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Énergie métacausale

Par Le comité de rédaction, le 11 mai. 2008, dans la catégorie Conceptothèque

Énergie métacausale”width=En bref : Énergie issue de la Source sans l’apport de laquelle il est impossible à l’âme humaine de vaincre son soi impérieux et de développer les vertus.

La générosité, si elle existe chez le généreux à la manière d’un don ou une disposition naturelle, est une chose relativement aisée, parce qu’elle n’exige pas de sacrifice coûteux. Il en va autrement en revanche quand le souci éthique requiert que l’on renonce à un plaisir ou une envie, ou qu’il se heurte à la résistance d’une nature égoïste. Pour vaincre une telle résistance, la volonté seule ne suffit pas toujours. Quand le renoncement nous coûte, il nous faut le secours d’une énergie particulière, qui n’est pas sans rapport avec ce que l’on a parfois appelé la grâce.

Cette puissance capable de nous arracher aux automatismes de notre nature animale et de nous élever pleinement à la moralité, c’est ce que Bahram Elahi appelle l’« énergie métacausale ». « Métacausale », car originaire d’une source qui transcende la causalité inhérente à la nature. « Métacausale » également par ses effets, car capable de nous faire transcender la causalité qui agit en nous et de vaincre notre soi impérieux.

Pour le dire autrement, l’énergie métacausale est l’élément indispensable qui permet d’assimiler en soi, dans son âme, les principes éthiques et divins. B. Elahi rend compte de cet aspect à travers une image empruntée à la biologie : de même que l’énergie solaire est indispensable pour que la chlorophylle des plantes fasse la photosynthèse des matières organiques, l’énergie métacausale est indispensable à la synthèse des vertus. Sans elle, les efforts déployés en vue de la pratique de l’éthique, qui sont pourtant indispensables à l’acquisition des vertus, ne permettent de développer dans l’âme que des qualités fragiles et instables, que la moindre tentation un peu forte suffit à ébranler.

Cependant, à la différence de la plante en qui tout se fait en quelque sorte mécaniquement, l’âme humaine est susceptible de ne pas capter l’énergie métacausale ou de ne pas la capter en quantité suffisante. Car pour absorber cette énergie précieuse, l’homme doit agir volontairement : il lui faut se connecter, par la pensée, à la source de cette énergie, c’est-à-dire tourner son attention vers le divin, vers « la Source ».

Cette attention à la Source ne se pratique pas seulement dans les moments, nécessairement ponctuels, que l’on peut consacrer à la prière ; elle se cultive à tout instant, par un travail continu sur l’intention. Concrètement, il s’agit, au quotidien, de se représenter Dieu présent à ses côtés, et de faire l’effort d’avoir des pensées, des paroles et des actes qui attirent Son contentement. Cette notion de contentement divin, qui n’est pas sans rappeler le contentement des parents à l’égard de leurs enfants ou d’un professeur à l’égard de ses élèves, n’est qu’une manière de rendre palpable une idée plus abstraite : la nécessité, pour avancer dans son perfectionnement spirituel, de se conformer aux principes éthiques et divins dont l’entière finalité est le bonheur de l’homme.

Notons pour finir qu’il est aussi possible de capter cette énergie, même si c’est en quantité moindre, en agissant simplement en accord avec sa conscience, dans l’intention d’agir en bien, par humanité.

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Âme céleste

Par Le comité de rédaction, le 10 mai. 2008, dans la catégorie Conceptothèque

L’ Âme céleste”width= Nous sommes des êtres bidimensionnels, composés de la part terrestre (ou âme terrestre, le ça avec son prolongement en soi impérieux) et de la part céleste qu’on appelle aussi âme céleste. Il ne s’agit pas ici de distinguer entre l’âme et le corps, mais de mettre en évidence la bipolarité liée à l’existence de deux parts – terrestre et céleste – au sein même de notre âme.

Tant que nous vivons sur terre, l’âme céleste et l’âme terrestre qui ont fusionné forment une entité unique et constituent ensemble notre psychisme. Toutefois, en observant avec un peu d’attention les différents flux qui traversent ce psychisme, nous pouvons distinguer dans une certaine mesure ce qui relève des deux composantes. Par exemple, tout ce qui a trait à l’amour des choses matérielles relève de la part terrestre. En revanche, tout ce qui a trait à la raison, à la conscience morale, à la foi, au sentiment de notre dignité, au dépassement de soi, à l’amour de la vérité et de la justice, relève de l’âme céleste.

Le meilleur signe de la présence de l’âme céleste en nous est que le bonheur matériel le plus parfait, la plus belle réussite sociale, professionnelle ou familiale ne suffiront jamais à éliminer l’insatisfaction fondamentale de notre nature. Cette perpétuelle insatisfaction découle précisément de notre constitution bipolaire : « … Du fait de sa double origine céleste et terrestre, l’organisme spirituel de l’être humain est porteur, dès sa naissance, d’un déséquilibre fonctionnel. Ce déséquilibre fonctionnel se traduit au niveau de la conscience par le sentiment d’un tiraillement intérieur entre le bien et le mal, qui engendre une inquiétude de fond. Cette inquiétude de fond est un stimulus nécessaire pour que l’homme soit poussé à l’action et que, grâce à sa raison transcendante, il acquière des connaissances à travers ses erreurs. » (Médecine de l’âme, p.23-24)

Il y a dans cet extrait de Médecine de l’âme quelque chose de rassurant : le bonheur parfait n’existe pas sur terre pour les hommes, ou alors de façon très ponctuelle et éphémère. Il suffit pour cela d’observer sa propre vie et celle des autres. Mais tout cela est parfaitement normal. L’insatisfaction permanente dans laquelle nous vivons, cette « inquiétude de fond » qui nous distingue des autres êtres vivants, ce mal-être plus ou moins diffus auquel nous sommes tellement habitués que nous ne le percevons plus, tout cela est naturel et même nécessaire à notre avancement. C’est l’aiguillon qui nous empêche de nous contenter d’une vie entièrement vouée à la satisfaction de nos besoins biologiques et psychiques de base.

