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Difficultés et vertus du pardon
Celui qui pardonne alors qu’il a le pouvoir de se venger recevra les honneurs spirituels.
D’où vient notre difficulté à pardonner tel tort dont nous sommes victimes lorsque, par ailleurs, nous en pardonnons d’autres ? Pourquoi celui-là résiste-t-il ? Est-ce la nature du dommage ou la personnalité de l’offenseur qui font obstacle ? Peut-on tout pardonner ? La question suppose que le pardon nous est un acte connu dont nous ne contestons ni la légitimité ni les vertus mais qui, parfois –souvent ?– excède notre capacité. « Jamais je ne pourrai pardonner ! » Mais ce pardon dont nous discutons parfois avec passion de ses modalités ou des conditions de sa possibilité, en connaissons-nous bien la nature ? Savons-nous vraiment ce qu’est « pardonner » ?
Un exemple
Si l’exemple est source d’enseignements, une illustration pourra nous guider dans cette compréhension. Il s’agit d’une illustration tirée d’une anecdote racontée par Ostad Elahi et qui se rapporte à l’époque de sa vie professionnelle. L’exemple est intéressant parce que tiré d’une mésaventure quotidienne, non d’une situation spectaculaire, tragique ou épique ; l’événement reste, en effet, prosaïque et l’offense supportable. Le corollaire en est que, dans un autre contexte, et toutes choses égales par ailleurs, nous sommes tous exposés à vivre des offenses de telle nature ; nous en avons tous vécues. La comparaison est donc possible : comment les avons-nous accueillies ? Comment les vivons-nous ?
Écoutons Ostad Elahi :
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Quand j’étais à Lâr, il y avait un jeune homme qui avait perdu son père alors qu’il était enfant. C’est donc sa tante paternelle qui était devenue sa tutrice et avait pris en charge la gestion de tous ses biens. Et elle refusait de lui remettre ses biens alors qu’il avait déjà atteint sa majorité. Cette tante n’avait elle-même pas d’enfants et comme elle était très dure avec lui, il décida finalement de porter plainte contre elle. En vertu de la loi, j’ai retiré la gestion des biens à la tante et les ai fait remettre au jeune homme.
Il se trouve que quelque temps après cette affaire, je m’étais fait faire une toge de juge qu’il me fallait compléter par une paire de chaussures vernies [note : Car c’était là la tenue réglementaire des juges en Iran au temps de la sécularisation du système judiciaire]. Comme le jeune homme devait aller à Shirâz, je lui donnai de l’argent pour qu’il me rapporte une paire de chaussures. Mais pendant le voyage il dépensa tout son argent et finit par dépenser aussi le mien. En me renseignant par la suite, j’ai appris qu’il avait en réalité acheté les chaussures puis les avait revendues. Quand je l’ai fait venir à son retour pour qu’il m’apporte les chaussures, il m’a dit d’un ton agressif : « Je suppose que vous allez utiliser votre pouvoir pour me faire jeter en prison ! ». Je lui ai simplement demandé de sortir. Quelques jours après, des agents l’ont amené au tribunal parce qu’il avait giflé en public un commerçant très respecté dans la région. Or ce jeune homme avait l’intention de s’engager dans la gendarmerie. Si je le condamnais, son casier judiciaire ne serait plus vierge et il ne pourrait sûrement pas entrer dans la gendarmerie. De son côté, le commerçant n’était pas du tout disposé à retirer sa plainte. Je pouvais donc le condamner à une peine allant de huit jours à deux mois de prison.
J’étais en proie à un conflit intérieur : d’une part, mon cœur voulait se venger et d’autre part, je luttais contre mon soi impérieux en disant : « Tu ne dois pas user de ton pouvoir pour te venger. » À force de lutter, je suis arrivé à maîtriser mon soi impérieux. Or quand on maîtrise son soi impérieux, la parole a de l’effet. Je me suis donc tourné vers le commerçant en lui disant: « Jusqu’à maintenant, j’ai eu beau insister, vous n’avez pas pardonné. Mais une condamnation aura une incidence grave sur l’avenir de ce jeune homme. Je sais que vous avez l’esprit chevaleresque, faites-le pour moi, pardonnez-lui ». Le commerçant hésita un peu et finit par accepter. Ainsi, on libéra le jeune homme qui, honteux, voulut venir s’excuser auprès de moi. Mais je lui ai dit : «Non, laisse. Ne gâche pas tout. » Si j’avais condamné ce jeune homme, je me serais toujours dit par la suite : « En bien voilà, tu peux être content, tu t’es vengé ! » Plus le rang est élevé, plus la responsabilité est grande. (AH1, 1923)
Ce récit d’Ostad Elahi illustre, de façon très significative cette notion de pardon que nous souhaitions préciser et permet de mettre en lumière plusieurs éléments essentiels.
Le pardon est un don gratuit…
Le pardon est un don, un acte gratuit. Sa définition pourrait ainsi prendre la forme suivante : « le pardon est une remise gracieuse de l’offense sans conditions ni intérêts. » La présente anecdote est en cohérence avec cette définition. Ostad Elahi a été grugé par ce jeune homme ; non seulement, le jeune homme l’a volé après même qu’Ostad lui eut rendu justice et lui eut restitué son bien injustement préempté par sa tutrice, mais de plus il s’emporte, est insultant et menteur. À aucun moment, il n’exprime d’excuses ni de regrets par rapport à son comportement. Bien plus, il persiste dans des attitudes détestables, allant même jusqu’à gifler, par la suite, un commerçant respectable. Tous ces éléments ne justifient-t-ils pas une sévérité exemplaire à son endroit et de lui faire « payer » ses forfaits ?
Malgré tout, Ostad Elahi renonce à adopter une telle conduite.
… qui ne prend sens que si l’offensé a pour lui, la force …
Le pardon n’acquiert sa vraie signification que lorsque que le rapport de force « offensé-offenseur » a changé. C’est-à-dire lorsque la possibilité s’ouvre pour la victime de se venger et que, par une sorte de miracle, dont il nous reste à apprécier le sens, elle renonce à le faire.
Tel est le cas de l’anecdote rapportée où le rapport de force s’inverse soudain avec l’irruption au tribunal des agents qui offrent de façon inattendue à Ostad Elahi, l’opportunité très simple de prendre une revanche : « Je pouvais » nous dit-il « le condamner de huit jours à deux mois de prison. » Et également, hypothéquer fortement son avenir puisque le jeune homme aurait alors perdu la possibilité d’intégrer la gendarmerie.
Chacun ressent l’extraordinaire ambiguïté que créerait une situation dans laquelle l’offensé ne pouvant faire valoir ses droits, ce dernier prétendrait néanmoins pardonner celui qui lui cause un tort. Comment définir une telle situation ? Au nom de quoi accepter la violation permanente de ses droits ? Pourquoi renoncer à rétablir un équilibre justifié ? Pourquoi conforter un agresseur dans un sentiment d’impunité ? Pardonner ne saurait se confondre avec « renoncer à ses droits » !
Et, plus profondément, quel serait le sens de cette attitude ? Qu’introduirait-elle de novateur, de porteur d’évolution, à la fois pour l’offenseur et pour l’offensé ?
… mais choisit de reconnaître à l’offenseur des droits identiques aux siens
Le pardon est action. Le pardon n’est pas sentiment ! Le pardon est choix. Il est ce choix de l’offensé de ne pas réduire l’offenseur à son seul acte –si injustifié soit-il–, choix de considérer que l’offenseur dépasse infiniment son acte. De ce choix résulte une conséquence concrète : il s’en suit que l’offenseur conserve, d’une certaine façon, un statut proche de l’offensé, ce qui permet à l’offensé de lui reconnaître, dans sa relation avec lui, des droits identiques aux siens.
