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Au MET, le tanbur est de retour

Vitrine d'instruments d'Ostad Elahi au Met

 

Le tanbur est de retour… Quelques mois plus tôt, en 2018, à quelques enjambées du plus ancien piano du monde, une vitrine avait été inaugurée dans le département des instruments de musique du « MET » (le Metropolitan Museum of Art de New York). Consacrée à quelques « musiciens célèbres » du 20e siècle, on pouvait y découvrir, voisinant avec une clarinette de Benny Goodman et une guitare d’André Segovia, un tanbur d’Ostad Elahi fabriqué par le luthier Narimân, ainsi qu’une vidéo contenant des explications et des images d’archives, en forme d’écho à l’exposition de 2014-2015, The Sacred Lute, dont nous avions rendu compte ici-même.

 


 

Depuis lors, la collection du MET s’est encore enrichie de nouvelles acquisitions : plusieurs luths (un setâr, un tchogur et un tanbur à cinq cordes, dont on peut entendre ici le son caractéristique, en cliquant sur l’échantillon 9368), mais aussi un tambourin (daf). Ces instruments ayant appartenu à Ostad Elahi sont désormais réunis dans une même vitrine, à proximité d’autres trésors du patrimoine musical mondial (mandolines et théorbes du 17e siècle, virginaux, violes de gambe, Stradivarius, pipa chinois, shakihachi japonais, mbira africaine…).

 

Dans l’ordre : Setâr, Tchogur, Tanbur à cinq cordes et Daf (source : www.metmuseum.org)

 

Pour l’occasion, deux événements organisés dans les murs du musée ont permis au public d’approcher de plus près l’héritage musical d’Ostad. La meilleure manière de le faire était évidemment de se confronter à la musique elle-même, à travers celui qui en est aujourd’hui le plus éminent dépositaire : son fils, Chahrokh Elahi. Ses performances publiques sont suffisamment rares pour donner à ce genre d’événement un caractère unique. Pendant plus d’une demi-heure, les quelques centaines d’auditeurs réunis dans la soirée du 5 avril 2019 dans le grand auditorium du musée, ont été emportés par la performance particulièrement intense d’une des pièces emblématiques du répertoire d’Ostad (Shâh Hoseyni), performance dont l’émission New Sounds de la New York Public Radio propose la retransmission en podcast (disponible ci-dessous, à 27’20’’ ou ici). Le contrebassiste Renaud Garcia-Fons, accompagné de son ensemble, a donné à ce premier voyage un prolongement virtuose en faisant résonner les multiples harmoniques du tanbur à travers de nouveaux territoires musicaux.


De 27’20’’ à 46’00’’ : The Musical Legacy of Ostad Elahi – Performance live de Chahrokh Elahi au Metropolitan Museum of Art le 5 avril 2019

Le lendemain, c’est une table ronde qui s’est réunie pour évoquer, cette fois-ci en paroles, la place de la musique dans l’œuvre d’Ostad Elahi. Sous la houlette de John Schaefer, producteur d’émissions sur WNYC (New York Public Radio), plusieurs intervenants étaient invités à aborder des différents aspects de cette question : David Levitin, scientifique connu pour ses livres de vulgarisation sur les soubassements neurobiologiques de la perception musicale, Theodor Levin, spécialiste des musiques d’Asie Centrale et professeur à Dartmouth College, et l’orientaliste Leili Anvar, dont la contribution portait plus spécialement sur les liens entre art musical, poésie et spiritualité.

La discussion trouvait une amorce naturelle dans un film inédit consacré tout entier à la vie musicale d’Ostad Elahi, et que le public réuni ce soir-là avait eu la chance de découvrir en avant-première. En faisant alterner des images d’archive, des entretiens et des performances inédites, ce documentaire co-réalisé par John Schaefer brosse un portrait musical à la fois informatif et émouvant du musicien, levant le voile sur certains ressorts de sa créativité hors du commun, mais aussi sur l’impact de son jeu chez des auditeurs qui l’ont entendu de son vivant, ou simplement découvert à travers les enregistrements publiés depuis vingt-cinq ans (et dont la dernière édition prend la forme d’un double CD co-produit par le musée sous l’intitulé « The Musical Legacy of Ostad Elahi at The Met » : Résilience et Mon Commencement et ma fin).

Il n’est pas possible de résumer ici les échanges nourris qui ont suivi la projection du film : il fut question, entre autres, de l’esprit de la tradition et du génie créatif, de la puissance du rythme et des miracles de l’improvisation, du lien entre musique, poésie et mystique, et aussi, bien entendu, de ce qui fait généralement de l’art un vecteur de réalisation de soi et de communication méditative avec des plans de réalité subtils. Leili Anvar l’a utilement rappelé à cette occasion, ce n’est pas atténuer l’importance de l’héritage musical d’Ostad que de le remettre en perspective par rapport à ce qui constituait à ses propres yeux le véritable cœur de toute sa démarche : une expérimentation personnelle et rigoureuse sur la voie du perfectionnement spirituel et de la connaissance de soi, dont témoignent en particulier ses écrits et ses paroles. Avant d’être un objet de délectation esthétique ou d’exploration intellectuelle, la musique du tanbur a pour vocation première d’intensifier selon d’autres voies la connexion de chacun avec ce qu’Ostad appelle « la Source ».

 

Coffret CD Met

 


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