L’âme céleste est l’élément perturbateur qui nous rend fondamentalement inadaptés à la jouissance de ce type de bonheur. Les plus grandes joies et les plus grands plaisirs de cet ordre s’altèrent et perdent finalement leur saveur car ils ne répondent qu’aux besoins de l’âme terrestre et laissent l’âme céleste sur sa faim. Or, pour être pleinement satisfaits, nous avons besoin de nourrir avec des aliments adaptés notre part céleste qui, tout comme le corps et tout comme la part terrestre, réclame son dû : un apport suffisant en principes éthiques et divins justes qui lui permette de croître et de se développer.

Quelques caractéristiques de l’âme céleste

- L’âme céleste constitue le noyau de notre identité : elle est cette conscience qui dit « moi » en moi et qui survit après la mort du corps physique. Nous sommes essentiellement notre âme céleste, même si le corps et l’âme terrestre jouent un rôle fondamental dans notre identité tant que nous sommes sur terre.

- Cette conscience est au départ angélique, ignorante et immature. Elle a besoin pour évoluer de son complément : l’âme terrestre. En fusionnant avec l’âme terrestre, elle s’enracine provisoirement dans un corps-milieu de façon à pouvoir en tirer les nutriments nécessaires à son développement et à sa maturation.

- Concrètement, cela signifie qu’elle doit se confronter aux pulsions naturellement envahissantes de l’âme terrestre (colère, concupiscence, ruse…) et apprendre progressivement à en réguler les excès. Elle doit absorber les élément terrestres selon le dosage adapté sans pour autant se laisser envahir par eux. Cela lui permettra de sortir de son état angélique et d’acquérir la connaissance.

- L’âme céleste est une composante à la fois pulsionnelle et rationnelle de notre psychisme. Elle est la source de la raison, mais aussi la source de nos pulsions éthiques et transcendantes (dévouement à autrui, sens de la justice et de l’équité, amour de la vérité…) qui s’opposent aux pulsions de l’âme terrestre. Les trois composantes essentielles de l’âme céleste selon Bahram Elahi sont : le moi, le surmoi et le surça.

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Spiritualité, spiritualité naturelle

Par Le comité de rédaction, le 9 mai. 2008, dans la catégorie Conceptothèque

Green leaf.

La spiritualité désigne couramment tout ce qui touche à la vie de l’esprit, ce qu’on appelle parfois la « vie intérieure ». Le caractère extrêmement vague d’une telle caractérisation autorise évidemment toutes les associations et tous les amalgames. Lorsqu’il est question aujourd’hui de spiritualité, nous entendons tout et son contraire : de la vie monastique aux ateliers yoga, en passant par l’alchimie, le Tao, le tarot ou le voyage astral… Le supermarché des croyances et des spiritualités ne s’embarrasse pas des contradictions : même l’athéisme peut se réclamer d’une certaine idée du spirituel.

Ostad Elahi l’entend pour sa part en un sens beaucoup plus précis, qui rejoint l’usage religieux ou mystique traditionnel. Il s’agit en effet, tout d’abord, de la vie de l’esprit considéré dans sa nature propre, distincte des choses corporelles et notamment, pour ce qui concerne l’homme, de sa part animale. Mais la spiritualité n’est pas séparable du projet d’une transformation de soi, et de toutes les pratiques qui permettent, à travers une telle transformation, d’atteindre une connaissance et une perspective supérieure sur soi-même et sur le monde. La « vie » de l’esprit doit être orientée ; l’idée de perfection définit une telle orientation.

Pour résumer, on peut dire que la spiritualité, au sens où l’entend Ostad Elahi, implique deux thèses principales :

  • l’homme a une nature bidimensionnelle, son moi réel est de nature spirituelle ;
  • cette part spirituelle de l’homme est capable de se transformer suivant des schémas de développement adaptés à sa nature, qu’il est possible de connaître et sur lesquels il est possible d’intervenir activement.

Toute idée de la spiritualité qui perdrait de vue l’un de ces deux points manquerait de fait son objet. Ce qui permet déjà de faire le tri parmi la variété des pratiques et des discours hérités des traditions religieuses du passé, ou réinventés à l’époque contemporaine. La spiritualité définie par Ostad Elahi comme « spiritualité naturelle » se distingue notamment des approches étroitement techniques – et souvent dévoyées – de la spiritualité (méditation, recherche d’expériences exceptionnelles ou d’états de conscience modifiés, etc.), mais également des approches strictement spéculatives ou philosophiques (métaphysique, gnose érudite, etc.). Envisagée comme une discipline à part entière, impliquant simultanément une connaissance et une pratique, la spiritualité n’est pas une technique de bien-être destinée à soulager les maux de la vie moderne ; elle a pour objet privilégié les conditions du développement ou du perfectionnement de l’âme.