Oui, le jeune homme a clairement bafoué les règles les plus élémentaires de la confiance et de l’honnêteté, ses actes sont répréhensibles. Mais il conserve, néanmoins, pour Ostad Elahi, son statut de membre, à part entière, de la communauté humaine (donc, de sa communauté à lui) auquel les droits normaux de tout membre de la communauté humaine doivent être reconnus et ne s’effacent pas du seul fait d’un acte répréhensible. Pour cette raison, il est juste de se poser la question de son avenir et des conséquences qui résulteraient sur lui-même d’une sanction juridique : « si je le condamnais, cela lui créerait des antécédents judiciaires et on ne l’engagerait plus. »
Ainsi le jeune homme conserve les mêmes droits que tous les membres, à part entière, de cette société à laquelle il continue d’appartenir.
Le pardon : en son entier un acte libre ….
Le pardon est, par essence, un acte libre. L’implication en est qu’on ne peut pas dicter le pardon. Il n’y a pas « d’obligation de pardon » ! Nous avons tous à l’esprit des exemples de pardon extorqué. C’est le petit enfant à qui l’ami a piétiné son jouet. Sa maman l’exhorte : « Voyons Chéri, Dominique s’est excusé. C’est fini maintenant. Dis-lui que tu lui pardonnes ! ». L’enfant est intérieurement furieux. Il ne veut pas de cette oukase… Il obtempère en faisant la moue. Le cœur dit « non » à ce pardon imposé auquel il n’adhère pas.
On peut montrer la beauté du pardon, on peut essayer de décrire ce qu’il apporte. On peut le souhaiter. Il n’y a aucun sens à l’imposer ! À en faire une règle de comportement systématique. On ne pardonne pas comme on dit « bonjour ». Parce que le sens du pardon et sa beauté résident justement dans ce fait de n’être pas un acte machinal mais bien un acte libre, c’est-à-dire un acte qui mobilise, au moment même où nous l’exerçons, notre être au complet.
De ceci découle que le pardon ne peut être donné « pour l’autre », ne peut être prononcé au nom de …, à la place de… Je me réfère ici, en particulier, à toutes ces scènes de repentir, d’aveu, de pardon ou d’excuses qui se sont multipliées sur la scène géopolitique de façon accélérée depuis quelques années et qui ont donné lieu de la part, non seulement d’individus mais également de communautés, de corporations diverses, de représentants de hiérarchies ecclésiastiques, de souverains, de chefs d’Etat à demande de pardon.
Nous entrons alors dans des contextes où l’acte de pardonner se met au service d’une finalité (parfois noble), cherche à rétablir une normalité (sociale, nationale, politique, psychologique) mais cet acte, tel qu’il est pratiqué, nous éloigne alors du concept de pardon tel qu’il nous vient de notre héritage religieux et qui est l’objet de la présente réflexion. Parce que le pardon engage deux singularités : le coupable et la victime.
Si donc, nous restons liés à ce concept de pardon pur, accordé par Dieu, ou bien inspiré par le modèle divin, pardon, don gracieux, sans échange et sans conditions, alors de nouvelles questions viennent à l’esprit : Pourquoi le pardon revêt-il une exigence éthique si particulière dans les sociétés humaines ? Quelle est la signification du pardon pour l’individu ? Quelles sont ses vertus pour celui qui l’exerce ? Quelles sont également ses difficultés ?
On ne saurait répondre de façon définitive et absolue à toutes ces questions, il serait vain de le prétendre. Mais peut-être pouvons-nous esquisser quelques éléments de réponse.
… socialement souhaitable…
Pourquoi le Pardon revêt-il une importance si décisive pour les sociétés humaines ? Au point que toutes ou presque, font de son exercice, une vertu ? Pour le comprendre, il suffit de penser à ce que sa négation implique de façon logique : l’enchaînement des haines et des vengeances. Tant il est vrai que la réponse archaïque au problème fondamental que pose l’auteur d’un mal ou d’un dommage, est bien le talion, c’est à dire le mal pour le mal. Et parce que cette structure archaïque demeure très profonde en chacun d’entre nous, tout le problème de la civilisation est de la dépasser. Comment renoncer au cycle infernal vengeance-punition ? C’est là le problème de toute société civilisée.
C’est pourquoi, le pardon est très souvent présenté comme un comportement exemplaire par les sociétés qui en ressentent également toutes les difficultés et toutes les exigences. C’est également pourquoi les sociétés promeuvent, entre vengeance et pardon, des moyens termes qui en diffèrent quelque peu : la clémence qui ressemble au pardon mais qui ne l’est pas tout à fait, la miséricorde qui précède parfois le pardon, et puis ces formes plus institutionnelles que sont la grâce et l’amnistie.
Ceci veut dire, en pratique, que le pardon est nécessaire pour vivre ensemble.
… et individuellement salvateur
Et pour l’individu ? Mon point de vue est que, psychologiquement, le pardon sert à se réconcilier : à être en paix avec soi comme avec l’autre. Le ressentiment, la rancune, la haine emprisonnent l’individu dans les chaînes du passé. Le pardon nous en libère pour entrer dans l’avenir. Vladimir Jankélévitch exprime très bien ce paradoxe de la vengeance : « La vengeance prolonge et répercute dans l’avenir les conséquences destructrices d’un acte malfaisant commis dans des circonstances qui déjà n’existent plus ».
En pratique, celui qui pardonne n’ignore donc pas le désir de se venger mais il décide de le surmonter et de le surpasser. De façon paradoxale, la décision de ne pas se venger ne peut être prise que parce que le désir de se venger est justement là, bien présent en nous et qu’il veut emporter, et notre adhésion, et notre décision.
« L’oubli, écrit Emmanuel Lévinas, annule les relations avec le passé, alors que le pardon conserve le passé pardonné dans le présent purifié ». Ce qui signifie que le pardon est bien un pari sur l’avenir. Dans les Misérables de Victor Hugo, Monseigneur Miriel à qui Jean Valjean a volé des chandeliers fait un pari de ce type. Il n’était pas dit que Jean Valjean se transformerait à l’issu de cet acte généreux. Donc ce pari peut être perdu mais il n’en perd pas, pour autant, son sens. Nos actes éthiques peuvent parfois se retourner contre nous. « Oui ! Mais seulement en apparence ! » Diront certains. Parce que dans une vision spiritualiste, rien n’est jamais perdu !
Nous revenons ainsi au premier enseignement de notre anecdote : le pardon est sans conditions, il est donc sans garanties. Rappelons-le : le pardon ne se mérite pas. Nous entendons dire parfois : « il ne mérite pas d’être pardonné ! » Bien sûr que non. Personne ne mérite d’être pardonné. Le pardon n’est jamais mérité. Celui qui mérite le pardon c’est qu’il n’en a pas besoin.
Le pardon est ce don de grâce accordé par la victime à celui qui l’a blessée. Parce qu’elle pardonne en son cœur, cette transformation induit d’autres sentiments et des réactions différentes à l’encontre de l’offenseur.
Nous entendons également parfois dire : « Moi, je cherche la justice ! ». Le pardon n’a rien à voir avec le jugement. Le pardon n’est pas une question de justice, c’est une question de grâce. C’est tout cela qu’exprime Derrida quand il introduit, dans sa réflexion sur le thème, cette notion de « pardon pur ». Ainsi écrit-il : « le pardon est donc fou, il doit s’enfoncer, mais lucidement, dans la nuit de l’inintelligible. Appelez cela l’inconscient ou la non-conscience si vous voulez ».
