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Une pratique musicale à dimension éthique

Par , le 6 Nov. 2011, dans la catégorie Lectures - Imprimer ce document Imprimer

L'âme des sonsL’Âme des sons : l’art unique d’Ostad Elahi, Jean During, Éditions Le Relié, 2001

Jean During, orientaliste et musicologue, directeur de recherches au CNRS, a publié en 2001 une étude sans équivalent, consacrée à l’art musical d’Ostad Elahi. Le penseur du perfectionnement était aussi un maître du tanbur, et peut-être même – si l’on suit Jean During – celui qui réinventa l’instrument en élevant au rang de musique d’art une tradition jusqu’alors limitée au cadre étroit d’un répertoire intrinsèquement lié aux rituels et aux pratiques dévotionnelles des Ahl-e Haqq du Kurdistan iranien. « Ostad Elahi fait partie de ces rares figures qui ont entrepris la sublimation d’une tradition musicale grâce aux ressources de ce que l’on peut appeler une “science de l’âme”. » (p. 8). En effet, et c’est là la thèse principale de ce livre, il existe une connexion étroite entre la pratique musicale d’Ostad Elahi et sa ligne éthique et spirituelle.

Dans sa vie même, ces deux plans étaient étroitement intriqués : c’est ce que montre fort bien la très riche biographie qui occupe tout le premier chapitre (pp. 17-49). Ces pages précieuses suffiraient à elles seules à justifier l’ouvrage et à lui assurer une place de choix dans toute bibliographie de recherche sur Ostad Elahi. Elles ne constituent pourtant qu’un prologue destiné à camper le décor et à ouvrir les différentes questions que les chapitres suivants abordent tour à tour avec beaucoup de précision historique et scientifique. Il s’agit en effet de tout autre chose que d’un livre hagiographique, même si l’auteur ne cache pas le lien profond et personnel qui le relie à cette musique. Le projet est bien de faire entrer le lecteur dans la conception et la fabrique d’une musique spirituelle originale, en mettant en évidence les raisons de son impact, les « rouages de son effet ». Ainsi, l’auteur s’entoure d’un luxe de précautions méthodologiques (voir en particulier l’« annexe épistémologique » placée à la fin du volume), mais la ligne reste claire : les analyses développées au fil du livre ne cherchent jamais à contourner les sujets les plus délicats, ni à se dérober à la puissance d’attraction particulière d’une musique qualifiée de « totalement mystique » (p. 10).

Spécialiste reconnu des traditions musicales et religieuses d’Asie intérieure, Jean During pouvait s’appuyer dans ses recherches sur des documents de première main : éléments biographiques, enregistrements inédits ou récemment publiés (plusieurs disques compacts rassemblent aujourd’hui des enregistrements réalisés de façon informelle entre les années 1955 et 1973 environ), témoignages, descriptions de la performance et de la technique musicale, explications sur le pouvoir de la musique et sa dimension éthique, etc.

Au-delà de l’importance que revêt ce travail pour tous ceux qui s’intéressent à la pensée d’Ostad Elahi, il convient de relever sa portée générale : il s’agit de cerner, sur un cas particulièrement bien documenté, « les conditions d’une musique spirituelle, à travers un maître et sa pratique musicale unique. » (p. 12). L’ordre suivi par le livre est dicté par la logique d’une démarche qui s’efforce d’approfondir la signification et l’impact d’un art musical en effet unique en son genre, éminemment personnel car étroitement lié à l’expression d’une individualité, mais présentant en même temps une valeur exemplaire, susceptible d’éclairer des questions universelles. Après avoir cerné la personnalité du musicien et les sources de son art, Jean During restitue le contexte d’une tradition dont on peut dire qu’Ostad Elahi l’a véritablement transfigurée. Les chapitres suivants appréhendent l’impact de cette musique en se fondant sur les expériences et les discours qu’elle a pu susciter, chez Ostad Elahi lui-même et chez ceux qui l’ont connu. Ainsi tous les aspects de ce phénomène musical sont abordés tour à tour : les éléments biographiques, les caractéristiques organologiques et esthétiques de l’objet musical, la conception et l’invention, la dimension performative enfin, ressaisie à travers sa réception et son contexte.

