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L’altruisme : entretien avec Bahram Elahi

Dans le cadre du cycle de réflexion sur la pratique de l’altruisme, le comité de rédaction e-ostadelahi.fr a sollicité une interview du Pr. Bahram Elahi sur le thème de l’altruisme. Bahram Elahi, fils d’Ostad Elahi, a passé plus de quarante ans à approfondir la pensée de son père, tout en menant ses propres recherches et expérimentations. C’est lui qui a fait connaître, à travers de nombreuses publications, l’œuvre philosophique et spirituelle d’Ostad Elahi. Dans cet entretien, il explicite le sens de l’altruisme dans le travail de perfectionnement de soi et fournit quelques clés en vue d’une pratique raisonnée de l’altruisme.
Quelle est la place de l’altruisme dans la pratique spirituelle d’Ostad Elahi ?
Cultiver en soi l’amour d’autrui est un des fondements de l’éthique juste. L’altruisme est l’un des piliers de la pratique spirituelle d’Ostad Elahi, avec l’attention à la Source et la lutte contre le soi impérieux.
Comment en pratique peut-on s’y prendre ?
Aider les autres avec générosité et bienveillance passe souvent par des actes très simples : une écoute attentive, un compliment sincère, un geste amical ou toute autre marque de soutien… On peut donc aider les autres par toutes sortes de moyens : par ses biens, ses actes, ses paroles, mais également par sa seule pensée et intention. Par exemple, le fait de cultiver en soi la volonté de faire du bien aux autres, ou avoir l’intention ferme de les aider, a déjà un effet positif sur les autres et sur soi-même, même si on ne trouve pas l’occasion de passer à l’acte. Celui qui s’engage dans son perfectionnement spirituel doit inscrire l’altruisme dans son programme pratique.
Que nous apporte d’être altruiste ?
De manière générale et quelle que soit l’aide apportée, qu’elle soit de nature matérielle, psychologique ou spirituelle, aider les autres avec bienveillance nous est utile à nous-même, autant et même davantage qu’à autrui. Cela permet de cultiver en soi des pensées positives et d’être en paix avec soi-même. Cela procure également une épargne spirituelle que l’on emportera avec soi dans l’au-delà. La valeur de cette épargne est telle que, dans certains cas, elle suffit à projeter l’âme vers des niveaux élevés. De manière générale, elle joue un rôle déterminant dans la qualité de vie dont l’âme bénéficiera dans l’au-delà.
N’est-il pas paradoxal de rechercher un intérêt personnel dans l’acte altruiste alors que, par essence, celui-ci devrait être fondé sur la compassion et l’amour d’autrui ?
L’altruisme par devoir s’applique à tout le monde, tandis que l’altruisme par compassion et amour d’autrui est une vertu qui doit s’acquérir. Elle n’existe que chez de très rares personnes qui, spirituellement avancées, ont atteint l’état d’abnégation et de détachement. Tant qu’on est sous l’emprise de son ego égoïste et mercantile – et c’est le cas de la quasi-totalité d’entre nous –, l’amour que l’on éprouve pour autrui est intéressé, il n’est que la projection de l’amour que l’on éprouve pour soi-même.
Il semble pourtant difficile de séparer l’altruisme de l’émotion, de cet amour instinctif qui nous pousse à la compassion et à la bienveillance…
L’être humain est naturellement égoïste, mais il a également des pulsions d’altruisme, qui découlent de sa pulsion éthique. La pulsion éthique est une pulsion du surça qui nous pousse vers le Bien, qui nous porte par exemple à agir avec bienveillance envers les autres et à leur être utile. Certains la cultivent, d’autres la refoulent ou la répriment. Le bien-être qui découle de la satisfaction de la pulsion éthique est d’une qualité très différente de celui qui découle de la satisfaction d’une pulsion égoïste du ça, aussi différente que la joie de celui qui sauve la vie d’un homme ou d’un animal en détresse l’est de la satisfaction ressentie par le chasseur de prime ou d’animaux. C’est un sentiment de fierté, une sensation d’allégresse qui est à la fois légère, profonde et durable. On ne peut imaginer à quel point les gens qui se dévouent pour autrui par pure humanité, ou dans l’intention du contentement divin, sont intérieurement apaisés. C’est pourtant un fait que chacun peut vérifier par soi-même.