Et il existe quelques exemples où cette « inintelligibilité du pardon », nous la ressentons tous, plus particulièrement, dans les cas extrêmes. Sans doute, parce que le pardon relève de la relation particulière entre deux personnes et qu’à cette relation s’associe nécessairement un certain mystère. Reste néanmoins cette question essentielle : qu’est-ce qui nous rend le pardon si difficile ? Non pas seulement celui des grandes offenses, mais souvent de celles qui apparaissent mineures ?
Où il nous faut parler de « champ perceptionnel »
La notion de « champ perceptionnel » peut nous ouvrir des perspectives dans cette recherche. Qu’appelle-t-on champ perceptionnel ? Que recouvre cette notion ? Je vous en propose une définition qui est celle de Barham Elahi.
« Le champ perceptionnel, c’est l’ensemble de ce que l’on perçoit à travers ou par soi-même aussi loin que s’étend l’horizon de notre pensée. » « Il s’agit de tout ce que l’on perçoit relatif à nos connaissances, à nos expériences, nos souvenirs, nos idées, nos imaginations, nos sensations, etc. Lorsque l’on tourne son regard vers soi-même et vers sa conscience. » (Médecine de l’âme)
Ceci veut dire, qu’en pratique, nous vivons, chacun d’entre nous, au centre d’un vaste territoire qui est ce champ perceptionnel au sein duquel notre pensée circule, un peu comme le sang circule dans notre corps. Ainsi notre pensée se nourrit de ce champ en même temps qu’elle l’alimente en permanence d’éléments ou d’énergie positive ou négative. Il y a échange : si nous alimentons notre champ perceptionnel d’éléments ou d’énergies négatives, notre pensée s’alimentera à une source de plus en plus négative.
Une première observation qui s’impose est que ce champ perceptionnel n’est pas stable : il varie en permanence. L’illustration la plus frappante en est celle de la souffrance physique… Lorsque le dentiste attaque notre dent de sagesse gauche, pour peu que la douleur se réveille, voilà soudain le monde qui se réduit à cet individu en blouse blanche s’activant sur notre mâchoire avec un petit objet de métal tournant ! Adieu dès lors, la métaphysique d’Aristote qui nous passionnait quelques heures auparavant, ou bien la montée au Kilimendjaro … toutes ces choses ont soudainement cessé d’occuper l’espace de nos pensées.
Il en est de même de la blessure, de l’offense, de l’humiliation. Leur conséquence première n’est-elle pas de créer une forme de focalisation autour de la douleur qu’elles engendrent ? Et voilà que notre champ perceptionnel se restreint, se resserre autour de cette douleur, de cette humiliation, de cette injustice et c’est dans ce territoire réduit que notre pensée se meut désormais et à partir de ce territoire qu’elle s’alimente.
Ceci explique pourquoi la vengeance est si facile, si évidente. Parce qu’elle nous apparaît à nous-mêmes, et au moment même où nous l’exerçons, où nous la souhaitons, où nous la revendiquons comme un acte libre, comme l’acte libre par excellence.
Parce qu’au moment même où notre moi ou notre champ perceptionnel se réduisent, sous l’action de la douleur, à un tout petit territoire, l’acte de vengeance se présente alors pour nous, comme celui qui peut, le plus facilement, mobiliser et exprimer pleinement ce que nous sommes devenus l’espace d’un instant : cet être très étroit, ce petit territoire de douleur. Et c’est pourquoi, la réponse au mal par le mal paraît si naturelle et le pardon inopportun, incompréhensible bien que socialement souhaitable et individuellement salvateur.
Mais si vengeance et ressentiment apparaissent comme les mouvements les plus naturels, les plus évidents, quelles sont alors les voies qui s’offrent à nous pour nous engager sur une propédeutique du pardon et bénéficier de ses vertus ?
… et de travail sur soi…
Elles passent toutes, en pratique, par un travail sur nous-mêmes visant au rétablissement et à l’élargissement de ce champ perceptionnel altéré par la blessure ou le souvenir de la blessure. Là encore, on ne peut esquisser que des ouvertures, que suggérer des pistes
Point n°1 : un impératif, se donner du recul. Agir plutôt que réagir.
Le temps est un grand maître ! De nouveau, l’exemple de la douleur physique est illustratif. Si nous revenons à notre exemple du dentiste « voici un instant nous étions devenus cette dent de sagesse et sa plainte » mais la douleur s’amenuise et notre champ perceptionnel s’élargit à nouveau et intègre, de façon progressive, un éventail oublié de sensations et d’intérêts. Nous pourrons bientôt reconsidérer avec joie ou amusement ou sérieux les effets du manque d’oxygène dans la montée au Kilimandjaro… Et penser à notre expérience dentaire avec plus de mesure.
Il en est de même en ce qui concerne l’offense. Avec le recul, les choses prendront une teinte différente : le contexte, l’intention de l’offenseur, notre rôle dans la succession des évènements, etc. De là, cet impératif de prendre du recul, de ne pas réagir dans l’immédiateté, d’attendre que la vivacité de la douleur s’estompe pour porter un jugement plus serein sur l’événement.
Point n°2 : l’utilité d’un travail éthique. L’éthique est résistance : résistance au talion, résistance à l’incompréhension, résistance à la propagation de ce mal en nous-mêmes. Elle passe par une prise de conscience toujours plus aiguë des droits et des devoirs de l’homme qui favorise l’élargissement de notre champ perceptionnel. Elle est un travail sur ce champ.
C’est pourquoi dans toutes circonstances où nous nous ressentons comme victimes d’un mal et où nous sommes le siège d’un ressentiment –plus ou moins fort–, notre devoir me paraît alors de soumettre la ou
les situations concernées à une forme « d’audit éthique interne » c’est-à-dire à un questionnement intérieur centré sur quelques points essentiels :
Première question : qu’y a-t-il à pardonner ? La question de fond est la suivante : avons-nous été lésés dans nos droits, de façon injuste et volontaire ? Que nous disent si souvent les récits d’offenses, les justifications données au ressentiment ? Très fréquemment, ils nous montrent qu’il n’y rien à pardonner. Rien du tout. Il n’y a pas matière à pardon parce que le problème est ailleurs. Il peut s’agir d’une blessure de l’ego, d’un aveuglement de l’ego sur lui-même ? Mais aucun droit n’est véritablement lésé. Dans ce cas, c’est sur lui-même que l’offensé doit faire porter le travail.
Parfois, il y a erreur sur l’intention. L’offensé attribue à l’offenseur une intention qui n’est pas la sienne et tout pourrait rentrer dans l’ordre s’il avait une vision juste des raisons qui on conduit l’autre à agir ainsi. Il n’y a rien à pardonner. Seule la vision est en cause. Dans toute la mesure du possible, il nous appartient de chercher à connaître l’intention réelle qui a présidé à l’acte par lequel nous nous estimons lésé. Quitte, éventuellement, à en débattre avec la personne responsable.
Ainsi, ce cas d’une personne qui était intérieurement fâchée contre son amie parce que cette dernière ne l’avait pas informé d’un fait auquel elle accordait beaucoup d’importance. Elle lui reprochait son manque de confiance et de sincérité. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsque son amie lui expliqua les raisons de son silence : elle avait agit ainsi par délicatesse envers elle mais souffrait beaucoup de s’obliger au silence. Ainsi, y avait-il erreur sur l’intention prêtée à la personne.
Deuxième question : qu’y a-t-il à comprendre ? Certes, le « pardon pur », tel que nous l’avons défini, n’est pas un pardon « parce que » mais un pardon « bien que ». Le « pardon pur » n’a pas besoin de raisons.