Décrire la spiritualité comme « naturelle » revient alors à faire valoir trois points :

  1. La spiritualité doit correspondre à la nature véritable de l’être humain, c’est-à-dire à sa constitution, à ses dispositions et à ses besoins profonds.
  2. Elle doit être adaptée à l’esprit et aux mœurs de l’époque, et aux situations les plus ordinaires de la vie, par différence avec les formes de spiritualité qui cherchent à ressusciter artificiellement des formes de vie caduques, ou même avec la spiritualité classique incarnée par la plupart des grands saints et mystiques du passé, et qui privilégiait systématiquement l’émotionnel aux dépens du rationnel.
  3. Enfin, et ce point est lié au précédent, la spiritualité doit être conforme à l’exigence rationnelle de compréhension, d’analyse et d’expérimentation. Elle rejoint en ce sens l’esprit de toute science. Elle est, littéralement, la « médecine de l’âme ».

Cette dernière idée a été développée de manière systématique par B. Elahi, notamment dans La Spiritualité est une science et dans Médecine de l’âme. La médecine de l’âme définit les conditions d’une croissance équilibrée et harmonieuse du soi réel, qui peut être décrit comme un organisme psycho-spirituel.

Que la spiritualité soit une science, qu’elle porte comme toute science sur des phénomènes objectifs, présentant une stabilité suffisante pour être abordés de manière expérimentale, cela implique en particulier que le principe de causalité y joue un rôle essentiel. Le processus de maturation du soi qu’on appelle « perfectionnement » obéit à des enchaînements de causes et d’effets repérables, sur lesquels nous pouvons agir, et qui définissent, au-delà de nous-même, tout un écosystème régi par des lois propres.

Une autre conséquence notable de cette caractérisation de la spiritualité est qu’elle nous délivre de la tentation de céder au culte du passé en fétichisant des principes ou des formes plus ou moins bien comprises : elle oblige en effet à admettre la possibilité de nouvelles avancées, de nouvelles découvertes dans le domaine des questions spirituelles. La spiritualité n’est pas un supermarché, c’est un chantier ouvert que chacun peut investir à condition que les enjeux en soient clairement définis.

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Surça

Par Le comité de rédaction, le , dans la catégorie Conceptothèque

En bref : le surça est l’instance de notre psyché qui est le réservoir de nos pulsions spirituelles.

C’est la quatrième instance décrite par B. Elahi pour expliquer le fonctionnement de notre psyché, et notamment sa double aspiration :

- la première tendance nous oriente vers les besoins et les objectifs matériels de l’existence, ceux liés à la réalisation sociale, à l’expansion de l’ego, au confort immédiat, mais également aux nécessités physiologiques du corps et à ses instincts – il s’agit du ça ;

- la seconde nous pousse vers la dimension spirituelle de la vie, qui correspond en chacun de nous à l’adhésion à certaines valeurs éthiques, à notre besoin de nous dépasser ou à notre attirance pour le spirituel, le divin, et toute forme de transcendance – il s’agit du surça.

Alors que le ça est à l’origine de la libido et de la volonté de puissance, le surça génère en nous :

  • la pulsion divine (ou élan divin) : c’est elle qui nous donne la motivation et l’énergie de retourner à la Source en se manifestant notamment par le sentiment de la foi. Lorsqu’elle est frustrée ou refoulée sous l’influence de notre expérience ou de notre éducation, elle peut générer des complexes difficiles à résoudre, par exemple une aversion réactionnelle pour le divin.
  • la pulsion éthique : c’est elle qui cultive en nous les idéaux d’éthique et d’humanisme, nous pousse à porter secours aux autres, à faire le bien, et à condamner unanimement certains traits de caractères comme la mesquinerie, la traîtrise ou l’égoïsme. Elle agit dans les événements les plus anodins de notre quotidien comme dans des actes de bravoure exceptionnels, des engagements humanitaires, etc.
  • la pulsion de découverte : elle se manifeste par notre attraction intellectuelle et spirituelle pour des buts nobles et par la recherche de la vérité. C’est elle qui nous donne le goût de la compréhension des choses ; elle se trouve à l’origine des découvertes, aussi bien dans le domaine des sciences de la nature que dans celui des réalités spirituelles.
  • la volonté d’élévation : cette pulsion nous pousse sans cesse à nous dépasser pour atteindre notre capacité la plus élevée, la Perfection. A la différence de la volonté de puissance, issue du ça et dirigée vers des buts matériels liés à notre réussite dans ce monde, la volonté d’élévation est animée par un sentiment noble et toujours moral. La première génère l’avidité, elle est mue par l’insatisfaction, tandis qu’avec la seconde se développent l’humilité et le détachement.
  • la pulsion d’opposition au ça : elle est à l’origine de l’ambivalence intérieure qui fait que nous sommes partagés entre des exigences pulsionnelles apparemment antagonistes du point de vue de leur nature et de leurs buts. Le risque, si l’on n’exerce pas sa volonté, est de constamment basculer dans un extrême ou dans l’autre, avec les possibles dérives que cela implique. Si l’on ne fournit pas un effort actif et conscient pour développer notre part spirituelle, c’est le ça qui prend naturellement les commandes, et notamment le soi impérieux, qui méprise tout ce qui relève de l’éthique et du divin. En réaction, la voie ascétique consiste alors à affaiblir le ça en réprimant ses pulsions (quelles qu’elles soient) pour mieux donner libre cours aux aspirations spirituelles du surça. La méthode de la spiritualité naturelle repose quant à elle sur la maîtrise, par la raison saine et éduquée (contenue dans le moi), des deux pôles pulsionnels (ça et surça). C’est le développement de cette maîtrise qui peut conduire notre âme vers sa perfection tout en nous permettant de nous accomplir matériellement, en respectant nos besoins légitimes sans enfreindre les règles de l’éthique. Le moi, éduqué selon des principes justes et conscient des enjeux spirituels de notre existence comme de la valeur provisoire et relative de notre dimension matérielle, nous conduit ainsi plus rapidement vers notre perfection : à tout moment, il peut en effet s’appuyer sur deux forces motrices puissantes (le ça et le surça) mais maintenues en équilibre.

