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Médecine de l’âme

Médecine de l’âme, Bahram Elahi, éditions Dervy, 2000 [le texte qui suit est la préface de l’éditeur]

Les Fondements de la spiritualité naturelle (Dervy, 1996) et La Spiritualité est une science (Dervy, 1997) se proposaient de construire le cadre de référence théorique d’une investigation expérimentale du processus de développement spirituel. Ils jetaient ainsi les bases d’une psychologie spirituelle (une théorie du soi et de ses facultés), d’une physique spirituelle (autour de la gravitation causale et métacausale), et ce qu’on pourrait appeler une écologie spirituelle (une cartographie des espaces et des milieux spirituels, ainsi que des échanges et des devenirs qui s’y trament).

Quelle forme prendra l’enquête spirituelle effective, une fois passé le moment propédeutique de la fondation ? Médecine de l’âme : l’éthique originelle. Le titre de cet ouvrage le laisse entendre sans détour : il s’agira d’une enquête éthique. Encore faut-il préciser immédiatement, pour dissiper tout malentendu : éthique originelle, c’est-à-dire adaptée à la nature véritable, céleste, de l’être humain. L’auteur ne prétend donc pas proposer une « nouvelle morale » (au sens d’un ensemble de règles de conduite déterminées, d’un code de prescriptions), ni une nouvelle « théorie éthique » (au sens où les philosophes entendent cette expression lorsqu’ils débattent sans fin sur la question de savoir s’il faut fonder l’éthique sur la notion de vertu ou celle de devoir), mais de dégager les processus objectifs, d’ordre spirituel, qui contribuent au développement du soi. C’est pourquoi l’éthique originelle, dans la mesure où elle a pour souci d’ajuster la pratique éthique à une connaissance de la nature réelle du soi, est inséparable d’une médecine spirituelle, d’une « médecine de l’âme » qui trouve ses concepts et ses lois au croisement de la physique et de la psychologie spirituelles exposées dans les deux volumes des Fondements.

Si la spiritualité est une science, l’éthique elle aussi doit pouvoir être articulée de manière systématique et expérimentale. Ce livre propose une introduction à la médecine de l’âme. Il reprend bien sûr des notions déjà élaborées dans les précédents ouvrages (par exemple, la théorie du système immunitaire spirituel), mais en insistant sur leur signification directement pratique. En un sens, les principes de l’éthique spirituelle ont déjà été exposés dans les Fondements  : ils ne sont pas différents de ceux de la spiritualité naturelle. Mais il reste à éclaircir les problèmes liés à la pratique de ces principes, dans son double aspect préventif et thérapeutique. Comment repérer un symptôme ? Comment, dans le diagnostic, faire la différence entre un déséquilibre fonctionnel de notre caractère et une maladie spirituelle ? Quels remèdes retenir ? Ce sont là des questions qui nécessitent la clarification d’un certain nombre de concepts, tels que : l’intention, la pensée, le soi. L’essentiel du livre est consacré à ces questions transversales, dont l’examen doit conduire à une description des modalités de l’action éthique (ses conditions, ses phases, son évaluation). C’est pourquoi ses différents chapitres forment un tout, et doivent être compris ensembles : les notions s’entre-appellent, tissant un réseau serré, et bien souvent tel élément ne trouve sa pleine signification qu’à la lumière du système, une fois reconstituée la totalité de l’image. Il n’en va donc pas autrement ici qu’en science, ou que dans un manuel de médecine générale. Le souci de ne pas perdre le fil de l’exposé a d’ailleurs conduit l’auteur à réserver pour les questions et réponses qui referment chaque chapitre les éclaircissements ou les approfondissements appelés par certains points. C’est là aussi que les aspects les plus directement pratiques sont évoqués pour eux-mêmes, ainsi que certaines techniques liées à la diététique des pensées. Il appartient au lecteur de trouver à son tour les points qui soutiendront sa pratique. Ni mode d’emploi, ni recueil de recettes, ce livre est un manuel de l’étudiant. L’éthique s’y trouve décrite dans les termes d’un système dynamique, où tout est affaire de fonctions, de niveaux d’intégration, de régulation, d’équilibre et de déséquilibre structurel, de diagnostic et de traitement.

Si l’éthique est universelle, ce n’est pas en vertu d’une norme rationnelle ou d’un impératif qui pourrait s’énoncer par-delà les différences de religion et de culture, mais parce que la structure profonde de l’être humain est intangible, et que ses unités caractérielles obéissent à des schémas et des lois de développement qui ne varient pas avec le lieu et l’époque. Ce qui change, c’est seulement la manière dont ces structures universelles peuvent être énoncées et adaptées au contexte socio-culturel, et Bahram Elahi, en mettant à profit son savoir de scientifique dans la construction d’une analogie systématique entre les processus physiologiques et les processus spirituels, offre une illustration particulièrement claire de cette exigence sur laquelle il insiste sans relâche, celle d’adapter le discours spirituel à la mentalité du monde moderne. Par là, il invite à une révolution radicale de notre point de vue sur la spiritualité, qui la désenclavera enfin de la position exclusive où ont voulu la confiner des siècles de spiritualité classique. La spiritualité est un chantier théorique et pratique. Elle est l’affaire de tous. Le « voie de l’entendement », qui privilégie la maîtrise intellectuelle des processus plutôt que leur saisie intuitive et sensorielle, n’est pas seulement une conséquence de la marche de l’histoire, c’est une exigence liée à la nature de l’être humain.


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