Mais rappelons-nous également que l’ego est toujours intéressé à ne pas comprendre le coupable. Alors que l’éthique, elle, l’est. Et il arrive souvent que la compréhension nous prépare à aimer et à pardonner. La compréhension de l’enchaînement des causes et des effets ouvre plusieurs voies qui peuvent, chacune, déboucher sur le pardon ou sur des formes qui en sont proches : l’excuse totale ou partielle, les circonstances atténuantes (mais ces dernières peuvent parfois devenir aggravantes), l’indulgence.
De ce travail éthique, appliqué au long des jours, à ce fourmillement de petites offenses, de petites mesquineries dont nous sommes les victimes ou dont nous croyons l’être, que peut-il résulter ? Vers quoi ce travail peut-il nous conduire ? Quel en sera le résultat ?
… voire, de perfectionnement spirituel
Mon pari, que d’aucuns jugeront utopique ou irréaliste, est que ce travail, sous son apparente modestie, s’inscrit dans une démarche ambitieuse qui est celle du perfectionnement spirituel. Parce qu’il génère progressivement un élargissement de notre champ perceptionnel qui ne peut que nous grandir.
Nous ne connaissons pas les évènements qui nous attendent. Mais chacun admettra, dans une perspective spirituelle, qu’il importe que nous soyons dignes de ce qui vient. Il existe de multiples façons de vivre et d’accueillir les événements de notre vie mais tous ont un rôle à jouer par rapport à un projet qui peut être le nôtre de perfectionnement spirituel. Car tous constituent, par rapport à ce projet, soit une menace, soit une opportunité, soit même un subtil mélange des deux et tous ont quelque chose à nous apprendre sur nous-mêmes qui peut être source de progrès.
Alors ce travail éthique qui prêtait à sourire, il se pourrait qu’il ne se révèle pas un vain exercice, parce qu’il s’intègre dans un projet d’éducation spirituelle global où, au bout du compte, et à la fin des fins, rien n’est jamais perdu car tout est compté.
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Ce petit récit d’Ostad Elahi laisse sans voix. Sans savoir pourquoi, la magie de cette petite anecdote opère et soulève en soi des envies de grandeur, une soif d’humanité et de dignité. Mais comment conserver cet élan dans la banale trivialité du quotidien?
Cet article m’a donné l’opportunité de parcourir « la liste » de ceux a qui je dois encore pardonner.
En réfléchissant sur les « injustices » que j’ai subies, je m’aperçois que j’en ai été la cause, d’une manière ou d’une autre, par négligence, ou par réaction de mes propres actions.
En revanche, j’ai commis des offenses, bien plus nombreuses, et j’espère que l’on me pardonnera. En réalité, je compte sur la miséricorde divine pour que mes offenses soient pardonnées.
Alors, comment pourrai-je tenir rigueur aux autres, si moi-même j’ai besoin d’être pardonné ?
Pour en revenir à l’intention : en effet, il est des fois où l’intention envers quelqu’un, aussi bonne soit-elle, de faire telle ou telle chose, une fois l’acte accompli, ne provoque pas la réaction positive attendue, parfois même se trouve être complètement à l’opposé de ce que l’on en attendait. Ainsi, décontenancé par l’inattendu face à l’autre, commence tout un enchaînement de paroles blessantes et d’incompréhensions, qui peuvent parfois dévier gravement, alors que l’intention de départ semblait, encore une fois, pourtant bonne. Après une complète dégénérescence dans les mots, les silences, les regards, le comportement en général, l’on peut se retrouver, quand le calme est revenu, à devoir pardonner à l’autre - dont la réaction violemment excessive venait d’une fausse croyance : celle de penser que l’on voulait du mal alors que notre intention était justement le contraire- , de ce pardon lourd, difficile à prononcer, qui ne devra pas se contenter d’un mot, mais qu’il faudra faire suivre d’actes bons pour que réellement la rancœur quitte définitivement le cœur.
Cependant, si la réaction en face est si négative, -si tant est qu’elle vienne d’un être adulte et responsable-, n’aurions-nous une part de responsabilité ? Si l’on part du principe que rien n’est un hasard, notre intention de départ était-elle si bonne que cela ? S’est-on mis réellement à la place de la personne pour penser que cet acte pouvait être bon envers la personne ? Il est parfois difficile sur le moment, lorsque la conversation est bien amorcée et que s’enchaînent les malentendus, de voir quelle est notre part de faute, ancrée dans notre croyance que notre motivation de départ était positive à l’égard de l’autre. Dans tous les cas, il est bien dommage de devoir passer par un tel manque de communication ou de paroles violentes, trop imprégnés d’orgueil de part et d’autre, pour trouver la réelle cause de toute l’affaire :
Que l’on soit l’offenseur ou l’offensé, comme dit l’auteur de l’article : « Avec le recul, les choses prendront une teinte différente : le contexte, l’intention de l’offenseur, notre rôle dans la succession des évènements, etc. De là, cet impératif de prendre du recul, de ne pas réagir dans l’immédiateté, d’attendre que la vivacité de la douleur s’estompe pour porter un jugement plus serein sur l’événement. »
En effet, cela demande un énorme effort sur nous-mêmes d’avoir ce recul, mais c’est sans doute une très bonne façon de réagir objectivement, à la bonne dose, sincèrement envers l’autre et envers soi, et de remettre ainsi les choses à leur juste valeur. Si bien que l’on peut se retrouver, non pas à pardonner à l’autre, mais au contraire, à demander à l’autre de nous pardonner.
Car si les choses sont parfois rattrapables, elles ne le sont pas toujours, et cela peut mener à une rupture totale avec l’autre, et encore une occasion de loupée de travailler sur soi et d’avancer dans la connaissance de soi, ces deux choses pouvant nous ancrer dans un profond regret momentanément paralysant.
Non, ça n’est pas facile d’avoir une bonne intention, de se mettre à la place de l’autre, de jongler entre la défense de ses droits et le pardon réel, car c’est malheureusement souvent notre orgueil qui en est le chef d’orchestre. Mais a contrario, il « suffit » de baisser un tant soit peu cet orgueil, qu’on croit parfois à tort ne pas avoir, (ce qui est souvent significatif d’en avoir un gros, justement !) pour avoir une vision, des idées, une écoute, … et un comportement justes, qui ne peuvent que générer du positif pour soi et pour l’autre. Facile à dire…..
JS - On dirait Earl et sa liste “karma”.
Parfois on a envie de pardonner car on a soi-même commis la même erreur et on a soi-même envie d’être pardonné. Donc on s’efforce de pardonner, on pense qu’on a pardonné mais chaque fois qu’on revoit l’auteur de l’acte la douleur revient. Le pardon est prononcé, mais le tort subi fait toujours aussi mal. Ce n’est pas facile, lorsque l’acte subi nous touche au plus profond de nous même.
Mais lorsque l’intention est bonne, avec le temps (et il faut BEAUCOUP de temps!) on apprend à dissocier l’acte de l’auteur de l’acte, la douleur ne disparaît jamais, mais on apprend à “l’anesthésier” en relativisant, du coup les enjeux ne sont plus les mêmes, on prend les choses avec philosophie…
Cela demande un travail (permanent) sur soi et il n’y a pas de répit, dès qu’on baisse sa garde on est envahi par des sentiments négatifs, on est prêt à céder au “côté obscur”.
Je pense vraiment que la clé est la dissociation - c’est une affaire entre soi et soi, le pardon doit se faire en soi, pour soi, sans attendre quoi que ce soit en retour.
Ce n’est pas facile, mais c’est possible!
Très sympa l’anecdote en écoute audio!