Des analyses minutieuses, souvent appuyées sur des références précises à certaines plages des enregistrements publiés en CD, permettent à Jean During de mettre en évidence le caractère singulier d’une musique qui cadre assez mal avec le modèle de la musique soufie suggéré par la grille de lecture orientaliste, et qui ne se laisse pas non plus facilement réduire aux clichés associés à l’idée de musique sacrée ou méditative. Si Ostad Elahi a réussi le tour de force qui consiste à transformer l’art ancien du tanbur en musique « savante », il est important de ne pas perdre de vue l’audace et parfois l’étrangeté des formes inventées au fil des improvisations, dans le flux de la performance. L’auteur est frappé par leur caractère résolument moderne, et même « post-moderne ». Ce trait se signale par la radicalité de certaines opérations de déconstruction créatrice menées sur le répertoire des formes traditionnelles : dissonance, multiplication et superposition des strates et des perspectives, collage, « zapping », lignes de fuite, présence d’un fond de chaos, etc. Certains agencements de motifs font l’effet de véritables décharges nerveuses. Jean During insiste également sur la dimension gestuelle et même chorégraphique d’une musique qui, bien que dévotionnelle et donc nécessairement méditative en ce sens, faisait danser – autrement dit, touchait à la fois le cœur et le corps.

Une partie importante du livre (chap. 3 et 4) prolonge ces analyses en les resituant dans le cadre plus large de la vision du monde associée à la tradition spirituelle dans laquelle s’est développé l’art musical d’Ostad Elahi. Dans ce contexte, la musique doit se comprendre comme un mode de connexion et de communication avec un niveau de réalité supérieure. Le langage des affects, la dimension éthique (maîtrise de soi, effacement, amour, etc.) qui conditionne l’apprentissage et le jeu du tanbur, ne sont pas séparables d’un aspect de révélation qui confère à cette musique une portée proprement visionnaire. Les notions de monde imaginal ou d’intermonde, le rapport aux esprits et aux âmes, interviennent à ce niveau d’analyse comme les éléments d’une toile de fond qui permet de mieux saisir la richesse des significations symboliques associées à la musique d’Ostad Elahi et aux discours qui la soutiennent. En retour, la dimension pragmatique de cette musique, le caractère singulier de son effet sur les auditeurs, s’en trouve très largement éclairé, bien que chacun soit naturellement conduit à traduire son expérience dans des termes propres à sa culture ou son univers de référence. Jean During envisage de ce point de vue l’effet émotionnel et thérapeutique du tanbur, de même que son effet sur l’âme, en dégageant un trait qui peut sans doute se généraliser à toutes les musiques spirituelles porteuse d’une « aura » ou d’un mystère propres : la musique d’Ostad, cette musique qui cherche, derrière l’effet immédiat ou l’ivresse sensorielle, l’opération d’une dimension plus subtile – ce qu’on pourrait appeler l’« âme des sons » –, est avant tout une musique de proximité ; elle demande à être entendue de près.

Notons pour finir que cette étude se conclut par trois appendices ou « dossiers » qui permettent d’affiner l’analyse des dimensions de l’objet musical (« le legs d’Ostad Elahi », « le tanbur, sa technique et son système musical ») et du contexte socio-religieux (« le cadre religieux et le rituel »).

