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L’impatience sous le microscope

Par , le 7 Apr. 2016, dans la catégorie Pratiques - Imprimer ce document Imprimer - English version

L'impatience sous le microscope

La gourmandise est un péché mignon, la curiosité est un vilain défaut. Et l’impatience ? Elle fait partie, elle aussi, de ces traits de caractère que nous avons du mal à identifier comme des défauts, surtout lorsqu’il s’agit de nous-mêmes. Quand elle n’est pas purement et simplement valorisée comme une marque d’exigence et de perfectionnisme, elle appelle généralement l’indulgence. Pourtant, on vante simultanément les vertus de la patience. Et chacun sait bien, pour l’avoir observé dans sa relation à autrui, que la pression exercée par l’impatient sur son entourage, la tension qui en résulte, ne sont jamais très agréables. À la longue, elles peuvent même s’avérer destructives. Françoise Klein a placé sous le microscope ce trait de caractère qui n’est peut-être pas aussi innocent qu’il en a l’air. En voici le premier volet.


« Plus la pensée s’élargit, plus la patience augmente. »
Ostad Elahi, Maximes de guidance. Principes de sagesse universelle, Pocket, 2015, Maxime 169

Cette maxime d’Ostad Elahi m’a aidée à mieux comprendre le mécanisme de la patience, et surtout de l’impatience. Je me dissimulais ce défaut en l’appelant zèle ou vivacité d’esprit, ce que certains coaches nomment « impatience constructive ». Mais qu’elle soit extériorisée ou non, c’est le plus souvent une faiblesse. Si l’on suit l’étymologie, l’im-patient est incapable de pâtir, d’endurer. Il ne supporte pas certaines situations, il ne « souffre » pas certaines personnes. On nomme bien « patient », dans le domaine médical, celui qui doit endurer la maladie et parfois attendre la mort.

C’est souvent par impatience que l’enfant fait un caprice puis se met en colère. Chez un adulte perturbé, on pourra la confondre avec l’anxiété ou la frustration, mais chez un adulte raisonnable elle dérive en agacement et brusquerie, puis devient exaspération pour finir en colère. Dans tous les cas, elle manifeste une incapacité à supporter la frustration. L’impatient voudrait avoir une action sur les autres et sur le monde ; il oublie qu’il fait partie d’un tout et qu’il dépend lui-même de ces autres qui lui paraissent si incompétents.

Passons à la sémiologie qui, comme en médecine, illustre le phénomène pour mieux le cerner. Quand nous saurons démasquer l’impatience et en décrire les conséquences, il sera temps d’en chercher les causes possibles. Ce tableau enrichira notre connaissance de soi et nous aidera à trouver des astuces pour éviter « l’impatience destructive » et fortifier la patience. Gardant à l’esprit la sentence d’Ostad Elahi, en avançant dans l’exposé nous détecterons la racine de l’impatience qui est l’intolérance, l’étroitesse d’esprit.

Sémiologie. À quoi reconnaît-on l’impatience ?

Certains gestes et comportements doivent nous alerter, nous signifier que l’impatience est en train de monter. Envahissant l’esprit, elle agite le corps. Qui ne s’est surpris en train de trépigner, dans un embouteillage ou une file d’attente ? La vie moderne regorge de situations où le contrôle de soi et la patience sont à rude épreuve. Cette irritation (en effet, ça démange) nous prend souvent avec les enfants. Elle peut dans certains cas tourner à la rage : ils mettent un temps fou à mettre leurs chaussures, alors qu’on est déjà en retard ! Ici les éclats de voix sont un signe sûr. Mais d’autres fois, les marques d’impatience prennent des formes plus subtiles. Nous coupons la parole à autrui, nous nous déconcentrons et perdons le fil alors qu’il nous parle. Et puis, de manière générale, il y a cette tendance à prendre des décisions trop rapidement, à passer à l’action sans avoir vraiment raisonné, comme si nous étions maîtres de notre destin ! Dans les situations d’apprentissage, on peut avoir hâte de progresser dans un domaine et vouloir brûler les étapes. C’est le cas de l’étudiant qui veut cumuler les diplômes et qui accepte mal l’échec. La situation se présente aussi sur le plan moral ou spirituel, où l’on peut être impatient de se voir progresser.

