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Se fâcher pour des croyances
D’où vient qu’on se dispute pour des croyances et que nos différences de convictions nous dressent si fréquemment les uns contre les autres ? Comment en vient-on à détester et à mépriser quelqu’un simplement parce qu’il ne croit pas comme nous ? Car s’il nous laisse la liberté de croire à notre guise, qu’y a-t-il dans sa différence qui nous dérange ?
L’agacement, le mépris, voire la colère que suscite le fait qu’un autre croit autrement que moi est sans aucun doute le signe que l’ego est touché. « Quoi il ne pense pas comme moi ? ! Mais comment est-ce possible ? Et pourquoi me fait-il ça, à moi ? ».
Mes croyances viennent de moi et expriment une part importante de ce que je suis ou plus exactement de ce que je crois être. Or, le moi, on dirait aujourd’hui plus volontiers l’ego, est naturellement expansionniste. Pareil à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf, il s’efforce de s’étendre, et ses convictions ne sont souvent pour lui que l’un des moyens parmi bien d’autres par lequel il cherche à gagner du terrain sur les autres, à les mettre en quelque sorte dans son camp, pour ne pas dire à les dominer. Qu’un autre refuse d’y adhérer ou les critique, et l’ego se sent aussitôt rejeté, diminué ! En conséquence de quoi, il se fâche.
C’est ainsi que l’on peut résumer le raisonnement fallacieux qui, entre deux personnes, conduit d’un désaccord dans la pensée à un désaccord tout court : si l’autre ne pense pas ou ne croit pas comme moi, c’est donc qu’il me rejette, et s’il me rejette, c’est qu’il est mon ennemi !
Pour remédier à cet état de fait et faire preuve d’un peu plus de tolérance, il faudrait donc commencer par ne pas s’identifier à ses croyances. Si quelqu’un critique ce que je crois, ce n’est pas moi qu’il critique ; si quelqu’un me dit que je pense mal, il ne me dit pas que c’est moi qui suis mauvais. Le désaccord des autres devrait plutôt être pour chacun l’occasion de revenir sur ses croyances afin d’en examiner plus attentivement la pertinence et de se demander : se pourrait-il que ce soit l’autre qui ait raison ?
Que l’autre ait tort ou raison, peu importe. Dans les deux cas, je sortirai grandi de cette confrontation.
Car si c’est l’autre qui a raison, le fait d’en prendre conscience devrait me faire sortir de l’erreur et me rendre ainsi moins ignorant et moins orgueilleux.
Et si c’est moi qui ai raison, le fait d’avoir pu surmonter l’opposition, d’avoir su répondre à la contradiction, me permettra de prendre conscience plus clairement du bien fondé de ma croyance et me rendre ainsi plus tolérant. Car vous l’aurez peut-être observé : plus nous sommes assurés du bien fondé et de la justesse de nos pensées, moins nous sommes agacés ou énervés par ceux qui ne pensent pas comme nous.
Consulter également :
- Apologie du Talion
- Quelques réflexions sur la valeur du monde
- Connaissance de l’âme, préface du traducteur
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Pour ma part, lorsque je sens l’agacement pointer le bout de son nez, je me rappelle que je n’aime pas que l’on critique ce que je pense. Donc, à priori , il va en être de même pour mon interlocuteur.
Alors, je me concentre sur ce qu’il dit. Puis, je m’efforce de “pousser” en avant la curiosité, la compréhension, et de voir ce que peut m’apporter l’autre. Ces efforts m’occupent bien l’esprit et; petit à petit, les préjugés et l’intolérance cèdent du terrain.
Et effectivement, je suis toujours plus content d’avoir eu un regard affectueux et compréhensif, que d’avoir le goût âcre de l’intolérance.
c’est vrai, j’en ai eu la preuve ce weekend en discutant avec un ami médecin sur les NDE; je lui rapportais les dernières avancées et études qui se mettent en place pour donner une valeur scientifique à toutes ces expériences que racontent les patients qui ressuscitent… d’emblée à l’annonce du sujet NDE, il commence à rigoler et me relate un ouvrage à priori plutôt humoristique sur le sujet… la discussion aurait pu s’arrêter là puisque moi je la prenait plus au sérieux et j’aurais pu me vexer ou rester à ce niveau de la discussion! donc dans un premier temps j’ai parlé de son livre pour mieux comprendre de ce qu’il en était et nous avons tiré des grandes lignes d’ailleurs sérieuses et intéressantes sur cette notion de vie après la mort, puis en rentrant dans le détail de l’étude et de ses implications médicales pratiques, il s’est progressivement mis dans le contexte et a déduit de lui même qu’une telle étude prouverait donc irréfutablement l’existence de l’âme! (alors qu’il se dit médecin plutôt agnostique dira t-on). Et l’enthousiasme de sa remarque m’a permis également de conforter encore plus ma croyance en mes propos, c’est comme si j’étais content que nous arrivions tous les deux à cette conclusion.
