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L’inspiration, une expérience spirituelle ?

Par , le 28 Jun. 2009, dans la catégorie Articles - Imprimer ce document Imprimer

Abstract painting

Il est une singulière expérience, accessible à tous, quel que soit son domaine d’activité, et qui est capable de nous marquer profondément, en nous laissant un goût d’émerveillement ; je veux parler de l’inspiration.

Non pas de l’inspiration que l’on cherche chez un autre, un auteur, un peintre, un musicien, pourquoi pas un paysage, c’est-à-dire la reprise d’une idée, d’un thème, d’un procédé introduit par un autre ou présent dans la nature. Encore moins d’un processus purement intellectuel, comme la recherche de l’idée, l’idée originale et jugée suffisante pour se matérialiser par exemple sous la forme d’une œuvre d’art conceptuel. Ce que je veux évoquer n’a rien à voir avec le travail lent, lourd et besogneux de celui qui doit produire quelque chose, écrire un texte par exemple, et qui finit laborieusement et péniblement par lui donner forme et matière; c’est une illumination intérieure qui nous donne le sentiment d’une révélation, celle d’une vérité cachée brusquement dévoilée.

Etant élève en terminale, je n’étais pas très bon en maths. On nous donnait le samedi matin un devoir de géométrie, long et plutôt difficile, à rendre pour le lundi matin. J’y consacrais souvent presque tout ce qui restait du week-end. Après les 2 ou 3 premières questions, souvent assez facile, je commençais à peiner alors que les premières difficultés se présentaient. Je séchais. Je m’acharnais, faisant des dizaines de figures, m’efforçant de trouver une stratégie de démonstration, multipliant les constructions auxiliaires, établissant toutes les relations qu’il était possible de déduire des hypothèses. En vain. Jusqu’au moment où, à force d’acharnement, de concentration sur l’écueil qui me barrait la route, arrivait cet instant magique du dévoilement : brusquement, un éclair se produisait en moi, et je « voyais » instantanément le chemin à suivre. Je n’avais aucune certitude rationnelle, la plupart du temps je n’avais même pas songé à aller dans la bonne direction, mais tout était clair à mon entendement et j’avais la certitude intérieure d’avoir trouvé la solution. Je n’avais plus, partant du point de départ indiqué, qu’à suivre la route pas à pas, en utilisant tous les théorèmes que je savais devoir exploiter, pour construire une démonstration rationnelle.

Cet instant de révélation faisait monter en moi, je m’en souviens encore, une joie étrange, à la fois légère et puissante qui me procurait un plaisir d’une qualité rare. Les mots me manquent pour décrire ce plaisir ainsi que les sensations si particulières que je pouvais éprouver, mais en tous les cas, c’est bien à cause de la magie de ces instants que je me suis mis à vraiment aimer les mathématiques.

Ce qui était étonnant, c’était ce sentiment de passer de l’obscurité la plus totale à la pleine lumière, c’était de voir apparaître en un éclair, sous la forme d’une intuition puissante, la « vision » d’un raisonnement suffisamment complexe pour que sa mise en forme me demande encore des minutes de travail. En une fraction de seconde, tout était là, mais il restait à vérifier minutieusement la réalité de cette vision, faire des calculs, rechercher l’expression exacte des théorèmes que je savais désormais devoir appliquer à tel ou tel point du raisonnement.

En fait, bien que n’étant pas du tout préoccupé à cette époque par la moindre recherche spirituelle, j’avais très nettement la sensation que le dévoilement qui s’était opéré provenait d’une source extérieure de connaissance à laquelle j’avais pu fugacement accéder. C’était comme si cela m’était donné ; c’était beau, c’était magique, et l’impression qui demeurait en moi, au-delà de la joie d’avoir abouti (et de pouvoir me débarrasser enfin de ce fichu devoir !), avait un goût étrange et délicieux qui me poursuivait longtemps.