Les causes de l’impatience. Les facteurs déclencheurs

Il y a de l’orgueil au fond de l’impatience, et aussi une forme d’avidité, de pulsion d’appropriation (on veut « tout, tout de suite ») qui rappelle la relation exclusive de l’animal à son territoire. Deux mots-clés pourront nous aider à mieux comprendre ce qui se passe ici : exigence et ignorance. Ces deux tendances forment aussi le noyau de l’intolérance, et touchent par là au cœur de notre relation aux autres.

Passion, pulsion, frustration

Un animal peut manifester de l’impatience – le cheval gratte le sol avec une de ses pattes antérieures –, mais n’ira jusqu’à la colère que lorsque son bien-être est menacé. Par contre, l’humain manifeste de l’impatience dès que les choses ne vont pas à son rythme ou qu’il se sent empêché de parvenir à son but. C’est un instinct primitif qui dénote un manque de maturité. Les plus impatients sont des émotifs primaires. Leur étroitesse d’esprit les empêche de voir derrière les apparences et de comprendre la cause des événements. L’impatience est parfois associée à la passion, à cette brûlure émotionnelle qui nous précipite vers l’objet de notre désir. La culture contemporaine exalte ce type d’élan, mais le plus souvent il dénote en fait un manque de raison et de maturité.

Impuissance devant le destin

L’impatience naît d’une frustration : notre esprit se projette vers un futur, que nous imaginons et désirons d’une façon précise. Quand ce que nous vivons dans le moment présent semble nous éloigner de ce futur, nous manifestons de l’impatience. Dans les sociétés occidentales, l’idée que l’individu doit se rendre maître de son propre destin le conduit à s’attendre à ce que tout se déroule comme il l’a décidé, et au moment où il l’a décidé. Avec un sentiment d’urgence, nous souhaitons avoir une emprise sur les choses, le temps, l’environnement. Que l’impatience se concentre sur d’autres ou sur nous-mêmes, elle nous confronte à une limite qui nous résiste et qui ne dépend plus de notre volonté. L’insupportable est de réaliser que notre « toute puissance » n’est qu’une illusion. C’est ainsi que la vie m’offre mille occasions d’exaspération : quand j’exige quelque chose qui ne vient pas, quand je houspille une personne trop lente, quand la société ne s’améliore pas, ou que je ne m’améliore pas moi-même assez vite… Ce manque de soumission, qui confine parfois à la rébellion, a son équivalent dans le domaine spirituel, face à la volonté de Dieu. L’impatient manque fondamentalement de confiance, et il se montre volontiers orgueilleux. Quand il doute, il attend des signes, des preuves ; il les exige.

Exigence et intolérance

Mais l’exigence déraisonnable, ou déplacée, se redouble aussi d’une forme d’intolérance qui révèle un dysfonctionnement dans notre relation aux autres. L’impatient voudrait en effet que tout et tous aillent à son rythme. Il se croit autorisé à « pousser » la réalité pour obtenir des résultats immédiats, pour que les choses soient parfaites, mais ce qu’il croit être du zèle n’est qu’angoisse et hyper-activité. Et cela affecte les autres. L’exigence aveugle l’impatient : il la croit nécessaire, et même vertueuse, et c’est pourquoi il veut que les autres s’y conforment. Persuadé que son impatience est au fond une vertu, il a tendance à interpréter la patience des autres comme une marque d’indolence ou de nonchalance !

L’ignorance du vaniteux

Dans l’impatience il y a en fait beaucoup d’incompréhension et de préjugé. Si l’on n’accepte pas les choses comme elles sont, c’est souvent parce qu’on ne comprend pas pourquoi les choses sont telles qu’elles sont. Quand je veux imposer mes vues avec force, couper la parole à ceux qui parlent, je manifeste étroitesse d’esprit et intolérance : alors que je pense faire preuve de vivacité d’esprit, je me montre en fait primaire et vaniteux, je prends la place de l’autre au lieu de me mettre à sa place. D’où l’intérêt de réfléchir avant d’agir, d’« élargir sa pensée », comme nous le verrons plus loin.

Pierre NICOLE
Essais de morale (1671-1675)

L’impatience, qui porte à contredire les autres, est un défaut considérable. Qu’on n’est pas obligé de contredire toutes les fausses opinions ; qu’il faut avoir une retenue générale […], ce qui est difficile à l’amour propre.