@ Sarana : il me semble que dans cet exemple que vous donnez, il ne s’agit pas tant de pardonner à l’autre que d’être compréhensif et indulgent envers lui. Je ne placerai pas sa réaction (cette personne a l’air blessée, et semble réagir de façon disproportionnée) au rang d’un acte qu’il faudrait ensuite pardonner. Pour pardonner, ce que j’ai compris, c’est qu’il faut avoir le sentiment d’une injustice (réelle ou fantasmée), or là, on est face à quelqu’un dont on sait qu’il est débordé par ses émotions, ce qui le rend fragile plutôt que blessant. Non ? A moins que vous ne précisiez votre exemple…
@ andré : le cas peut se présenter lorsqu’une personne X se trompant donc complètement sur la bonne intention de départ d’une personne Z, attribue à Z d’autres intentions négatives. Ancré dans sa fausse croyance, X, pour sa “défense”, s’exprime alors par des mots blessants, inadequats, et, pris dans sa pulsion, puis soutenu par quelques traits de caractères négatifs qui n’attendaient qu’une occasion pour “sortir de leur tanière”, finit par adopter un comportement totalement injuste à l’ égard de Z. La sérénité revenue, Z a matière à pardonner d’avoir été injustement soumis et de façon disproportionnée aux pulsions négatives de X qui finit par reconnaître son erreur (ou pas). Mais comme je le disais plus tôt, il n’y a peut-être pas de fumée sans feu, et si X réagit de cette sorte, peut-être que l’intention de départ n’était-elle pas si bonne, ou peut-être Z n’a t-il pas pris tous les paramètres en considération (contexte, dosage, etc…) vis à vis de X pour que son acte soit reconnu par X comme positif. Je ne sais pas trop si je suis plus clair, je l’espère.
@ Hermione
sympa la référence à Earl (My name is Earl). Quand on regarde cette série, on peut en tirer pas mal de réflexion sur les conséquences de nos actes et le pardon, en plus c’est totalement décalé…humour au troisième degré….
En ce qui concerne l’article : j’ai beaucoup aimé le style, simple et direct. Cela m’a amené à réfléchir à nouveau sur ce thème qui nous touche tous. En ce mettant dans la peau de celui à qui on ne pardonne pas et en pensant aux personnes qui ne me pardonne pas… je ressens mieux l’importance du pardon de tout coeur. En effet, j’apprécie la grandeur du pardon, la grandeur de celui qui me pardonne… alors par voie de conséquence comme l’autre est comme moi, il appréciera mon pardon venant du coeur…si possible.
Ce qui m’aide, c’est me mettre à la place de l’autre! J’aime quand on me comprend et que l’on ne m’en veux pas d’avoir fait une faute, même si elle a fait du mal à autrui. j’aime la clémence à mon égard. Quand je ressens cela , émotionnellement parlant, et que j’y ajoute : que c’est beau d’être humain et quelqu’un de bien. ça m’aide à tourner la page en pardonnant.
@sarana :
La référence faite à l’orgueil me rappelle une expérience personnelle lors de laquelle j’ai moi-même offensé autrui. En tant qu’”offenseur”, je me souviens avoir ensuite regretté mes paroles bien sûr, mais surtout, une fois l’orage passé, avoir souhaité du fond du coeur un signe, une ouverture, un message même non verbal de la part de “mon offensé”, et cela s’est produit !
Une simple marque de sympathie de sa part (simple mais si difficile à produire dans cette situation), une parole gentille. Ce fut comme un cadeau, car paralysée moi-même par l’orgueil qui m’empêchait de demander pardon, il m’offrait la possibilité de rebondir, de dire “oui, en effet je suis désolée, j’ai eu tort et je te demande pardon”. Ainsi, je crois que si l’orgueil joue bel et bien un rôle dans le refus de pardonner chez l’offensé, il tient aussi une place importante dans la difficulté à demander pardon chez l’offenseur. Il voudrait bien, mais ne peut point. Aussi, pardonner, et aller vers l’offenseur avec sérénité et bienveillance afin d’engager le dialogue, afin de l’aider à exprimer sa demande, est un comportement doublement positif. Ce serait comme un bon acte “deux en un”: pardonner d’une part et illustrer ce pardon de manière suffisamment explicite d’autre part pour que dans cet échange subtil entre les parties, à travers ce “cadeau” fait par l’offensé à l’offenseur, la paix s’installe à nouveau.
Je trouve que la méthode pratique qui consiste à prendre du recul par rapport à l’offense est très appropriée. Il m’est arrivé de l’utiliser plusieurs fois…Mais j’ai remarqué un mécanisme pernicieux : c’est que l’on a parfois des occasions minimes de retomber dans une sorte de” vengeance”. Par exemple une occasion de médire de la personne qui nous avait offensé, et ceci bien après que l’on ait “théoriquement” pardonné. J’ai l’impression que le pardon doit être réitérer, et que c’est justement lorsque l’on croit que l’on est tranquille et que l’on a pardonné qu’une occasion de nous montrer le contraire peut survenir…
cette anecdote soulève une question :
est ce que dans ce jugement Ostad Elahi a-t-il été vraiment juste ? bien sur il ne faut pas se venger .
Mais toute injustice doit être réparée.. ne fallait-il pas le condamner pour cette giffle publique comme n’importe qui…
l’homme était conscient de son acte , ne faut il pas subir les conséquences de ses actes ?
Pour autant il n’aurait qu’appliquer la justice et aucunement une forme de vengeance..
pouvez vous éclairez mon stetho? lol
Dr House : la condamnation aurait été disproportionnée par rapport à l’offense, non seulement de la prison, mais aussi l’avenir du jeune homme en jeu pour un geste d’emportement dont on ne connaît d’ailleurs pas le contexte (était-ce de l’agressivité gratuite ? de l’indignation justifiée ?) Dès lors où le commerçant accepte de retirer sa plainte, il n’y a plus délit et les notions de justice ou d’injustice ne sont plus pertinentes …
@ Dr house
je sais pas si c’est une réponse mais je me disais que le point c’est l’intention et l’effet des actes sur nous. Dans cet exemple (si j’ai bien compris) Ostad Elahi était “touché” par le vol de l’argent et l’histoire de la gifle est venue en plus. Cette “occasion” aurait pu lui permettre de se “venger” en invoquant une autre histoire que la sienne. Je sais pas mais moi j’ai compris comme ça… à voir donc…
Joli travail que ce texte. J’ajouterais un point, basé sur ma propre expérience, et qui peut éventuellement servir d’éclairage et de motivation à d’autres, et peut s’appliquer, d’ailleurs, au delà du couple pardon/rancoeur, à la jalousie, et à toute une ribambelle de sentiments.
Au delà des aspects psychologiques et philosophiques évoqués par l’auteur, il ne faut pas oublier un aspect bien concret, que des siècles de dichotomisation corps/esprit (merci René) nous on fait négliger: les répercussions corporelles de nos états psychiques.
Toute émotion, qu’elle soit positive ou négative, a un impact spécifique et concret sur l’organisme. Adrénaline, sérotonine, dopamine, etc, au niveau du cerveau, et toute une chaîne biochimique au niveau du corps entier, qui peuvent se traduire, par exemple dans des cas aigus, par des accélération du rythme cardiaque, des difficulté à respirer, etc, etc. Ou de manière plus subtiles, par des “états” ou ressentis (émotionnels). Quiconque a eu peur dans sa vie saura de quoi je parle. Tout le monde, donc.
Je ne suis pas médecin, donc je laisse aux spécialistes le soin de développer s’ils le souhaitent les divers aspects de la somatisation. Ce qui apparaît de plus en plus clairement (via notamment, les neurosciences des émotions), c’est que le corps et l’esprit font un. Et que par conséquent, aucune de nos pensée, consciente ou inconsciente, n’est sans répercussion sur notre organisme (et inversement, d’ailleurs). Dans une certaine mesure, le corps est le reflet, le miroir de notre pensée, si, bien entendu, on y prête attention. Vous aurez beau avoir un miroir chez vous, si vous ne vous regardez jamais dedans… il y a peu de chances que vous vous y voyez. Pour ma part, j’utilisais quotidiennement le miroir des apparences, mais rarement celui de l’âme.
