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Florilèges de Maximes

Par , le 5 Apr. 2009, dans la catégorie Lectures - Imprimer ce document Imprimer

La Rochefoucauld, Maximes et réflexions diverses

Pour être moins dupe de son soi impérieux, voici une sélection de maximes de La Rochefoucauld (extraites de l’édition Folio de chez Gallimard) mettant en évidence un certain nombre de ses ruses. Elles donnent une petite idée du labyrinthe dans lequel il nous égare lorsqu’on se prive soi-même de la lumière divine, du travail immense à réaliser pour le débusquer (ne parlons pas de le maîtriser…) et ainsi cheminer pas à pas vers l’humanité véritable.

Deux suggestions afin d’en tirer le meilleur profit : prendre tout d’abord le temps de les lire lentement mais d’un bloc. Il y a un effet fulgurant à déployer soudain devant la conscience un certain nombre de facettes du soi impérieux, lui qui n’aime rien tant que de rester tapi dans l’ombre et se plaire à nous faire croire qu’on l’a entièrement dévisagé lorsqu’il nous laisse entrevoir l’un de ses masques. Puis prendre les maximes une à une et essayer de trouver dans son propre comportement, dans sa propre vie, un exemple corroborant l’idée exprimée.

1. Ce que nous prenons pour des vertus n’est souvent qu’un assemblage de diverses actions et de divers intérêts que la fortune ou notre industrie savent arranger.

3. Quelque découverte que l’on ait faite dans le pays de l’amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.

27. On fait souvent vanité des passions même les plus criminelles; mais l’envie est une passion timide et honteuse que l’on n’ose jamais avouer.

30. Nous avons plus de force que de volonté; et c’est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles.

31. Si nous n’avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres.

36. Il semble que la nature, qui a si sagement disposé les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l’orgueil pour nous épargner la douleur de connaître nos imperfections.

37. L’orgueil a plus de part que la bonté aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes; et nous ne les reprenons pas tant pour les en corriger que pour leur persuader que nous en sommes exempts.

39. L’intérêt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéressé.

62. La sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens; et celle que l’on voit d’ordinaire n’est qu’une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres.

63. L’aversion du mensonge est souvent une imperceptible ambition de rendre nos témoignages considérables, et d’attirer à nos paroles un respect de religion.

85. Nous nous persuadons souvent d’aimer les gens plus puissants que nous; et néanmoins c’est l’intérêt seul qui produit notre amitié. Nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir.

88. L’amour-propre nous augmente ou nous diminue les bonnes qualités de nos amis à proportion de la satisfaction que nous avons d’eux ; et nous jugeons de leur mérite par la manière dont ils vivent avec nous.

89. Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement.

115. Il est aussi facile de se tromper soi-même sans s’en apercevoir qu’il est difficile de tromper les autres sans qu’ils s’en aperçoivent.

116. Rien n’est moins sincère que la manière de demander et de donner des conseils. Celui qui en demande paraît avoir une déférence respectueuse pour les sentiments de son ami, bien qu’il ne pense qu’à lui faire approuver les siens, et à le rendre garant de sa conduite. Et celui qui conseille paye la confiance qu’on lui témoigne d’un zèle ardent et désintéressé, quoiqu’il ne cherche le plus souvent dans les conseils qu’il donne que son propre intérêt ou sa gloire.

122. Si nous résistons à nos passions, c’est plus par leur faiblesse que par notre force.

138. On aime mieux dire du mal de soi-même que de n’en point parler.

139. Une des choses qui fait que l’on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c’est qu’il n’y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu’il veut dire qu’à répondre précisément à ce qu’on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au même temps que l’on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un égarement pour ce qu’on leur dit, et une précipitation pour retourner à ce qu’ils veulent dire ; au lieu de considérer que c’est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader, que de chercher si fort à se plaire à soi-même, et que bien écouter et bien répondre est une des plus grandes perfections qu’on puisse avoir dans la conversation.

