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Ne pas juger négativement
Ne voyez rien en mal, ne dites jamais de mal et ne méprisez aucune créature. 100 maximes de guidance par Ostad Elahi, éd. Robert Laffont
Une chose m’a toujours frappée : ceux qui ont atteint un certain degré de maturité spirituelle ont un regard sur l’autre, pénétrant et perspicace, empreint d’une grande bienveillance. Quiconque a eu la chance d’approcher de tels êtres a pu ressentir la force positive contenue dans un tel regard, qui lui donne un pouvoir de transformation. Ce regard profond et généreux, qui va au-delà des apparences et des préjugés et que l’on pourrait appeler un regard « juste », voilà ce que j’aimerais peu à peu développer en moi.
C’est même un objectif qui s’est imposé, comme une nécessité absolue, le jour où j’ai eu la certitude de l’existence de Dieu et de l’au-delà. J’avais 23 ans. L’espace de quelques secondes, j’ai eu une vision de l’au-delà et la pensée qui a immédiatement suivi a été : Je suis complètement à côté de la plaque, je vis enfermée dans un je étriqué et égoïste, aveuglé par une somme de préjugés. Je dois totalement réviser ma vision pour voir mieux et plus juste. La première des choses à faire était d’être en permanence sur mes gardes afin de lutter contre les pensées et jugements négatifs qui faisaient si rapidement surface en moi. Il n’est pas illégitime de juger, mais cela nécessite de grandes précautions, ainsi qu’une analyse sérieuse et objective. Or un peu d’observation de notre fonctionnement nous apprend très vite à quel point nous manquons de cette objectivité : notre perception est soumise à nos émotions et notre soi impérieux nous souffle en continu des pensées et des jugements négatifs sur les autres. La prudence s’impose donc.
Réflexion, observation, déduction, action
Afin d’y voir plus clair, j’ai d’abord essayé d’approfondir la question sur un plan théorique, puis, forte des connaissances que j’avais acquises, je me suis mise au travail. J’ai établi un petit programme visant d’abord à détecter tout jugement négatif apparaissant dans ma pensée, puis à le remplacer par une pensée bienveillante. Quelques expériences ont suffi pour me convaincre rapidement que mon jugement sur l’autre n’était pas d’emblée bienveillant.
Par exemple, j’avais beaucoup de mal avec un de mes collègues, que je croisais régulièrement dans les couloirs. C’était un nouveau venu, étranger et plus jeune que moi. Il ne me disait jamais bonjour et répondait à peine à mon salut. Son comportement franchement bourru me frustrait et me portait à émettre intérieurement un jugement très négatif sur sa personne. Aussi ai-je été très étonnée le jour où une collègue et amie m’a raconté à quel point il était drôle, cultivé, sympathique. J’ai pris la décision ferme de tenter de le voir autrement. Une occasion de déjeuner ensemble s’est présentée peu après. Nous avons pu parler et depuis, c’est le plus aimable des garçons, souriant, agréable,… Je m’étais bien trompée sur son compte.
Cette prise de conscience m’a permis de passer à l’étape suivante où il s’est agi de contrer mes jugements négatifs de façon systématique sans tolérer la moindre protestation intérieure. Voici un exemple de ce travail :
Je dépose ma voiture dans un atelier de réparation où je vais depuis des années. Celui qui m’accueille m’est inconnu. Il me parle à peine, sans même les formules de politesse d’usage. Je sens monter en moi un jugement négatif, mais grâce au travail que j’entreprends sur moi-même, je détecte le glissement de ma pensée et coupe court. Le soir, en récupérant ma voiture, je tombe sur le chef d’atelier que je connais bien. Je lui demande des nouvelles de sa voix, car il avait une extinction de voix trois semaines auparavant. Il me répond que tout va bien, et son collègue du matin me sourit et dit : « c’est mon tour à présent, j’ai une extinction de voix aujourd’hui. »
Cet incident m’a beaucoup réjouie et je me suis félicitée : grâce à mon travail pratique, j’avais pu détecter et contrer un jugement négatif et ainsi m’éviter de faire une grave erreur à propos de cette personne. L’étape suivante et finale a été d’ajouter une pensée bienveillante, en cherchant toutes les bonnes raisons pouvant justifier le comportement de l’autre. Un jour, cela a donné ceci :
La responsable de la comptabilité me demande de lui transmettre une copie de ma carte grise dans le cadre d’une demande de remboursement de mes frais. Je suis d’abord agacée par cette demande, mais je contre aussitôt cette réaction négative en moi en cherchant rapidement une bonne raison à sa demande : c’est sans doute une pièce indispensable pour la comptabilité, d’ailleurs, c’est une bonne comptable, très scrupuleuse.