Par la suite, évoquant de temps à autre, avec des collègues ou des amis, l’étrange bonheur trouvé dans l’usage des mathématiques, j’ai recueilli des témoignages assez variés de personnes, écrivains, artistes, techniciens, qui me certifiaient avoir vécu des expériences fort similaires. Il m’a semblé que beaucoup, dans l’exercice d’une activité qui les passionne au point de les y engager totalement peuvent vivre une expérience qui s’impose comme étant celle d’une communication avec une Source de connaissance. Aussi me suis-je mis à chercher, parmi des personnalités historiques, des traces et des témoignages d’un tel vécu. Et j’en ai trouvé, me semble-t-il, un certain nombre …

Que suggèrent-elles ? Que l’inspiration est un phénomène de caractère général qui se produit quand, volontairement ou involontairement, un artiste pense-t on souvent, mais plus généralement tout individu, parvient à se placer dans un état intérieur particulier dans lequel il prend contact avec une autre dimension de l’être. Ce phénomène peut s’apparenter à celui de la transe, même si, la plupart du temps, il n’est associé à aucune de ses manifestations les plus spectaculaires (agitation, perte du contrôle musculaire), mais au contraire place le sujet dans un état d’immobilité et de suspens. Il est difficile, dans le cadre limité d’un article aussi court, de décrire de façon exhaustive l’ensemble des expériences rapportées. Je ne peux que survoler un tel domaine, mais au gré de ses lectures et de ses découvertes, le lecteur pourra certainement compléter et enrichir ces notes succintes.

Inventeurs : le plus célèbre des inventeurs est probablement Léonard de Vinci. Il avait des visions de procédés techniques, de machines complexes (tel l’hélicoptère) qui lui venaient brusquement et qui, dans bien des cas, n’avaient aucun rapport avec quelque chose existant déjà à son époque. Il notait ces visions dans des carnets de croquis, sans avoir aucune des connaissances technologiques qui auraient été nécessaires pour les faire fonctionner, sans avoir fait ni calculs, ni plans préalables. La plupart de ses inventions n’ont pas dépassé de son vivant le stade du croquis, car on le prenait pour un fou, mais on a récemment réalisé à partir de ses schémas des maquettes capables de fonctionner.

Peintres : de nombreux peintres ont avoué avoir travaillé en état de dédoublement, ainsi Matisse avouant : « Quand je peins, je crois en Dieu », ou encore Gauguin : « Il me semble que je suis fou et, cependant, plus je réfléchis le soir dans mon lit, plus je crois avoir raison. Depuis longtemps, les philosophes raisonnent les phénomènes qui nous paraissent surnaturels et dont pourtant on a la sensation. Tout est là, dans ce mot. » On pourra se référer aussi aux paroles de Kandinski (Du spirituel dans l’art). Mais le peintre qui illustre peut-être le plus mon propos est sans doute Lesage. Augustin Lesage était mineur de fond à Auchel (Pas-de-Calais). En 1911, alors qu’il travaille au fond de la mine, il entend une voix lui dire : « un jour, tu seras peintre ». Et il reçoit l’ordre d’aller acheter pinceaux et couleurs et de se mettre à peindre en rentrant de la fosse. Malgré la fatigue et bien qu’il n’ait jamais appris ni à peindre, ni à dessiner, il se met à l’ouvrage. Selon le témoignage de ses proches, il commençait par un petit coin de toile, appliquant la peinture très méticuleusement, sans croquis ni dessin préparatoire, ne couvrant que de toutes petites surfaces par jour. Le résultat représentait des architectures fantastiques, pleines de détails, d’une extrême symétrie, dégageant une grande impression d’équilibre et d’harmonie. Il paraît difficile d’imaginer qu’ils ont été réalisés en l’absence de toute construction préalable.

Ecrivains : beaucoup de ceux que je vais citer appartiennent au monde anglo-saxon, peut-être parce que les phénomènes évoqués y sont beaucoup moins décriés que dans la patrie de Descartes. On sait cependant que Victor Hugo écrivait sans effort, au fil de la plume, avec un débit étonnant, les vers de la Légende des Siècles. Milton, Wordsworth, Tennyson et Browning sont connus pour avoir écrit en état de demie-transe. Dans le Paradis perdu, Milton répète plusieurs fois combien il était conscient que c’était une puissance supérieure qui guidait sa plume. Shakespeare, de son côté, avoue de semblables expériences, et dans ses derniers vers, se plaint d’avoir perdu le don de recevoir cette inspiration :

« A présent, tous mes charmes sont rompus,

Ce qui reste de force est la mienne propre ;

Mais c’est bien faible. »

Citons également Goethe, qui avoue avoir reçu son inspiration du « monde des Idées, Source et Principe de cette existence. »

L’expérience de Coleridge, qui a été largement popularisée, est intéressante : pendant sa sieste, il rêve du conquérant mongol, Kublaï Khan. A son réveil, il note fébrilement, sans rature, le poème de même nom qui est devenu un monument de la poésie britannique. Un importun frappe à sa porte. Coleridge lui ouvre, n’ose l’éconduire et le reçoit. Après son départ, il retourne à son cabinet de travail, impatient de reprendre l’écriture du poème qui semblait couler dans son esprit. Mais le lien est rompu, l’inspiration l’a abandonné et le poème restera inachevé.