Nous avons à présent identifié cette source pulsionnelle intarissable qui nous projette vers des aspirations supérieures, éthiques, divines, et spirituelles en général. Présentée de cette manière, elle pourrait apparaître, d’un point de vue structurel, comme une instance « idéale », foncièrement bonne et utile, incapable de dérives. Or, tout se complique dès lors que l’on aborde les choses d’un point de vue dynamique. En effet, le soi impérieux, qui est un dérivé anti-éthique et anti-divin du ça, voit dans le surça non seulement un adversaire à étouffer, mais une instance qu’il cherche à mettre à son service en la colonisant.

Le soi impérieux peut dans certains cas détourner le surça de ses aspirations spirituelles et le pervertir en leur substituant des valeurs ou des mythes purement matériels : le surça se met par exemple à surinvestir des domaines intellectuels ou culturels, au point de donner lieu à de véritables cultes.

Dans d’autres cas, le soi impérieux peut engendrer, chez une personne en quête de spiritualité, un orgueil et une suffisance intellectuelle tels qu’elle refusera de suivre un conseiller ou un enseignement divin authentique lorsque l’occasion s’en présentera. Plusieurs facteurs peuvent expliquer de pareils comportement : chez certains, c’est le sens de la vérité qui est altéré par manque d’éducation, chez d’autres, des intentions en apparences nobles sont en fait imprégnées des attentes du soi impérieux.

Le soi impérieux peut tenter d’utiliser la pulsion de découverte à ses fins, en développant et en dirigeant l’intelligence vers des découvertes qui visent à nuire, à provoquer la souffrance, ou en tentant de décrédibiliser aux yeux du monde certains principes éthiques ou divins justes.

Le soi impérieux peut encore infiltrer l’intention initialement noble d’un ascète, en créant chez lui le besoin d’éprouver des états de conscience modifiée particulièrement agréables, ou en lui faisant miroiter la possibilité d’acquérir à force de privations certains pouvoirs paranormaux. Chez les extrémistes religieux ou sectaires, le soi impérieux justifie au nom de la foi la réalisation des pulsions les plus ignobles.

En dépit de toutes dérives liées à sa colonisation par le soi impérieux, le surça est une instance précieuse et nécessaire : elle est la seule force intérieure capable de nous arracher à la dimension visible et immédiate de notre existence pour nous pousser vers notre propre perfection.

Mais son existence nous impose certains devoirs envers nous-mêmes, car il faut qu’elle puisse non seulement se faire entendre, mais encore nous conduire à bon port. Les deux axes de cet engagement consistent d’une part à lutter contre les tendances auto-destructrices du soi impérieux, qui tente par tous les moyens d’étouffer ou de détourner le surça, et d’autre part de s’appuyer constamment sur une raison saine, s’exerçant au sein d’un moi fort. Ce moi est alors le seul maître intérieur qui soit capable à la fois de museler le soi impérieux en gardant un ça fort, et de tenir le cap entre les différents écueils qui viennent d’être signalés.

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Méditation naturelle

Par Le comité de rédaction, le , dans la catégorie Conceptothèque

Méditation naturelle

En bref : la méditation naturelle est la démarche qui consiste à essayer, ici et maintenant, de ressentir la présence bienveillante du divin et de se comporter avec la dignité induite par cette sensation.

Chacun en a fait l’expérience en pensant à la personne qu’il aime : la sensation de la présence de l’aimé(e) peut emplir notre espace mental au point de nous accompagner à tout moment et dans toute situation. Lorsqu’on éprouve de l’amour, cette présence s’installe d’elle-même en soi, sans effort. Elle peut même se refléter autour de soi dans les moindres événements. Si l’on n’éprouve pas ce sentiment d’amour, on peut du moins susciter une expérience semblable en tournant sa pensée en direction d’un autre, et en tâchant de développer à son égard des sentiments positifs : il est alors possible de faire l’expérience de la « présence » de cet autre. C’est une expérience intérieure multiforme et plus ou moins intense, qui dépend notamment de l’attention qu’on y porte. Lire la suite

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Perfection, perfectionnement

Par Le comité de rédaction, le , dans la catégorie Conceptothèque

Perfection, perfectionnement

En bref : toute créature est créée dans le but d’atteindre un état de plénitude complète, la perfection. Le chemin pour y arriver, c’est le perfectionnement, qui donne sens à l’éthique et au spirituel dans notre vie.

La perfection concerne tous les êtres, sans exception. Ostad Elahi répartit ces derniers en plusieurs classes : le minéral (globalement, les choses dites inanimées), le végétal, l’animal et l’animal humain. Tout être qui existe est créature dans la mesure où il est le résultat d’une suite de causes dont la cause première est le Créateur. Le sens de cette création, selon Ostad Elahi, c’est le retour à l’origine : « Tout existant vient de Lui et toute chose retourne à Lui, au terme d’un processus de maturation physique et spirituel : le perfectionnement. » Parvenue à sa perfection, la créature peut bénéficier complètement du bonheur potentiel pour lequel elle a été créée.
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Surmoi

Par Le comité de rédaction, le , dans la catégorie Conceptothèque

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En bref : le surmoi est l’instance de notre psyché qui correspond à ce qu’on entend dans le langage courant par « conscience morale ».