Dans quelles conditions devrait, selon vous, s’accomplir l’altruisme ?
Pour que nos actes altruistes aient un effet maximal, il convient de faire attention aux points suivants :
- S’efforcer de chasser de son esprit les intentions mercantiles et démagogiques, c’est-à-dire agir de manière désintéressée, sans rien attendre en retour ; agir de manière discrète, non ostentatoire, en évitant de froisser celui que l’on aide et en évitant qu’il se sente redevable. En tout état de cause, ce qui compte, ce n’est pas tant ce que l’on fait pour l’autre que l’intention dans laquelle on agit.
- Agir de manière contextuelle et équilibrée. Par exemple, quand on s’apprête à aider quelqu’un, il faut prendre en compte sa propre situation, les moyens dont on dispose, faire attention à ne pas léser les droits des personnes qui dépendent de nous, prendre garde à ce que nos actes altruistes ne se fassent pas au détriment d’autres personnes et qu’ils ne pèsent pas sur un tiers.
- Sauf cas de force majeure, ne pas imposer son aide, mais la proposer, en respectant ce qu’est l’autre et ce qu’il veut, sans le juger, sans en tirer non plus un sentiment de supériorité. Il importe ici de respecter la dignité et la liberté de l’autre.
Comment faire si l’on ne ressent pas spontanément de compassion, que l’on a tendance à être indifférent au sort des autres ?
Pour pouvoir aider les autres, il faut cultiver en soi la disposition à vouloir le bien d’autrui, qui pousse naturellement à être utile aux autres et à leur venir en aide de manière désintéressée. Si on ne la porte pas naturellement en soi, le seul moyen de se motiver est de s’imposer de pratiquer l’altruisme par humanité et, si on a la foi, pour le contentement divin. Pour cela, la meilleure stratégie est de se mettre à la place des autres, de façon à prendre concrètement conscience de leurs besoins et de leur détresse.
L’altruisme est souvent entendu dans un sens social, d’engagement dans des causes, ou de rendre service à des personnes dans le besoin autour de nous. Est-ce également le sens que vous lui donnez?
Bien entendu, l’engagement dans les causes que vous évoquez relève de l’altruisme. Par exemple, ceux qui s’engagent dans l’amélioration des conditions de vie de leurs semblables ou la défense des animaux accomplissent des actes altruistes. Néanmoins, dans la pratique de l’altruisme, aider ceux qui nous sont proches et que l’on côtoie quotidiennement, tels que le conjoint, les enfants, les parents, les voisins… est prioritaire. S’efforcer par exemple d’être pour son conjoint un soutien en se mettant à sa place, prendre sur soi pour alléger sa charge, ne pas le trahir, etc.
Si nous sommes sous l’emprise de notre ego mercantile et égoïste, ainsi que vous l’indiquez, comment peut-on cultiver le désintéressement ?
La vie courante, dans le contexte familial ou professionnel, constitue une mine d’expériences qui nous permettent de cultiver ce désintéressement. On doit par exemple s’attendre à ce que les autres ne remarquent pas toujours ce que l’on fait pour eux, voire qu’ils fassent preuve d’ingratitude, et même, dans certains cas, qu’ils abusent de notre générosité. Il s’agit là d’une sorte de mise à épreuve qui vient tester la sincérité de notre intention. Tout élan vers le bien doit vaincre une opposition pour aboutir.
Consulter également :
- L’altruisme (2) : Le bon Samaritain
- L’altruisme (1) : Donner profit
- L’altruisme (3) : Défendre le droit d’autrui
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Merci pour ces réponses simples et clairs!