L’impatience qui porte à contredire les autres avec chaleur ne vient que de ce que nous ne souffrons qu’avec peine qu’ils aient des sentiments différents des nôtres. C’est parce que ces sentiments sont contraires à notre sens qu’ils nous blessent, et non pas parce qu’ils sont contraires à la vérité. Si nous avions pour but de profiter à ceux que nous contredisons, nous prendrions d’autres mesures et d’autres voies. Nous ne voulons que les assujettir à nos opinions et nous élever au-dessus d’eux : ou plutôt nous voulons tirer, en les contredisant, une petite vengeance du dépit qu’ils nous ont fait en choquant notre sens. De sorte qu’il y a tout ensemble dans ce procédé, et de l’orgueil qui nous cause ce dépit, et du défaut de charité qui nous porte à nous en venger par une contradiction indiscrète, et de l’hypocrisie qui nous fait couvrir tous ces sentiments corrompus du prétexte de l’amour de la vérité et du désir charitable de désabuser les autres ; au lieu que nous ne recherchons, en effet, qu’à nous satisfaire nous-mêmes. […]

Nous devons donc regarder cette impatience, qui nous porte à nous élever sans discernement contre tout ce qui nous paraît faux, comme un défaut très considérable, et qui est souvent beaucoup plus grand que l’erreur prétendue dont nous voudrions délivrer les autres. Ainsi, comme nous nous devons à nous-mêmes la première charité, notre premier soin doit être de travailler sur nous-mêmes, et de tâcher de mettre notre esprit en état de supporter sans émotion les opinions des autres qui nous paraissent fausses, afin de ne les combattre jamais que dans le désir de leur être utiles.

Pierre Nicole, Oeuvres philosophiques et morales, Hildesheim/New York, Georg Olms Verlag, 1970

Conséquences. Ce qu’on perd à être impatient

Montaigne décrit ainsi l’impatience et ses conséquences :

« Cette aspreté et violence de desirs empesche plus, qu’elle ne sert à la conduitte de ce qu’on entreprend. Nous remplit d’impatience envers les evenemens, ou contraires, ou tardifs : et d’aigreur et de soupçon envers ceux, avec qui nous negotions. Nous ne conduisons jamais bien la chose de laquelle nous sommes possedez et conduicts. »

Essais, Livre III, chap. 10

Tout montre que son comportement nuit à l’impatient. S’il parvient au but qu’il s’est fixé – et c’est son argument pour justifier son comportement –, c’est souvent au prix de dommages à lui-même et à autrui.

Sur le plan physique et émotionnel

Le stress dont on accuse tout dans la société moderne est en grande partie dû à nos propres comportements. Il nous reconduit souvent à notre impatience, particulièrement quand elle prend des formes agressives, que ce soit de manière ouverte ou refoulée. Ce stress, nous le ressentons – et le propageons aux autres –, avec tous les dommages qu’il provoque : troubles cardiaques, digestifs, musculaires, nerveux, insomnies, etc. Une fois de plus, commençons par les manifestations les plus évidentes, par les comportements les plus visibles. L’impatient stressé développe une hypersensibilité à son environnement : il est tendu, nerveux ; à la moindre occasion il s’agite, il crie. Et quand il ne l’extériorise pas, il se laisse ronger par son impatience. Comme l’a montré une étude, le refoulement de la colère provoque des migraines de tension.

Sur le plan matériel

L’impatient colérique casse des objets, soit intentionnellement, soit par brusquerie. Il est souvent violent. Au volant il peut mettre en péril sa vie et la vie d’autrui par des excès de vitesse, des dépassements imprudents. L’impatient perd du temps quand il pense en gagner.

Sur le plan relationnel

Une personne qui s’irrite et s’exaspère constamment est portée à critiquer et à houspiller son entourage : « Comment ? Vous n’êtes pas encore prêts ? » ; « Mais enfin, tu t’y prends mal… Laisse moi faire ! » Dans le milieu professionnel ou familial, ce type de remarques, directes ou voilées, crée une tension diffuse, et parfois un malaise palpable ; elle aggrave souvent la situation, au lieu de l’améliorer.