144. On n’aime point à louer, et on ne loue jamais personne sans intérêt. La louange est une flatterie habile, cachée, et délicate, qui satisfait différemment celui qui la donne, et celui qui la reçoit. L’un la prend comme une récompense de son mérite ; l’autre la donne pour faire remarquer son équité et son discernement.

149. Le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois.

152. Si nous ne nous flattions point nous-mêmes, la flatterie des autres ne nous pourrait nuire.

178. Ce qui nous fait aimer les nouvelles connaissances n’est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles ou le plaisir de changer, que le dégoût de n’être pas assez admirés de ceux qui nous connaissent trop, et l’espérance de l’être davantage de ceux qui ne nous connaissent pas tant.

180. Notre repentir n’est pas tant un regret du mal que nous avons fait, qu’une crainte de celui qui nous en peut arriver.

196. Nous oublions aisément nos fautes lorsqu’elles ne sont sues que de nous.

201. Celui qui croit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de tout le monde se trompe fort; mais celui qui croit qu’on ne peut se passer de lui se trompe encore davantage.

216. La parfaite valeur est de faire sans témoins ce qu’on serait capable de faire devant tout le monde.

223. Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des marchands: elle entretient le commerce; et nous ne payons pas parce qu’il est juste de nous acquitter, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous prêtent.

234. C’est plus souvent par orgueil que par défaut de lumières qu’on s’oppose avec tant d’opiniâtreté aux opinions les plus suivies : on trouve les premières places prises dans le bon parti, et on ne veut point des dernières.

237. Nul ne mérite d’être loué de bonté, s’il n’a pas la force d’être méchant: toute autre bonté n’est le plus souvent qu’une paresse ou une impuissance de la volonté.

254. L’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres ; c’est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ; et bien qu’il se transforme en mille manières, il n’est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu’il se cache sous la figure de l’humilité.

264. La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d’autrui. C’est une habile prévoyance des malheurs où nous pouvons tomber ; nous donnons du secours aux autres pour les engager à nous en donner en de semblables occasions ; et ces services que nous leur rendons sont à proprement parler des biens que nous nous faisons à nous-mêmes par avance.

266. C’est se tromper que de croire qu’il n’y ait que les violentes passions, comme l’ambition et l’amour, qui puissent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu’elle est, ne laisse pas d’en être souvent la maîtresse ; elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consume insensiblement les passions et les vertus.

269. Il n’y a guère d’homme assez habile pour connaître tout le mal qu’il fait.

303. Quelque bien qu’on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.

313. Pourquoi faut-il que nous ayons assez de mémoire pour retenir jusqu’aux moindres particularités de ce qui nous est arrivé, et que nous n’en ayons pas assez pour nous souvenir combien de fois nous les avons contées à une même personne ?

327. Nous n’avouons de petits défauts que pour persuader que nous n’en avons pas de grands.

339. Nous ne ressentons nos biens et nos maux qu’à proportion de notre amour-propre.

347. Nous ne trouvons guère de gens de bon sens, que ceux qui sont de notre avis.

372. La plupart des jeunes gens croient être naturels, lorsqu’ils ne sont que mal polis et grossiers.

389. Ce qui nous rend la vanité des autres insupportable, c’est qu’elle blesse la nôtre.

409. Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyait tous les motifs qui les produisent.

450. Notre orgueil s’augmente souvent de ce que nous retranchons de nos autres défauts.

462. Le même orgueil qui nous fait blâmer les défauts dont nous nous croyons exempts, nous porte à mépriser les bonnes qualités que nous n’avons pas.

475. L’envie d’être plaint, ou d’être admiré, fait souvent la plus grande partie de notre confiance.

482. L’esprit s’attache par paresse et par constance à ce qui lui est facile ou agréable; cette habitude met toujours des bornes à nos connaissances, et jamais personne ne s’est donné la peine d’étendre et de conduire son esprit aussi loin qu’il pourrait aller.


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