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12 commentaires

  1. SBle 07 Nov 2011 à 18:43 1

    Il y a quelques années dans le cadre de mes études, j’ai eu un cours sur Richard Wagner que je n’aimais d’ailleurs absolument pas à l’époque. En étudiant pendant quelques mois sa vie, ses œuvres quasi en détails, ses livrets d’opéras d’ailleurs très mystiques, et sa particularité dans la manière de composer, je me mis vraiment à aimer, voire à adorer, certaines de ses compositions. Depuis lors, j’ai pris conscience que de connaître la vie et le contexte dans lequel un compositeur travaille peut non seulement nous amener à l’ apprécier d’autant plus si l’on l’apprécie déjà, mais nous faire parfois changer radicalement d’opinion ; je dis bien parfois. Lorsque je découvris la musique d’Ostad Elahi , je détestais littéralement, n’étant, en plus, pas du tout coutumière de la musique orientale quelqu’elle soit. Je la trouvais répétitive, monotone, parfois stridente et agaçante. Je connaissais déjà sa pensée mais la curiosité me fit lire également quelques éléments de sa biographie, pour comprendre aussi le contexte dans lequel Ostad Elahi prenait son instrument, la musique lui étant indispensable. Etonnée après la lecture d’articles et de témoignages élogieux sur sa musique, je me mis à réécouter quelques morceaux sur le site http://www.ostadradio.com/. Je tombai sur une musique plus douce que ce que j’avais déjà entendue, avec une voix déchirée comme un appel vers un autre monde. Je m’imaginais les quelques personnes qui devaient à ce moment-là l’écouter dans cette prière musicale et je fus touchée. Depuis, je ne dis pas que je suis devenue fan, loin de là, je ne l’écoute que rarement et jamais très longtemps car je peux m’en lasser vite, mais à force, je me suis prise à l’aimer non pas du point de vue de la mélodie, mais par rapport à l’effet qu’elle a sur moi. Cette musique amène à son écoute une certaine sérénité, un calme, comme si mon esprit s’éclaircissait. Prise souvent d’insomnies, je me suis dit que si cette musique avait cet effet le jour, peut-être l’aurait elle la nuit , suffisamment pour que j’arrête de retourner des tas de questions dans ma tête. Je me concentrai alors sur les notes de cette musique, et véridique, je m’endormis comme un bébé. Je renouvelai l’expérience au moins cinq fois avec autant de succès. Parfois, au contraire, elle m’ amène beaucoup d’énergie et envie d’aller de l’avant. Il y a quelque chose en effet dans cette musique qui n’est pour ma part ni de l’ordre esthétique ni de l’ordre culturel ou contextuel, quelque chose qui me retient et qui me rassure. C’est étonnant. Quelque chose même qui m’ « oblige » chaleureusement à me concentrer sur l’essentiel, surtout lorsque j’entends la voix d’Ostad Elahi, et qui me permet plus facilement de penser et de parler à Dieu, ou à la nature qui m’entoure, comme une prière de coeur.

  2. Cogitonsle 09 Nov 2011 à 0:09 2

    Je suis loin d’être un spécialiste, mais pour le peu que j’en connais, la musique d’Ostad Elahi semble aussi simple aux premier abord que l’est l’instrument sur lequel il la joue en général (quoi, un morceau de bois et trois cordes, ça n’a pas la gueule ni, à priori, le potentiel musical ou la puissance d’un Steinway de concert ou d’un Chœur d’opéra). Presque impossible au néophyte de comprendre la complexité et la subtilité de la technique employée. De même qu’il est impossible de comprendre la richesse rythmique, harmonique, et surtout, créative de cette musique. Pour moi, l’ouïe formatée par une culture musicale occidentale, c’était au départ et c’est encore essentiellement un OVNI musical, ou OMNI (Objet Musical Non Identifié). Ça n’a à priori l’air de rien et on n’y comprend rien.

    Surtout, ça demande un effort. Or, il me semble que souvent, la musique est considérée par l’auditeur comme un art récréatif qui ne doit pas demander trop d’effort. Au contraire. Une bonne musique ce doit être comme un bon roman de gare (si une telle chose existe). Pas trop fatiguant (sauf pour l’arrière-train, dans le cas des opéras Wagneriens live – je plaisante ! -), pas trop dérangeant, procurant ou accompagnant facilement des émotions. Là, c’est autre chose. On entre en terrain inconnu (en tout cas, c’est mon impression). Je me demande ce qu’Ostad Elahi aurait produit s’il était né à Vienne, avait étudié la musique classique occidentale et joué du piano…

    Et puis, il y a l’aspect et l’effet “spirituels”. On devrait probablement commencer par là car cette musique, toute intrigante et sophistiquée qu’elle soit, n’est apparemment qu’un moyen à une fin « spirituelle ». Une musique, venue d’ailleurs, qui parle à « l’âme » dans un langage différent. Ça, je trouve ça intriguant et intéressant. Peut-être une motivation pour passer outre les premiers abords difficiles.

