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Cherche action désintéressée
Faire le bien, on le sait, ce n’est pas seulement apporter aux autres une aide, un soutien ou un réconfort. C’est le faire aussi et surtout dans une intention aussi désintéressée que possible, en s’efforçant de mettre momentanément entre parenthèses ses intérêts égoïstes. Je dis « aussi désintéressée que possible » car l’expérience montre que le « parfait désintéressement » est un idéal bien difficile à atteindre. À en faire une condition indispensable à la réalisation d’un acte « vraiment » éthique, on en perd souvent la motivation pour une morale que l’on sait de toute façon hors de sa portée. Parler d’actions aussi désintéressées que possible, c’est donc à la fois reconnaître que « notre générosité n’est souvent qu’une ambition déguisée » (La Rochefoucault) et se faire un devoir de traquer en soi des formes plus subtiles de l’intérêt égoïste. Des formes plus subtiles qui pourraient passer inaperçues si quelques signes distinctifs ne permettaient de les reconnaître à coup sûr.
L’un des signes les plus évidents est le plaisir que l’on prend à faire savoir aux autres le bien que l’on a fait. On connaît la parole du Christ : « que ta main gauche ignore ce que fait ta droite, en sorte que ton aumône demeure secrète ; et ton Père qui voit dans le secret te le revaudra ». Mais rien n’y fait. On ne peut s’empêcher, au détour d’une conversation, de faire savoir que l’on connait les problèmes d’un tel, et pour cause…, que l’on compatit à sa détresse, que l’on déplore seulement qu’il n’écoute pas les bons conseils qu’on lui a prodigués. En un mot, on frime. Ce qu’il y a d’embêtant avec la frime, c’est son caractère contreproductif. On cherche l’approbation des autres mais en s’adonnant à des gesticulations qui, lorsqu’elles sont perçues par autrui, nous rendent sur le champ désagréable pour ne pas dire détestable à ses yeux.
Un autre signe bien connu des attentes de l’égo est le sentiment négatif que l’on éprouve envers ceux auxquels on a fait du bien et qui nous manquent de reconnaissance. C’est un sentiment de tristesse et de déception qui peut, lorsqu’on n’y prend pas garde, se transformer en colère et rancœur. Si on tend l’oreille, on reconnaitra la présence de l’égo à cette voix intérieure indignée qui s’exclame : « après tout ce que j’ai fait pour lui ! ». La frustration ne vient pas toujours de ce que l’autre ne nous a pas remercié ou rendu la pareille. Car on sait bien qu’il ne faut attendre ni merci ni contrepartie. Non, on attend de lui autre chose de bien plus intéressant : qu’il nous tienne informé au jour le jour de ses petites affaires. On l’a soutenu, défendu, conseillé. Il lui faut à présent nous rendre compte en détail de tout ce qui lui arrive, nous accorder un accès permanent à sa vie privée ! Et gare à lui s’il résiste. On se fera désormais avare de conseils (« il faut bien qu’il apprenne à se débrouiller seul ») ; on lui fera sentir plus ou moins subtilement de quel privilège il se prive en se montrant ingrat (« car j’ai aussi le devoir de me préserver de l’ingratitude »). Bref, on se vengera, mais tout en trouvant les moyens de se donner bonne conscience. Et dans le meilleur des cas, on aura perdu une bonne partie de l’enthousiasme que l’on éprouvait à dénouer les difficultés de celui qui cherche soudain à retrouver sa liberté.
J’entends en moi une voix qui proteste : « mais quoi, n’est-il pas naturel d’attendre des autres de la reconnaissance ?! » En réalité, il n’y a rien là que de très naturel. Notre nature en effet aime les « reconnaissants » et n’aime pas les « ingrats ». Mais aimer la reconnaissance est une chose, l’exiger en est une autre. Car l’ingratitude est elle aussi naturelle. Exiger des autres qu’ils soient toujours reconnaissants, c’est méconnaitre la nature humaine ; c’est oublier qu’étant nous aussi conformes à cette nature, nous faisons preuve à nos heures d’une même ingratitude. Ne serait-il pas heureux de pardonner aux autres un manquement dont on aimerait soi-même être pardonné ?
