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Rencontre avec Bahram Elahi : pour une spiritualité pragmatique

Par , le 2 Mar. 2008, dans la catégorie Ressources , Ressources - Magazines - Imprimer ce document Imprimer

En 1996, à l’occasion du centenaire de la naissance d’Ostad Elahi, La Réforme publiait une interview de Bahram Elahi. Celui-ci y parle longuement de son père et du cheminement qui, de la vie mystique traditionnelle, l’a conduit au cœur de la vie sociale.

La Réforme, 20 janvier 1996, « Rencontre avec Bahram Elahi : pour une spiritualité pragmatique ».

Elevé dans une famille musulmane de notables iraniens, Ostad Elahi dépasse par sa pensée sa tradition d’origine. Sa conception du spirituel vise à l’universel. Il mène durant son enfance et sa jeunesse une vie de retraite et de contemplation. Puis il entame une carrière de magistrat : les postes les plus sensibles lui sont confiés pendant près de trente ans. Il exerce ses fonctions dans différentes provinces. Enfin, au soir de sa vie, il tire parti de cette vie active dans une œuvre écrite où il expose une recherche spirituelle pragmatique débouchant sur le questionnement éthique. Selon son fils, notre interlocuteur : « Ostad Elahi avait pour principe invariable de ne rien enseigner dont il n’est constaté la valeur pratique et spirituelle au travers de sa propre expérience ».

Précisez-nous les trois phases importantes de la vie de votre père.

Ostad Elahi a passé le premier tiers de sa vie à s’adonner à l’ascétisme, à la contemplation, dans le retrait de la société. Puis il a abandonné cette vie mystique pour entrer dans la société afin d’apporter la spiritualité dans le monde. Ce qui ne l’a pas empêché de continuer un travail intérieur, tout en exerçant le métier de juge. Puis, dans le dernier tiers, il a récolté le fruit de ses expériences. Il a enseigné et écrit des livres à partir des découvertes faite dans la phase précédente.

Qui l’a guidé dans la première phase ?

Notre famille est issue d’une lignée de mystiques depuis le XIVe siècle. Ostad Elahi a mené une vie semblable à celle de son père, mystique classique vénéré.

Plutôt que de suivre le chemin traditionnel – être dans le monde puis s’en éloigner afin de se rapprocher de Dieu dans une existence ascétique et contemplative -, Ostad Elahi a considéré que la vie active était le lieu où l’on peut le mieux rencontrer Dieu. Ce qui paraît quelque peu paradoxal.

Mon père était un humaniste. Ses questions concernaient l’origine de l’homme : pourquoi est-il venu sur Terre ? Que doit-il faire ? Où va-t-il ? Il disait que toutes ses paroles étaient le fruit de ses propres expériences et découvertes. L’ensemble de son cheminement lui a permis d’établir un système de pensée visant le perfectionnement de l’homme jusqu’à son but. Selon lui, l’homme est un être bidimensionnel dont la première dimension est métaphysique. La mort n’existe pas. Celle que nous voyons est purement physique. Tout homme doit, pour le retour à son origine – la voie de la perfection -, se soumettre à des lois, des théorèmes – la « spiritualité naturelle ». Pour lui, la spiritualité est une science expérimentale positive. Dieu a créé chaque créature afin qu’elle puisse se développer et croître « naturellement ». Il y a une analogie entre la croissance physique et la croissance spirituelle. Ainsi, si un enfant se nourrit sainement, il grandira naturellement. Il en est de même pour l’être métaphysique, à condition qu’il respecte les lois que Dieu a instaurées.

Dans la première étape de sa vie, Ostad Elahi a accompli, selon lui, une spiritualité « du passé », c’est-à-dire non adaptée à notre temps. Prenons l’exemple d’un enfant âgé de deux ans à qui on injecte des hormones de croissances. Au bout de six mois, un an, il croît, grandit et se développe. Ayant grandi anormalement, l’enfant est devenu un monstre. S’il avait attendu l’action des hormones secrétées naturellement, sa croissance aurait été normale. Ostad Elahi procède par comparaisons avec la spiritualité. Les personnes qui pratiquent l’ascétisme et veulent par différentes techniques accéder rapidement à un développement spirituel risquent d’arriver au même résultat que cet enfant de deux ans. D’où la nécessité de prendre connaissance des lois naturelles de Dieu.

Expliquez-nous cette citation d’Ostad Elahi : « un an passé dans la vie sociale vaut des années passées dans la spiritualité ». En quoi cette vie sociale, faite d’agitation excluant toute méditation, tout silence, peut-elle engendrer une démarche de rencontre avec Dieu ?

Ostad Elahi dit que tout individu a deux devoirs fondamentaux : s’éduquer soi-même et en faire bénéficier ses semblables. La société se révèle comme le grand laboratoire de l’homme. Ce dernier est venu sur terre pour apprendre les devoirs et les droits que Dieu lui a désignés : les approuver, les appliquer. Le champ d’épreuves de l’homme, c’est la société. Là, nous sommes confrontés à des épreuves pendant toute la journée ; mais si nous nous retirons de ce lieu, nous ne bénéficions plus de ces expériences. Comme celles-ci sont nombreuses, en une journée peut être effectué le travail spirituel équivalent à celui accompli en contemplation.

La vie sociale génère une démarche éthique liée à une recherche spirituelle… Actuellement, lorsqu’on parle de spiritualité, vient tout de suite à l’esprit l’image d’un ascète barbu, habillé d’une manière particulière et effectuant des gestes appropriés. Quelqu’un de différent des autres êtres humains. Je respecte de telles démarches. Mais la spiritualité « naturelle », celle qui mène l’homme vers sa perfection, est une spiritualité où la personne accepte le mode de vie de ses semblables. Etre très actif dans la société. « Il vaut mieux donner que recevoir » dit le Christ. C’est-à-dire travailler, fonder une famille, bien éduquer ses enfants. Il n’y a pas fondamentalement incompatibilité entre la spiritualité et la vie sociale. Bien au contraire ! Elles se complètent. La personne peut concilier une vie spirituelle, intérieure, et une vie sociale très active. Car qu’est-ce que la spiritualité sinon respecter l’éthique et la morale ?

Sa conscience était mise à l’épreuve quotidiennement, en temps que magistrat… Tout le temps, il avait Dieu devant lui.

C’était aussi un musicien.

Il jouait de la musique traditionnelle sacrée sur un luth particulier : le tanbûr. Il aimait jouer pour un auditoire disposé à une telle écoute et évitait de se produire à la radio, car ignorant tout des auditeurs d’une telle diffusion. Il donnait gratuitement, car pour lui la spiritualité doit être gratuite. Il refusait tout profit en argent ou en honneurs. Selon lui, Dieu donne gratuitement, il faut donc donner aux autres gratuitement La spiritualité ne doit surtout pas être un métier.

Ostad Elahi a travaillé toute sa vie mais n’a jamais voulu que la moindre rémunération se mêle à la spiritualité, même pour sa musique sacrée.

Selon moi, un homme spirituel moderne est quelqu’un de très actif dans la société, utile, et qui rend service. Qui vit avec les autres, leur ressemble, s’habille comme eux. Car la spiritualité doit se vivre intérieurement. Mon père était joyeux, il participait à la joie des autres. De même, il compatissait à leur malheur. C’est cela la spiritualité.

Propos recueillis par Rémy Hebding


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