    Bref, Jean During explique tout ceci remarquablement et dans un style simple et direct. Merci! Donc, pour ceux qui voudraient tenter l’aventure, apprendre peut-être à connaître un peu mieux Ostad Elahi et sa musique, je ne peux que conseiller la lecture de cet excellent livre et l’écoute patiente de cette musique intrigante.

  3. KLRle 09 Nov 2011 à 14:27 3

    Une amie musicienne m’a un jour parlé de ce livre qu’elle avait découvert par hasard à la Fnac, et qu’elle avait lu avec beaucoup de curiosité.
    Je me souviens qu’elle était frappée par la démarche musicale d’Ostad Elahi. Démarche qui, selon elle, était bien différente de celle d’un musicien classique et qui en fait, était pour elle, une sorte d’idéal : pratiquer la musique avec le détachement de tout ce qui peut former l’égo du musicien, et aller à l’essence même de la musique : un moyen d’expression pour l’âme.

  4. mikele 09 Nov 2011 à 19:01 4

    Les premières rencontres avec la musique d’Ostad Elahi m’ont tout de suite plu et accroché, ce qui peut paraître d’autant plus paradoxal qu’étant plus jeune j’écoutais plutôt du rock voir du hard rock ou de la disco, que j’aimais danser, entrer en transe ‘naturelle’ (sans alcool ni drogues) et que je n’avais jamais pénétré ou essayé de comprendre la musique disons plus classique que je trouvais ennuyeuse.
    Progressivement, grâce à la sortie des CD d’Ostad j’ai pu écouter régulièrement cette musique dans des moments de solitude, de prière, de réunion familiale, de voyage, et j’ai pu lire ça et là des commentaires, lire les paroles des coffrets et m’imaginer les scènes que l’auteur voyait et retraçait dans sa musique; cette musique a commencé à accompagner de nombreux moments de ma vie et j’ai pu la pénétrer au même titre que l’âge venant et les expériences de la vie venant mon for intérieur devenait également plus riche d’expériences.
    Actuellement je ne peux me priver d’un tel plaisir d’écoute plus de 2 ou 3 jours, j’ai l’impression que mon âme demande cette présence musicale qui me repose, qui m’aide à la concentration et à la réflexion sur moi même et qui me met dans un état naturel de réception des vibrations de la Vie et de communion avec cette représentation du divin que je me suis construite. Je suis persuadé à présent que cette musique dégage d’elle même des ondes positives qui ont un effet direct sur moi et me prédisposent à plus de sérénité face à la vie.
    J’écoute toujours d’autres musiques, je découvre toujours d’autres compositeurs qui m’émeuvent momentanément, qui assouvissent d’autres émotions encore présentes mais leurs chants ne comblent pas mon âme autant que peut le faire la musique d’Ostad qui est pour moi comme un havre de paix, un sentiment de bonheur intense que l’on peut ressentir comme un retour chez soi que l’on a pas envie de quitter mais aussi un rappel de ma destinée et de mes devoirs dans cette vie.
    A propos de sa musique, comme le maître l’expliquait et la vivait, je vis à mon tour, grâce à lui et à sa musique, mes propres scènes spirituelles qui construisent ma vie tant en émotions qu’en travaux concrets.

    Merci aux personnes qui ont contribué à faire connaître cette musique.

  5. Cogitonsle 10 Nov 2011 à 1:19 5

    Par contre, je dois avouer ne pas comprendre grand chose au terme « pratique musicale à dimension éthique ». Si « musique » rime avec « éthique », c’est au niveau de la rime, pour le reste, le terme éthique me semble ici bien étriqué, voire anachronique (notez les consonances).

    C’est un peu comme dire « Bach faisait de la musique éthique ». « Cette cantate, quelle éthique! »

    Je taquine un peu, mais j’ai l’impression qu’on enferme ici cette musique en tentant de la définir et de la relier à la dimension verbale et théorique d’une description de la pensée d’Ostad Elahi.