Cette démarche simple, mais qui nécessitait un réel effort, a coupé court à tout jugement négatif dans ma pensée et provoqué une vraie joie intérieure.
Analyse, conséquences
Mes connaissances théoriques sur les mécanismes du jugement se sont trouvées vérifiées et les conséquences bénéfiques que j’ai obtenues m’ont incitée à approfondir ce travail : en analysant les raisons personnelles de mes jugements négatifs, en travaillant sur la subtile distinction entre la notion de jugement technique (nécessaire pour apprécier et discerner dans la vie quotidienne) et celle de jugement moral (à éviter, puisqu’on ne connaît pas l’intention de l’autre) et en me concentrant sur l’équilibre à trouver entre naïveté et bienveillance. Il ne s’agit pas en effet de tout justifier chez l’autre par principe, mais de développer sa propre bienveillance, à l’aide du bon sens et d’une éthique divine solidement ancrée. Les bienfaits que j’ai ressentis à la suite de cette pratique ont été nombreux et rapidement perceptibles :
- Comme pour éviter un jugement négatif sur l’autre, je cherche (et trouve en général) de bonnes raisons excusant ou expliquant son comportement, ma bienveillance s’est effectivement accrue. Comme je m’efforce également de lui trouver des points positifs, mon regard sur l’autre change progressivement ; et comme je me sais incapable de connaître son intention, je me garde bien de le juger. Cette vigilance rend plus palpable la présence divine à mes côtés et c’est un sentiment très doux.
- J’ai de meilleures relations avec les autres, qui semblent ressentir les « vibrations » positives qui émanent de moi.
- Ma pensée est plus saine et je suis moins souvent sous l’effet de ce poison qu’est la médisance.
- Ce travail m’aide à détecter mes points faibles grâce à ma réflexion sur les causes de mon jugement négatif.
- J’ai eu plusieurs fois l’occasion de constater à quel point, dans certaines situations difficiles, mon soi impérieux avait raison de moi et me faisait commettre des erreurs grossières : impossible après cette prise de conscience d’être intransigeante envers les autres et de les condamner.
- Je suis aussi plus lucide sur mes qualités : si je suis objectivement meilleure en quelque chose, c’est que j’ai pris de l’avance sur ce point particulier, rien de plus. Pour prendre un exemple matériel, si je suis meilleure dans un cours général de danse où se trouvent aussi des débutants alors que j’ai 20 ans d’expérience, n’est-il pas ridicule que je me sente supérieure ?
- Ce travail m’a fait réaliser l’importance de l’image de nous-mêmes que nous pouvons donner aux autres et qui favorise tel ou tel jugement à notre égard. Il y a un travail à faire sur les apparences : ne pas chercher à passer pour ce que l’on n’est pas, dans un sens positif ou négatif, et faire attention à des comportements qui peuvent prêter à la critique.
Conclusion
Cette stratégie mise en œuvre pour essayer d’avoir un regard plus « juste » est aussi une façon très agréable de travailler sur soi, car elle apaise l’esprit et le cœur et génère joie et gaieté intérieures. Mais elle est plus encore : j’ai été très intéressée de découvrir l’explication suivante, qui vient indiquer que ce travail est incontournable et essentiel sur le chemin de la perfection :
Celui qui est spirituellement actif est toujours confronté au négatif. S’il n’est pas aimant et bienveillant envers les autres, le négatif le met en pièces. Il y a donc toujours le négatif et c’est au moyen de ce négatif que l’on se purifie. (Malek jan Ne’Mati –par Leïli Anvar - ed. Diane de Sellers).