On doit le terme à Freud, qui y voit une instance en grande partie inconsciente, se constituant au contact de l’autorité parentale, et représentant l’intériorisation des normes et des règles de conduite éthique, sociale et culturelle. Il est à l’origine du sentiment de culpabilité. De façon schématique, un conflit intérieur naît de la rencontre entre le surmoi et certaines pulsions du ça qui vont à l’encontre des règles et des interdits liés à notre éducation. Ce conflit se joue dans le moi, siège de la raison, qui tient le rôle d’arbitre. Lorsque la pulsion, toujours inconsciente, est incompatible avec les exigences du surmoi, le conflit se règle par la « capitulation » de la pulsion qui est alors « refoulée » dans l’inconscient. Le terme de « répression » correspond au même mécanisme lorsque celui-ci est conscient.

B. Elahi reprend certaines de ces conceptions mais les complète et les précise en y intégrant la dimension spirituelle de la vie du soi. Les remarques qui suivent s’intéressent plus particulièrement à la fonction du surmoi dans ce modèle élargi :

  • le surmoi, en tant que référent moral interne, joue un rôle décisif dans le processus de lutte contre notre soi impérieux. Il s’allie et collabore avec les deux autres instances que sont le moi, siège de la raison et de la volonté, et le surça, source de la motivation qui nous pousse à nous perfectionner ;
  • le surmoi ne se constitue pas seulement dans l’enfance, à travers l’éducation que nous ont donnée nos parents, mais tout au long de la vie. Le processus cognitif qui conditionne son fonctionnement optimal est ce que B. Elahi appelle l’« éducation de pensée », et qui consiste en l’étude des principes ou codes éthiques et divins justes. Il nous appartient de les trouver et des les assimiler, car ils ne nous sont pas donnés d’emblée. Il s’agit par conséquent d’un processus actif, dont nous sommes responsable ;
  • le surmoi relève de la part céleste et participe ainsi à la constitution de notre soi total, qui est éternel. A ce titre, il se distingue du ça (part terrestre) qui n’est qu’un élément provisoire, lié à la vie actuelle et au « corps-milieu » qui en définit les conditions générales. Relevant de la part céleste, qui garde la mémoire de tout le vécu, le surmoi est donc aussi formé de l’expérience de nos vies antérieures, ce qui explique par exemple l’allergie que peut éprouver une personne à commettre un acte alors même que son éducation et son milieu le pousse à l’accomplir. Il y a là comme l’effet, imprimé dans le moi profond, d’une éducation antérieure.

B. Elahi reprend la décomposition en trois consciences effectuée par Ostad Elahi. Il s’agit de trois modalités d’expression en nous de la conscience morale :

  • la conscience blâmante : elle sanctionne une action, une pensée et même une intention contraire au code éthique que nous avons intégré, en nous faisant éprouver de la honte ou du remords ;
  • la conscience inspirante : elle nous oriente vers la meilleure option lorsque nous sommes confrontés à un dilemme éthique ;
  • la conscience certifiante : elle nous procure la confirmation intuitive d’avoir agi en bien, elle nous conforte dans notre décision lorsque celle-ci va dans le sens du code éthique et divin.

Pour conclure, retenons que le surmoi est une instance en construction permanente, ce qui signifie aussi qu’il n’est pas une instance toujours fiable. Le surmoi peut être défaillant, et ce de plusieurs façons :

  • culpabilité insuffisante, en ne sonnant pas l’alarme lorsque nous commettons ou nous apprêtons à commettre certains actes anti-éthiques. Ce cas de figure est celui d’une personne qui n’a pas assimilé suffisamment certains principes (ou qui en a assimilé de faux). Le niveau d’exigence de son surmoi est trop faible : par conséquent, elle peut agir de façon anti-éthique sans éprouver de culpabilité.
  • culpabilité excessive, en déclenchant un sentiment paralysant et injustifié du point de vue de l’éthique juste. Le surmoi peut alors générer un sentiment d’impuissance et de déprime pathologique qui peut entraver notre progression spirituelle.
  • inspirations fausses, lorsque le surmoi nous inspire de mauvais choix.

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Intermonde

Par Le comité de rédaction, le , dans la catégorie Conceptothèque

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En bref : Monde spirituel que toute âme rejoint provisoirement après la mort.

Au fondement de la spiritualité naturelle, une croyance : la mort n’est pas une fin, elle est un passage dans une dimension du réel plus subtile, dans un autre monde que B. Elahi qualifie d’ intermonde.

Le concept d’intermonde n’est pas pour l’auteur des Fondements de la spiritualité naturelle une autre manière de désigner l’au-delà et de répondre ainsi au besoin humain de croire en une survie de l’âme après la mort. Traduction du mot arabe barzakh (l’entre-deux où les âmes attendent le jugement dernier), il répond en réalité à une nécessité intrinsèque au système des vies successives.

Les vies successives ont en effet pour finalité le perfectionnement de l’âme. Mais on voit mal comment l’homme, spirituellement inconscient sur Terre, pourrait sortir de cet état si son passage d’une vie à l’autre se faisait de manière instantanée. Il risquerait alors d’emporter avec lui cette inconscience de vie en vie, ce qui rendrait inopérant le système des vies successives. L’intermonde répond donc au besoin d’un lieu intermédiaire, sorte de sas entre deux vies, où l’homme puisse assimiler certaines vérités spirituelles; ces vérités l’accompagneront dans sa nouvelle vie et influenceront sa pensée et son comportement d’une manière qui favorise son perfectionnement.