    Notez qu’aucun des disques publiés, à ma connaissance, ne contient le mot « éthique ».
    Point de « Dialogue avec l’éthique », ou encore, d’« Oraison éthique ».

    Laissons la poésie à la poésie, le mystère à la mystique, l’émotion musicale à quelque chose de non-verbal, un langage tout autre justement, et que les théorisations un peu forcées ne sauraient décrire ni représenter.

  6. KLRle 11 Nov 2011 à 15:06 6

    @cogitons :
    Pour répondre la question soulevée à propose de musique à dimension éthique.
    Il me semble que l’on peut pratiquer la musique avec des buts bien distincts, voir quelque fois des intentions mélangées, comme dans le cas d’un compositeur de musique sacrée par exemple, dans la créativité duquel se trouve mêlés à la fois son ardeur religieuse et son besoin de reconnaissance en tant que musicien et compositeur. Il est rare qu’un musicien ne recherche pas la notoriété, la valorisation de lui-même.
    L’intention pour laquelle on pratique la musique (pour son ego, pour autrui, pour le divin…) peut être un élément de réponse à la dimension éthique de la musique.

  7. Cogitonsle 11 Nov 2011 à 22:01 7

    Je trouve simplement le terme d’éthique, froid et peu poétique, formel, quasi-clinique, dans un contexte qui appelle autre chose.
    Par ailleurs, il me semble que c’est un peu plus compliqué que cela. Avez-vous vu le film « Amadeus » ? Je sais bien qu’il contient une bonne part de fiction, mais cette image d’un Salieri qui, tout dévoué à Dieu (croit-il), ne produit que de la musique médiocre, alors que ce sale gamin grossier et vulgaire de Mozart compose miracle sur miracle… était assez parlante. Et on pourrait dire la même chose de bien des compositeurs ou interprètes, dont la musique vous élève ou vous déchire l’âme, évoquant de puissantes émotions de nature existentielle et donc, spirituelle, alors que leurs vies personnelles n’avaient rien d’angélique, ni de très spécialement tournées vers « Dieu ». Donc, musique, éthique… je ne sais pas. Et cela vaut certainement pour d’autres formes d’art, auxquelles je suis personnellement moins sensible.

    La musique, pour moi, c’est ce qui rapproche éventuellement de « Dieu » (ou du « diable », d’ailleurs), même l’athée le plus endurci. Quelque chose d’ineffable, et le seul rempart qui résiste encore, quoique ça se discute, à une explication et une vision matérialiste du monde. Un autre langage, on a envie de dire, « le langage de l’âme », « la voix d’un ailleurs »… Un peu de mystique dans un monde de brutes matérialistes. Il n’est d’ailleurs certainement pas anodin qu’un homme aussi occupé que le fût Ostad Elahi ait consacré, toute sa vie durant, autant de temps… à la musique.

  8. mikele 12 Nov 2011 à 10:17 8

    @ Cogitons
    Pour compléter la réponse de KLR, il me semble que la musique était vécue par Ostad comme une philosophie de vie, une intériorisation, un recueillement, une communion, une quête, un enseignement, une transmission d’un effet sur autrui, un chemin initiatique, une aide à la concentration vers le divin, elle peut être vécue également par celui qui en fait l’expérience comme une pratique éthique à part entière, la recherche de communication avec le divin, un chemin de vie… est-ce que ce n’est pas de l’éthique en puissance?
    je ne rentrerai pas dans vos appréciations de la musique de Mozart car elle n’a aucun effet sur moi, c’est même de la musique frivole de cour pour moi, question de sensibilité sans doute… je préfère encore un bon rock!