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Merci pour cet article merveilleux - je suis tout à fait d’accord avec votre analyse. Cela fait quelque temps que j’essaie d’être plus bienveillante et j’ai également pu constater certains des effets évoqués dans l’article. Puisqu’on ne connaît pas l’intention de l’autre, il ne faut pas le juger et le condamner sur des présomptions. Se mettre à la place de l’autre permet souvent de trouver de bonnes excuses au comportement de l’autre, et nous rend plus sereins et plus agréables à vivre pour l’entourage.
Bravo pour toute cette analyse pratique.
Concernant cette difficile question de notre regard sur les autres, j’ai entendu, il y a des années de cela, une idée qui m’avait beaucoup aidé dans mon comportement. La question portait sur : « Comment ne pas « juger » les autres ? » D’autant qu’il semble que le jugement se passe très rapidement. En quelques secondes, tel un scanner, tous nos sens évalue l’autre. Et trop souvent négativement.
J’y avais compris que, pour vivre dans la société, et si l’on veut éviter la naïveté, il faut bien avoir une appréciation sur les personnes que nous cotoyons. Mais il faut faire la différence entre « juger » et « expertiser ». J’explique avec un exemple. Un expert en meubles d’art ne va pas dire devant une commode Louis XV qu’elle « est » belle, ni qu’elle « est » laide. Ce serait un jugement de valeur intrinsèque qu’aucun expert ne porte jamais. Mais il dira par exemple : elle est moins haute que la plupart des commodes de cette époque, son bois, du merisier, est de bonne qualité quoiqu’un tiroir présente des trous de vers qu’il faudra traiter rapidement. Son vernis est en bon état général sauf le pied droit qui est abimé. Etc.
Nous, concernant nos congénères, nous les jugeons si, par exemple, nous les décrétons « malpolis et bourrus » comme s’ils étaient intrinsèquement, par essence, ainsi. Et je crois que c’est cela le problème. Alors que ce sont soit des défauts réels, mais acquis, et dont ils pourront se débarrasser comme nous essayons, dans les échanges de ce site, de nous débarrasser des nôtres. Soit ce sont des « moments de dysfonctionnement » passager, comme nous en avons tous. Dernièrement, un professionnel n’a pas répondu à mes courriers. Bien entendu j’étais contrarié. J’ai commencé à me dire : « Peut-être ne veut-il pas de ma proposition. » Mais très vite je me suis dis : « Mais cet homme a peut-être des soucis important, peut-être a-t-il des problèmes de santé, ou familiaux, ou autres ? » Ce professionnel, parce qu’il est haut placé hiérarchiquement, n’échappe pas à la vie de tout le monde. Et cela calme immédiatement.
Il me semble que l’on retrouve derrière la notion de « regard bienveillant », la notion « se mettre à la place des autres. »
Il y a des situations dans lesquels on est particulièrement négatifs vis-à-vis de notre entourage et que nous connaissons bien. Pour ma part c’est dans les transports en commun. Je pars toujours en retard de chez moi et suis donc systématiquement en train de courir, de marcher vite et de slalomer entre les gens afin d’arriver à l’heure. Mais ceci est une entreprise difficile lorsque l’on est entouré de gens perdus, de gens qui marchent lentement, qui portent des valises encombrantes ou simplement qui se tiennent du mauvais côté de l’escalator. A ce moment là, bien que je me concentre pour me frayer un passage je rumine sur les autres tout en critiquant leur tenue vestimentaire et ma pensée fuse de jugements négatifs. Je l’ai bien compris! Pour éviter cela, j’ai trouvé la chose suivante. il suffit de me recentrer sur moi en me disant : c’est de ma faute si je pars en retard et suis pressée, ou bien cela m’arrive de porter de grosses valises et de bloquer les gens autour de moi, ou encore, cette personne là qui est âgée je dois lui montrer du respect et ne pas passer devant elle trop brusquement car lorsque ce sera mon tour, je ne voudrais surement pas être piétinée par des jeunes etc.
Et ca marche, je suis plus patiente, moins négative et n’arrive pas de mauvaise humeur.