Je dirais donc effectivement, parlons aux gens avec amitiés et compréhension, restons simples et modestes (je me dis toujours que j’essaye moi aussi de comprendre mieux les choses qui nous entourent mais que je ne possède pas la vérité, que je ne comprends pas tout et que surtout je n’ai pas intégré toutes les qualités ou idées dont je parle) donc souvent les malentendus sur nos croyances viennent souvent de motre arrogance à tenir des propos qu’on ne comprends pas soi même, alors on se vexe si le message n’est pas pris au sérieux; quand vous intégrez parfaitement une idée que vous avez expérimentez, vous vous mettez spontanément au niveau de compréhension de l’autre sans arrogance parce que vous connaissez le cheminement de la pensée qu’il vous a fallu pour arriver à la compréhension de ce même propos ; ou bien et c’est peut-être plus souvent le cas mais on ne se l’avoue pas, vous reconnaissez modestement que vous êtes vous même encore au même niveau de compréhension que l’autre et que vous partagez une idée avec un ami pour mieux comprendre les choses à deux dans la confrontation des idées. (j’ai eu l’opportunité de connaître ce sujet avant lui, mais cela n’implique pas que je le connaît mieux que lui! ) et on peut transposer cela à toute forme de croyance, je crois?
“plus nous sommes assurés du bien fondé et de la justesse de nos pensées, moins nous sommes agacés ou énervés par ceux qui ne pensent pas comme nous.”
Ce n’est pas toujours ce que l’on constate. C’est même souvent l’inverse, d’ailleurs. En ce qui me concerne, mes pires périodes prosélytes et intolérantes (j’en ai eu plusieurs) étaient celles où j’étais le plus sûr de mes convictions, et surtout, de la nécessité pour la terre entière de les adopter (ce qui va généralement de pair avec la foi monothéiste).
Je ne pense pas que que le problème soit toujours une question d’ego et d’orgueil (bien que cela puisse être le cas), ou que la solution soit de ne pas s’identifier à ses croyances (même si ce sont des pistes de réflexion intéressantes).
Tout dépend en fait du contenu de nos croyances, et de notre lucidité par rapport à nous mêmes et à ces croyances. De nombreux croyants sincères sont convaincus, par exemple, qu’ils ont une mission de conversion envers autrui, que l’autre qui ne croit pas comme eux encourt l’enfer, ou tout au moins, est partiellement ou entièrement dans l’erreur. Et s’ils se fâchent, c’est en voulant trop “aider” l’autre, par souci pour l’autre. “Mais comment ne peut-il pas croire à la réincarnation (ou y croire), aux NDE, ou au jugement dernier!? Il faut que je lui ouvre les yeux, que je le sauve, que je le ramène sur la voie droite!”.
D’autre aussi pensent qu’ils sont là pour défendre Dieu, et s’ils se fâchent, c’est un acte de foi, d’héroïsme, même, de fougue croyante, dans la défense de Dieu et de la Vérité (enfin, de leur Dieu ou de la Vérité, qui sont évidemment le Vrai Dieu et la Vraie Vérité)!
Quand on est certain de détenir “La Vérité”, et que cette vérité est universelle, qu’elle s’applique à tous, et surtout, si l’on se croit “élu”, toute tentative d’humilité est, me semble-t-il, vouée à la fragilité.
Par contre, si l’on se dit “voilà ce que je crois”, ou plutôt, “voilà ce que je choisis de croire, pour telle ou telle raison, mais je peux me tromper”, “ce vers quoi je veux tendre, mais dont je suis très loin”, car on est bien conscient de ses propres faiblesse et qu’ “en réalité, sur les grandes questions métaphysiques, nous sommes tous aveugles”, bref, si l’on a une foi et une démarche spirtituelle réfléchies, l’on sera, me semble-t-il, plus naturellement plus ouvert et plus tolérant.
Enfin, c’est ma conclusion pour l’instant.
Et je vous préviens, celui ou celle qui n’est pas d’accord ira tout droit en enfer.
