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Des mots pour prier

Par , le 24 May. 2009, dans la catégorie Pratiques - Imprimer ce document Imprimer - English version

bouteille sur le sable

J’ai toujours eu une certaine difficulté avec la prière. Je ne doute cependant pas qu’elle corresponde à une expérience fondamentale, à une réalité essentielle. Ma fréquentation des écrits d’un grand nombre d’« explorateurs » du monde spirituel (toutes origines et toutes religions confondues) m’ont depuis longtemps convaincue de l’importance de cet acte assez déroutant. Mes lectures provoquaient chaque fois la même émotion. Je pressentais que la prière, c’était respirer les parfums de la « patrie » (comme aurait pu le dire Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus) ou entrer en communication avec le Monde du Vrai (en utilisant un autre vocabulaire). Cependant, ma pratique de la prière était loin d’être à la hauteur des émotions que ces beaux textes m’inspiraient.

Je connaissais des prières, j’en avais adoptées une ou deux que je tentais de réciter le plus régulièrement et avec le plus d’attention possible. Je connaissais aussi des moments, fugaces, d’élan spontané vers Celui qu’on appelle Dieu ou vers tel ou telle de ceux et celles qui ont su parler de Lui. Mais je savais que tout cela n’était que balbutiements, tentatives qui n’atteignaient pas leur but. J’étais toujours en deçà de ce à quoi j’aspirais.

La prière-élan était trop aléatoire, trop éphémère, je ne pouvais pas y prendre appui. Quant aux prières que j’avais mises à mon répertoire, elles me laissaient de plus en plus souvent dans un état où se mêlaient la frustration et l’impatience. Je ne remettais pas en question leur valeur mais je restais à l’extérieur. Je perdais le fil, je n’entendais pas les mots que je disais et je tombais vite dans une récitation mécanique.

Un jour, sur la base d’une des prières que je connaissais, j’ai commencé à rajouter des mots à moi, pour approfondir, pour préciser. L’effet a été immédiat : j’étais concernée, j’écoutais… Pendant un temps, je me suis chaque jour exercée à trouver les mots justes, les mots qui me correspondaient. Il arrivait que je bute plusieurs jours sur un terme qui n’allait pas, soit parce qu’il venait de l’extérieur, qu’il n’était pas assez « sincère », soit parce qu’il n’était pas assez net, qu’il manquait sa cible. J’ai ainsi, peu à peu, fabriqué ce qui pourrait être à la fois un « credo », une « remémoration », une « check-liste »…

Je m’étais, par exemple, appliquée à formuler le plus précisément possible ce que je considérais comme des piliers, des fondements qui devaient être sans cesse rappelés :

  • la nécessité de se tourner, inlassablement, vers l’Essentiel
  • la nécessité de travailler à prendre conscience de moi-même
  • la nécessité d’être, profondément, sincèrement et lucidement, attentive aux autres,
  • la nécessité de ne rien négliger du monde dans lequel on vit.

J’avais posé aussi ce qui était pour moi des repères essentiels, des points d’ancrage, comme le fait de dire : « Dieu m’aime d’un amour inconditionnel, sans limite et qui ne manque jamais ». Ces mots, qui pourraient sembler à certains tout droit issus d’un livre de catéchisme, prenaient dans « ma » prière une réalité et une profondeur nouvelles. Chaque fois que je les disais, j’avais l’impression de me libérer un peu plus, même si c’était de façon infinitésimale, de tout le poids accumulé de croyances culpabilisantes qui m’avaient rogné les ailes. Dire que l’amour de Dieu est inconditionnel, c’était pour moi sentir que je pouvais, que je devais balayer toute crainte et avancer avec la certitude qu’Il était là et qu’Il serait toujours là. Bienveillant.

Pour renforcer les mots que j’utilisais, j’avais choisi quelques images, comme celle – tirée d’un Psaume de la Bible (je crois) – où il est dit que nous devons être vis-à-vis de Dieu, confiant comme le petit enfant qui joue près de sa mère. À la seule évocation de cette confiance, il me semblait déjà la vivre un peu.