Ainsi pour détourner le jugement, il suffit de me mettre à la place de l’autre. Je me rends compte que très souvent, sinon tout le temps, je me comporte pareil que la personne que je suis en train de critiquer. Par exemple, je ne dis pas bonjour dès que je suis un peu (trop) fatiguée, je peux etre assez désagréable etc. Dès lors, comment puis-je me permettre de contester le comportement de l’autre et le juger hâtivement de quelqu’un de froid, antipathique etc !! Cela n’a pas de sens!
Merci pour ces exemples si pertinents. J’ai pourtant toujours des difficultés à trouver le juste équilibre entre bienveillance et naïveté. Quelqu’un aurait-il un éclairage à m’apporter, des exemples…?
Tout comme Bla bla, j’ai beaucoup de mal à déterminer quel est le juste équilibre entre une naïveté qui s’apparente parfois une sorte de laxisme, et une bienveillance réfléchie lorsque l’on remarque le comportement de quelqu’un.
Je me suis rendue compte que j’ai pour ma part plutôt tendance à systématiquement essayer de justifier les comportements des autres, surtout lorsqu’un proche m’en parle pour s’en plaindre ou s’en offusquer. Cette démarche qui pourrait paraître plutôt juste lorsqu’on essaie de ne pas juger négativement, doit pourtant être analysée très attentivement.
Prenons un exemple: je suis dans un café avec une amie, et une personne que celle-ci connaît passe à côté de notre table au moins 4 fois, sans s’arrêter pour lui dire bonjour; pas un sourire. Il est pourtant évident que cette personne nous a vues. Mon amie trouve cette personne impolie et est sans doute un peu blessée par son comportement. De mon côté, je lui trouve des excuses: fatigue, timidité, préoccupations… On pourrait se dire “très bien! on cherche des justifications au comportement de cette personne pour ne pas déformer la vision qu’on a d’elle - pour ne pas la juger négativement”. Mais si je regarde au fond de moi, je me rends compte que ça n’est pas la personne que je cherche à défendre, mais plutôt son comportement: au fond de moi, une argumentation se met en place pour défendre le fait que ça n’est pas “si grave” de ne pas dire bonjour ou d’ignorer intentionnellement quelqu’un. Et la raison sous-jacente, c’est qu’il m’arrive moi-même régulièrement d’ignorer intentionnellement des gens en raison d’une paresse profonde tintée de timidité. Donc finalement, ce sont mes propres dérapages que je justifie…
Au lieu de constater un comportement critiquable chez quelqu’un et de regarder en moi-même pour voir si je ne me comporte pas moi-même de la même façon, pour décider si c’est le cas (et ça l’est souvent) d’essayer de mettre un terme à ce comportement chez moi, je cherche à justifier ce comportement. Et ceci me mène à être passive (peut-être un peu naïve) vis-à-vis des aux autres, et donc manquer parfois à défendre mes propres droits, et laxiste vis-à-vis de moi-même.
Je retiendrais donc deux points qui me paraissent essentiels:
- comme l’a mentionné Dex, il est fondamental de réussir à dissocier entre la personne et ses actes: s’abstenir de juger la personne, mais néanmoins condamner les actes qui sont contraires à l’éthique. Peut-être par un long travail d’autosuggestion?
- et toujours, réfléchir à son intention: est-ce que je cherche des justifications à cette personne par bienveillance pour elle? pour calmer mon animosité à son égard et éviter de la juger? ou pour justifier un comportement qu’il m’arrive également d’avoir et contre lequel je ne lutte pas particulièrement?
Merci pour cet article qui nous parle d’un sujet quotidien, et qui, pour ma part, m’a beaucoup touchée.
En effet, il est très difficile de ne pas avoir de préjugés, mais je crois qu’il faut “être en permanence sur ses gardes”, comme vous dites (ce qui est un travail de Titan!), et s’efforcer de “voir bien” c-à-d voir positif…
Je reviens sur votre phrase : “chercher de bonnes raisons pour excuser un comportement négatif’’ : Dieu sait (!) si, quand j’étais jeune, je fulminais lorsque ma chère Maman trouvait toujours des excuses à mes amis ou à mes profs, alors que j’attendais d’elle de la compassion pour ‘tant d’injustices à mon égard’!
