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Mieux voir pour mieux vivre

Par Elsa Guérin, le 28 nov. 2008, dans la catégorie Lectures - Imprimer ce document Imprimer

Changer de regard, O. De Brivezac et E. Comte, coll. Éthique au quotidien, L’Harmattan, 2004

Changer de regard, un titre qui peut laisser perplexe. Mais qu’est-ce donc que ce regard-là ? S’agit-il du mien ou de celui des autres ? On comprend très vite en feuilletant cet ouvrage qu’il est plutôt question du regard que l’on porte sur les autres et plus généralement sur tous les événements de la vie quotidienne. Ce regard intérieur que chacun dirige vers ses semblables ou vers une situation problématique, et qui participe à construire son environnement mental et à orienter sa vie entière. Mais qu’y a-t-il à changer dans ce regard-là ?

Parce que les relations que l’on peut entretenir avec les autres ne sont jamais simples, et que les situations que l’on vit s’avèrent parfois bien désagréables, voire dramatiques, notre façon d’appréhender les événements peut finir par nous empoisonner l’existence si nous n’agissons pas et n’apprenons pas « à regarder ». Et c’est bien d’un apprentissage dont il est question dans ce livre. Les auteurs, membres du GREIA (groupe de recherche en éthique individuelle appliquée) proposent des moyens concrets pour transformer un regard centré sur soi, partiel et par conséquent déformant et négatif, vers une vision plus juste, qui permettrait de « voir bien » pour vivre mieux, en accord avec l’éthique.

De la détection des symptômes à la décision de se prendre en main et d’agir, ce livret accompagne le lecteur dans la découverte de sa personnalité. Cette découverte est enrichie par de nombreuses références (Sénèque, Flaubert,…), des extraits d’ouvrages de Bahram Elahi et des citations extraites des œuvres d’Ostad Elahi, autant de sources qui décrivent le fonctionnement de la pensée humaine.

Parallèlement à des concepts théoriques, sont présentés, accompagnés d’une analyse, des témoignages vivants dans lesquels tout lecteur peut se retrouver sans grande difficulté. Ce sont des exemples quotidiens, tirés d’une situation ordinaire : au travail ou dans la famille ; mais qui s’avèrent devenir des illustrations intéressantes et des situations d’épreuves singulières.

La première partie, consacrée aux « formes du négatif » est constituée d’un panorama aux titres évocateurs : « L’enfer, c’est les autres » ou « La vie en noir » ou encore « La paranoïa », une série de chapitres qui exposent les diverses formes de pensées sombres dont la rumination peut mener à l’impasse mentale totale. Là, le lecteur découvre, à travers les témoignages cités, que, dans la vie, chacun a de « bonnes raisons » de se plaindre, de se sentir abattu ou désespéré, et de tout voir en noir : de la fille qui déplore le comportement déplacé de sa mère en société, à la collègue de bureau qui méprise ouvertement ses collaborateurs et provoque rancœur et ressentiment. Chacun a bien des raisons… or, le nœud du problème se situe justement là : « nous nous donnons toujours de bonnes raisons de nous plaindre et ce sont précisément ces raisons qui posent problème ». Bien entendu, pris dans un flot de pensées sombres, il n’est pas facile de quitter ce regard négatif, pour « voir bien » car il serait bien naïf de tout voir « en rose » et de devenir un « optimiste béat » alors qu’objectivement, la situation est parfois critique.

C’est dans la deuxième partie que cette difficulté est soulevée et finement analysée. « Qu’appelle-t-on « voir bien » ? Un premier pas dans « l’éducation » de notre vision consiste à comprendre le pouvoir créateur de la pensée et à prendre conscience que « la pensée n’est pas quelque chose d’éthéré, elle constitue mieux que notre milieu naturel, notre substance même ». Par conséquent, cultiver des pensées négatives et sombres, intoxique notre être. Puis, le lecteur distingue que derrière la vertu que l’on appelle « voir bien » se cachent deux notions bien différentes : « d’une part, voir le bien ou encore voir en bien » soit la faculté de voir les événements de la vie avec un œil bienveillant et optimiste et d’autre part « voir juste », c’est-à-dire voir la vérité des choses, avec neutralité et objectivité, et surtout sans préjugés.