C’est que l’impatient n’est jamais seul ; son défaut rejaillit sur sa relation à autrui. Quand je m’énerve devant un enfant lent, je ne tiens compte que de mon programme, sans considérer son rythme et son âge. Quand je coupe la parole ou double une file d’attente, je porte atteinte au droit d’autrui. Mon comportement manque de respect, d’humilité, et provoque du ressentiment. De plus, il constitue un réel obstacle à l’apprentissage. J’écoute l’autre m’expliquer quelque chose, mais déjà je ne le suis plus : j’ai pris mon envol, je raisonne à sa place, j’anticipe déjà sur la conclusion en brûlant les étapes…

Tous ces comportements révèlent un esprit étroit et intolérant. Les autres le sentent bien, et finissent par prendre leurs distances. La personne impatiente risque de ne pas être aimée et de se couper de son entourage.

Sur le plan moral et spirituel

Les petits actes d’impatience sont courants et passent souvent inaperçus. Mais s’ils conduisent à une perte de contrôle de soi, à des états proches de la colère, ou à des comportements anti-sociaux, cela dénote un manque de dignité, un manque de respect vis-à-vis de soi-même, de son âme et de la présence divine en soi. Le comportement impatient et colérique peut engendrer à la longue des actes anti-éthiques irréversibles, qui peuvent aller jusqu’à l’agression, voire au meurtre. On voit ainsi qu’un moment d’impatience peut détruire toute une vie. On peut littéralement tuer par impatience ; mais en dehors de ces cas extrêmes, le quotidien regorge de petits meurtres symboliques : un mouvement d’humeur peut endommager un objet, une remarque assassine peut briser un coeur…


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13 commentaires

  1. KLR le 08 Apr 2016 à 9:28 1

    Merci pour cet article, qui me permet de creuser ce défaut que j’ai et que j’essaye d’améliorer. En effet, je sens bien que le stress que j’ai est le plus souvent dû à cette impatience qui me ronge.
    Etant enseignante, je suis également confrontée aux rythmes différents des autres, et je me suis vu dans des situations où je perdais de ma bienveillance et de mon humanité, et après coup j’en avais honte . Aussi depuis quelques années, j’ai pris l’habitude, avant d’aller à mes cours, de demander l’aide à la Source pour être patiente et bienveillante avec les élèves. Le fait de penser aux gens qui m’ont enseigné et à la patience qu’ils ont déployé avec moi est aussi une méthode qui m’a aidé dans cette lutte.
    En ce qui concerne la patience dans le milieu familial : c’est évidemment encore plus difficile! surtout qu’il arrive que lorsque l’on essaye de s’améliorer sur le sujet, c’est un autre membre de la famille qui par son impatience ou son stress prend le relais !
    C’est là que l’on se rend compte combien c’est pénible et combien cela apporte de tension…

  2. Abe le 08 Apr 2016 à 11:07 2

    Merci pour cet article qui me permet de voir que certains de mes actes d’apparence anodins et légitimes relèvent en fait d’un vrai manque de patience !

  3. cogitons le 08 Apr 2016 à 14:16 3

    Merci pour ce long travail. Quelques contrepoints, dans l’esprit de la cogitation.
    Steve Jobs, l’une des plus belles réussite entrepreneuriale de l’histoire, était d’une légendaire impatience. Une impatience qui a pourtant quelque peu changé le monde en l’espace d’une décennie. Cela en faisait-il un ignorant? Fallait-il donc qu’il rentre dans le rang?
    Quant à “accepter les choses comme elles sont”, il ne me semble pas que ce soit un signe de vertu, ni de sagesse. Plutôt un signe d’animalité primaire, pour reprendre vos termes, en ce sens que c’est être bien bovin (en route vers l’abattoir) que d’accepter le monde tel qu’il est sans jamais vouloir rien changer.
    La vache est tranquille, soumise, d’une infinie patience. Est-elle sage pour autant?
    L’impatience a donc ses vertus, tout comme la révolte. Elle est une des manifestations de la jeunesse, de la vie, du mouvement, de l’énergie, l’étincelle du silex frappé sur la roche.
    Parvenir à se maîtriser à bon escient, choisir ses impatiences, telle est, me semble-t-il, la question. Mais surtout, surtout, sans éteindre la flamme, sans figer le mouvement!
    Savant dosage, dosage personnel et pragmatique, non universel, moralisateur, voire castrateur et dogmatique. Un médecin se doit sans doute d’être patient. Un entrepreneur dans les high-tech? C’est moins sûr.
    “Au fond, il regrettait amèrement la belle impatience de sa jeunesse. La vieillesse venant, son inévitable cortège de frustrations et d’ankyloses, il s’employait avec délice à railler, mieux, à condamner au nom d’une imparable morale, les bouillonnements vitaux de ses jeunes congénères. Savante alchimie de l’esprit humain, qui transmue l’aigreur en supériorité morale, la détresse en sagesse, la faiblesse en force, la défaite en victoire, et le vice en vertu”.
    Se défaire des impatiences minables et puériles, telles l’hystérie de l’embouteillage, ou contre-productives, “l’étrangler de concierge” parce qu’il apporte le courrier en retard… Cela ne fait aucun doute.
    Mais, me semble-t-il, point d’enthousiasmes sans impatience.
    Et que vaut une vie sans enthousiasmes?