Et pourtant, elle avait tellement raison et m’a élevée avec ce très bon principe (je ne la remercierai jamais assez!); et cette expérience de jeunesse m’a appris que, lorsque je tente de faire la même chose envers mes amis (c-à-d, trouver des excuses aux ‘méchants-injustes-impolis-et j’en passe’ qui ont osé avoir une attitude incorrecte), à présent j’essaie de le faire tout en conservant et leur montrant de l’empathie, pour ne pas les froisser…, pour ne pas me poser en ‘donneuse de leçons’, ce qui est, je dois le dire, très mal vu à notre époque!
“Ne voyez rien en mal,
Ne dites jamais de mal,
Et ne méprisez aucune créature’’
C’est un programme magnifique qui me fait penser à Gandhi! Mais il est vrai qu’en ce qui me concerne c’est un principe qu’il faut adopter absolument pour pouvoir être toujours positif et par conséquent optimiste et enthousiaste!
C’est le meilleur moyen de se faire des amis, d’obtenir beaucoup de choses matérielles (“on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre’’ comme on dit!). La vie devient plus légère, plus facile; on est plus serein et donc plus heureux!
Je comprends tout à fait le problème de l’équilibre entre bienveillance et naïveté que soulève notamment Léa. Moi-même m’étant penchée sur ce point, j’ai remarqué qu’au début, j’avais tendance à avoir cette bienveillance « excessive » que je ne manquais pas d’étaler pour que les autres le remarquent car je pensais que c’était l’unique façon de la mettre en pratique. Inutile de préciser que cela sonnait plus faux qu’autre chose et les autres percevaient cela comme de l’hypocrisie. Je me suis rendue compte que la bienveillance était un travail intérieur que l’on devait effectuer dans son coeur et que si je donnais l’impression d’être hypocrite c’est que mon intention n’était pas bonne, dans ma pratique je m’attachais plus au regard d’autrui et oeuvrais pour qu’on m’apprécie alors que ce n’est pas le but recherché. Je me suis donc attachée à observer de manière la plus juste possible mes jugements et petit à petit, le regard des autres a changé, et ce qui était perçu comme de l’hypocrisie était désormais perçu comme de la gentillesse. J’ai souvent entendu : « elle est trop gentille ». Mais il restait ce « trop » qui justement s’apparentait à une possible naïveté de ma part. L’équilibre est plus laborieux à trouver que je ne pensais et je ne l’ai toujours pas trouvé, mais il est préférable à mon avis que l’on dise « elle est trop gentille » plutôt que « elle a trop de préjugé et est très médisante ». Mais je ne baisse pas les bras et persévère dans ma pratique. Une parole d’un de mes amis m’a donné de la motivation pour continuer dans ma lancée : il m’exposait certains éléments de sa vie privée qui sont délicats à aborder et a ajouté à la fin : « si je te dis ça c’est parce que je sais que tu ne me jugera pas » et j’ai trouvé que c’était une belle récompense du travail déjà accompli et cela m’encourage à continuer pour celui qui reste à accomplir.
Ces analyses sont très fines, et je me retrouve bien dans le “sonner faux”, qui a été pour moi un vrai révélateur d’erreur dans ma façon de faire. Une situation que je vis régulièrement et dans laquelle je peux faire preuve de bienveillance, consiste à réconforter un proche victime d’un comportement “agressif”.