Effectivement, j’ai pu remarquer que les discussions autour de croyances divergentes me mettent mal à l’aise et du coup je me tais. je deviens très discrète, limite muette et cela n’est pas toujours satisfaisant car je pense que c’est l’excès inverse du prosélytisme actif. Sans vouloir avoir raison, il semble important de vivre sa foi et d’avoir aussi le courage de ses opinions et de ses croyances, de pouvoir les argumenter et les défendre sans tomber dans l’agressivité ni le mutisme…
Je suis d’accord avec Cogitons lorsqu’il dit que « nous ne sommes pas toujours plus tolérants lorsque nous sommes ‘assurés du bien fondé et de la justesse de nos pensées’, au contraire » et je me revois très bien me fâcher fort contre, par exemple, tous ceux qui n’avaient pas compris que tel type de régime alimentaire était le seul qui pouvait nous faire du bien ou que telle musique n’avait aucun caractère d’authenticité, etc. En revanche, il me semble (« voilà ce que je crois »), que l’on peut atteindre des certitudes qui nous donnent l’assurance dont il est question dans l’article et qui font que nous ne sommes pas agacés par ceux qui ne pensent pas comme nous. Ce sont les certitudes auxquelles nous sommes arrivés par un long cheminement fait de réflexion, analyse, mise en pratique, etc., un processus comme celui qui est décrit dans La pratique de l’éthique (cf signet Conférences). À ce moment-là, on sait aussi que de toute façon il est inutile de vouloir convaincre qui que ce soit « du bien fondé et de la justesse de nos pensées », puisque seul un cheminement intérieur raisonné et volontaire peut mener à ce genre de certitude. Donc, discussion, échange oui bien sûr, mais pas de raison de s’agacer ou de s’énerver. On n’a rien à prouver, personne à convaincre, mais si discussion il y a, c’est l’occasion de renforcer encore notre propre conviction, de l’étayer avec des arguments rationnels. Enfin, ça, c’est dans l’idéal, bien sûr.
Camille, vous parlez de “certitude”, mais il était question ici de “croyances”. Et si l’on s’en tient à la définition suivante du terme de “croyance”: “La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité”, l’on voit assez vite qu’il est plutôt enfantin de se fâcher et encore bien pire (grand classique chez l’homo-sapiens) de se haïr, voire de s’entre-tuer pour des “croyances” ou pour des mythes.
Les “certitudes concrètes” (appelons-les comme cela), tirées de l’expérience de la vie, y-compris de la pratique délibérée de l’éthique, c’est une chose. Par exemple, je suis certain pour moi-même, parce que j’en ai fait l’expérience à maintes reprises, que la jalousie féroce ou que la rancune bileuse sont très néfastes d’abord pour soi avant d’éventuellement nuire aux autres, et qu’il est donc plus “sage” de prendre du recul et de combattre ces sentiments que d’y laisser libre-cours. Bref, d’agir avec philosophie. Mais l’on se fâche rarement sur ce genre de sujets.
Ce sont généralement les croyances (ou pseudo-certitudes) qui concernent la “cosmologie religieuse” ou la métaphysique qui sont au coeur des fâcheries, et là, franchement, on retombe dans l’enfantillage, car que savons nous à ce sujet avec “certitude concrète” de plus que notre voisin? Vous je ne sais pas, mais moi, rien. Donc, en ce qui me concerne, pas de quoi se mettre sur la figure ou monter sur ses grands chevaux.
Sur ces bonnes paroles (certainement critiquables), bonne année et meilleurs voeux à tous les lecteurs et contributeurs de ce site.
C’est effectivement à la pratique raisonnée de l’éthique que je pensais en évoquant les “certitudes concrètes” (d’accord avec Cogitons pour les appeler comme ça). D’accord aussi pour la distinction croyance/certitude, mais je pense que plus important encore est effectivement ce que nous faisons de nos croyances/certitudes.