Jusqu’au jour où quelques épisodes de troubles physiques, cardiaques et respiratoires notamment, venus de nulle part, m’ont forcé à réfléchir (c’est le cas de le dire). Après quelques tentatives médicinales, j’ai finalement réussi à faire disparaître, essentiellement, par un travail intérieur, sur ma propre pensée (je n’entre pas dans les détails), l’essentiel des symptomes. Sans tomber dans le New Age, évidemment. Toute maladie n’est pas le fruit du psychisme.
Une des leçons très concrètes que j’en ai retenu, c’est, d’une part, que la pensée est quelque chose de matériel et d’agissant, et d’autre part, qu’il faut interroger ses états, ses “ressentis” physiques de temps à autres, plusieurs fois par jour, de préférence. Ils sont souvent un très bon indicateur de ce qui se passe là haut, dans notre tête (and beyond?)
Pour en revenir au sujet: pardonner sincèrement, c’est aussi libérer son esprit et son corps d’une sorte de maladie en puissance ou active, très concrète et très matérielle. Je ne sais pas si des études ont été menées sur ce sujet (l’impact du ressentiment sur l’organisme, par exemple). Nul doute qu’elles le seront. Hope this helps.
@Dr House
Je pense qu’il se peut très bien que pour une autre personne, dans une situation similaire, le geste éthique opportun serait d’appliquer fermement la justice.
Comme le dit l’auteur, l’essence du pardon est d’être un acte libre, donc un acte non prédictible, non déterminé, au sens le plus fort, presqu’à l’image de l’indéterminisme quantique.
Je ne crois pas qu’on puisse prendre l’anecdote en question comme une recette à plaquer automatiquement sur d’autres situations.
C’est tout le paradoxe du partage d’expérience dans le domaine de l’éthique : à la fois nécessaire pour nous toucher et “bouger” par une remise en cause de soi, à la fois dangereux si on le prend comme une recette automatique à appliquer. Ce paradoxe tient à ce que l’acte éthique, pardon ou autre, est par essence un acte libre, un moment où l’on se libère des déterminants extérieurs et intérieurs (comme la pulsion de vengeance) pour faire le Bien.
@Juliette
Oui - c’est assez incroyable qu’une série fondée sur le bien (racheter ses mauvaises actions, faire le bien autour de soi, karma, etc.) et plus particulièrement le pardon soit devenue aussi populaire dans la myriade de séries amorales (Nip/tuck, Desperate Housewives, etc.) qui ont la cote en ce moment. Comme quoi on peut faire passer l’éthique par l’humour et l’autodérision!
Un peu dans la continuité du commentaire de JS et pour faire suite à l’article concernant l’élargissement du champ perceptionnel. Il y a une dimension dans le pardon qui me paraît importante pour qu’il soit complet, c’est l’acceptation. Cette acceptation, suppose que l’on se place dans la perspective d’un perfectionnement éthique. Il s’agit, une fois que l’on a décidé en connaissance de cause de pardonner à la personne qui nous a offensé, pour toutes les bonnes raisons que l’article nous décrit, de considérer le préjudice comme une occasion de mieux se connaître et de grandir soi-même. Si l’on voit le préjudice qui nous a été fait comme un signe ou un enseignement susceptibles de nous faire avancer dans notre quête, alors nous allons l’accepter comme tel et le pardon à la personne qui nous a offensé en sera facilité. Par conséquent, le pardon devra s’accompagner d’un travail de recherche sur le pourquoi. Pourquoi m’a-t-on fait ceci ou cela ? Il y a peut-être une raison dans mon comportement ou dans mes actes qui a créé les conditions favorables pour que tel ou tel outrage me soit fait. S’il arrive que l’on comprenne pourquoi, alors il me semble que le pardon peut s’accomplir d’une façon encore plus complète, on est alors doublement gagnant : le gain du pardon lui-même et le gain d’un nouvel éclairage sur soi-même.
Piste de travail très intéressante que celle d’utiliser nos ressentis physiques comme révélateurs de nos états émotionnels, qui ne sont pas toujours conscients.
Cogitons, ce serait intéressant de savoir comment tu as procédé pour contrôler tes symptômes physiques à partir de la pensée, as-tu utilisé une méthode particulière, est-ce que ça prend du temps, etc. ?
Personnellement, je me rends bien compte que mon rythme respiratoire et/ou cardiaque révèle chez moi des états émotionnels « troubles ». J’arrive parfois à cerner ces états, d’autres fois non. Comment faire ? Et lorsque j’arrive à les cerner, je n’arrive pas toujours (voire pratiquement jamais) à les contrôler ou les évacuer pour faire disparaître les symptômes (sauf de façon incomplète et provisoire en contrôlant ma respiration). Là aussi, comment faire ?
Il y a une locution en persan qui dit : « C’est Dieu qui pardonne ! » en réponse à une demande de pardon. Cela signifie : Qui suis-je pour pardonner ? Pardonner, cela veut dire être offensé; être offensé, cela veut dire se prendre pour quelqu’un d’important … Bien sûr, ce n’est souvent qu’une formule courtoise, il y a pourtant derrière cette expression une idée intéressante à creuser.
Il est bien de travailler sur le pardon, il est encore mieux, me semble-t-il, de travailler en amont, travailler à ne pas se sentir offensé.
Ne pas s’offenser, c’est-à-dire qu’au fil du temps et à la mesure de ses efforts, plus ou moins vite, plus ou moins bien, réduire, faire taire et finalement maîtriser ces réactions affectives (de l’égratignure psychique à la pulsion vindicative) que suscite toute animosité (réelle ou ressentie comme telle) venant de l’autre. Pour cela, une réflexion systématique sur tout ce qui nous arrive de désagréments de la part des autres est indispensable. Réfléchir donc aux raisons qui ont permis à l’incident, quel qu’il soit, d’avoir eu lieu, sachant que si le rôle de « l’offenseur » n’y est pas négligeable, le nôtre, moins apparent, est souvent beaucoup plus décisif qu’on ne le pense.
@Han,
Je n’ai pas de réponse générale à la question “comment contrôler ses émotions”.
Mes troubles étaient principalement liés à des problèmes d’anxiété (je m’en suis rendu compte en lisant le témoignage d’autres personnes et des articles médicaux, sur Internet notamment). Que le psychisme, conscient et inconscient ait un impact aussi puissant sur le corps a été une révélation pour moi.
Je pense qu’il y a deux aspects au problème. D’une part, l’aspect “intellectuel”, le travail sur la pensée. Dans le cas de l’anxiété: pourquoi suis-je anxieux. Ou pour en revenir au sujet de ce post, pourquoi ai-je tant de rancune. Est-il vraiment intelligent de me détruire la santé parce que j’en veux à un tel, ou un tel? Ma solution personnelle a été de “laisser tomber”, de prendre du recul, et à la fois de faire face avec un peu plus d’humour et de courage. On pourrait dire, de devenir un peu plus “philosophe”. Mais je reste humble par rapport à ce petit succès: l’inconscient est très puissant et difficilement contrôlable (et pour cause). Les malheureux GIs revenant d’Irak, qui souffrent en masse de PTSD (Post traumatic stress disorder) en savent quelque chose.