Il y a quelques temps, dans ces cas de figure, je me retrouvais souvent à dire du bien des autres et trouver des bonnes raisons à leurs comportements, sans vraiment porter un regard objectif sur la situation. Un peu ce que MH cite avec “trouver des excuses aux ‘méchants-injustes-impolis-et j’en passe’ qui ont osé avoir une attitude incorrecte”. Consciente que mes propos ne sonnaient pas toujours justes, et n’avaient pas l’effet escompté, je me suis demandé si c’était ce que j’aimerais entendre de la part d’un proche si j’avais un souci relationnel avec quelqu’un. La réponse évidente a été “non”. Je pratiquais alors ce que je croyais être du détachement face aux désagréments causés par les autres, “cela ne me touche pas, je suis au dessus de cela …”, qui a vite trouvé ses limites, la rancoeur inexprimée explosant quelques temps plus tard pour des prétextes futiles. J’ai cherché alors ce qui me ferait du bien, ce que j’aurais aimé entendre d’un ami bienveillant. Je n’ai plus tenté d’expliquer/excuser systématiquement le comportement des autres mais j’ai cherché à alléger l’effet négatif de tels comportements - puisque je me voyais toujours victime - par des réflexions comme “est-ce si grave ? bien sûr, ce n’est pas agréable, mais est-ce que cela vaut la peine de se mettre dans de tels états …?”. En creusant ces questions, et en acceptant de considérer que j’étais touchée par ces comportements, je suis “tombée” sur un autre aspect de moi-même, à savoir des exigences déplacées, et le fait de me vexer alors que cela n’avait pas lieu d’être. Partant de “comment réconforter sincèrement les autres?”, j’étais arrivée à cette conclusion. Bien sûr, avant de faire ces expériences, quand des proches me racontaient leurs déboires, j’avais souvent en tête qu’ils devaient y être pour quelque chose. mais je ne me voyais pas le leur dire. Intérieurement je les jugeais ou j’étais prête à leur donner de bons conseils sur ce qu’il y avait à faire! Surtout je ne voyais pas que je réagissais exactement comme eux dans des cas similaires. Quand j’ai expérimenté d’être une amie bienveillante pour moi-même, j’ai vu cela, ces exigences déplacées. Cela peut sembler une évidence, trouver la cause en soi-même, mais j’ai ressenti cet instant de compréhension comme la différence exacte entre théorie et pratique.
Aujourd’hui, avec quelqu’un qui se plaint et qui cherche du réconfort, je ne cherche plus à trouver de bonnes raisons à l’autre. Et je compatis, sincèrement, parce que même si cet ami est à l’origine de son désagrément, le moment n’en est pas moins difficile à passer. Et ensuite, en fonction de la situation, j’essaie de l’amener à regarder autrement, par des questions, plutôt que des affirmations, pour qu’il trouve ce qu’il peut faire pour que la situation change. Quelquefois, le simple fait de ne plus subir, ne plus être impuissant face à un évènement, mais de pouvoir agir, puisque c’est sur soi qu’on bouge, amène à se sentir mieux. Et je glisse quand même, selon les cas, quelques mots sur les bonnes raisons qui ont pu pousser l’autre à agir ainsi!
J’ai lu votre page et combien véridique. C’est un travail de tous les jours et de tous les instants afin de ne pas succomber à la tentation difficile de ne pas juger. Cette semaine mon blog porte sur ce sujet. J’ai créé une histoire courte d’un fait vécu et j’y donne mon opinion. J’ai créé des citations ayant un rapport avec ce sujet. Y-a-t-il une manière de percevoir la vie autrement et qui nous permettrait de cesser de juger ou est-ce impossible de s’en sortir?
@Roxanne: je partage complètement tes analyses sur le fait qu’il faut avant tout travailler sur son intérieur pour améliorer le contact avec les autres. J’ai souvent fait cette expérience : la gentillesse pour plaire et être bien vu, n’a pas un effet très positif. Tu dis : “Je me suis donc attachée à observer de manière la plus juste possible mes jugements et petit à petit, le regard des autres a changé”. Qu’est-ce que tu veux dire par là ? est-ce que tu as travaillé à changer ton jugement sur les autres ? Comment t’y es-tu prise ?
@Serenna: oui, c’est sur que quand on se rend compte qu’on est tout le monde en train de faire ce que l’on critique chez l’autre, ça calme… J’en ai eu l’expérience ce matin même. Ça fait même un peu bobo à l’ego, ce qui m’a fait prendre conscience que le jugement hâtif doit être lié à une forme d’orgueil.
En refusant énergiquement les pensées négatives qui envahissaient mon esprit, à plusieurs reprises, au sujet d’une personne qui avait sollicité mon aide et ne me donnait plus de nouvelles, je viens de découvrir que j’avais pratiqué l’altruisme.