Cette prière a eu trois effets. Son premier effet a été réduire de beaucoup les difficultés que j’avais à prier. J’avais concrètement expérimenté que la sincérité et l’attention, indissolublement liées, permettaient d’accéder au sens vivant des mots. Je n’en n’étais qu’à mes premiers pas sur ce chemin mais je sentais profondément qu’il fallait poursuivre dans cette direction.

Si ce premier effet a été immédiat, je ne me suis rendu compte du deuxième qu’à la longue. J’ai commencé peu à peu à sentir que quelque chose avait changé. J’aurais du mal à en parler, tellement c’était subtil, insaisissable. Comme s’il s’agissait d’un « travail » inconscient dont je pouvais seulement percevoir les effets : le monde spirituel s’était pour ainsi dire rapproché.

Quant au troisième effet, il a été assez inattendu. J’ai retrouvé les prières que j’avais délaissées. Elles ne m’ont plus paru figées, extérieures, lointaines. Leurs mots avaient repris du goût, de la réalité. J’éprouvais l’envie de me mettre à leur écoute, à leur école.

En parlant de cette prière « sur mesure », je ne veux valoriser en aucune façon, un besoin quelconque d’originalité ou d’affirmation individualiste, mais je pense profondément que ce n’est qu’à partir de ce que l’on est qu’il est possible de s’ouvrir à Plus que soi, que ce « je », aussi infime qu’il puisse être, est l’unique point de départ possible. Si l’on ne part pas de là, on s’élance à contre-pied, on imite, on répète.

Je suis, bien sûr, convaincue qu’il y d’autres façons d’approcher la prière mais quelles que soient ces façons, elles mettent forcément en jeu la sincérité et l’attention.

Peut-être que ce petit texte donnera, à certains, l’envie de partager leur expérience. J’éprouverais, pour ma part, un grand intérêt à les lire.


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11 commentaires

  1. MH le 25 May 2009 à 10:53 1

    Merci pour cette expérience partagée, Louise!
    Je pense que vous vous êtes tout simplement “approprié la prière”!
    Je n’ai pas exactement la même expérience que vous, mais je suis arrivée au même résultat, sans vraiment savoir comment…
    En réfléchissant, je pense que c’est parce que je me suis intéressée aux mots que je prononçais étant gamine, machinalement… l’âge et la raison venant 😉
    Je me souviens que j’avais demandé à ma maman la signification, dans la prière “Je vous salue Marie” de “Jésus, le fruit de vos entrailles…”: Maman, très prude, avait bredouillé qqchose que je n’avais pas du tout compris! À présent, cela me fait rire: l’époque n’était pas à l’étalage des moeurs, loin de là! Mais cela m’avait intriguée, et j’étais bien résolue à comprendre moi-même!
    C’est peut-être à ce moment-là que j’ai décidé de comprendre les mots que je prononçais, progressivement…
    J’y ai mis du temps!
    😉

  2. Louise le 26 May 2009 à 8:34 2

    A MH
    Oui, votre expérience – d’une autre façon – se rapproche de la mienne.
    Tout simplement, sans doute, parce que la porte d’accès à la prière est l’attention à chacun des mots qu’on prononce et la compréhension de leur sens. C’est comme ça qu’on peut, comme vous le dites, s’ “approprier la prière”.
    Tout ça a l’air si simple…Et ça marche…..
    Pourtant, pour ma part, combien de temps avant de trouver ce qui semble, après coup, absolument évident.

