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Des mots pour prier
J’ai toujours eu une certaine difficulté avec la prière. Je ne doute cependant pas qu’elle corresponde à une expérience fondamentale, à une réalité essentielle. Ma fréquentation des écrits d’un grand nombre d’« explorateurs » du monde spirituel (toutes origines et toutes religions confondues) m’ont depuis longtemps convaincue de l’importance de cet acte assez déroutant. Mes lectures provoquaient chaque fois la même émotion. Je pressentais que la prière, c’était respirer les parfums de la « patrie » (comme aurait pu le dire Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus) ou entrer en communication avec le Monde du Vrai (en utilisant un autre vocabulaire). Cependant, ma pratique de la prière était loin d’être à la hauteur des émotions que ces beaux textes m’inspiraient.
Je connaissais des prières, j’en avais adoptées une ou deux que je tentais de réciter le plus régulièrement et avec le plus d’attention possible. Je connaissais aussi des moments, fugaces, d’élan spontané vers Celui qu’on appelle Dieu ou vers tel ou telle de ceux et celles qui ont su parler de Lui. Mais je savais que tout cela n’était que balbutiements, tentatives qui n’atteignaient pas leur but. J’étais toujours en deçà de ce à quoi j’aspirais.
La prière-élan était trop aléatoire, trop éphémère, je ne pouvais pas y prendre appui. Quant aux prières que j’avais mises à mon répertoire, elles me laissaient de plus en plus souvent dans un état où se mêlaient la frustration et l’impatience. Je ne remettais pas en question leur valeur mais je restais à l’extérieur. Je perdais le fil, je n’entendais pas les mots que je disais et je tombais vite dans une récitation mécanique.
Un jour, sur la base d’une des prières que je connaissais, j’ai commencé à rajouter des mots à moi, pour approfondir, pour préciser. L’effet a été immédiat : j’étais concernée, j’écoutais… Pendant un temps, je me suis chaque jour exercée à trouver les mots justes, les mots qui me correspondaient. Il arrivait que je bute plusieurs jours sur un terme qui n’allait pas, soit parce qu’il venait de l’extérieur, qu’il n’était pas assez « sincère », soit parce qu’il n’était pas assez net, qu’il manquait sa cible. J’ai ainsi, peu à peu, fabriqué ce qui pourrait être à la fois un « credo », une « remémoration », une « check-liste »…
Je m’étais, par exemple, appliquée à formuler le plus précisément possible ce que je considérais comme des piliers, des fondements qui devaient être sans cesse rappelés :
- la nécessité de se tourner, inlassablement, vers l’Essentiel
- la nécessité de travailler à prendre conscience de moi-même
- la nécessité d’être, profondément, sincèrement et lucidement, attentive aux autres,
- la nécessité de ne rien négliger du monde dans lequel on vit.
J’avais posé aussi ce qui était pour moi des repères essentiels, des points d’ancrage, comme le fait de dire : « Dieu m’aime d’un amour inconditionnel, sans limite et qui ne manque jamais ». Ces mots, qui pourraient sembler à certains tout droit issus d’un livre de catéchisme, prenaient dans « ma » prière une réalité et une profondeur nouvelles. Chaque fois que je les disais, j’avais l’impression de me libérer un peu plus, même si c’était de façon infinitésimale, de tout le poids accumulé de croyances culpabilisantes qui m’avaient rogné les ailes. Dire que l’amour de Dieu est inconditionnel, c’était pour moi sentir que je pouvais, que je devais balayer toute crainte et avancer avec la certitude qu’Il était là et qu’Il serait toujours là. Bienveillant.
Pour renforcer les mots que j’utilisais, j’avais choisi quelques images, comme celle - tirée d’un Psaume de la Bible (je crois) - où il est dit que nous devons être vis-à-vis de Dieu, confiant comme le petit enfant qui joue près de sa mère. À la seule évocation de cette confiance, il me semblait déjà la vivre un peu.
Cette prière a eu trois effets. Son premier effet a été réduire de beaucoup les difficultés que j’avais à prier. J’avais concrètement expérimenté que la sincérité et l’attention, indissolublement liées, permettaient d’accéder au sens vivant des mots. Je n’en n’étais qu’à mes premiers pas sur ce chemin mais je sentais profondément qu’il fallait poursuivre dans cette direction.
Si ce premier effet a été immédiat, je ne me suis rendu compte du deuxième qu’à la longue. J’ai commencé peu à peu à sentir que quelque chose avait changé. J’aurais du mal à en parler, tellement c’était subtil, insaisissable. Comme s’il s’agissait d’un « travail » inconscient dont je pouvais seulement percevoir les effets : le monde spirituel s’était pour ainsi dire rapproché.
Quant au troisième effet, il a été assez inattendu. J’ai retrouvé les prières que j’avais délaissées. Elles ne m’ont plus paru figées, extérieures, lointaines. Leurs mots avaient repris du goût, de la réalité. J’éprouvais l’envie de me mettre à leur écoute, à leur école.
En parlant de cette prière « sur mesure », je ne veux valoriser en aucune façon, un besoin quelconque d’originalité ou d’affirmation individualiste, mais je pense profondément que ce n’est qu’à partir de ce que l’on est qu’il est possible de s’ouvrir à Plus que soi, que ce « je », aussi infime qu’il puisse être, est l’unique point de départ possible. Si l’on ne part pas de là, on s’élance à contre-pied, on imite, on répète.
Je suis, bien sûr, convaincue qu’il y d’autres façons d’approcher la prière mais quelles que soient ces façons, elles mettent forcément en jeu la sincérité et l’attention.
Peut-être que ce petit texte donnera, à certains, l’envie de partager leur expérience. J’éprouverais, pour ma part, un grand intérêt à les lire.