Pour finir, après deux sections plutôt théoriques, arrive la partie pratique de l’ouvrage : « voir bien en action ». Dans cette dernière partie s’expose clairement ce que le lecteur devine déjà : pour changer véritablement sa façon de voir il va falloir agir et « travailler ». Agir concrètement, précisément et régulièrement sur sa pensée pour en changer la nature. A travers des « exercices pratiques » aussi variés qu’originaux, qui s’apparentent à de véritables techniques d’entraînement sur la pensée, le lecteur est guidé dans sa démarche.

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5 commentaires

  1. Jeanle 09 déc 2008 à 23:42 1

    Ca semble un peu difficile. Pourriez-vous donner un exemple qui marche ?

  2. Dellale 10 jan 2009 à 9:57 2

    Il y a quelques temps j’étais devenue « allergique » à une collègue car c’est une personne qui ne cessait de me critiquer et de critiquer tout ce que je faisais. Je ne comprenais pas pourquoi elle voyait tout en négatif. C’était devenu insupportable et, du coup, j’étais devenue également agressive avec elle car elle m’agaçait énormément. Et plus je devenais agressive et plus elle avait des raisons de me critiquer. Peu à peu, à chaque fois qu’elle exprimait une opinion je me disais que c’était contre moi. Au bout de quelques temps c’était donc moi qui interprétais tout ce qu’elle faisait « de travers ». Après avoir lu ce livre, j’ai pris conscience de deux choses. D’une part que c’était moi qui voyais les choses en négatif; d’autre part que c’était à moi de « changer de regard » pour que les choses s’améliorent. Aussi, je me suis dit qu’il fallait que je considère chacune de ses « critiques » comme des petits messages qui pouvaient me servir de support de réflexion à une introspection. J’ai décidé de prendre ça comme une sorte de « jeu » . A chaque fois, je me disais : « Tiens quel est mon message du jour? Quelle est ma leçon d’aujourd’hui? ». Par exemple, lorsqu’elle évoquait mon étourderie, j’essayais de voir en quoi cette réflexion était fondée et en quoi elle pouvait m’être préjudiciable. Et moi qui pensais que ce petit défaut charmant amusait plutôt mon entourage plein d’indulgence à mon égard, je me suis rendue compte que, effectivement, il pouvait être pesant et que souvent j’empiétais sur leurs droits. Une autre fois, alors qu’elle me reprochait mon « laxisme », au lieu de protester avec véhémence et repousser cette critique aux antipodes de mes qualités de sérieux et de conscience professionnelle reconnus pas tous ceux qui ont travaillé avec moi, j’ai décidé de me pencher sur la question et de voir s’il n’y avait pas des domaines dans lequel je faisais preuve de laxisme. Finalement, après une phase d’introspection, j’ai pu constater que, hélas oui, je faisais preuve de laxisme, non pas dans le travail mais envers ma famille. Ainsi, même si sa remarque manquait de pertinence dans le contexte professionnel, le fait d’y réfléchir m’a permis de prendre conscience d’un défaut que j’avais avec mes proches.
    Aujourd’hui il m’arrive encore d’être irritée par ses remarques et souvent prête à me mettre en colère , mais dès que j’en prends conscience, je me dis aussitôt : « N’oublie pas que ces petits phrases assassines sont juste des moyens pour réfléchir sur toi-même et sur ton comportement envers les autres ». Parfois (quand je n’ai pas été trop vite envahie par la colère), cela me permet, l’espace de quelques minutes, de prendre du recul sur ce qu’elle vient de dire et cet effet de distance, si léger soit-il, s’avère en fait suffisant pour me calmer un peu. Dans ce cas-là, je sens bien que la relation entre elle et moi devient moins lourde, moins chargée et c’est déjà un pas de gagné. Quand j’y réfléchis, ses remarques m’ont souvent été bien plus utiles que les compliments d’autres collègues avec qui je m’entends très bien.
    A chaque fois que j’applique cette techique du « changement de regard », elle a toujours porté ses fruits, que ce soit envers cette collègue ou d’autres personnes envers qui je cultivais une forme de ressentiment.