  3. Ornella le 27 May 2009 à 16:20 3

    Merci pour ces témoignages.
    Cela m’a évidement touché d’autant plus que je me suis reconnue dans vos expériences.
    Petite, ma mère me demandait quand elle venait me donner le dernier baiser du soir tant attendu si j’avais fait ma prière.
    L’idée de la décevoir aurait été une atroce douleur et de ce fait, rare sont les fois où j’oubliais de la faire. Ce n’est plus trop le cas !
    Ma mère avait concocté une petite prière toute simple adaptée à mon jeune âge. Mais en très peu de temps, les questions commencèrent à fuser dans ma tête et la principale fut : « qu’est-ce que je dois lui dire à Dieu ? » ce à quoi ma mère a répondu : « tu lui dis tout ce que tu veux après ta prière, tu lui parles comme à ton meilleur ami » et là j’ai ressenti une drôle de sensation. Je me suis sentie libre, déchargée d’un poids, je découvrais enfin mon interlocuteur.
    Ce soir là je crois que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, j’ai parlé toute la nuit avec mon meilleur ami ! Et il m’écoutait. Je ressentais un bien-être indescriptible.
    La relation est restée la même, voire plus forte, mais à mon grand regret et cela est de ma faute, parfois je ne suis pas toujours concentrée quand je Lui parle : mais pas une fois dans la journée je n’oublie de lui dire « merci » d’être à mes cotés car depuis mon enfance il est là. Il suffit simplement que je lui parle. Je n’ose imaginer la morosité de ma vie si je Lui avais lâché la main.
    Maintenant adulte, certaines personnes de mon entourage trouvent une certaine candeur gardé de l’enfance à travers ma relation avec Lui mais en mon for intérieur je suis persuadée que cette relation existe et qu’au contraire elle est la preuve d’une certaine sagesse.
    Finalement cette relation me rend unique et Il nous à tous créer pour que nous le soyons.
    Faire ma prière est alors un plaisir qui me permet également d’augmenter ma capacité à tourner mon attention et mon intention vers Lui .Dès que « je le boude un peu » et bien je perds mon endurance et toute l’énergie de ma foi. S’en suit alors un cercle vicieux qui a des conséquences matérielles et spirituelles (que je ne vois pas en partie d’ailleurs !) parfois irréversibles.

  4. Tomatino le 31 May 2009 à 7:11 4

    Merci pour ces expériences.
    En ce qui me concerne, depuis quelques temps, ma prière prend un tournant très “remerciements” pour tout.
    Dans ma journée, à divers moments, quand j’y pense, ou a des moments fixés à l’avance, je remercie pour tout ce que Dieu me donne au moment vécu : avoir résolu un problème, pouvoir acheter quelque chose, trouver quelque chose, être à l’heure, manger, être à un endroit…..
    Et cette relation de “prière-remerciant” donne une dimension très positive à ma journée

  5. EJME le 08 Jun 2009 à 1:58 5

    Merci Louise pour cette expérience. Je partage vraiment ce que tu dis quant tu écris que la prière “sur mesure” t’as permis de te sentir plus “concernée” par cet acte qui peut facilement se transformer en récitation mécanique.

    Moi aussi j’ai un jour décidé d’apporter à ma prière “les mots justes, les mots qui me correspondaient”, et depuis ce jour, la prière est devenue un outil indispensable de mes journées.

    Me confier à Dieu avec mes propres mots me permet chaque soir de faire le point sur ma journée et sur mon état de santé intérieur. A partir de là, je me demande et je demande à Dieu quelles solutions adopter pour tenter de m’améliorer le lendemain. Au cours de cet échange, je ressens alors une énergie douce qui me renforce intérieurement et me redonne chaque soir un peu de confiance pour affronter le jour qui vient.

    Je dois quand même avouer que j’ai toujours un peu de mal à m’y mettre. Alors, j’ai trouvé la solution : je commence par la récitation “mécanique” d’une prière puis, après cet échauffement, je commence mon petit dialogue avec Dieu et surtout je remercie Dieu de me donner cette chance d’avoir pu créer cette relation intime avec lui !

  6. sid le 29 Sep 2009 à 16:46 6

    bravo Louise

    La relation avec le divin n’est pas une relation de servitude mais une relation d’amour. Et comme toute relation de ce genre, il se crée au fur et à mesure des prières une intimité avec la chose (Dieu ou Etre essentiel) qui t’enveloppe pendant ces moments.
    Cette étreinte, que tu décrit bien d’ailleurs, se transforme en bien-être car au moment où tes pensées sont dirigées vers Dieu tu es en face d’un flux vivifiant regénérant de la substance même de ton être.

  7. Joseph Locanda le 30 Aug 2010 à 5:23 7

    la prière a toujours eu plusieurs fonctions pour moi.

    La prière “offerte” par un grand saint ou un prophète, type le “Notre Père…” ou le “Je vous salue Marie…” constituait dans une première phase un rituel qui permettait de développer l’attention à Dieu dans une rendez-vous quotidien. Avec le temps, leur signification a pris du sens et de la profondeur car les mots avec mon évolution spirituelle ont pris de la consistance, de l’épaisseur. Pendant un temps, je l’avais un peu abandonnée car elle ne raisonnait plus en moi. J’y suis revenu car ces prières produisent un effet positif sur moi, car ces prières ont un réel effet de par leurs auteurs qui les ont dites et l’histoire qu’elles portent en elles.

