ceux qui te ressemblent. J’aime ta foi ! Laisse tomber toutes ces grosses têtes enturbannées [en référence aux membres du clergé imbus de leur savoir et de leur position sociale, dont l’habillement traditionnel comportait un turban], qu’ils s’occupent de leurs affaires… ». Après s’être assis, il s’est tourné vers moi et a demandé qui j’étais. J’ai alors répondu que j’étais justement une de ces grosses têtes enturbannées. En réponse de quoi il m’a dit que dans ce lieu régnait la divinité et que tous étaient égaux devant Dieu. Puis il a ajouté : « vois ce vieil homme en haillons à côté de toi, et vois quelle place il a auprès de Dieu ! ».


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10 commentaires

  1. OR le 20 Feb 2012 à 23:26 1

    merci pour ces anecdotes riches en lecons. Celle de Seyyed Tahmasb en particulier. On a souvent tendance à juger les gens sur leur apparence.

  2. charlie le 22 Feb 2012 à 17:00 2

    Dans cette société, selon notre métier, nos fréquentations, on peut être amené à ne plus s’intéresser qu’à des gens ayant un rapport avec notre métier. Je me suis rendue compte que la vitesse aussi à laquelle il fallait effectuer les choses me rendait absente à certaines personnes. J’avais des œillères sur les yeux, je faisais les choses automatiquement sans prendre en compte cette personne en face de moi, sans même la voir. Par exemple, en allant faire des courses dans une épicerie du quartier, où je vais quand même tous les deux ou trois jours, j’y allais tête baissée, juste un bonjour et c’est tout, sans même regarder le visage des commerçants. En prenant un taxi, sans ne dire un seul mot au conducteur. En prenant un ascenseur sans dire bonjour. En allant dans une société sans dire bonjour ou sans regarder vraiment les personnes de ménage ou les gens de l’accueil. En ne faisant pas attention aux personnes dans le métro. En n’ayant même pas un regard, encore moins un sourire, envers le sans abri qui s’approchait de moi. Je ne pensais pas que cela venait d’un sentiment de supériorité mal placé, mais plutôt d’une distraction, d’un oubli, j’étais dans mes pensées. Choses finalement qu’on n’oublierait pas si la personne en face pouvait nous apporter quelque chose par exemple dans le domaine professionnel. Pour sûr, on éviterait d’être distrait à ce moment là… j’ai donc eu finalement des questions à me poser. Alors j’ai essayé de changer cet état de choses. Je prends deux minutes pour parler aux commerçants ; s’il m’arrive de prendre un taxi, je ne peux plus ne pas parler un minimum au conducteur. Je pose des questions sympathiques aux ouvriers qui pourraient venir chez moi pour la moindre chose. Je fais attention dans le métro, pour laisser ma place si besoin, ou pour une discussion rapide et agréable par exemple lorsque je vois un parent avec son enfant. J’ai le plus grand respect pour les gens de ménage, pour les éboueurs, pour toutes ces personnes qu’on ne voit pas, qui se font discrètes et qui nous sont tant utiles. Je les remercie intérieurement de faire des choses indispensables que je n’aurais pas le courage de faire. A chaque fois que je croise un sans abri, si je ne lui donne pas d’argent, je lui fais au moins un sourire. Et intérieurement, je me dis que personne n’est à l’abri de rien, qu’au regard des difficultés économiques actuelles, notre situation quelqu’elle soit peut basculer d’une minute à l’autre. Certains ont peut-être plus travaillé que d’autres, se sont peut-être plus démenés que d’autres, mais il y a des choses que l’on ne choisit pas, qui nous sont données, et qui nous font sentir qu’on n’est en rien supérieur à un autre, que ce qui a été donné peut être repris. De par cette petite part d’attention que l’on peut porter à tout son entourage proche, moins proche, aux gens que l’on croise, on n’imagine pas ce que l’on peut parfois recevoir de beau et de positif. Et même si l’on ne reçoit rien mais que l’on continue malgré tout à faire attention, cette démarche allège le cœur, et concourt réellement à ce bonheur que l’on cherche tous.

  3. Suzy le 22 Feb 2012 à 23:46 3

    Voilà une belle leçon d’humilité, qui nous ouvre les yeux sur ces petites choses que l’on s’efforce à ne pas voir et à cacher.