Je trouve qu’il est extrêmement difficile de n’avoir aucune attente des autres et de ne pas les juger (par exemple, je juge que cette personne mérite mon acte « altruiste » ou qu’elle ne le mérite pas). Je sais que l’ingratitude d’autrui est un corollaire de l’altruisme, mais j’ai beaucoup de difficulté à être altruiste envers ceux qui, bien qu’objectivement des personnes biens, m’ont offensés d’une manière ou d’une autre. Si je m’efforce de faire un acte positif pour ces personnes et qu’elles ne me rendent pas la pareille, j’aurais le sentiment d’avoir lésée ma propre dignité…. Ou s’agit-il plutôt de l’orgueil mal placé? En fait, Je n’arrive pas toujours à distinguer s’il s’agit d’une situation de mise à l’épreuve de l’altruisme ou s’il s’agit plutôt d’une situation où il faudrait que je réclame mon droit. D’un point de vue pratique, étant donné que je m’accorde parfois plus de droits que je ne devrais, faudrait-il que je privilégie l’altruisme par rapport à la défense de ce que je considère être mon droit ?
En se référant aux conditions de pratique de l’acte altruiste données dans l’interview, il me semble que la réponse peut être trouvée pour chaque cas qui se présente. Il s’agit bien d’accomplir un acte désintéressé sans attendre de résultat avec un intention de bienveillance, de mesurer et doser son acte altruiste afin qu’il ne lèse personne de son entourage et à fortiori soi-même, et enfin de respecter l’autre dans sa dignité d’être humain sans le juger.
@G. Il est clair que l’acte altruiste le plus difficile à accomplir est bien celui qu’on fait à l’attention de celui avec qui on peut avoir dèjà un ressentiment ou qui nous a fait du mal. Je pense que pour répondre à la question posée, il est nécessaire de voir en soi qu’elle est la racine de ce ressentiment (susceptibilité, jalousie, ne pas accepter les critiques, orgueil…) et ensuite la meilleure façon de lutter contre ce ressentiment est bien de tenter de faire un acte de bienveillance à l’égard de cette personne : pour l’avoir expérimenté les effets sont toujours très positifs voire inattendus.
Pour la deuxième question, en effet, il est des situations où défendre son droit prime sur le fait de rendre un service ou faire un acte altruiste comme par exemple s’occuper de sa santé, mais il en est d’autres où l’inverse s’impose si on ne fait pas passer son ego égoiste en avant. Sans un exemple précis il est difficile de répondre à votre question…
G., réclamer ses droits fait souvent du bien à l’orgueil (ou l’égoisme) mais parfois cela fait très mal à l’orgueil. Je pense que dans ces situations il faut éviter ce qui fait du bien au soi impérieux (conduire en voiture dans Paris est excellent pour voir comment le soi impérieux s’y prend).
En tout cas cet article répond à beaucoup de mes questions.
@G
il y a à mon avis une différence importante entre la défense de ses droits et la pratique de l’altruisme.
défendre ses droits lésés est un devoir.
Pratiquer l’altruisme c’est justement le faire de manière à ce que la personne bénéficiaire n’ait pas de devoirs envers nous ( devoir de rendre)
Si l’altruisme est pratiqué avec la bonne intention, le fait que la personne bénéficiaire de rende pas n’est pas un problème. c’est d’ailleurs le cas quand on donne à une association caritative. on attend pas de retour ( sauf peut être une réduction d’impôts.. lol )
C’est incomparablement plus difficile avec les proches, ou les ingrats, car on attend, consciemment ou non, un retour, au moins un merci.
c’est là qu’à mon avis , travailler sur cette brûlure prend tout son sens en tant que travail spirituel. Donner qque chose n’ouvre pas de droits, sinon c’est un prêt, pas une donation.
c’est aussi une manière de travailler sur le pardon.
Mais aussi sur le discernement.
Est-ce que donner régulièrement sans compter à qqun qui manifestement en abuse, est de l’altruisme ? lui est-ce utile en fin de compte ?
difficile pratique. Mais bien sur tellement nécessaire.
en attendant d’avoir une vision “juste” de l’acte, mieux vaut probablement passer pour une “poire” qu’un égoïste, cela me semble moralement (donc spirituellement) plus acceptable.