Comme quoi, une vertu en entraîne une autre.
En lisant cet article et vos commentaires j’entends pointer mes défauts et tout particulièrement celui de juger par rapport à moi , ma façon de penser, de voir les choses, de les interpréter en oubliant la place de l’autre .. si différente de la mienne en pensant : “mais pourquoi donc se complique-t-il la vie ainsi ? pourquoi ne voit-elle pas les choses plus simplement ? mais quel manque d’ouverture / de générosité ! ” ou autre jugement hâtif !
Et ce avec les êtres qui me sont le plus proches! Surtout même, je dirais, avec les êtres qui me sont le plus chers .Bon, je me reprends souvent mais parfois trop tard, le mal est fait et entraine un enchainement de pensées négatives et tout est à recommencer. Ce n’est pas toujours des situations miroir mais il y a dans chacune d’elles une occasion de mieux me connaître, de tester ma patience, ma tolérance, d’apprendre qui est l’autre, de voir ses bons côtés, d’accepter ses faiblesses et ainsi de mieux voir les miennes etc.. de penser à son intérêt avant le mien (très dur pour moi !)
Qu’est-ce qui fait que je me retrouve régulièrement piégée par ce “phénomène” qui consiste à ne pas voir où est l’autre ni quels sont ses besoins et donc parfois peut-être de léser ses droits ?
Egoïsme certes , car je cherche mon confort et j’éprouve de la difficulté à me mettre à sa place et surtout j’oublie , j’oublie comment l’autre fonctionne !
Mais aussi l’orgueil car au départ je dois penser que ma façon de voir les choses est la bonne, est tellement plus simple , plus généreuse etc…
Ce qui confirme effectivement que c’est un travail intérieur à faire en amont et avec une vigilance de tout instant !
Comme dit Anne il faut voir ce dont la personne a besoin à un moment précis ce qui peut être très différent de ce que nous-mêmes attendrions ou de ce que cette personne attendrait à un autre moment ! Je retiens surtout la phrase ” même si cet ami est à l’origine de son désagrément le moment n’en est pas moins difficile à passer” !
Et je rajoute même s’il me blesse involontairement au passage il ne peut pas faire autrement pour l’instant et il mérite quand même d’être écouté.
@nanou : Question complexe que tu soulève là… En y réfléchissant, j’ai essayé de vraiment de changer mon jugement envers les autres mais sincèrement, c’est à dire que j’analyse de manière attentive la personne en face de moi ainsi que ses qualités. Disons que j’essaye d’avoir un jugement vraiment poussé sur la personne, un vrai jugement au sens propre du terme. Par exemple, au lieu de simplement dire d’une personne qu’elle est gentille pour compenser une critique faite à son sujet, ce qui reste superficiel, je m’attache plus sur son sens des responsabilités ou sur son sérieux (par exemple), bref des qualités vraies que possède cette personne. Et c’est là que la bienveillance “sonne moins faux”, les autres perçoivent plus de sincérité. Si on travaille vraiment sur cette question de bienveillance et de jugement, on reste moins dans l’aspect superficiel qui faisait justement donner une impression d’hypocrisie. J’espère t’avoir éclairée, le sujet ne demandant qu’à être approfondi…
j ai lu tous vos commentares, et en ce moment je suis en train de remettre en cause mes propres jugements qui m ont entraines vers une une dépression je ne faisais que juger autrui en m appuyant sur ma propre façon de vivre les choses je fais en ce moment une analyse chaque fois que j émets un jugement souvent négatif et j essai de plus penser à la place des autres c est dur mais je sais ma paix interieure ne passera que par là (encore une affirmation)
@Roxanne : merci pour le conseil. Rien de tel que de chercher à voir les qualités qu’un autre a et que je n’ai pas pour arrêter de le méjuger. Dernièrement, il m’est aussi arrivé de découvrir que ce que je reproche à quelqu’un, je le fais moi-même. Quand c’est moi, ça me pose pas de problème alors que je juge cela horrible quand c’est l’autre !
@kaniki: bon courage dans ton travail.