Mais ce n’est pas tout. L’intermonde facilite également notre perfectionnement spirituel. Il fournit en effet à l’âme un espace où, une fois parvenue à un certain niveau de connaissances, elle pourra se développer dans des conditions plus favorables que sur Terre. Comme le souligne B. Elahi, « rester dans l’intermonde pour y accomplir son perfectionnement est une immense faveur. On y travaille (individuellement ou, plus souvent, en groupe) plus facilement, car on est plus éveillé et plus lucide et en conséquence, on commet moins de fautes » ( La Spiritualité est une science, p. 164). L’intermonde n’est donc pas seulement intermédiaire entre deux vies. Il est aussi un lieu privilégié de progression, intermédiaire entre le monde matériel et la Perfection.

Des deux chapitres consacrés à l’intermonde dans La Spiritualité est une science, on retiendra succinctement les points suivants :

- L’intermonde est une réplique subtile du monde matériel, mais beaucoup plus concrète pour notre âme que ne l’est pour notre corps le monde matériel. Il est comme l’archétype de ce monde, ce dernier n’en étant que le pâle reflet.

- C’est un monde où l’ordre et l’équilibre règnent, où sauf exception  l’âme éprouve un sentiment de légèreté et de joie : « la joie d’être de retour chez soi et de retrouver les siens, et la paix de retrouver une atmosphère accueillante et de respirer un air d’amour et de bienveillance. »

- C’est également un espace où les sensations sont plus vives et plus profondes que sur Terre et où la conscience que l’on a de soi et des autres est plus lucide et plus vraie. Débarrassée du corps, que l’on pourrait à juste titre se représenter comme la combinaison épaisse que le pompier enfile avant d’aller au feu, l’âme n’y a pas seulement des sensations plus aiguisées ; elle y apparaît également telle qu’elle est réellement, l’être et l’apparaître ne faisant désormais plus qu’un.

- Dans ce monde, chacun se rend tel qu’il est et pense lorsqu’il était sur Terre. C’est dire que si nous n’avons pas compris une vérité spirituelle dans ce monde, le seul fait d’aller dans l’intermonde n’y changera rien ; à moins, bien évidemment, que nous y soyons instruit de cette vérité là.

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Ascèse, ascétisme

Par Le comité de rédaction, le , dans la catégorie Conceptothèque

ascetisme

Dans les sociétés où les hommes ont organisé leur vie spirituelle dans des formes ritualisées et organisées, il semble que l’ascétisme ait toujours joué un rôle sous des aspects et à des degrés divers selon les civilisations et les époques.

Étymologiquement le terme d’« ascèse » vient du grec askesis qui signifie tout simplement « exercice ». Il s’appliquait dans la Grèce antique aux exercices et à la discipline que s’imposaient les athlètes. Or c’est bien là le point commun entre les diverses formes de l’ascèse : il s’agit toujours de s’imposer une discipline et d’exercer ainsi sa volonté contre certaines tendances naturelles du corps. C’est ainsi qu’en Inde par exemple, la pratique de l’ascèse englobe à la fois des exercices corporels destinés à maîtriser le corps, des exercices sur le souffle destinés à maîtriser à la fois le corps et l’esprit ainsi que des formes de jeûnes alimentaires et des exercices de méditation.

Les religions (ou même certaines écoles philosophiques de l’Antiquité) prônent d’ailleurs chacune des formes d’ascèse très encadrées telles que le jeûne (alimentaire ou sexuel), les prières rituelles ou les veillées nocturnes. Ces exercices ont pour but de fortifier la volonté du croyant en l’amenant à maîtriser les pulsions les plus basiques du corps (faim, soif, sommeil etc.). Tant qu’elles ne dépassent pas le cadre exotérique qui balise très clairement ces pratiques, l’ascèse reste un exercice de la volonté et une discipline de vie qui garde la mesure et l’équilibre. Mais nombre de mystiques, voulant dépasser les simples prescriptions religieuses, ont érigé l’ascétisme en règle de vie et en ont fait le centre même de leur pratique spirituelle. Aujourd’hui, c’est surtout à ces formes extrêmes de l’ascétisme que l’on songe quand on emploie ce mot ou celui d’ascète qui désigne une « personne qui s’impose, par piété, des exercices de pénitence, des privations, des mortifications ». L’idée de piété est ici essentielle car elle montre que ces pratiques de mortification du corps poursuivent un but moral et spirituel et qu’elles se fondent sur l’idée qu’il faut lutter contre les exigences du corps afin de faire triompher l’esprit. Ainsi, dans l’approche mystique dans les mondes chrétiens et musulmans mais aussi dans le bouddhisme et l’hindouisme, toutes les formes de la mortification du corps (par la privation ou l’agression) qui ont pour but de l’affaiblir afin de donner la primauté à l’esprit sont valorisées de même que le retrait du monde qui est une manière de se couper des tentations inhérentes à la vie en société.