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Merci pour cette expérience partagée, Louise!
Je pense que vous vous êtes tout simplement “approprié la prière”!
Je n’ai pas exactement la même expérience que vous, mais je suis arrivée au même résultat, sans vraiment savoir comment…
En réfléchissant, je pense que c’est parce que je me suis intéressée aux mots que je prononçais étant gamine, machinalement… l’âge et la raison venant
Je me souviens que j’avais demandé à ma maman la signification, dans la prière “Je vous salue Marie” de “Jésus, le fruit de vos entrailles…”: Maman, très prude, avait bredouillé qqchose que je n’avais pas du tout compris! À présent, cela me fait rire: l’époque n’était pas à l’étalage des moeurs, loin de là! Mais cela m’avait intriguée, et j’étais bien résolue à comprendre moi-même!
C’est peut-être à ce moment-là que j’ai décidé de comprendre les mots que je prononçais, progressivement…
J’y ai mis du temps!
A MH
Oui, votre expérience - d’une autre façon - se rapproche de la mienne.
Tout simplement, sans doute, parce que la porte d’accès à la prière est l’attention à chacun des mots qu’on prononce et la compréhension de leur sens. C’est comme ça qu’on peut, comme vous le dites, s’ “approprier la prière”.
Tout ça a l’air si simple…Et ça marche…..
Pourtant, pour ma part, combien de temps avant de trouver ce qui semble, après coup, absolument évident.
Merci pour ces témoignages.
Cela m’a évidement touché d’autant plus que je me suis reconnue dans vos expériences.
Petite, ma mère me demandait quand elle venait me donner le dernier baiser du soir tant attendu si j’avais fait ma prière.
L’idée de la décevoir aurait été une atroce douleur et de ce fait, rare sont les fois où j’oubliais de la faire. Ce n’est plus trop le cas !
Ma mère avait concocté une petite prière toute simple adaptée à mon jeune âge. Mais en très peu de temps, les questions commencèrent à fuser dans ma tête et la principale fut : « qu’est-ce que je dois lui dire à Dieu ? » ce à quoi ma mère a répondu : « tu lui dis tout ce que tu veux après ta prière, tu lui parles comme à ton meilleur ami » et là j’ai ressenti une drôle de sensation. Je me suis sentie libre, déchargée d’un poids, je découvrais enfin mon interlocuteur.
Ce soir là je crois que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, j’ai parlé toute la nuit avec mon meilleur ami ! Et il m’écoutait. Je ressentais un bien-être indescriptible.
La relation est restée la même, voire plus forte, mais à mon grand regret et cela est de ma faute, parfois je ne suis pas toujours concentrée quand je Lui parle : mais pas une fois dans la journée je n’oublie de lui dire « merci » d’être à mes cotés car depuis mon enfance il est là. Il suffit simplement que je lui parle. Je n’ose imaginer la morosité de ma vie si je Lui avais lâché la main.
Maintenant adulte, certaines personnes de mon entourage trouvent une certaine candeur gardé de l’enfance à travers ma relation avec Lui mais en mon for intérieur je suis persuadée que cette relation existe et qu’au contraire elle est la preuve d’une certaine sagesse.
Finalement cette relation me rend unique et Il nous à tous créer pour que nous le soyons.
Faire ma prière est alors un plaisir qui me permet également d’augmenter ma capacité à tourner mon attention et mon intention vers Lui .Dès que « je le boude un peu » et bien je perds mon endurance et toute l’énergie de ma foi. S’en suit alors un cercle vicieux qui a des conséquences matérielles et spirituelles (que je ne vois pas en partie d’ailleurs !) parfois irréversibles.
Merci pour ces expériences.
En ce qui me concerne, depuis quelques temps, ma prière prend un tournant très “remerciements” pour tout.
Dans ma journée, à divers moments, quand j’y pense, ou a des moments fixés à l’avance, je remercie pour tout ce que Dieu me donne au moment vécu : avoir résolu un problème, pouvoir acheter quelque chose, trouver quelque chose, être à l’heure, manger, être à un endroit…..
Et cette relation de “prière-remerciant” donne une dimension très positive à ma journée
Merci Louise pour cette expérience. Je partage vraiment ce que tu dis quant tu écris que la prière “sur mesure” t’as permis de te sentir plus “concernée” par cet acte qui peut facilement se transformer en récitation mécanique.
Moi aussi j’ai un jour décidé d’apporter à ma prière “les mots justes, les mots qui me correspondaient”, et depuis ce jour, la prière est devenue un outil indispensable de mes journées.
Me confier à Dieu avec mes propres mots me permet chaque soir de faire le point sur ma journée et sur mon état de santé intérieur. A partir de là, je me demande et je demande à Dieu quelles solutions adopter pour tenter de m’améliorer le lendemain. Au cours de cet échange, je ressens alors une énergie douce qui me renforce intérieurement et me redonne chaque soir un peu de confiance pour affronter le jour qui vient.
Je dois quand même avouer que j’ai toujours un peu de mal à m’y mettre. Alors, j’ai trouvé la solution : je commence par la récitation “mécanique” d’une prière puis, après cet échauffement, je commence mon petit dialogue avec Dieu et surtout je remercie Dieu de me donner cette chance d’avoir pu créer cette relation intime avec lui !
bravo Louise
La relation avec le divin n’est pas une relation de servitude mais une relation d’amour. Et comme toute relation de ce genre, il se crée au fur et à mesure des prières une intimité avec la chose (Dieu ou Etre essentiel) qui t’enveloppe pendant ces moments.
Cette étreinte, que tu décrit bien d’ailleurs, se transforme en bien-être car au moment où tes pensées sont dirigées vers Dieu tu es en face d’un flux vivifiant regénérant de la substance même de ton être.