Mais surtout, s’il est bon de savoir reconnaître les ingrats, puisqu’il faut bien dans la vie savoir à qui on a affaire, apprendre à ne pas être affecté par l’ingratitude constitue une véritable libération. Quand on s’en approche, ne serait-ce que momentanément, on goûte le plaisir de ce que pourrait être une affection sans attente, une relation sans contrainte. On apprécie l’autre mais sans être enchaîné par ce désir latent de la contrepartie. On se sent plus libre, plus serein, plus détaché, bref un peu plus heureux tout simplement !
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Bonjour Héléna, je partage tout à fait la préoccupation que tu traites dans ton article et le problème de la purification de son intention dans l’accomplissement de l’acte altruiste.
M’étant observée à maintes reprises, j’ai pu constater, comme tu l’expliques si bien, que la satisfaction de mes intérêts égoistes est souvent le moteur de mon enthousiasme à l’accomplissement d’un acte altruiste. Au contraire, en cas d’absence de sentiment intérieur de satisfaction ou de plaisir, je constate toujours des hésitations à me lancer dans l’accomplissement de l’acte altruiste et cela, parfois, au détriment de la personne faisant appel à moi.
J’ai encore récemment fait l’expérience par laquelle, dès lors que j’obtiens une certaine reconnaissance ou suis mise en position de supériorité, l’accomplissement de la “bonne action” est d’un coup rendu plus facile. Et pour cause, ce fut notamment le cas lorsque j’appris que l’une de mes collègues de bureau souhaitait à tout prix que son discours de mariage fut prononcé par le maire de sa mairie en personne. Connaissant le fils du maire adulé, deux petits mails de ma part suffirent pour lui faire obtenir ce qu’elle souhaitait…
Je fis attention de ne pas me vanter ni faire savoir que j’avais rendu ce service, mais je me sentais toute fière d’avoir pu montrer que j’avais une relation privilégiée avec des personnes bien placées… Cette première partie de l’histoire montre avec évidence que l’accomplissement de l’acte altruiste était indirectement motivé par la satisfaction de mon égo, ce qui est plus que condamnable et si bas au regard de cet idéal évoqué dans l’article qu’est le « parfait désintéressement ».
Si je ne m’étais pas fait un devoir de traquer en moi cette forme évidente de l’intérêt égoïste, la deuxième partie de l’histoire montre qu’un certain détachement avait néanmoins accompagné l’accomplissement de l’acte altruiste…
En effet, dans mon histoire, la date du mariage avançait et je n’avais toujours pas reçu d’invitation pour le mariage, même pas pour la mairie ! J’avoue que mon étonnement fut grand quand je vis sur son bureau mal rangé que la personne avec qui je partage mon bureau était invitée…
Etonnement ne signifiait pas pour autant “colère et rancœur”, pouvant survenir du constat de l’absence totale de reconnaissance de la personne à qui l’on a rendu service. Non, au fond de moi, j’avais ce sentiment de détachement et d’indifférence. J’ai malgré tout essayé de comprendre “l’exclusion” dont j’étais victime, pas en accablant ma collègue, étonnament, mais en mettant les arguments de son côté: “elle veut faire un événement intimiste” me disais-je, “elle a des préoccupations plus importantes que moi”, etc. J’en venais même à me dire que ce n’était peut être pas grâce à moi que le discours de son mariage avait été prononcé par le maire.
Au fond, si je me suis sentie affectée, cela n’a duré que le court instant où je réalisais que je n’étais pas invitée; mais je ne rumina pas plus longtemps cette pensée. J’en conclus que finalement je n’avais pas attendau de remerciement, de retour de mon acte. Je m’attendais à être invitée uniquement parce que c’est ce qu’on appelle les “bonnes manières”, mais je n’y tenais pas au point de m’en affliger voire de me venger (faire savoir aux autres collègues que c’était grâce à moi que le maire avait prononcé son discours et que par-dessus, elle ne n’avait pas daigné m’inviter!).
Non certainement pas.