Ce retrait du monde pour vivre dans l’isolement, que ce soit dans le désert ou dans un monastère peut d’ailleurs être considéré comme une mortification psychique qui coupe l’individu de sa dimension sociale. Quoi qu’il en soit, pratiqué dans cet esprit, l’ascétisme est très différent d’un simple exercice de volonté puisqu’il a pour but (comme le mot même de « mortification » le suggère), l’élimination pure et simple de la dimension corporelle et des pulsions qui lui sont attachées ou du moins leur réduction au minimum nécessaire à la survie. Cette réduction du pôle terrestre du soi est supposée connecter l’esprit aux mondes spirituels et susciter des états modifiés de conscience tels que l’extase, les visions, etc. Ainsi, la pratique de l’ascétisme élimine les plaisirs du corps et les remplace par les plaisirs de l’esprit.

Or, pour Ostad Elahi, cet ascétisme qui va de pair avec la « spiritualité classique » ne permet pas de réaliser la perfection pour laquelle l’âme humaine descend sur Terre. D’abord parce que la perfection est équilibre et que les ascèses extrêmes sont un déséquilibre qui, fût-il au profit de l’âme céleste, ne peut qu’être néfaste au perfectionnement harmonieux de l’être humain conçu comme un tout. D’ailleurs, la recherche des plaisirs spirituels n’est guère différente de la recherche des plaisirs matériels dans la mesure où elle n’est qu’une soumission de la volonté au principe de plaisir. Ensuite, selon Ostad Elahi qui a pratiqué ces méthodes pendant toute son enfance et sa jeunesse, les mortifications exercées à l’encontre du corps ne mènent pas à un véritable contrôle du soi. En effet, en affaiblissant le corps, on ne permet pas à la volonté d’en contrôler les pulsions, mais on les endort. Qu’il reprenne un peu de force ou qu’il soit confronté à des tentations qui avaient été artificiellement tenues à distance et il reprendra le dessus. Selon lui, il faut au contraire à l’âme une monture forte mais éduquée qui obéisse aux injonctions de l’âme céleste au nom de l’éthique. De la même façon, la véritable éthique ne peut que s’exercer dans la société et dans la confrontation avec les tentations. De son point de vue, pôle terrestre et pôle céleste sont complémentaires, se nourrissent et se soutiennent l’un l’autre et doivent tous deux être contrôlés par la raison.

Enfin, le corps, comme toutes les autres créatures a des droits et en particulier celui d’être respecté, nourri et délassé dans la limite de ce qui est licite. Lui faire subir des ascèses excessives qui lui nuisent est non seulement inutile spirituellement mais constitue une atteinte aux « droits du corps » et donc une entrave au perfectionnement du soi. Ainsi pour Ostad Elahi, l’ascèse juste est une ascèse non mortifère, qui est, comme pour les philosophes antiques, un exercice de la volonté sur les pulsions, une attitude tempérante mais surtout une distance intérieure de soi à soi. Et cette ascèse là, certes moins spectaculaire en apparence que les « exploits » des mystiques, est aussi d’une plus haute exigence car elle tend à cet équilibre dynamique qui est le propre de la perfection.

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Ça (âme terrestre)

Ça”width=En bref : le ça ou âme terrestre est la part de nous-même qui est à la source de nos pulsions d’ordre matériel. Lorsque ces pulsions conduisent à nuire à autrui ou à notre part céleste, le ça prend le visage du soi impérieux, modalité pulsionnelle anti-éthique et anti-divine s’opposant à notre perfectionnement.

Le ça est le nom donné dans le système freudien à l’instance pulsionnelle à l’origine de toutes nos pulsions, à côté du surmoi – instance morale – et du moi – siège de la volonté et du raisonnement conscient.

Bahram Elahi distingue en outre une seconde instance pulsionnelle, le surça, à la source de nos pulsions vers le spirituel.

Dans ce modèle bipolaire du soi, le ça est dévolu à la régulation physiologique du corps, à l’expression des instincts naturels et aux besoins liés à la conservation du soi (besoins vitaux, reproduction, etc.), et enfin aux besoins de sécurité et d’épanouissement psychologique et matériel. Il produit en nous l’énergie vitale qui nous pousse à explorer et à investir le monde, générant non seulement les pulsions d’auto-conservation, mais encore la « libido » et la « volonté de puissance ». Ces flux pulsionnels puissants sont la manifestation directe de son substrat, qui se caractérise par une tendance à l’égoïsme, à l’avidité, à l’orgueil et par une forte passion pour les attraits terrestres.

Plaçons-nous à présent dans une perspective dynamique et étudions les différentes modalités d’expression du ça.

Le ça est par définition une instance aveugle, qui ne connaît pas de limite. D’autre part, en tant qu’instance pulsionnelle, le ça est gouverné (comme le surça) par le principe de plaisir. On comprend dès lors que s’il n’est pas soumis à un contrôle conscient et vigilant exercé par une raison saine et éduquée (un moi fort), le ça risque tôt ou tard de basculer dans le déséquilibre et, dans sa recherche effrénée du plaisir ou de la satisfaction immédiate, de nuire aux autres ou à notre part céleste. Il peut alors devenir la source de toutes les malfaisances.

Pour cette raison, on distingue deux modes, qui sont aussi deux visages du ça :

- l’un est légitime, utile, et pacifique : c’est le soi ouvrier ;

- l’autre est illégitime, agressif et rebelle : c’est le soi impérieux.

Le soi impérieux n’est donc pas une instance autonome. Il n’a pas non plus une existence substantielle ; il naît plutôt d’un déséquilibre fonctionnel. Ce déséquilibre résulte d’une configuration particulière, qui met en relation :

- un ça hyperactif, fonctionnant de manière automatique, et recherchant en toute chose son plaisir et son intérêt matériel ;

- un moi imparfaitement éduqué et pas toujours capable de maîtriser des désirs trop impérieux, même s’il a au fond de lui-même conscience de leur caractère illégitime ou anti-éthique.