Compositeurs : c’est dans le domaine de la musique que j’ai trouvé les références et les citations les plus intéressantes. Tout le monde sait que Mozart déclarait entendre les anges jouer de la musique et qu’il se contentait de la transcrire. Et tous les musicologues sont impressionnés de constater que la majorité de ses manuscrits originaux ne comportent pas la moindre rature. Beethoven, de même, déclarait que ses idées lui venaient de Dieu, et il a laissé des notes à ce sujet. Pour Haydn, composer était une sorte de service religieux, un véritable rite. Il mettait toujours son meilleur costume avant de s’y adonner, disant : « j’entre à présent en communication avec Dieu, et ma tenue doit être de circonstance. » Dans la même veine, j’ai découvert d’étonnants témoignages dans l’ouvrage d’un journaliste américain, Arthur M. Abell, qui, au XIXe, vint en Europe interroger les grands compositeurs de son temps au sujet de leur inspiration musicale. Dans cet ouvrage, réédité dans les années 80 mais aujourd’hui malheureusement épuisé, il questionne six grands compositeurs, qui lui font part de leur expérience personnelle, parfois avec quelques réticences. Ainsi, Brahms voulait que ses paroles sur ce sujet ne soient publiées que 50 ans après sa mort. Il est vrai que ce qu’il déclare est de nature à choquer aujourd’hui encore bien des esprits cartésiens : « Reconnaître comme Beethoven que nous sommes Un avec le Créateur, c’est une expérience merveilleuse et qui appelle la vénération. Très peu d’humains atteignent jamais cet état, et c’est pourquoi il y a si peu de grands compositeurs ou de génies créateurs dans n’importe quel domaine des efforts humains […] Immédiatement après je ressens des vibrations qui pénètrent mon être tout entier. C’est l’Esprit qui illumine les forces cachées de mon âme, et dans ce ravissement, je vois clairement ce qui est obscur dans mon état d’esprit habituel. Alors, je me sens capable de recevoir mon inspiration d’en Haut, comme le fit Beethoven […] Ces vibrations prennent la forme d’images mentales bien définies, une fois mon désir formulé et ma résolution prise de composer une œuvre de valeur durable. Les idées s’écoulent alors en moi, venant tout droit de Dieu. Non seulement je vois distinctivement les thèmes devant mon œil intérieur, mais également la forme exacte dans laquelle ils s’élaborent, ainsi que l’harmonie et l’orchestration. Mesure par mesure, l’œuvre entière m’est révélée. » Telle qu’il la concevait, l’activité du compositeur est de l’ordre de la transe médiumnique, ce que confirme ce passage :

« […] je me trouve dans un état comparable à la transe, lorsque je tombe dans cet état semblable au rêve – un flottement entre le sommeil et la veille ; je suis conscient, mais sur le point de perdre connaissance. Dans de tels moments, les idées inspirées coulent en moi. Toute inspiration véritable a son origine en Dieu […] »

Parfois, comme pour Coleridge, il arrive que l’inspiration se tarisse :

« Je ne peux pas composer si je n’ai pas la certitude que je ne serai pas interrompu et dérangé. […] La muse est un être très jaloux, et elle s’enfuit à la moindre contrariété. Je travaillais à un lied, j’avais presque terminé la première strophe, lorsque j’ai été interrompu brutalement. Malgré des tentatives répétées, je n’ai plus jamais pu retrouver le même état d’âme […] et finalement, j’ai abandonné. »

A lire ces témoignages, je ne peux manquer de reconnaître ma toute petite expérience relative à mes problèmes de géométrie. J’ai beaucoup évoqué d’artistes, peut-être parce que plus que d’autres, ils sont enclins à s’exprimer sur un sujet qui peut porter à tellement de critiques. J’aurais pu évoquer aussi bien des scientifiques, parler par exemple du rêve de Kékulé. Il me semble que chacun, quelque soit son domaine d’activité ou de prédilection peut, s’il se concentre suffisamment, faire des découverts, accéder à des informations à travers une autre dimension de l’être.