Je trouve cet article très intéressant sur le fait qu’il rend l’altruisme abordable pour tout un chacun.
En effet, souvent je prétexte de ne pas pratiquer l’altruisme par manque de temps, car je pensais qu’être altruiste nécessitait nécessairement des actes remarquables du type un engagement dans une association humanitaire ou de m’organiser pour voir des gens qui ont besoins de mon aide.
Or, la démarche proposée ici me semble à la fois très simple et abordable. Ce que j’en retiens :
D’une part, être altruiste n’est pas forcement que de faire des actes remarquables mais des actes très simples au quotidien tels qu’une écoute attentive, un compliment sincère, un geste amical voire tout simplement l’intention d’être utile aux autres.
D’autre part, l’altruisme doit se pratiquer en priorité envers ceux que l’on côtoie au quotidien tels que le conjoint, les enfants… En ce sens on n’a pas forcement besoin de s’engager dans une association pour aller en Afrique mais déjà on peut commencer à s’efforcer à être attentifs pour être utiles à ses proches par des actes simples tels que débarrasser la table, de faire la vaisselle, brefs des petits actes au quotidien pour décharger un peu son conjoint.
Néanmoins, je ne comprends pas pourquoi être altruiste nous aide à cultiver des pensées positives et d’être en paix avec soi-même ?
@la
Vous dites que :”Il s’agit bien d’accomplir un acte désintéressé sans attendre de résultat avec une intention de bienveillance, etc”. Ceci constitue la condition idéale d’accomplissement d’un acte altruiste. C’est un objectif à atteindre.
Je pense que dans la plupart des cas, c’est la phrase suivante (sus-citée) qui est valable : “Pour pouvoir aider les autres, il faut cultiver en soi la disposition à vouloir le bien d’autrui, qui pousse naturellement à être utile aux autres et à leur venir en aide de manière désintéressée”.
@La : Est-ce à moi de prendre le premier pas pour souder une amitié de longue date brisée par le comportement de la personne adverse (bien qu’on ait fait nos efforts, la personne adverse, elle, n’a plus voulu en faire)? Devrais-je m’efforcer d’être sympathique avec un collègue qui à été hypocrite à mon égard? Devrais-je faire preuve de tolérance et de compréhension quand on n’a pas tenue une promesse qui m’était importante? Voici des exemples de scénarios qui me passaient à l’esprit quand j’ai posée ma question.
Voici quelques pistes que j’ai retenue de vos commentaires (Merci MNK, Bolo et La !) : il est utile d’essayer de trouver la cause du comportement d’autrui chez soi-même… cela aiderait surement à être moins critique envers les autres ce qui contribuerait à faciliter l’acte bénévole à leurs égards. Ensuite, à moins qu’il ne s’agisse d’un cas où la transgression de notre propre droit soit flagrante (par exemple quelqu’un essaie de nous voler), vaut mieux agir avec bienveillance malgré cette sensation de « brûlure » ou le fait de « passer pour une poire » (lol), car en effet, cela fait « moins plaisir à l’orgueil » que de revendiquer son droit (par exemple exiger que la promesse soit tenue, réclamer des excuses). Tout cela n’est pas très facile en pratique, il faut être motivé !
@ BernardGranadam : une très belle réponse à ta question se trouve dans le livre de La voie de la perfection de Dr. Bahram Elahi; p.130 - « le respect de cette règle d’or est un bienfait, non seulement pour les autres, mais aussi pour soi-même : on a la conscience en paix et le cœur léger, on ressent en permanence un bien-être, une gaieté et une sérénité intérieurs. La vie nous sourit. Nos difficultés s’aplanissent plus facilement, notre vie familiale et sociale est plus réussie et, dans nos entreprises, nous sommes protégés de la précarité. Cultiver l’amour d’autrui, la bonté, la bienveillance, etc., attire la grâce divine qui chasse les énergies négatives de notre vie. » (la règle d’or étant : en toute circonstance, se mettre à la place des autres).