Je voulais témoigner du processus par lequel les “certitudes concrètes” peuvent mener à une croyance (peut-être la “démarche spirituelle réfléchie” à laquelle Cogitons fait allusion?). Je m’explique: lorsqu’on a essayé de mettre en pratique des principes et obtenu des résultats qui nous semblent probants, quelquefois même presque malgré soi, c’est-à-dire avec beaucoup de scepticisme au départ; lorsqu’on a tenté d’analyser les résultats obtenus, d’y voir plus clair sur soi-même, ce qu’on est, son évolution, ce vers quoi on tend, etc.; si on en arrive peu à peu à en déduire, sans que cela heurte la logique, que ce travail éthique mené sur soi s’inscrit peut-être dans la conception plus vaste d’un système spirituel où tout élément a sa place et son sens, il ne me semble pas déraisonnable d’accepter cette idée. Je devrais sans doute cesser de dire ‘on’ et dire clairement: “voilà ce qui m’est arrivé”. Le raisonnement est enfantin, c’est vrai, mais sachant qu’avec mes capacités limitées, je ne suis en mesure de tester rationnellement ou pratiquement qu’une toute petite partie d’un ensemble, mais que tout ce que j’ai pu tester a fonctionné et s’est trouvé en cohérence avec l’ensemble, je crois que je peux me permettre de faire confiance pour le reste tout en essayant de développer mon entendement grâce au travail que je continue à fournir. En bref, les certitudes concrètes que j’ai acquises (sur quelques décennies) ont développé en moi une forme de croyance sur des questions disons métaphysiques pour simplifier, qui s’est renforcée progressivement et qui inclut la croyance en une pensée/force/transcendance, etc. omniprésente, agissante et surtout bienveillante. Cette croyance/certitude-là, je ne veux l’imposer à personne et je ne me fâche pas (trop!) si on ne la partage pas, j’ai juste envie de dire “essayez, c’est super”, mais même ça je ne le dis plus, sauf si je sens que quelqu’un a vraiment envie de l’entendre.
Moi aussi, je souhaite le meilleur pour 2010 à tous les lecteurs et contributeurs de ce site.
Je trouve que cette question est assez complexe : oui, on a raison de défendre ses convictions ; oui, quand on pense détenir la vérité on voudrait que tout le monde croit comme nous ; oui, l’homme moderne aime le débat contradictoire ; oui, l’opposition des arguments forge la construction de la pensée… Beaucoup de vertus à l’échange virulents des idées et des croyances! Je suis pour un débat ouvert des croyances et si la question est de convaincre l’autre que l’on a raison, là, la question est tout autre. Si l’on doit se fâcher avec quelqu’un qui ne pense pas comme nous, il y a problème.
J’ai remarqué que j’avais tendance à monter en puissance quand je n’étais pas sûr, non pas de mes croyances, mais de savoir bien les défendre. L’arrogance est alors un moyen de tenter de me faire comprendre !!! la vraie croyance produit de l’effet de parole positif et amène la tolérance et dans le propos et dans l’acceptation que l’autre peut ne pas être convaincu par mes arguments.
Pourquoi voulons nous que les autres partagent nos croyances et nos convictions ?
Je me suis rendu compte que j’atteignais beaucoup plus facilement mon interlocuteur quand j’étais détaché du résultat de la discussion, car justement ce qui relève de l’arrogance, voire de la suffisance, s’estompe au profit d’une rationalité dans la construction de l’argumentation et se transforme dans la forme dans une tonalité plus neutre, voire bienveillante.
Une fois encore l’intention et le rapport à autrui sont les clés pour éviter le conflit dans lequel nous nous vautrons si facilement sur certains sujets.
Il faut arriver à trouver l’équilibre entre défendre ses convictions et accepter la différence.
Pour autant, il y a des sujets, ou on n’est pas prêts à faire des concessions. Si le sujet est majeur pour nous (le respect de la personne…), il ne faut pas avoir peur de d’aller au bout de ses convictions quitte à se fâcher avec l’autre. J’ai quelques amis que j’ai perdus dans mon parcours avec lesquels j’ai eu un différent que j’estimais majeur et qui m’a conduit à rompre toute relation avec eux. Il ne faut pas redouter cette situation, c’est la vie.
Renée parlait de malaise et de repli dans le silence : je trouve que savoir se taire est une forme de protection de ses convictions. Si on pense que la cause est perdue d’avance, à quoi bon perdre du temps à discuter, à se disputer pour un résultat qui conduira à une incompréhension de part et d’autre. L’esquive n’est pas toujours la stratégie du lâche.
L’intelligence de situation est aussi une qualité à travailler : il y a des moments où je me sens en droit d’aller défendre une cause, il y a des fois où je préfère me taire très vite, il y a plus souvent l’occasion où j’argumente avec conviction en acceptant le refus de l’autre. Mais je ne me sens pas l’âme d’un saint Jean Baptiste! Tant pis si les autres ne veulent pas croire ce que je crois, l’important est d’être convaincu soi-même et de ne pas oublier quelle est la source de nos croyances et convictions, cela permet parfois d’être un peu tolérant.
Et si vous n’êtes pas d’accord avec moi, traversez la rue!
“celui qui dit ‘moi je sais’ est le plus ignorant des ignorants”.
J’aime bien cette phrase qui, personnellement me rappelle la proximité entre une croyance et une certitude.