  4. Laura say le 09 Apr 2016 à 16:00 4

    Merci pour cet article qui met en lumière très bien un défaut qui passe souvent inaperçu! L’analyse est très pratique et motivante! Merci beaucoup

  5. chat31 le 10 Apr 2016 à 2:20 5

    Merci pour cet article. C’est un défaut auquel je n’ai jamais vraiment fait attention, mais avoir lu cet article m’a permis de mieux analyser une expérience qui m’est arrivée il y a deux jours.

    Je me suis couchée très tard à cause du travail jeudi soir et vendredi matin je me réveille plus tard que d’habitude. J’oublie que je devais être a 9h au bureau pour réceptionner des documents pour mon supérieur et les lui mettre le plus tôt possible sur son bureau. Paniquée, j’envoie des emails a ma secrétaire pour lui dire de réceptionner mes documents, et à la secrétaire de mon supérieur pour lui demander s’il était déjà arrivé.Aucune réponse des deux pendant mon trajet (en bonus, le train était en retard…), ce qui me rend très impatiente et bien irritée contre les secrétaires – portable serré dans ma main, comptant les minutes avant d’arriver au bureau et n’attendant qu’une seule chose – que sa secrétaire me dise que mon supérieur n’est pas encore arrivé…

    Une fois arrivée, ma secrétaire me dit qu’elle venait tout juste d’appeler pour leur dire d’apporter les documents dans mon bureau, alors qu’elle aurait pu appeler une demie heure avant. Je cours au bureau de mon supérieur, qui heureusement n’était pas encore arrivé, et je fais une remarque à sa secrétaire en lui disant “mais vous aviez reçu mon email non?” et elle me répond “désolée je suis un peu lente ce matin…”

    Exaspérée (mais un peu soulagée quand même) je suis retournée à mon bureau et ai réfléchi un peu a cet échec de coordination. J’ai commencé d’abord par me plaindre intérieurement des secrétaires qui sont trop lentes. Puis je repense à cet article et fais tout de suite le lien. Cette situation était entièrement de ma faute – c’était mon devoir de me réveiller a l’heure. De plus, j’étais exigeante envers les secrétaires – j’attendais d’elles qu’elles comprennent l’urgence de la situation sans leur en avoir fait part. Je ne leur ai absolument pas dit que j’étais en retard, et donc qu’elles me seraient d’une grande aide si elles me répondaient au plus vite. J’ai donc mis la faute de mon manque d’organisation sur les autres.

    Cette expérience m’a montrée qu’il faut d’abord chercher en soi la cause de nos désagréments avant de mettre la faute sur les autres.

  6. A. le 10 Apr 2016 à 9:35 6

    Merci pour cet article formidable, si riche et subtil dans son analyse. Quelques points qui m’ont fait réfléchir:

    1) “La situation se présente aussi sur le plan moral ou spirituel, où l’on peut être impatient de se voir progresser.” — je confirme. Il y a 20 vingt ans, je souffrais d’une impatience chronique (et d’un manque de maturité évident) au point que j’en suis arrivé à demander à Dieu de m’envoyer des difficultés afin d’avancer plus rapidement sur le chemin du perfectionnement. Inutile de dire que quand de telles difficultés arrivaient elles étaient bien trop lourdes pour mes épaules bien étroites.