  9. joseph Locandale 13 Nov 2011 à 1:37 9

    Puisque l’on est dans les madeleines musicales avec cette musique de l’âme, je vous laisse quelques expériences qui ont émaillé ma découverte d’une musique que je considère comme unique en son genre :
    > la découverte de la musique d’Ostad Elahi s’est faite en live avec son fils, Charokh Elahi, lui-même excellent musicien, lors d’un concert à la cité de la musique en 2000. Pendant 12 ans j’avais étudié la musique sacré baroque qui pour moi se rapprochait le plus de la vibration de l’âme. J’avais plusieurs fois été touché profondément dans mon âme par cette musique, notamment avec Bach. L’expression musicale d’Ostad était donc très loin de mon univers musical habituel mais d’entrée sans comprendre cette musique d’accès complexe, j’ai été frappé par sa puissance et sa dynamique spirituelle. Elle était porteuse pour moi d’une énergie, d’une foi inconnues et beaucoup plus vivante que ce que je ressentais dans la musique occidentale. Pourtant il m’a fallu 10 ans pour pénétrer le sens de ces mélodies. Aujourd’hui, si j’avais une musique à emporter sur une ile déserte ce serait celle-là!
    > ce qui me fascine techniquement, c’est la simplicité d’un instrument qui entre les doigts d’Ostad Elahi devient d’une richesse et d’une tension extrême qui permet à quelques cordes de remplir un espace sonore d’une amplitude rare. L’autre jour je faisais un voyage avec une personne et j’ai eu envie de lui faire connaître cette musique. A un moment, il m’a demandé qui étaient ces trois musiciens (il s’agissait d’un solo) qui jouaient cette musique enivrante et envoutante. Il a ajouté qu’il n’avait jamais entendu une telle musique et de me demander d’où elle provenait.

    Il y a aurait bien d’autres expériences à évoquer tant cette musique accompagne un parcours spirituel. Elle est donc associée à beaucoup de découvertes à travers son écoute régulière. Jamais je ne me lasse, toujours je découvre de nouvelles facettes.

    Pour Cogitons, je partage sa réaction car les mots trahissent l’émotion de la musique. Le qualitatif “éthique” est un peu chirurgical! Mais si on considère qu’une musique est comme une musique divine, qui s’adresse à l’âme et dont l’inspiration et l’expression ne sont que la spiritualité, en ce sens qu’elle est inspirée par les principes éthiques authentiques dont elle exprime un aspect émotionnel, alors dire que cette musique est éthique n’est pas faux. Elle participe à une démarche éthique en ouvrant le champs de l’émotion vraie pour nous aider à se rapprocher des autres et de la Source.

  10. KLRle 13 Nov 2011 à 19:59 10

    @cogitons,
    merci pour votre réponse, j’ai vu en effet le film “Amadeus”, qui bien sûr tout en s’inspirant des vies des 2 artistes Salieri et Mozart, est romancé et caricaturé pour mettre en scène le dilemme dont vous parlez.
    Il y a en effet des musiques qui peuvent toucher l’âme et qui ont pourtant été composées par des musiciens qui n’étaient pas des saints !
    Maintenant qui sait si ces musiciens n’ont pas capté une grâce divine, à un moment donné dans leur vie, qui sait s’ils n’ont pas été inspirés dans un élan vers le divin ?

  11. a.d.le 14 Nov 2011 à 5:42 11

    Je vous rejoins, cette musique demande un réel effort d’écoute. Je connais pourtant cet instrument depuis mon enfance. Or il était rare que je l’écoute spontanément.
    Personnellement, ce n’est qu’après un changement intérieur que mon écoute a aussi changée. Maintenant, c’est l’inverse qui se produit, seule la musique sacrée m’attire.

  12. Wilhelmle 18 Aug 2012 à 18:11 12

    Il y a un point important qui mérite d’être souligné à la lecture de ce livre, c’est la qualité de la forme, de l’écriture, mise au service de la description du fond.
    Jean During utilise une langue française précise, élégante, parfois technique, jamais pesante et toujours justifiée dans sa précision, et ses développements.
    Il y a assez de mots pour décrire et expliquer et assez peu de mots pour que la forme s’efface au profit du fond : l’analyse de la musique d’Ostad Elahi.
    C’est un livre très agréable à lire et très utile, pour les universitaires, les musiciens, les amoureux de la musique, ou pour les néophytes.

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