Puis il y a l’aspect “hygiène de vie”. Il est difficile d’avoir un esprit sain dans un corps qui ne l’est pas. Très concrètement, j’ai repris le sport, limité la caféine, etc. Le couple corps/esprit peut être facilement entraîné dans un cycle vertueux ou vicieux. Mais une chose est certaine, l’un n’est pas séparé de l’autre.
A ce propos (puisque j’aime la science), une étude datant de 2003 du “American Journal of Cardiology” montre que les “émotions négatives” accroissent le risque de maladies coronaires. Plus nous avons d’émotions négatives, plus le risque augmente: “participants who had the highest level of negative emotions experienced the greatest incidence of CHD (coronary heart disease).”
http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=15214862
Enfin, puisque ce blog semble être dédié à des questions spirituelles, il me semble que le “aide toi et le ciel t’aidera” est bien plus efficace que “Mon Dieu, sors moi de là”. La religion est parfois infantilisante et son succès souvent lié au fait qu’elle permet à l’homme d’éviter de faire face à certaines réalités désagréables.
Mais bon, à chacun son truc.
@ Cogitons : je suis déçue, je m’attendais à une recette miracle ou à la référence d’un livre transcendant :).
Plus sérieusement, merci pour ta réponse qui m’a fait prendre conscience d’une chose: quelque part, j’avais déjà confusément connaissance des éléments que tu cites, et notamment des deux angles d’attaques, la pensée et l’hygiène de vie, et je retiens praticulièrement ““laisser tomber”, de prendre du recul, et à la fois de faire face avec un peu plus d’humour et de courage”.
Là où le bât blesse chez moi, c’est la volonté et la persévérance pour tenir les “bonnes résolutions” sur le long terme, notamment en ce qui concerne l’hygiène de vie. D’où ma recherche de recette miracle, sans effort.
Je me cherche des prétextes, alors que, comme tu le démontres, il s’agit avant tout de bon sens (une fois qu’on a les connaissances de base bien sûr) et de volonté.
Le pardon ne dépend que de nous. Il est le résultat d’un cheminement qui nous a poussé à faire des efforts intérieurs pour comprendre l’autre et agir pour son bien.
Un des corollaires du pardon est le renoncement à une partie de nos droits, renoncement qui de surcroît, ne doit léser personne. Donner son pardon n’est donc pas un acte mineur car il requiert une grande exigence morale ce qui en fait un acte d’une très haute portée.
A l’inverse, le fait de « pardonner facilement » sans faire un réel effort sur soi, peut-être le signe d’une faiblesse qui cacherait une incapacité à défendre ses droits. Incapacité qui serait motivée par exemple, par une tendance à fuir le conflit, à refuser le désagrément d’un désaccord et par la peur de déplaire ou de décevoir.
En résumé donner son pardon requiert d’être sincère avec soi-même, d’être dans le respect de sa dignité. Ce n’est pas un acte par défaut.
« Chacun ressent l’extraordinaire ambiguïté que créerait une situation dans laquelle l’offensé ne pouvant faire valoir ses droits, ce dernier prétendrait néanmoins pardonner celui qui lui cause un tort. Comment définir une telle situation ? »
Le pardon est donc la dernière étape d’un processus d’assainissement pour l’offensé. L’anecdote raconte que le pardon accordé au jeune homme, lui fait éprouver de la honte, il tente alors de présenter des excuses. Cette grâce lui ouvre t-elle les yeux sur lui même et lui permet de comprendre ses erreurs ?
Pour qu’il y ait pardon, ne faut-il pas que l’autre le veuille, le demande ?
Je pense au témoignage d’une jeune femme, trahi par un proche, et qui, dans sa détresse, attend qu’il lui réclame son pardon. Chose impossible puisque l’offenseur n’a pas conscience qu’il lui a fait beaucoup de mal. De plus, son incapacité à se défendre, en tant qu’offensée, la maintient en position de victime et l’enferme dans sa souffrance. Elle voudrait pardonner, mais ne le peut pas.
Merci pour cette magnifique analyse d’un sujet si nuancé et ici si bien défini.
Immédiatement, à sa lecture, j’ai vu surgir en moi deux observations que j’ai retrouvées dans le commentaire de JS (2):
- On se méprend quelquefois sur l’existence même de notre droit à pardonner. C’est l’objet de du point 2, première question: il n’y a en réalité pas matière à pardonner.
Il m’est arrivé personnellement de croire que j’avais un grand pardon à donner, à mes parents qui un moment, de façon” injuste”, m’avaient rejetée. J’étais convaincue de la chose, renforcée dans ce sentiment par tout mon entourage, regroupant même la majeure partie des amis de mes parents. Et je trouvais très noble de ma part de leur pardonner, et je ne manquais pas de faire valoir ma noblesse d’âme auprès des personnes qui me félicitaient d’une telle attitude…Jusqu’au jour où une personne m’a dit que je n’avais rien à pardonner, qu’il n’y avait pas matière à cela.
Cette parole, qui a trouvé une profonde résonance en moi, a approfondi ma conception du pardon, en me faisant comprendre que la notion était bien plus précise que ce vaste pardon appris au catéchisme. Sommes-nous dans une situation où le droit de pardonner se présente? Voilà une question préalable à vérifier.
Bravo et merci à l’auteur de l’article d’avoir si bien mis cet élément en évidence.
- La chose qui m’aide énormément, lorsque je ressens un désir de vengeance, à le combattre, est de me dire que certainement j’ai des choses à me faire pardonner, que même inconsciemment, j’ai fait mal et causé du tort à certaines personnes. Et que j’aimerais tant qu’elles me pardonnent. Or le seul outil immédiat à ma disposition pour cela, qui ne dépend que de moi-même, est de pardonner moi-même à ceux qui me font du tort. Si je ne commence pas moi-même à agir ainsi, comment espérer un pardon des autres?
@ danielle 23
“Pour qu’il y ait pardon, ne faut-il pas que l’autre le veuille, le demande ?”
J’ai déjà pardonné sans que l’autre soit présent ou au courant (ex. un absent, un mort, un inconscient), parfois il ne s’agit que d’une démarche intérieure, seul face à soi-même ou face à Dieu pour ceux qui croient.
@Sarana
J’ai bien aimé votre commentaire et toutes les explications sur les enchaînements autour d’une dispute… J’ai observé que l’intention ne donne pas de bons résultats, seule :
il faut y ajouter une bonne connaissance de soi et de l’autre, et notamment de sa psychologie, et aussi situer le contexte…
@Hermione
Oui, on a envie de pardonner car on a soi-même envie d’être pardonné. Ce fonctionnement de pensée est aussi le mien.
On pourrait par ex. le poursuivre : si je crois en Dieu et au jugement de mes actes (incluons dans les actes les intentions, les pensées, disons tout ce qui émane de moi).
J’ai alors repéré que mes actes ont des conséquences et qu’il y a des liens entre ce que je fais et ce que je vis (les événements, les pensées par ex.)
Conclusion logique : comme je fais beaucoup d’actes qui sont inadéquats, j’espère que
1/Dieu me les pardonnera
2/ Les personnes que je blesse aussi.
cf. JS et Marie : Comment espérer que Dieu et les personnes que je blesse me les pardonne, si je n’ai pas moi-même pardonné ?
@ Lise & Idar
Avant de parvenir à l ‘acte libre, quelques questions peuvent survenir…
Dans le cas où on se demande quel serait l’acte éthique, ne vaudrait-il pas mieux “trop” pardonner que pas assez ?
oui, il faut du temps pour “pardonner”, du moins pour comprendre ce qui s’est passé et en faire quelque chose de “non toxique”.
Dans mon expéreience, j’ai rencontré des difficultés avec des personnes, celles ci se sont plaintes à un ami commun qui m’a “condamnée” sans me parler..