    Grosse tête enturbannée que je suis, ces témoignages sont très motivants, me voilà à avoir hâte de mettre cela en pratique et essayer de voir avec un autre regard dès aujourd’hui.

  4. Ms le 23 Feb 2012 à 1:06 4

    @Charlie: Je suis tout à fait d’accord avec vous. Avec nos traits de vie et nos préoccupations, on oublie très vite les gens autours de nous, même si bien souvent cela n’est pas fait de manière intentionnelle.

    Cela fait quelque temps que je me suis posée un point pratique: sourire. En ce qui me concerne, ce n’est pas toujours évident parce que quand je ne suis pas d’humeur, je peux faire comme si je n’avais pas vu une personne que je connais, rien que pour ne pas avoir à me confronter à elle. Là encore, ce n’est pas pas méchant, je me dit que c’est pour me protéger et la protéger en ce que je ne laisserai pas un mauvais effet sur elle, etc. Je me suis rendue compte que tout cela est une excuse car, en tendant de pratiquer sur ce point, je vois que sourire apporte beaucoup de choses.

    Déjà, on sort de sa bulle négative, même si je pensais que c’était tout le contraire. On ne laisse pas de mauvaise impression sur les gens car, bien que l’avis des gens importe peu de manière générale, on est ici responsable du ressenti d’autrui étant donné que nous en sommes la source. J’ai même récemment remarqué qu’on peut observer une forme d’émulation de notre entourage, bien que ce ne soit pas l’objectif premier, car les gens qui n’ont pas forcément le moral à un moment donné peuvent voir leur vision changé si l’on est aggréable avec eux et que l’on sourit.

    Ce n’est pas du tout un point acquis mais je pense commencer à voir quelques effets positifs, ce qui est très motivant pour la suite et ce qui montre à quel point notre raison peut nous faire croire qu’une chose n’est pas bonne pour nous alors qu’en faite c’est la solution ! 🙂

  5. Wilhelm le 23 Feb 2012 à 16:53 5

    @Charlie

    Vous avez raison.

    Dans un monde comme le nôtre, en pleine crise économique, alors que les medias, et notamment la télévision, montrent combien sont nombreux les SDF, femmes et hommes de tous âges et de toutes conditions sociales d’origine, les témoignages concernant Hadj Nemat et sa manière de traiter les êtres humains sans s’attacher à leur apparence matérielle ou sociale sont une grande leçon pour nous tous.

  6. A. le 24 Feb 2012 à 23:47 6

    Faire attention aux autres, indépendamment de leur milieu social, devrait être une préoccupation des athées aussi bien que des croyants. En effet, même si l’on ne croit pas à une vie après la mort, il suffit de faire un peu attention pour se rendre compte que, chaque fois que nous blessons le cœur de quelqu’un, cela engendre probablement des difficultés dans notre vie matérielle. Voici quelques exemples personnels:

    • Récemment dans une gare, une tzigane s’est rapprochée de moi en me demandant de l’argent et, puisque j’ai pas mal d’idées préconçues (ils volent etc….), je lui ai donné une somme tellement basse que la personne s’est sentie vexée et a mal réagi. Or, vous pourrez penser à une coïncidence, mais avant la fin de la journée j’avais égaré dans le train mon agenda personnel (avec tous mes RVs professionnels)

    • Une autre fois encore, alors que je parlais au service clients Air France, puisque nous n’étions pas d’accord sur certaines choses, je lui dis (poliment) de se taire, tout en lui faisant comprendre que puisque j’étais le client elle avait tort (et moi raison). Bien qu’il fusse évident qu’elle se sentait frustrée et mécontente, j’ai continuai à lui demander d’autres choses sans m’excuser. A nouveau, vous pourrez me dire que c’est une coïncidence, mais plus tard dans la journée je pris conscience que cette personne avait tout à fait raison et cette prise conscience eut lieu au moment même où je loupais mon avion !

    Il semblerait donc le fait de respecter le droit des autres aurait un effet bénéfique non seulement dans l’autre monde (pour les croyants) mais aussi dans ce monde (pour les athées + croyants).

