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Ça (âme terrestre)

ça, âme terrestre

En bref : le ça ou âme terrestre est la part de nous-même qui est à la source de nos pulsions d’ordre matériel. Lorsque ces pulsions conduisent à nuire à autrui ou à notre part céleste, le ça prend le visage du soi impérieux, modalité pulsionnelle anti-éthique et anti-divine s’opposant à notre perfectionnement.

Le ça est le nom donné dans le système freudien à l’instance pulsionnelle à l’origine de toutes nos pulsions, à côté du surmoi – instance morale – et du moi – siège de la volonté et du raisonnement conscient.

Bahram Elahi distingue en outre une seconde instance pulsionnelle, le surça, à la source de nos pulsions vers le spirituel.

Dans ce modèle bipolaire du soi, le ça est dévolu à la régulation physiologique du corps, à l’expression des instincts naturels et aux besoins liés à la conservation du soi (besoins vitaux, reproduction, etc.), et enfin aux besoins de sécurité et d’épanouissement psychologique et matériel. Il produit en nous l’énergie vitale qui nous pousse à explorer et à investir le monde, générant non seulement les pulsions d’auto-conservation, mais encore la « libido » et la « volonté de puissance ». Ces flux pulsionnels puissants sont la manifestation directe de son substrat, qui se caractérise par une tendance à l’égoïsme, à l’avidité, à l’orgueil et par une forte passion pour les attraits terrestres.

Plaçons-nous à présent dans une perspective dynamique et étudions les différentes modalités d’expression du ça.

Le ça est par définition une instance aveugle, qui ne connaît pas de limite. D’autre part, en tant qu’instance pulsionnelle, le ça est gouverné (comme le surça) par le principe de plaisir. On comprend dès lors que s’il n’est pas soumis à un contrôle conscient et vigilant exercé par une raison saine et éduquée (un moi fort), le ça risque tôt ou tard de basculer dans le déséquilibre et, dans sa recherche effrénée du plaisir ou de la satisfaction immédiate, de nuire aux autres ou à notre part céleste. Il peut alors devenir la source de toutes les malfaisances.

Pour cette raison, on distingue deux modes, qui sont aussi deux visages du ça :

  • l’un est légitime, utile, et pacifique : c’est le soi ouvrier;
  • l’autre est illégitime, agressif et rebelle : c’est le soi impérieux.

Le soi impérieux n’est donc pas une instance autonome. Il n’a pas non plus une existence substantielle ; il naît plutôt d’un déséquilibre fonctionnel. Ce déséquilibre résulte d’une configuration particulière, qui met en relation :

  • un ça hyperactif, fonctionnant de manière automatique, et recherchant en toute chose son plaisir et son intérêt matériel ;
  • un moi imparfaitement éduqué et pas toujours capable de maîtriser des désirs trop impérieux, même s’il a au fond de lui-même conscience de leur caractère illégitime ou anti-éthique.

Le soi impérieux est non seulement contraire à l’éthique, mais il est contraire au divin. Il va s’opposer de façon acharnée non seulement à tout projet de construction éthique, mais au-delà, au moindre mouvement qui nous pousse – via le surça – à nous rapprocher de la Source.

Une façon simple de comprendre à quels types de déséquilibre ou de dérèglement peut être sujet le ça, consiste à concevoir l’expression de nos pulsions comme la résultante de l’action d’une ou de plusieurs des facultés suivantes:

  • la faculté irascible (qui correspond à la « volonté de puissance ») : en excès, elle explique les pulsions de colère, l’agressivité, la violence ; en défaut, c’est la lâcheté, la peur, la faiblesse de volonté. A l’état d’équilibre, c’est la volonté, le courage, la persévérance, la dignité et la force d’action ;
  • la faculté imaginative (qui correspond à la « raison animale ») : en excès, elle produit la ruse, le goût malsain de l’intrigue, certaines obsessions ou angoisses ; en défaut, elle donne la crédulité naïve, le manque de bon sens ; à l’état d’équilibre, elle engendre l’inventivité, la prévoyance, le bon sens, l’intelligence pratique ;
  • la faculté concupiscible (qui correspond à la « libido ») : en excès, elle engendre la concupiscence, l’envie, et une attraction addictive vers les plaisirs terrestres ; en défaut, elle provoque la déprime et le repli ; en équilibre, elle donne l’amour, la tendresse, et la retenue.

De ce point de vue, le soi impérieux peut non seulement être le fruit d’un excès pulsionnel du ça, mais aussi bien, dans certains cas, d’une insuffisance ou d’un déficit pulsionnel. Cela peut se vérifier à travers toute une série de traits de caractère (timidité, apathie, retrait, mélancolie, naïveté, etc.) qui apparaissent alors comme une expression possible du soi impérieux.

Au total, le ça est une instance à deux visages. Maintenu en équilibre, il assure le rôle indispensable de moteur pulsionnel orienté vers l’épanouissement de soi dans la vie terrestre, alors qu’à l’état de déséquilibre, il se transforme en une force aveugle et impérieuse, nous conduisant à transgresser sciemment le code éthique et divin, mais aussi à nuire aux autres, tout en nous éloignant de notre perfectionnement.

Tout l’enjeu consiste alors, plutôt que d’ignorer ou d’assécher la source des pulsions d’ordre terrestre (le ça) – au risque de se priver d’un moteur précieux, et de bafouer au passage nos propres droits (ceux liés à notre corps et à notre psychisme) –, d’exercer une maîtrise ferme et consciente sur les différentes facultés du ça, de manière à lui donner les moyens de s’épanouir à travers son meilleur aspect, celui du soi ouvrier.

Cet exercice consistant à lutter contre le soi impérieux va bien au-delà de la simple maîtrise de soi exigée par toute vie sociale. Il nous transforme substantiellement, dans notre être même. Pour cette raison, il se situe au cœur du processus de perfectionnement. Il en est même la condition essentielle, et c’est en ce sens qu’on peut dire que le ça est un agent indispensable à notre perfectionnement spirituel.


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2 commentaires

  1. Joubi le 06 Dec 2013 à 13:48 1

    Super. Très utile pour moi. Merci.
    Cela veut-il dire que plus notre “ça” est aux ordres de notre “moi” et de notre “surmoi”, plus on avance sur la voie de notre perfectionnement ?

    1. yoma le 05 Jul 2015 à 17:39 1.1

      D’après ce que je comprends de la conférence du Pr. Bahram Elahi (La réalité de l’homme), le “surmoi”, c’est notre conscience morale (“la police”) et le “moi” c’est notre raison (“le juge”); ensuite vient la volonté qui sert de bras exécutant.

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