@G : Il y a plusieurs obstacles à« Etre altruiste envers ceux qui, bien qu’objectivement des personnes biens, m’ont offensés d’une manière ou d’une autre ». En effet, je pense aussitôt que je vais passer pour une bille, ou que l’autre pense que je lui donne raison, etc. Mais dès que, dans ces situations, on fait un acte altruiste pour le contentement de Dieu, tout est différent. Comme une inconnue en mathématique ( ?) cette « autre présence » entre les deux protagonistes modifie toute la problématique. Dans les faits, je me suis libéré de toute attente vis à vis de l’autre puisque mon acte était pour lui mais dans une autre intention, et c’est le sens de cette intention qui m’a donnée la force et l’énergie de passer à l’action.
J’aime beaucoup cette idée de l’altruisme de proximité, anti-héroïque, en quelque sorte. Je ne sais pas pourquoi nous tombons toujours dans le panneau de l’héroïsme. Ah si. La culture Chrétienne, probablement, et l’exemple extrême du Christ (ou d’autres figures Saintes). On dit altruisme, on pense immédiatement SDF, Médecins du Monde, Restaus du Coeur… Zorro est arrivé, et Zorro, c’est moi. Non que cela soit hors-sujet, mais on ne pense pas aux petits actes et attitudes quotidiens envers ses proches. Voilà un article qui remet quelque peu les choses en place. Reste à mettre en pratique, et ce qui est vraiment bien, c’est que la matière ne manque pas!
@ Bernard GrandAdam (je ne sais pas pourquoi, je lis toujours “Grande Dadamme”), je pense que l’altruisme aide à cultiver les pensées positives, parce qu’on se sent généralement bien quand on fait du bien à autrui, et que cela engendre un cercle vertueux. On sait tous que ruminer un ressentiment ou chercher à se venger a un impact psycho-physique sur soi-même, un peu dégradant même s’il y a un élément de plaisir temporaire. Cela a un côté noir, non? Et comme nos états émotionnels et nos schémas mentaux conditionnent notre perception du monde (nous ne connaissons pas le monde, nous ne faisons que percevoir), la noirceur intérieure noircit ce monde “virtuel” et on rentre dans un cercle vicieux, noir et négatif. Tout ceci se voit certainement au niveau du cerveau et de la chimie du corps, d’ailleurs (pour ce qui est de l’âme et de l’aspect spirituel en général, je n’ai rien à dire).
c’est vrai, je comprends mieux maintenant le sentiment que j’ai eu une fois dans le métro en revenant d’un congrés : l’ambiance était très morose, chacun dans ses pensées, j’étais assis sur un siège comme les autres…puis la porte s’ouvre et un couple de personnes âgées entrent, pas de place?… et tout d’un coup, comme une impulsion qui surgit du fond de mon être, je me lève et je laisse la place vacante… le mari propose à son épouse de s’assoir; l’air de rien je me dirige vers la porte pour ne pas faire de manières et avoir de remerciements… l’ambiance était morose mais mon coeur se réchauffe soudain, c’est indescriptible, ce n’est pas une fierté, c’est une sorte d’amour, de communion, j’ai eu l’impression d’avoir fait un devoir, mon devoir d’être humain, je me rapproche de quelque chose de très suave, le regard de l’autre ne m’interesse même pas, je me suis senti heureux en cette après midi morose…j’ai l’impression d’être en adéquation avec mon être, j’ai tiré profit de cette place assise, je donne profit à mon tour et je respecte mes ainés, je me mets à la place d’une personne fatiguée et j’essaye de l’aider… probablement que ces actions répétées tous les jours rendent les gens heureux comme je l’ai été pendant le reste de la journée et ceci quelques soit l’endroit où j’étais.