  3. TURle 18 jan 2009 à 13:23 3

    j’ai lu ce livre très interessant sans aucun doute mais il me reste quelques points d’hombre que j’aimerais pouvoir éclaircir. Face à des personnes dont la vision est négative sur tout comment se protéger? ne pas être influencer? contrôler ses émotions ?comment voir juste? on parle dans ce livre de voir le bien et juste. pour pouvoir voir juste il faut déjà pouvoir voir le problème sous tous ces angles?

  4. daniellele 19 jan 2009 à 13:20 4

    TUR
    La réponse à toutes ces questions passe par la mise en pratique, et le livre donne quelques pistes de travail, elles sont très précises et relativement simple à suivre. D’après mon expérience, la meilleure façon de se protéger des effets du pessimisme de l’entourage est de cultiver la pensée et la vision positive ; l’optimisme sain est plus près des réalités que le pessimisme qui pêche par une forme de complaisance sur son propre sort.

  5. Msle 02 juin 2011 à 15:30 5

    @Tur: Je n’ai pas exactement compris si vous parlez de personnes qui ont une influence négative sur vous ou si vous cherchez à avoir une vision positive concernant une personne par rapport à laquelle votre vision est justement négative…

    Concernant le deuxième cas, s’il s’agit d’une personne avec laquelle vous avez du mal, je pense qu’essayer de lui trouver une qualité, un point positif en elle pourrait vous aider. C’est ce que j’essaye de faire, idéalement. C’est très difficile au début parce qu’il faut se faire violence mais, bien souvent, on arrive à un point positif minime qui peut se transformer à plusieurs points voire même la création d’une affinité entre la personne qui nous pose problème… Bien sur, ce dernier cas de figure est idéal mais, pour l’avoir expérimenté, je pense que c’est possible.

    S’il s’agit, par contre, du premier cas à savoir une personne qui a une influence négative sur vous, j’aurai tendance à dire qu’il faut voir cela comme un jeu. Je pense cela pour toutes les situations de notre vie, de manière générale, donc a fortiori à ce sujet aussi. Je m’explique: si vous amenez à la croiser, le simple fait d’avoir conscience de son influence négative est, pour moi, un point de départ significatif. Grâce à cela, vous abordez la personne en anticipant ce qu’il peut arriver (les influences éventuelles, etc.); en outre, vous connaissez les risques et pouvez les esquiver si besoin ! Je parle de voir cela comme un jeu – de manière plus générale notre vie – car, au final, j’estime que nous serons de toute façon confrontés à des influences négatives tout au long de notre vie. Cela ne change pas. En ce sens, autant en profiter, essayer d’en tirer un maximum de bénéfice pour lutter.

    Quand vous êtes confronté à cette personne, pourquoi ne pas élaborer une stratégie? Ainsi, vous élaborez une forme d’anticipation pour bloquer d’éventuelles influences négatives et vous avez à l’esprit le fait que vous vous devez de lutter de part la situation qui vous est présenté. Je trouve vraiment qu’avoir conscience des risques peut être bénéfique et jouer en votre faveur. Dans ces cas là, j’essaye de changer de regard et de profiter un maximum de la situation, toujours dans l’optique de m’améliorer; encore une fois, la lutter nous accompagnera tout au long de notre vie !

    Pour finir, je rejoins les commentaires dans lesquels il est précisé que tout cela passe par de la pratique. Bien évidemment, tout cela est de la théorie qu’il faut appliquer. C’est là que la difficulté s’en fait ressentir mais c’est aussi là que la part bénéfique commence, sans oublier Son aide :)

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