    2) “Il y a de l’orgueil au fond de l’impatience, et aussi une forme d’avidité, de pulsion d’appropriation (on veut « tout, tout de suite ») qui rappelle la relation exclusive de l’animal à son territoire.” Vraiment très intéressant ce passage qui montre bien comment beaucoup de nos comportements, dérivent de nos instincts animaux alors que on ne supçonnerait même au premier abord

    3) “L’impatience est parfois associée à la passion, à cette brûlure émotionnelle qui nous précipite vers l’objet de notre désir. La culture contemporaine exalte ce type d’élan, mais le plus souvent il dénote en fait un manque de raison et de maturité.” La culture contemporaine exalte souvent, par ses faux principes, nos comportements animaux.

    4) “L’impatient manque fondamentalement de confiance, et il se montre volontiers orgueilleux.” Ce rapprochement entre l’impatience et le manque de confiance est bien vrai. Le plus on voit “large” et on saisit la présence/on gagne confiance dans cette main invisible qui gère le visible (et l’invisible), le plus on devient patient car les évenements font partie d’un dessein.

  7. suzana le 10 Apr 2016 à 10:49 7

    merci pour cet article. c’est tellement ça !! je m’y reconnais totalement, et finalement, de nos comportements, rien n’est anodin. Cet article va beaucoup m’aider.

  8. Charlotte le 11 Apr 2016 à 7:44 8

    Cette maxime m’a toujours interpellée. Je suis une personne très impatiente dans la vie et d’une manière générale, j’aime que les choses soient faites à temps et ne pas les laisser au lendemain mais parfois ce caractère me fait tord. Je supporte mal le lenteur des autres. Lorsque j’ai lu cet article avec cette analyse bien détaillée ça m’a fait un effet incroyable et je n’arrête pas d’y penser et tout compte fait je constate que si je réfléchis avant d’agir je ferai certainement moins de dégâts à mon entourage ainsi qu’à moi-même.
    Je dois énormément travailler sur moi, pas facile.
    Trouver la juste mesure entre ne pas laisser au lendemain ce qu’on a à faire et prendre le temps de réfléchir!!!!!!!!!!!

  9. DD le 11 Apr 2016 à 11:23 9

    Même si ce n’est pas toujours agréable de se retrouver ainsi démasqué, je remercie l’auteur pour cet article qui décrit bien le mal du siècle: “Je veux tout et tout de suite!” et une incapacité à subir la frustration.
    Peut-on être à la fois patient dans la durée et impatient à court temps? Oui!
    L’impatience est donc due à plusieurs facteurs : la différence de rythmes assurément, la méconnaissance de l’autre et bien souvent s’en suit son non respect mais aussi pour ma part la surprise de voir mes efforts non récompensés engendrant alors en moi la frustration voire le dépit!
    Enseignante aussi, il m’est bien difficile parfois d’avoir toujours la bonne attitude vis-à-vis de mes élèves. C’est ainsi que pour pouvoir mieux tolérer leur comportement, leur absence de sérieux, d’appétence pour les apprentissages, je me dis bien souvent que je suis comme les pires d’entre eux, mais sur un plan spirituel : je pratique quand j’y pense, souvent je ne mets pas en route de programme ou bien je ne le respecte pas.
    Mon ego décide de tout jusqu’à ce que je me casse la figure et reprenne “mes esprits “!