@G,@Danielle
en fait on pourrait prendre le problème dans l’autre sens : le fait d’être offensé par quelqu’un est déjà le problème, c’est que j’attendais quelque chose de sa part (dans son comportement à mon égard quelque soit la raison de départ), donc c’est ce qu’il faut corriger en premier, après le fait de faire un acte altruiste reprend dans le bon sens et je rejoins Danielle dans l’idée de mettre cette troisième personne qui nous vient en aide dans l’équation et qui rectifie notre intention ; au total, on pourrait dire que l’intensité de la repercussion de mon acte (dans un sens et dans l’autre en retour) ne dépendra que de la nature de mon intention première. Et puis le champ d’application de l’altruisme a apparemment ses limites comme nous l’explique B. Elahi : “Sauf cas de force majeure, ne pas imposer son aide, mais la proposer, en respectant ce qu’est l’autre et ce qu’il veut, sans le juger, sans en tirer non plus un sentiment de supériorité. Il importe ici de respecter la dignité et la liberté de l’autre”.
Donc si l’autre ne fait pas l’effort, pourquoi insister?
J’ai mis un peu de temps à éclaircir certaines notions.
Par exemple, “Tant qu’on est sous l’emprise de son ego égoïste et mercantile – et c’est le cas de la quasi-totalité d’entre nous –, l’amour que l’on éprouve pour autrui est intéressé, il n’est que la projection de l’amour que l’on éprouve pour soi-même”. En effet, j’ai parfois des émotions de sympathie pour certaines personnes lorsque je leur trouve des traits de caractères communs aux miens!
Sur la différence entre puslson ethique et pulsion égoïste dans l’amour pour autrui. Les relations amoureuses peuvent fournir un exemple. On peut ressentir une attirance pour quelqu’un dominée par la pulsion égoïste de possession, presque comme le chasseur. A l’inverse, on peut vouloir le bien de la personne avec qui l’on partage sa vie, comme on veut le bien pour soi même. C’est radicalement opposé. Mike a d’ailleurs donné un excellent exemple de pulsion éthique.
Il est de plus en plus difficile, de nos jours, pour les parents, à être altruistes avec un enfant ingrat.
Les jeunes d’aujourd’hui, à l’instar de la société dans laquelle on vit, estiment bcp de choses comme leur étant dues.
Continuer à être altruiste avec votre jeune qui a du mal à se rendre compte de tout ce que vous faites pour lui revient à donner une bonne claque à cette partie en nous qui exige la reconnaissance ou du moins le respect en échange des services rendus.
Je tire mon chapeau à ceux qui arrivent à appliquer les conditions de l’altruisme citées dans l’article à l’égard de leurs enfants.
@G et Cogitons : merci pour vos réponse
Merci beaucoup pour cet article qui m’a motivé ces derniers temps pour cultiver l’altruisme. A cette occasion j’ai pu en effet vérifier que “l’altruisme permet de cultiver en soi des pensées positives et d’être en paix avec soi-même”. J’ai même eu le sentiment presque physique que cela m’apportait de l’oxygène, car j’avais une tendance à étouffer dans une atmosphère pesante et hyper matérialiste… Cela m’a rendu le coeur léger.
Lorsque l’on est attentif, les occasions d’altruisme ne manquent pas : un ami malade ou dépressif, une voisine seule…
A propos de cet altruisme héroïque et du fait qu’il y a beaucoup d’opportunité de rendre des petits services ou de faire des petits gestes d’altruisme :
une amie me faisait remarquer un jour, que dans notre société, entre autre en France, comme l’altruisme ne fait pas vraiment partie des valeurs à la mode, il n’y a qu’à réaliser de toute petite chose pour être considéré comme un héros.
J’ai travaillé il y a quelque temps avec une collègue québécoise et j’ai pu constater à quel point la culture de l’altruisme était immédiate pour elle. Bien sûr il peut s’agir d’un cas particulier, mais cela m’a donné à réfléchir…
D’autre part, je remarque que le moindre petit geste est souvent reçu avec beaucoup de chaleur et même parfois un certain étonnement…
“Dans quelles conditions devrait, selon vous, s’accomplir l’altruisme ?
Pour que nos actes altruistes aient un effet maximal, il convient de faire attention aux points suivants …”
Un exemple d’appliacation des trois pistes de reflexion proposées peut être le partage d’un savoir.