Cette expérience montre que j’avais rendu ce service, non pour m’assurer d’être invitée au mariage de ma collègue, mais pour me placer dans une situation “de supériorité”. Quelque fût mon intention, puisqu’elle était viciée à la base, le résultat aurait été similaire.
Toujours est-il qu’il me semble intéressant de constater que l’absence de pureté de l’intention dans l’accomplissement de l’acte altruiste révèle à chacun ses penchants négatifs spécifiques puisque dans mon cas, il me semble que c’est le manque d’humilité qui m’a fait défaut. A travailler donc !
En lisant vos expériences, je me demande si j’ai vraiment eu des occasions d’actions totalement désintéressées ? Comment les reconnaître, puisque très souvent j’ai reçu une gratification même si je ne la cherchais pas…D’autres fois, en effet, la non-gratification a été dure à avaler. Je ne vois qu’une façon d’avaler cette non-gratification : avoir assez de recul pour la reconnaître comme étant une validation de l’action altruiste de départ. Le moment où l’on reconnaît cette validation apaise la déception et l’attente. Mais là encore, je dis apaise, car il n’est pas rare que la plainte et la déception reviennent.
@Alexia
Lorsque vous dites “’accomplissement de l’acte altruiste était indirectement motivé par la satisfaction de mon égo, ce qui est plus que condamnable et si bas”, je trouve que vous êtes très (trop ?) dure avec vous-mêmes.
Vous avez rendu service, en quoi est-ce condamnable ou bas, quand bien même l’intention était en partie intéressée ? Si c’était à refaire, je pense que tout le monde serait d’accord pour dire qu’il faudrait réagir comme vous l’avez fait.
Il me semble que le désintéressement est un idéal vers lequel on tend, et surtout une référence par rapport à laquelle on peut se comparer pour voir plus clair en soi. La seule chose qui compte c’est cette tension fertile vers cet idéal, qui vous a fait vous questionner sur la nature de votre intention et prendre conscience de sa nature véritable. Ce faisant, vous avez avancé en connaissance de vous-même. Je trouve que c’est très positif, très intéressant, ce travail de connaissance, de prise de conscience - sans qu’il soit nécessaire d’avoir un regard négatif ou culpabilisant parce que notre intention serait “impure” ; est-ce que ce n’est d’ailleurs pas que cela qui compte finalement, cette tension positive, plutôt que la “pureté de l’intention” en tant que telle ?
Je ne sais pas si je parviens à être clair, mais pour continuer dans le sens de l’article d’Helena : ce qui compte ce n’est pas tant d’avoir ou pas une intention “pure”, mais de passer à l’action (en l’occurrence, faire des actes altruistes) et de s’examiner intérieurement (l’analyse d’Helena nous y aide), voir comment cela se passe et en tirer des leçons, ce qui nous fait progresser dans la connaissance de soi et le développement de la vertu d’altruisme, et nous fait ajuster, maturer, notre intention justement.
Merci pour cet article, qui correspond à des situations vécues et très intéressantes à analyser.
Je pense que cette intention est essentielle car elle préserve de cette amertume propre à celui qui a rendu service et n’a pas été reconnu par ses pairs. C’est très difficile de se taire et de ne pas trop parler de ce que l’on a fait surtout de bien pour frimer, c’est très insidieux de ne pas tomber dans le piège de se mettre en avant grace à une bonne action et de se la ramener parfois sans finesse. Il semble que lorsque l’on soigne son intention de manière à agir avec desintérêt, on oublie ce que l’on vient de faire pour autrui très vite, on n’y accorde pas d’importance ou d’attente et on se tait, mais sinon on a tendance à parler, et….
comme il est difficile de voir son enfant grandir et partir sans se retrouner (avec tout ce que j’ai fait pour lui!!!).
Bien sur, je me dis que la vengeance est pire que son manque d’affection (Affection que j’attends en retour du à mon rôle de “bonne mère”)…
Je dois me répéter qu’il est un homme libre, qu’il vit une vie indépendante avec de bonnes études et un bon métier…mais qu’il est dur d’être “compréhensive” et de s’en remettre à Dieu.