La lutte contre le soi impérieux (5) : détecter le soi impérieux – chercher la cause en soi

Cet article s’inscrit dans notre série consacrée à « La lutte contre le soi impérieux » :
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Que ce soit par auto-observation ou en écoutant les autres, le principe qui est au cœur du travail de détection du soi impérieux, comme de la pratique de l’éthique du perfectionnement en général, est toujours le même : il s’agit de voir la cause en soi.
Ce principe essentiel mérite qu’on s’y attarde quelque peu ne serait-ce que pour dissiper les malentendus qui pourraient s’y attacher. Car voir la cause en soi, ce n’est pas, comme on le pense parfois, développer une culpabilité maladive ou se prendre pour le centre du monde. C’est bien plus interpréter ce qui nous arrive de positif ou de négatif comme ayant du sens par rapport à ce que nous avons fait (ce qui m’arrive est une réaction à mes actions) et à ce que nous avons à apprendre sur nous-même (ce qui m’arrive est une sorte d’exercice pratique). Dans une vision spirituelle de l’existence, on verra dans ces événements des signaux ou des mises en scènes orchestrées par le système divin pour nous éduquer ou nous mettre à l’épreuve (il s’agit parfois aussi simplement de nous éviter des désagréments plus grands). Dans tous les cas, il s’agit de se concentrer non tant sur les circonstances extérieures de l’événement (par exemple, la personne qui en est la cause, l’injustice apparente de la situation, etc.) que sur les deux points suivants :
- ce que la situation nous apprend sur nous-même, et notamment ce que nous pouvons en tirer dans le travail de détection du soi impérieux ;
- la façon la plus juste pour nous de réagir face à la situation, et notamment ce que nous pouvons en tirer du point de vue de la lutte contre le soi impérieux.
Reprenons comme cas pratique l’exemple du chauffard qui a cassé mon rétroviseur (à retrouver ici) : quel sens peut-il y avoir à chercher en moi la cause d’une situation dans laquelle je n’ai aucune responsabilité et où je suis clairement victime (c’est lui qui conduisait mal et c’est lui qui s’est montré grossier et malhonnête) ? Si pourtant je fais l’effort d’analyser la situation en termes « intérieurs », si je cherche la cause en moi au lieu de me concentrer sur la seule situation extérieure, j’aurai l’occasion de faire des découvertes fondamentales : je verrai pour commencer le déséquilibre caractériel dans lequel s’est engouffré le soi impérieux pour essayer de me faire agir à sa guise. Je verrai, par exemple, que j’ai tendance à manquer de courage et que ma peur me rend incapable de me battre pour défendre mes droits. Je percevrai aussi l’une des nombreuses ruses qu’emploie le soi impérieux pour me cacher à moi-même ma lâcheté : il me fait croire qu’en renonçant à me battre, je fais preuve d’humanité et de grandeur d’âme. Pour que je détecte l’action du soi impérieux en moi, et pour qu’ainsi tout un pan de ma personnalité se révèle à moi, il fallait nécessairement que je subisse cette injustice et que je fasse l’effort de pénétrer en moi, sans quoi je ne me serais jamais aperçu de ce point faible. Dans ces conditions, le fait que je subisse une injustice n’a plus vraiment d’importance. Le chauffard n’est plus qu’un personnage dans la mise en scène qui m’a révélé à moi-même et qui m’incite maintenant à agir de façon à corriger ma faiblesse.
Le soi impérieux est une instance de l’ombre. Il déteste ces coups de projecteurs intérieurs qui permettent de le révéler et donc de l’affaiblir sensiblement. C’est pourquoi il tend à déporter mon regard vers l’événement extérieur : la situation, la méchanceté des autres, les persécuteurs dont je ne suis qu’une victime, etc. Chercher la cause en soi, c’est aller précisément dans le sens contraire. Cela ne veut pas dire négliger l’événement extérieur ; cela veut plutôt dire que pour chaque situation, il me faut développer un double regard, intérieur et extérieur : en même temps que je porte un jugement opérationnel sur la situation extérieure – par exemple, je suis victime d’une injustice – je reste attentif à ce qui se passe à l’intérieur de moi et je cherche ce que la situation peut m’apporter en terme de transformation éthique (repérage d’un point faible, détection d’une ruse du soi impérieux, lutte). À partir de là, je tâcherai de mettre en place un comportement qui me permette de résoudre le cas de façon éthique.
Il faut avoir expérimenté par soi-même ce double regard, pour mesurer tous les bénéfices qu’on en retire quand on parvient réellement à le mettre en pratique : tout se passe comme si les émotions négatives issues du soi impérieux perdaient soudain toute leur force. Je développe par rapport à la situation une vue claire et raisonnée, quasi clinique. Je n’agis plus en fonction de moi et de mes pulsions impérieuses, mon regard se porte au-delà, vers un principe supérieur qui me commande de respecter le droit de chacun, les miens comme ceux d’autrui. Je développe une relation authentique au divin parce que je perçois très concrètement l’intelligence qui a orchestré pour moi cette situation dont je tire des enseignements si riches. Je sens, en luttant, que je suis comme porté par cette présence bienveillante à laquelle je me réfère pour guider mes actions.
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Podcast



Tout, vraiment tout, trouve son origine en nous-même, jusqu’aux événements les plus loufoques.
Une fois je m’étais fait inviter à dîner par une amie de ma femme et son mari. Soudain, en plein milieu du dîner, leur chien m’avait visé (parmi beaucoup d’autres invités) et ne me lâchait plus au risque de déchirer mon complet. A mon grand étonnement, l’amie de ma femme ne faisait rien et seulement après 6-7 minutes où j’avais dû faire beaucoup d’efforts pour essayer d’éloigner le chien, la maîtresse de maison avait fini par s’en occuper.
Après avoir bien réfléchi, j’avais identifié la cause en moi-même: ma femme ne pouvant pas être présente au dîner, j’avais tardé longtemps avant de confirmer ma présence et cela malgré plusieurs relances. L’attaque du chien permettait d’équilibrer le droit lésé par mon comportement.