    La prière “naturelle”, celle qui vient avec mes propres mots selon les états d’âme du moment, celle qui établit un lien intime avec le Créateur, le Père, le Guide… Celui qu’on tutoie dans le silence de soi. Celui avec qui on sait qu’on n’a pas de secret, Celui avec qui on ne peut pas tricher car on sent au fond de nous même qu’il sait tout de nous. Cette prière nécessite au début un effort d’élocution car nous ne sommes plus portés par un texte et je n’étais pas habitué à émettre des mots dans un échanges avec Dieu. J’avais honte de la pauvreté de ma conversation et je me disais qu’Il devait s’embêter à m’écouter. Cette prière au début me semblait donc vide d’intérêt. Longtemps je me suis découragé. Aujourd’hui, elle est essentielle pour moi dans ma relation spirituelle. Aucun sujet n’est plus tabou.

    La prière “gratitude” m’a permis de retrouver de l’intérêt pour la prière intime. Cette prière est celle qui émerge à chaque fois dans la journée qu’il y a une raison de remercier Dieu de ce qu’il fait pour moi. Cela peut être n’importe quoi. A chaque fois qu’une chose agréable m’arrive dans une journée je pensais à remercier Dieu (une rencontre, un paysage, une lumière, une réussite dans mon travail, une joie familiale…). Cette prière a un effet formidable sur moi car elle vient avec le temps spontanément et à chaque fois elle m’apporte une sensation de plaisir intense et me permet pendant quelques secondes de m’échapper à la vie matérielle. Elle m’a beaucoup aider à développer l’attention vers le Créateur et souvent m’a permis de prendre le recul sur la vie courante en me replaçant à la bonne place. Elle permet aussi de mieux enregistrer certains moments de la journée ou actes accomplis. Ainsi elle a longtemps permis de compenser la pauvreté de ma prière intime du soir et souvent elle l’a nourri en apportant les sujets d’échanges avec le Père.

  8. mike le 01 Sep 2010 à 22:30 8

    je rajouterais 3 points : la ‘prière rendez-vous’ avec son créateur, son bien aimé, celle que l’on s’impose à heure fixe pour le remercier, elle scande la journée en plusieurs moments intimes avec Lui, et c’est formidable quand cette prière se transfome en ‘prière attention’ où un seul mot peut nous tranformer, nous relier à Lui et on ressent une énergie en retour, une illumination; toutes ces prières rappellent à l’homme qu’il n’est jamais seul et que s’il fait un effort vers son Créateur Il lui répond…
    et n’oublions pas ‘la prière acte’, pierre anguaire de la spiritualité naturelle, prère qui accompagne tous les actes de la vie quotidienne, même les plus infimes en apparence mais qui prennent une dimension supérieure quand l’être humain change son intention intérieure vers la recherche du contentement divin…

  9. radegonde le 01 Sep 2011 à 21:06 9

    comme Joseph, j’aime la prière “gratitude” face à une belle journée, à une rencontre agréable, alors je me sens pleinement “vivante” et j’ai besoin de LE remercier..
    Bien sur , je pratique la prière “rendez-vous” mais pas toujours “diponible” parfois un peu automatique, mais je ne désespère pas et je recommence……….

  10. al06 le 05 Sep 2011 à 23:05 10

    Merci pour l’article et les commentaires… je pratique la prière de remerciement et ces états de gratitude me rapproche de Lui. Je le remercie pour tout ce qu’Il me donne et aussi pour ce qu’Il ne me donne pas car Lui seul sait ce qui est bon ou pas pour ma maturation spirituelle.

  11. KLR le 06 Nov 2011 à 11:21 11

    Merci beaucoup pour cet article et les commentaires qui m’ont donné des pistes et également une grande motivation. On sent d’après vos expériences que la prière est un trésor qui se gagne et qui apporte beaucoup de bienfait.
    j’ai beaucoup aimé le fait de redire une prière avec ses mots, c’est ce que j’essaye de faire actuellement et c’est vrai que cela a un effet. Je sens du coup que le monde spirituel est plus palpable.

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