Ressentant l’hostilité de cet ami, en qui j’avais toute confiance, je lui ais demandé la cause de son attitude.. et c’est là qu’il m’a expliqué avoir pris parti contre moi dans cette histoire, et qu’il m’en voulait beaucoup..
j’ai eu du mal à accepter cette déclaration et j’ai mis longtemps pour “prendre de la distance “. Aujourd’hui, je n’ai plus vraiment confiance en cet personne. et je ne la fréquente plus.
Je ne suis pas sure d’avoir réellement pardonné, j’ai essayé de ne pas rendre la situation plus empoisonnée, mais il reste une “cicatrice.
Mia
Merci pour ce rappel. Le pardon est complexe. Si je m’attache aux difficultés du pardon, c’est, comme il est dit, en rapport direct avec la défense du droit de chacun. Comme le dit Lise, « donner son pardon requiert d’être sincère avec soi-même, d’être dans le respect de sa dignité. Ce n’est pas un acte par défaut. ».
« Qu’est-ce qui nous rend le pardon si difficile ? »
Mon expérience du pardon est passée par la compréhension de mes droits et de ceux des autres. Je venais de subir un grave préjudice qui aurait des conséquences à long terme. Ma volonté de pardonner se heurtait à un déni, je me trouvai donc en position de victime.
Alors, difficilement et maladroitement j’ai appris à défendre mon droit et à mieux respecter celui des autres. Avec le recul, il fallut cet effort vers la dignité pour pouvoir commencer à pardonner.
Je dis commencer, car l’impact d’un préjudice est variable en fonction de la situation et de la qualité morale de la personne qu’il atteint. La volonté même de pardonner, l’intention donc, engage un processus difficile.
« Qu’y a-t-il à pardonner ? »
N’y-a-t-il pas à pardonner lorsque la dignité est atteinte?
D’où la nécessité de retrouver ce sentiment de fierté intérieure pour être en mesure de pardonner. Cette capacité, ce pouvoir qui vient de l’âme, le pardon complet et définitif réclame une force et une générosité de cœur qui n’est pas systématique, et selon les cas le pardon peut être aisé ou laborieux. Il est aussi le seul moyen de nous délivrer de ces nœuds psychiques que produisent si bien la rancoeur et le ressentiment, il est toujours une victoire sur soi même.
Cette notion me travaille depuis longtemps, depuis l’enfance même, car mes parents se plaignaient souvent d’être victimes d’actes malveillants des autres à leur égard. Les différents témoignages sont très intéressants et l’article offre aussi un éclairage un peu différent de ce que je croyais être le pardon, car j’ai grandi dans un univers chrétien où le sentiment de culpabilité est assez fort. Je crois que la difficulté de pardonner vient d’un sentiment d’orgueil un peu poussé, où se sentant offensé on ne parvient pas à relativiser la situation que l’on vit comme une offense faite à notre personne et que l’on oublie l’autre. L’exemple donné par Ostad Elahi montre à quel point il pense d’abord à ce jeune homme avant de penser à lui. Mais en réalité, on pense tout de suite à soi, et on se vexe. Pour arriver à ne pas rester vexée, j’essaie de ne pas reproduire ce que les autres me font “subir” et que je n’apprécie pas, c’est difficile cela veut dire ne pas se venger, ne pas médire, ne pas se plaindre, ne pas rapporter,etc.
@ DAC:
Je comprends ainsi votre formule persane: en fait, cela voudrait dire que si l’on se sent offensé, c’est de l’orgueil?
Mais, pourtant, on ne doit pas se laisser marcher sur les pieds non plus! Comment savoir où se situe l’offense ou quand on doit “laisser courir” ou… pardonner?
En relisant (encore une fois!) le texte et les commentaires (très intéressants: on voit que c’est un sujet… vécu!), je me dis que, pour pardonner, il faut avoir une bonne dose d’empathie: “savoir se mettre à la place de l’autre “…
@ Cogitons:
J’apprécie toujours vos commentaires: ils sont clairs et pertinents (même si je ne suis pas toujours d’acccord ;-). Pour répondre à votre dernier “post”, concernant l’impact du psychisme sur le physique, je me souviens d’une formule chinoise (en substance): “nous avons tous en nous ce qu’il faut pour nous guérir - ou à l’inverse pour nous rendre malade”!
La “pensée positive” est d’un grand recours pour amorcer les guérisons…
Réponse à MH :
« Ne pas se sentir offensé » n’est pas synonyme de ne pas se défendre. J’irais même jusqu’à dire que c’est la plus noble des défenses que nous ayons à notre portée. Défense intérieure, bien sûr : imaginez les propos blessants, les actes agressifs, les démarches offensantes se heurtant à un mur … de compréhension ! « Travailler à ne pas se sentir offensé », c’est passer au crible du discernement tout ce qui pourrait paraître comme offensant – avant même de réagir – replacer les incidents dans leur contexte, avec tout ce qui s’en suit d’élucidation, de mise au point qui vont éclairer et peut-être même justifier la démarche de l’offenseur entre guillemets, car sans offensé il ne peut y avoir ni offense, ni offenseur … mais il peut y avoir quelqu’un qui essaie de nous porter un réel préjudice, auquel cas il est recommandé de se défendre, bien sûr. Il s’agit alors de défense extérieure, avec les moyens éthiques et légaux qui sont à notre portée, sans vindicte ni agressivité. En fait l’expression persane est ambigüe ; elle pourrait vouloir dire : que Dieu pardonne mais moi je ne pardonne pas ! Ou encore : je laisse à Dieu le soin de me venger ! Mais communément, elle est plutôt un signe d’humilité. Pour répondre à votre première question, je pense que se sentir offensé provient plutôt de l’amour-propre et d’une trop grande immersion dans ce que l’on ressent. Quant à la seconde question, elle n’a plus lieu d’être puisque sans offense, le pardon n’est plus nécessaire.
Merci à DAC pour sa réponse…
Cela me fait penser à la famille: nous sommes une nombreuse fraterie, mais les deux filles que nous sommes ma soeur et moi (ainsi que ma mère), vis-à-vis des frères et de leurs épouses, sont toujours les mêmes, toutes trois, qui pardonnons les paroles désagréables ou désobligeantes des autres “pour la bonne cause” (nous “mettons notre mouchoir par-dessus”, comme on dit!); nous nous faisons un devoir de ne pas nous sentir offensées “pour une cause supérieure”: celle de la FAMILLE!
Nous faisons la même chose avec mes amis: une parole blessante est “désamorcée” par la profonde amitié que nous nous portons.
Cela fait travailler sur son orgueil, sur son amour-propre ou sa susceptibilité; bref: un grand travail sur SOI!
Comme dit RADEGONDE: faire qq chose de “non toxique”. Et lorsqu’on réussit à “laisser courir” ou à pardonner, il y a vraiment comme une “coulée fraîche” en soi… (on respire mieux! la rancoeur doit empêcher de respirer, non?)
Il faudrait pouvoir faire la même chose dans le domaine du travail, par exemple, vis-à-vis de ses collègues… Mais ce milieu est une jungle, hélas… (si tu te laisses” bouffer”, tu es “foutu”!) Ou alors, comme le dit DAC, il s’agit d’une attitude intérieure à avoir: on se défend extérieurement, sans en “vouloir aux collègues intérieurement”? Dur… Dur…
[...] Du côté de chez Ostad Elahi Le pardon n’acquiert sa vraie signification que lorsque le rapport de force « offensé-offenseur » a changé. C’est-à-dire lorsque la possibilité s’ouvre pour la victime de se venger et que, par une sorte de miracle, dont il nous reste à apprécier le sens, elle renonce à le faire.[4] [...]