Face à quelqu’un qui est en demande d’un savoir dont on a une petite connaissance relative, on peut:
_ partager ce savoir(prendre en compte les besoins d’autrui…)
_ ne rien attendre en retour (ne pas chercher à briller, attention à la vanité, au supérioritisme…)
_ne pas imposer son savoir ne pas écraser l’autre, s’arrêter lorsque la personne n’a plus envie d’écouter( respecter la liberté et la dignité de l’autre…)
On peut aussi ajouter
_faire la distinction entre intéret pour un savoir et curiosité mal placée, comprendre les éventuelles frustrations d’autrui et les notres.
_laisser la parole à l’autre et poser des questions, savoir apprendre d’autrui.
La bonne découverte de cet entretien : l’altruisme commence avec les siens. Une notion qui n’allait pas de soi. Une approche pas forcément facile à réaliser : il est parfois plus facile ou plus “mercantile” d’aller à la recherche de grande cause. Il est plus facile d’aller aider des relations que de se mettre à l’écoute de ses enfants et de soulager son conjoint. Le retour n’est pas garanti, la reconnaissance pas forcément exprimée : les épreuves corollaires avec son environnement viennent bousculer l’intention de l’altruisme et révèlent plus facilement la sincérité de notre démarche.
l’altruisme le plus compliqué pour moi n’est pas de traverser tout Paris pour aller aider quelqu’un dans le besoin, c’est de savoir écouter l’autre. L’écoute est sans aucun doute une forme d’altruisme très subtil qui nécessite beaucoup de psychologie et une vraie sincérité dans la démarche pour produire un effet positif pour l’autre. La notion de “se mettre à la place de l’autre” prend ici toute sa dimension. L’effort de mettre de côté son ego pour éviter de la ramener, de donner des leçons, de choisir de bonnes questions, de froisser, de vouloir être un exemple pour l’autre… Bref, l’expérimentation de l’écoute nécessite une conscience éveillée pour porter ses fruits et permet de tester notre intention dans la démarche.
cet article m’a rappelé un poème écrit il y a fort longtemps par une de mes institutrices dans mon album de poésie et que je n’ai jamais oublié. Je vous le livre car, dans le cadre de ma pratique, je me le récite tous les matins…
“A qui puis-je être utile, agréable aujourd’hui ?
Voici chaque matin ce qu’il faudrait se dire.
Et le soir, quand des cieux la clarté se retire,
Heureux à qui son coeur, tout bas, a répondu :
Ce jour qui va finir, je ne l’ai pas perdu ;
Grâce à mes soins, j’ai vu sur une face humaine
La trace d’un plaisir ou l’oubli d’une peine”
@B.G. Merci beaucoup de nous avoir livrer cette belle poésie, elle est pleine d’émotion et résume si bien l’état d’esprit qu’il faut avoir envers autrui. Pouvez-vous me dire qui en est l’auteur ?
@KLR
).
Je me permets de répondre à la place de B.G. (en espérant qu’il ou elle ne m’en veuille pas
Son auteur est François Andrieux.
@ KLR
Pardon pour cette réponse tardive, mais je n’ai pas accès régulièrement à Internet et j’ai dû rechercher le fameux album.
Bien m’en a fait car j’ai vu que j’avais oublié le premier vers (acte manqué ?) qui est pourtant fondamental :
“Vivre en soi, ce n’est rien. Il faut vivre en autrui.”
Quant à l’auteur, il s’agit bien d’ANDRIEUX . (merci Beki, mais savez-vous le nom de l’ouvrage ?)
Cet entretien est si riche qu’il m’a fallu du temps pour essayer de l’assimiler, déjà sur le plan de la pensée. Et pour ma plus grande joie, à la suite des réflexions qu’il a suscitées intérieurement, j’ai trouvé une clé qui parait évidente quand elle est formulée, mais que je n’avais pas intégrée jusqu’à présent.
C’est l’idée que je ne suis pas indispensable, ce qui se traduit par le fait que si ce n’est pas moi qui apporte telle aide, ce sera quelqu’un d’autre. En d’autres termes, l’occasion d’une “bonne action” est une occasion qui nous est donnée et qui doit être saisie, sinon c’est quelqu’un d’autre qui en profitera.
