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Infidélité du monde
Le poème qui suit est un extrait du Livre des Rois de la vérité, paru dans Orient, mille ans de poésie et de peinture. Dans cet ouvrage, le père d’Ostad Elahi, Hajj Ne’mat, relate les grands événements spirituels de l’humanité. Les récits narratifs alternent avec des passages plus intimes dans lesquelles l’auteur s’épanche et se penche sur des considérations concernant la valeur du monde et le sens de la vie. Ces passages révèlent sa personnalité mystique, son amour pour le Divin, sa soif de vérité et son regard porté sur ce monde. Ils permettent aussi de comprendre cette atmosphère particulière dans laquelle Ostad Elahi a baigné dès son plus jeune âge, atmosphère empreinte de spiritualité, où l’axe de toute chose était la connaissance des vérités spirituelles et l’aspiration à un idéal mystique.
Oui, j’ai de quoi me plaindre de ce monde qui tourne
Du bruit, de la clameur qui monte pendant qu’il tourne
Monde qui va de travers, monde trompeur, changeant
Qui tantôt monte et tantôt redescend
Que pourrais-je bien dire de ce monde voûté
Qui tantôt est si beau et tantôt est si laid
A l’un il donne la gloire et la fortune
Et l’élève plus haut encore que la lune
A l’autre, il donne le sang comme seule nourriture
La terre et la boue comme lit de fortune
Il donne à l’un la joie, la fête et le bonheur
Et il condamne l’autre au deuil et au malheur
Mais quelle est donc l’énigme de ce monde ancien
Qui fait gémir les hommes et les femmes aussi bien
Monde à l’envers, monde funeste
Monde destructeur qui fait que rien ne reste
Qui lacère le cœur de l’espace et du temps
Douleur en eux à l’œuvre incessamment
Le monde est recouvert de rouille et de poussière
Les mois et les années rabougris de froideur
Ô combien de prophètes porteurs de lumière
Combien de saints aux illustres carrières
Combien de souverains aux noms si glorieux
Combien de sages aussi, héroïques et fameux
Et combien de mystiques les yeux rivés sur Dieu
Dans le désir brûlant, ô combien d’amoureux
Combien d’hommes et de femmes, de tout temps
Combien d’entre eux, des petits et des grands
Sont venus en ce monde pour y être éprouvés
Et tous, un jour, ils ont dû le quitter
Dans ce monde aucun n’a trouvé de bonheur
Ils n’y trouvèrent rien que tumulte et fureur
Tous, en venant ici, de douleur ont souffert
Personne n’ échappe au piège de ce monde éphémère
De mille maux est suivi le bonheur d’un instant
Un long deuil succède à la fête d’un moment
Dans ce monde aucun vœu ne peut être exaucé
Dans ce monde aucun nœud ne peut être dénoué
Celui qui quelque temps à cheval est resté
Le reste de son temps, à pieds, il a marché
Personne n’a vu ici la moindre stabilité
Ce monde ne donne rien que l’infidélité
Tantôt automne, tantôt printemps
Les choses vont ainsi depuis la nuit des temps
On voit à chaque instant qu’il change ses couleurs
Qu’il ne donne rien d’autre enfin que la douleur
Beaucoup ont ici passé leur chemin
Ils gisent sous la terre ayant vécu en vain
Et toi, ô mon cœur, par ce monde si vieux ne te laisse pas surprendre
Car il sait bien comment dans son piège te prendre
(…)
De l’homme ne reste à la fin que son nom
On se souvient de lui comme mauvais ou comme bon
Au juste restera pour toujours, sa justice
Jusqu’à la fin des temps, l’injuste gardera l’injustice
Applique-toi au bien, mon âme, tant que tu peux
Car seul le bien te sauvera ici et dans les cieux
Il restera de toi comme souvenir ici
Il sera ton bonheur, là-bas, au Paradis
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