On dit que seuls les grands mystiques, les personnalités exceptionnelles peuvent vivre des expériences spirituelles. Le phénomène que j’évoque, et c’est le témoignage unanime des personnalités que j’ai cité, nous met au contact d’une dimension méconnue, d’une véritable source de connaissance et de création. En cela, l’inspiration, qui naît d’un état spécifique de concentration, me semble être une expérience de nature spirituelle accessible à chacun.

Bibliographie sommaire :

Les carnets de Leonard de Vinci

Croquis, manuscrits, dessins et peintures de Léonard de Vinci

Citation de Kandinski : « L’art est le révélateur de la vie invisible qui constitue la réalité véritable de l’homme. L’art accomplit une découverte, une redécouverte proprement inouïe : il place devant nos yeux émerveillés, tel un domaine encore inexploré, de nouveaux phénomènes, oubliés, sinon occultés ou niés. Et ce sont justement les phénomènes qui nous ouvrent l’accès à nous-même, à ce qui seul importe en fin de comptes» dans Du Spirituel dans l’art.

A propos de Vassily Kandinsky

Lettres de Gauguin à Schuffenecker

A propos de Lesage

Le poème de Coleridge

Arthur M. Abell Entretien avec de grands compositeurs Editions du Dauphin 1982

9 commentaires

  1. why le 30 Jun 2009 à 9:56 1

    expérience unique, à la portée de chacun et qui ne nécessite pas obligatoirement un état volontaire de concentration. Je l’éprouve aussi lorsque je me mets “en disponibilité” et que j’arrive à calmer en moi le tumulte des pensées parasites. Il faut aussi être capable d’extrême sincérité pour ne pas filtrer l’émotion qui vous submerge. Cette émotion n’est pas reproductible à l’identique et elle est difficilement partageable. Elle vous transforme irrémédiablement et développe le champ de perception.

  2. CHR le 30 Jun 2009 à 21:34 2

    N’étant pas du niveau de ces Personnages cités, cependant, il m’est arrivé de nombreuses fois cet état, accouchant chaque fois d’une “création”. C’est particulièrement excitant personnellement, mais terriblement difficile à vivre. Vivre avec la certitude mathématique de la pertinence de la vision, la “sentir” dans ses entrailles, et devoir accepter au final, de ne pas pouvoir réunir les moyens de la réaliser.

    Je pensais, jusqu’à cette lecture, être quelque peu “en marge”, ou une rêveuse béate !!!, et me suis donc abstenue d’en parler ! Je ne me suis jamais posée la question d’où me venait ces idées. Elles sont issues pour certaines, de mon sens pratique, la simplification des tâches, le sens de l’alliance du plaisir à donner et de l’utilité à servir.
    L’inspiration issue d’une dimension spirituelle, je n’en suis pas consciente, mais vous autorise à dire que mon sens du don à l’autre y est pour beaucoup !!!

    Pour revenir à nos grands qui jalonnent l’Histoire, ces visionnaires exceptionnels, il est du devoir de leur entourage de leur permettre d’accoucher leurs oeuvres. Puissants dans leur domaine, et tellement fragiles par ailleurs… (Journal d’un génie – Salvador Dali – Gallimard)

  3. Cogitons le 17 Jul 2009 à 18:40 3

    Joli texte, merci.
    Au delà de l’inspiration, mais sans doute y-a-t-il un rapport, une chose me fascine: la capacité qu’a l’homme de résoudre des problèmes de manière inconsciente. Comment un processus de réflection peut-il être dirigé vers un but (trouver la solution à un problème), et parvenir à ce but, sans que ce processus soit dirigé, évalué, travaillé, réorienté, etc. de manière consciente. Comment puis-“je” donc réfléchir, si “je” n’y suis pas? Le “soi” est-il donc une illusion, un vernis qui recouvre un ensemble de processus qui échappent en grande partie à ce “soi” conscient, mais qui constituent pourtant l’essentiel de ce que “nous” sommes? Le “soi” en tant qu’épiphénomène? Ou existe-il une source de raisonnement extra-cérébrale, qui serait consciente mais qui échapperait au “soi” cérébral. Et si tel est le cas, comment se fait l’interraction, et selon quels critères le conscient extra-cérébral deviendrait-il conscient-cérébral.
    Tout ceci ne va pas de soi…