Jusqu’à présent, lorsque j’aidais quelqu’un, je ne pouvais intérieurement m’empêcher de penser que cette personne avait eu bien de la chance de me trouver sur son chemin…Maintenant je suis arrivée à l’idée que si je laisse passer cette occasion de rendre service, si la personne le mérite, elle recevra de toute façon cette aide, par quelqu’un d’autre.
Etes-vous d’accord avec cette façon de voir?
En tout cas elle m’est extrêmement utile, déjà sur les plans suivants: je suis plus soucieuse de saisir les occasions d’aide et de remercier pour ces occasions qui me sont données, et j’ai gagné en humilité en “découvrant” que je ne suis pas indispensable, selon cette vieille sagesse suivant laquelle ” Le cimetière est peuplé de gens indispensables”.
@Marie : tu dis que la bonne action “est une occasion…qui doit être saisie, sinon c’est quelqu’un d’autre qui en profitera”. L’idée me semble intéressante car elle évite à l’altruiste de tomber dans l’orgueil de celui qui croit être indispensable aux autres. D’un autre côté, cette façon de penser ne fait-elle pas un peu comptable. Est-on encore altruiste si on le fait pour soi et en se disant qu’un autre “altruiste” risque de nous passer devant ?
@nanou @ marie
tout ce que l’on fait, quelque part, on le fait toujours pour soi…même l’action la plus désintéressée possible nous revient quand même puisqu’elle permet à notre esprit de se développée et d’augmenter cet ingrédient d’altruisme, de compansion, d’amour pour l’autre…
et puis au départ je pense qu’on ne peut pas s’empêcher de calculer, mais bon, l’essentiel est de faire, et puis progressivment on se détache du calcul…il y a tellement d’occasion que l’autre altruiste aura de quoi faire et puis réfléchissez, qui est le plus altruiste des deux? celui qui s’empresse de faire ou celui qui par bienveillance (et non par paresse) et content de bon coeur de laisser l’occasion à l’autre de faire un bon acte ou même donne l’occasion à l’autre par son comportement de faire des bons actes?
@ Marie :
Cet aspect dont tu parles de saisir l’occasion est intéressant et plutôt motivant pour être actif.
En revanche lorsque tu dis : “Maintenant je suis arrivée à l’idée que si je laisse passer cette occasion de rendre service, si la personne le mérite, elle recevra de toute façon cette aide, par quelqu’un d’autre.”
“si la personne le mérite” m’interpelle un peu. Est-on vraiment apte à juger qui le mérite et qui ne le mérite pas ?
Ne devrions-nous justement pas être plus détaché et s’efforcer à “juste” vouloir être utile ?
C’est sur que c’est sans doute plus facile de proposer notre aide à quelqu’un qui à notre sens le mérite, peut-être est-ce une première étape nécessaire; puis essayer de tendre vers un acte altruiste envers quiconque pour l’étape d’après, avec calcul comme le dit Mike, puis sans calcul, ainsi de suite …
Merci à B.G. et à Beki, je ne connaissais pas cet auteur.
@Marie: je vous rejoints, cette vision des choses est tout à fait essentielle, et elle n’est pas commune. On a l’impression que pour bien l’assimiler, il faut voir les choses autrement, avec d’autres valeurs, et se départir de notre vision habituelle du monde.
C’est tout compte fait assez révolutionnaire et c’est une parade à beaucoup de points faibles et de voix intérieures qui nous poussent à perdre ces occasions : des voix qui expriment la paresse, l’orgueil, la négligence…
Le plus difficile est de vouloir le bien des autres sans qu’il ne le sache : j’adore que l’on remarque que je veux le bien de quelqu’un et si possible qu’on me le dise. C’est agréable pour l’ego. En même temps j’ai déjà fait l’expérience du plaisir pur et intérieur de l’altruisme. Le fait de savoir que l’on a aidé quelqu’un et que seul nous en avons connaissance, excepté Lui, est un plaisir intense bien supérieur que de vous entendre complimenter par la personne concernée ou quelqu’un d’autre.