  7. révo le 28 Feb 2012 à 23:36 7

    merci pour vos commentaires, j’ai bien aimé les relations entre les leçons de Hadj Nemat par les histoires racontées dans l’article et le vécu au quotidien pour chaque commentaire.
    Ce qui me frappe dans ces 3 histoires de la vie de Hajj Nemat: c’est l’importance de la foi, en fait l’importance de la proximité divine. L’idée présentée simplement de la justice, de l’équité divine, d’un comportement juste pour une situation qui tient en compte le respect des autres. Le respect de chacun selon sa situation, sa place, son contexte. Se mettre à la place des autres pour être proche de Dieu. Respecter chaque créature quels que soient les lieux et les circonstances, c’est développer sa foi aussi.

  8. révo le 01 Mar 2012 à 0:36 8

    Aujourd’hui, j’ai relu poème intitulé “Infidélité du monde” de Hadj Nemat qu’on peut lire sur ce site… J’ai un ami qui travaille sur un projet à partir d’un contrat signé depuis des mois. C’est beaucoup de temps, d’argent et d’investissements de plusieurs centaines de personnes. Toutes les personnes qui travaillaient sur ce projet en étaient heureuses… Un beau projet !
    Alors que tout est prêt pour finaliser ce projet et que dans quelques jours, c’est la date finale pour le rendre, le projet est remis en cause. Tout simplement parce que certains détails techniques n’arrangent pas des intervenants extérieurs qui ont du pouvoir. Aucun respect de la parole donnée, ni du contrat signé. C’est facile de trouver des traces de l’infidélité du monde. “Monde qui va de travers, monde trompeur, changeant “. Voilà maintenant que tous les participants au projet sont malheureuses et souffrent de tous les soucis possibles. “Personne n’a vu ici la moindre stabilité”…

  9. mahaut le 02 Mar 2012 à 14:40 9

    @ Revo. On ne peut que compatir,… mais quand la Tour de Babel s’effondra, des hommes furent aussi pris par surprise, que valait le contrat signé et le travail donné aux Babyloniens ?

    A voir aujourd’hui l’état de la nature et la promesse de croissance “infinie” de nos politiques… (je vous donne RV dans 10 000 ans, si faire se peut) pour voir comment sera notre monde fou ?

    “De l’homme ne reste à la fin que son nom
    On se souvient de lui comme mauvais ou comme bon
    Au juste restera pour toujours, sa justice
    Jusqu’à la fin des temps, l’injuste subira l’injustice
    Applique-toi au bien, mon âme, tant que tu peux
    Car seul le bien te sauvera ici et dans les cieux
    Il restera de toi comme souvenir ici
    Il sera ton bonheur, là-bas, au Paradis”

    Le SEUL POINT où tout effort peut converger est UNIQUE…..
    Ce qui ne peut amener l’être humain qu’à sa réelle place…. et qu’il pense bien à mettre sa main dans celle de Dieu

  10. Nastaran le 05 Mar 2012 à 3:29 10

    Je vous remercie sincèrement pour cet article et en particulier pour le témoignage de Seyyed Tahmasb. Je pense que pour beaucoup d’entre nous la médisance et les a-prioris sont des grands défauts contre lequel nous devons lutter au quotidien, car ils sont tellement ancrés dans la société et on pourrait même dire dans les mœurs, qu’il est parfois si difficile de s’en apercevoir instantanément et donc de s’en défaire.
    En ce qui me concerne, j’ai tendance à beaucoup juger les gens, y compris les inconnus dans le métro, dans la rue etc. Ce sont des médisances “personnelles” puisque réflexions que je me fais à moi même, et infondées puisque je ne connais aucunement la vie de ces personnes.
    En me reveillant il y a une semaine, je suis tombée sur cet article. Depuis, et de manière quasi-instantanée, des que je vois quelque chose en quelqu’un qui me déplaît, une voix me reprends et me fais penser au vieil homme en haillons.
    Après, il ne s’agit donc pas seulement de penser a ne pas médire, il faut agir, pratiquer, c’est à dire ne pas médire.
    Pour moi qui suis tellement prise au quotidien par ce problème de médisance, cet article est un déclic, et m’a apporté l’aide nécessaire pour cheminer vers la pratique de la non médisance.

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