  4. KLR le 05 Aug 2009 à 14:56 4

    Votre article m’interroge. je comprends aisément que l’on puisse être à un moment donné le dépositaire d’une inspiration venue d’ailleurs. Mais croyez-vous qu’il suffise de se concentrer pour arriver à ce que ce moment, ce don, nous soit accordé. Dans le même temps, les artistes que vous avez cités, tel Mozart, ont reçu cette inspiration sans efforts, tout naturellement. Alors que d’autres artistes n’ont pas réussi à capter cette grâce, malgré leurs efforts. Je me demande donc quelles sont les qualités requises et la prédisposition nécessaire pour accéder à cela ? s’il y a une prédisposition…

  5. Dex le 08 Feb 2010 à 21:26 5

    En tant qu’artiste-peintre j’ai connu le phénomène dont vous parlez.
    Avant de citer un exemple, je copie un passage d’un texte théorique que j’écrivais en 1985 :

    Je vois deux sources à la créativité d’un artiste : la Composition et l’Inspiration.
    La composition est une synthèse personnelle d’éléments pris dans l’éducation, de l’enfance à la maturité, dans la nature extérieure à nous avec toutes les sensations des cinq sens matériels et enfin dans l’ensemble de la production artistique de toutes les cultures du monde. Tout cet ensemble forme des “données”, des “informations” que nous introduisons dans notre “ordinateur intérieur” pendant notre vie, et que nous restituons en un ordonnancement particulier. La composition d’un tableau est un produit “de l’imagination” c’est-à-dire du psychisme. La majorité des œuvres d’art en est issue, particulièrement à notre époque.
    L’inspiration, ceux qui l’ont expérimentée le savent, qu’ils soient peintres ou ingénieurs, musiciens, écrivains ou savants, ne vient pas de notre volonté, mais nous est donnée, et ne peut être confondue avec l’imagination. C’est une inspiration spirituelle, qui vient du monde spirituel, qui touche l’âme et s’impose en dehors de tout “travail” du psychisme. Certains nient cela, mais ceux qui l’ont expérimenté savent que c’est une évidence. (…)

    Sur une trentaine d’années de création artistique il m’est arrivé une dizaine de fois de me réveiller en pleine nuit parce que l’on m’avait montré une « vision » d’un tableau fini, (et, une ou deux fois, une voix dit même le titre que devais avoir le tableau !) Je me levais immédiatement, quelque soit l’heure, pour prendre des notes et croquis avec toutes les annotations de dessins et de couleurs pour pouvoir réaliser ces inspirations. Puis j’ai peint avec toute la capacité technique possible pour les mettre au monde. Et je peux certifier que le résultat est toujours décevant par rapport à la luminosité de la « vision ».

    J’ai connu également un ami musicien qui avait les mêmes expériences et nous en avons longuement discuté.

    Enfin, j’ai eu aussi une « inspiration » pour résoudre une épineuse question théorique de l’art. Je simplifie l’énoncé du problème au maximum : la peinture classique considère que l’art doit être « éternel ». Face à cette attitude admise, la contestation post 68 a amenée des artistes à prendre une position volontairement inverse en proclamant que l’art doit être « éphémère ». Bien entendu, j’ai longtemps réfléchi à ces deux positions et je ne parvenais pas à savoir laquelle des deux était juste d’un point de vue spirituel. Une nuit, (c’était en 1992) je fais ce « rêve » : on me montre une bulle de savon et un cristal de diamant et tout deux réfléchissaient et réfractaient les sept couleurs de l’arc-en-ciel, c’est-à-dire la lumière. C’était magnifique à contempler et une voix disait : Dieu a créé ces deux choses, la plus « éphémère » et la plus « éternelle » sur Terre. Mais, de Son point de vue, comme Il aime pareillement toutes ses créatures, elles ont exactement la même valeur !
    J’en ai conclu qu’il n’est pas nécessaire de faire prévaloir une théorie artistique au détriment de l’autre.