    Pour revenir à mes élèves je décide de travailler tel ou tel sujet sans tenir compte de leur desiderata mais en faisant de mon mieux pour les y intéresser et développer en eux telle ou telle compétence. Et naturellement ils sont ingrats, indisciplinés c’est “de leur âge” , c’est l’époque : il n’y a plus de respect pour les professeurs etc… Donc je dois bien souvent affronter l’adversité, le manque de respect et d’éducation et j’en passe et des meilleures !
    J’essaie aussi dans la mesure du possible, au moins en partant travailler le matin, d’avoir cette intention de bienveillance, dans un but spirituel, de me préparer psychologiquement à retrouver des ados endormis, ronchons qui sont obligés d’aller à l’école et qui se consolent parce qu’il y a les copains, les copines! En demandant de l’aide pour m’aider à être digne de mes responsabilités, à lutter contre mon manque de patience, et ce sentiment d’impuissance parfois et même de découragement qui me pousse à avoir un comportement cassant voire blessant.
    Ce qui me met dans de tels états c’est de ne pas obtenir les résultats auxquels mon ego s’attend naïvement au lieu d’accepter que les choses sont comme elles sont et d’avoir la satisfaction d’avoir fait mon devoir consciencieusement! Souvent quand j’ai l’humilité de penser ainsi tout se passe beaucoup mieux!
    Accepter que les choses sont comme elles sont, ne veut pas dire ne pas se remettre en question, rester passif et n’avoir pas de libre arbitre, tout au contraire ! C’est un passage obligé, un moment de pause pour se remettre en phase avec la réalité qui nous permettra de faire le point puis de corriger au besoin notre pensée, attitude ou intention.
    “Point d’enthousiasme sans impatience” dit Cogitons, je ne suis pas d’accord. En tout cas l’enthousiasme qui accompagne le désir, l’élan ou la volonté d’accomplir la moindre petite chose peut bien se passer d’impatience car il a en lui un moteur puissant. Et si les affres de notre soi impérieux en viennent à bout il nous faut alors aller chercher les faiblesses en nous et les armes ou astuces capables de lutter contre. Sans nul doute, toujours l’humilité en se rappelant que nous avons besoin de Son aide, parfois la persévérance, la ténacité, l’audace , l’esprit de découverte et tant d’autres!
    Dans tous les cas, qu’elle soit due à notre vanité, naïveté, orgueil, ignorance ou exigence l’impatience est de toutes les manières contreproductive et source de désagréments!

    1. cogitons le 14 Apr 2016 à 0:13 9.1

      “l’impatience est de toutes les manières contreproductive et source de désagréments”.
      – Contreproductive ? Comme l’a montré l’ami Steve (et j’en ai eu parfois l’expérience dans ma petite vie), on ne peut pas en faire une règle générale. L’impatience peut avoir bien des mérites. Envers soi-même et autrui. Secouer le cocotier, notamment. Mettre un coup de pied salutaire au derrière. Elle peut imprimer un rythme, signifier une urgence, donner une pulsion et une impulsion de vie face à la léthargie ambiante. Couper court à la médiocrité, au train-train, au plan-plan, à la fausse-sérénité-flemmasse.
      Un impatient, au moins, ça vit ! Ça se heurte au monde ! Ça a des désirs !
      Ce pourquoi il me semble qu’il faut choisir ses impatiences, non les réprimer systématiquement, et encore moins les moraliser, ou les “moraliner” pour faire un Nietzschéisme.
      – Source de désagréments, sans doute, mais là n’est pas la question. Si notre but est l’agrément et le confort, la solution bovine est excellente. Rien de tel qu’une vie de vache, bien traitée, dans un bon pré (je ne parle pas de l’élevage industriel, cette monstruosité humaine).
      Sans tomber dans l’apologie de l’impatience, qui a, c’est entendu, bien des inconvénients.
      Se poser la question: en quoi cette impatience m’est-elle bénéfique ou néfaste? Et en quoi cette patience m’est elle utile ou nuisible ? Parce que la patience, c’est très joili, en principe, mais ce peut aussi être le déguisement avantageux d’une faiblesse ou d’une lâcheté face à une situation donnée.
      Bref. Il me semble que les choses ne sont pas si tranchées, si limpides, si catégoriques.
      Ceci étant, je vous tire le chapeau que je n’ai pas, chère DD, car enseigner consciencieusement à des ados, ça mérite d’emblée la légion d’honneur et la Croix de Guerre. Je m’incline!

  10. rosa le 16 Apr 2016 à 21:07 10

    Parfois quand une idée vient, je l’écris rapidement, puis j’y réfléchi, avant d’y revenir le lendemain par ex. A la relecture, il m’arrive souvent de nettoyer le superflu ou de me remettre à la place de celui qui va me lire.

  11. adissam le 17 Apr 2016 à 19:06 11

    Un portrait humoristique au sujet de l’impatience et des enfants:
    Thomas d’Ansembourg, éducation et jeunesse (extrait)

  12. ari le 19 May 2016 à 0:51 12

    “…regardons autour de nous le spectacle du monde, la variété des visages humains qui existent dans la création. Prions.”

    Et cela peut ne prendre que quelques secondes (un mot, un regard, une écoute,…). Il m’arrive d’y penser à la caisse et d’échanger quelques mots avec La personne qui me sert.

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