  6. gauzhelm le 14 Sep 2010 à 2:22 6

    Bonjour et bravo pour ce site,
    Contrairement à certains de vous qui ont la vision d’avance, il m’arrive de peindre des sujets très léchés d’après modèle, concret et très réussis : en état d’absence total de conscience. Ceci dit en très abrégé car ce n’est pas seulement l’absence total de conscience qui est étonnante mais bien d’autres raisons et conditions qui m’ont amené à peindre un sujet. Au-delà de la création artistique, je connais des instants d’absence de pensée (hors du temps, sans ego) que les mots “bonheur”, “lucidité”, “Vérité”, “Amour”… ne peuvent suffire pour pour les expliquer car il s’agit alors, d’un état hors de notre logique de pensée, la pensée n’est plus, l’esprit est vide de toute pensée et de sa logique, rien n’est relatif à rien, il s’agit d’une réponse Absolu et le propre de l’Absolu est de ne pas pouvoir s’expliquer = se décrire car toute explication est relative et donc contraire à l’Absolu.
    Sans aucune pensée que crée le désir, la pensée disparaît, dans l’esprit vide s’éveille instantanément la “Lucidité” qui n’a rien à voir avec toutes les idées de ce mot.
    Fraternellement

  7. Lily22 le 05 Nov 2012 à 8:13 7

    Pour rapporter humblement mon expérience, juste ce témoignage : je suis écrivain, dans différents genres d’écriture (romans, poèmes, nouvelles, essais, récits, biographies…) et je me souviens de l’écriture de l’un de mes chants poétiques, il y a de cela de longues années : je vivais à l’étranger, et j’avais décidé de mettre en lumière les expériences épiphaniques de mon enfance jusqu’à l’âge adulte – comme dit une lectrice, déposer au pied de l’arbre le don de sa vie.
    Je me levais à l’aube, vers quatre heures, chaque jour, et j’écrivis durant deux heures, chaque aube, et cela dura cinq semaines. A la fin, quand je regardai la centaine de feuillets et que je les relus, je portai sept corrections infimes… Je regrette d’avoir jeté ce brouillon, une fois le livre publié. Ce texte est imprégné de quelque chose de bien plus grand que soi-même ; il fut publié très vite, rien ne lui fut opposé et il déclencha un mouvement en ma faveur au sein de l’Académie Française. (Mon partage étant de nature spirituelle, ici, je ne donne pas mon nom. Seulement si cela m’était demandé, je le ferais.) J’étais surprise, mais au fond pas étonnée. Chaque aube, j’avais l’impression qu’écrire et prier, c’était la même chose, et que ma concentration me permettait de me brancher sur une énergie profonde et infinie. Et cela m’est arrivé aussi pour la suite d’un petit livre intense que j’avais dans mon coeur dédié à Malek Jon Nemati avant même de l’écrire – ce que je fis explicitement une fois le livre accompli. Il me demanda des efforts de concentration, mais chaque fois je sentais que j’étais guidée vers les choix justes, il fallait accepter l’inspiration comme ce qu’elle était, un courant de clarté, de profondeur, de justesse. Je suis d’accord avec l’auteur de cet article : tout le monde peut expérimenter cela, mais il faut travailler d’abord, rester attentif et faire des efforts : ensuite, la grâce inspirante arrive, et c’est merveilleux.

  8. ML le 06 Aug 2013 à 14:09 8

    Il y a une magnifique et très drôle conférence à ce sujet, à savourer : http://www.ted.com/talks/lang/en/elizabeth_gilbert_on_genius.html

    l’écrivain élizabeth gilbert amène de façon vraiment simple et subtile comment elle conçoit sa création. C’est passionnant.

  9. radegonde le 11 Aug 2013 à 15:14 9

    cet article me fait penser à Séraphine LOUIS, qui est devenue une artiste reconnue, alors qu’elle était pauvre, et sans aucune culture:

    “Quatrième enfant d’un couple modeste, orpheline à sept ans, Séraphine Louis est domestique de 1881 à 1901 au couvent de la Charité de la Providence à Clermont-de-l’Oise. Séraphine de Senlis en conserve une empreinte religieuse forte, de la Vierge surtout qui lui aurait inspiré sa vocation d’artiste.”

    Elle a un musé qui lui est consacré aujourd’hui….

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