Le soi impérieux est non seulement contraire à l’éthique, mais il est contraire au divin. Il va s’opposer de façon acharnée non seulement à tout projet de construction éthique, mais au-delà, au moindre mouvement qui nous pousse – via le surça – à nous rapprocher de la Source.

Une façon simple de comprendre à quels types de déséquilibre ou de dérèglement peut être sujet le ça, consiste à concevoir l’expression de nos pulsions comme la résultante de l’action d’une ou de plusieurs des facultés suivantes:

- la faculté irascible (qui correspond à la « volonté de puissance ») : en excès, elle explique les pulsions de colère, l’agressivité, la violence ; en défaut, c’est la lâcheté, la peur, la faiblesse de volonté. A l’état d’équilibre, c’est la volonté, le courage, la persévérance, la dignité et la force d’action ;

- la faculté imaginative (qui correspond à la « raison animale ») : en excès, elle produit la ruse, le goût malsain de l’intrigue, certaines obsessions ou angoisses ; en défaut, elle donne la crédulité naïve, le manque de bon sens ; à l’état d’équilibre, elle engendre l’inventivité, la prévoyance, le bon sens, l’intelligence pratique ;

- la faculté concupiscible (qui correspond à la « libido ») : en excès, elle engendre la concupiscence, l’envie, et une attraction addictive vers les plaisirs terrestres ; en défaut, elle provoque la déprime et le repli ; en équilibre, elle donne l’amour, la tendresse, et la retenue.

De ce point de vue, le soi impérieux peut non seulement être le fruit d’un excès pulsionnel du ça, mais aussi bien, dans certains cas, d’une insuffisance ou d’un déficit pulsionnel. Cela peut se vérifier à travers toute une série de traits de caractère (timidité, apathie, retrait, mélancolie, naïveté, etc.) qui apparaissent alors comme une expression possible du soi impérieux.

Au total, le ça est une instance à deux visages. Maintenu en équilibre, il assure le rôle indispensable de moteur pulsionnel orienté vers l’épanouissement de soi dans la vie terrestre, alors qu’à l’état de déséquilibre, il se transforme en une force aveugle et impérieuse, nous conduisant à transgresser sciemment le code éthique et divin, mais aussi à nuire aux autres, tout en nous éloignant de notre perfectionnement.

Tout l’enjeu consiste alors, plutôt que d’ignorer ou d’assécher la source des pulsions d’ordre terrestre (le ça) – au risque de se priver d’un moteur précieux, et de bafouer au passage nos propres droits (ceux liés à notre corps et à notre psychisme) –, d’exercer une maîtrise ferme et consciente sur les différentes facultés du ça, de manière à lui donner les moyens de s’épanouir à travers son meilleur aspect, celui du soi ouvrier.

Cet exercice consistant à lutter contre le soi impérieux va bien au-delà de la simple maîtrise de soi exigée par toute vie sociale. Il nous transforme substantiellement, dans notre être même. Pour cette raison, il se situe au cœur du processus de perfectionnement. Il en est même la condition essentielle, et c’est en ce sens qu’on peut dire que le ça est un agent indispensable à notre perfectionnement spirituel.

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Vertu

Par Le comité de rédaction, le 12 avr. 2008, dans la catégorie Conceptothèque

En bref : trait de caractère en équilibre fonctionnel permanent

La spiritualité a pour but le perfectionnement de l’âme. Mais que signifie pour l’âme de se perfectionner ? D’un point de vue éthique, c’est transformer sa substance de manière à développer en soi toutes les vertus humaines. Une telle transformation ne va pas de soi. Elle suppose qu’on ait développé au préalable une idée juste de ce que sont les vertus et des moyens de les faire rayonner en soi.

Les vertus sont des dispositions ou qualités morales (par opposition aux défauts) qui portent l’homme vers le bien. Mais cette définition, qui ne fait que remplacer le mot « vertu » par celui de « qualité », ne nous dit pas encore ce que sont concrètement les vertus. Pour cela, il nous faut saisir à quoi elles correspondent « organiquement » dans la structure même de l’âme. C’est en ces termes que B. Elahi envisage la question dans Médecine de l’âme.

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Soi impérieux

Par Le comité de rédaction, le 10 fév. 2008, dans la catégorie Conceptothèque

soi imperieux
En bref : dans le modèle du soi présenté par Ostad Elahi, le soi impérieux est dans la psyché la source des pulsions qui nous poussent impérieusement à agir contre les principes éthiques et divins et à enfreindre les droits d’autrui.
Pour bien comprendre cela, faisons appel à une expérience tirée de la vie de tous les jours. Romain raconte :
Je suis chargé de l’accueil du public dans une grande administration. Comme nous manquons d’effectifs, c’est un travail assez pénible et j’ai l’impression d’être harcelé entre le téléphone qui sonne toutes les cinq minutes et les gens qui font la queue pour demander des renseignements. Face à cette situation de stress, je suis souvent tenté de me montrer agressif et désagréable avec les gens qui me posent des questions, surtout quand ils ne comprennent pas ou qu’il faut leur expliquer des choses évidentes. D’un autre côté j’essaie de me contrôler. Je me dis que ces gens ne sont pas responsables du manque d’effectifs dans notre service ; que moi aussi, face à d’autres administrations que je ne connais pas, je ressens une sorte d’angoisse (Ai-je bien le bon papier ? Est-ce que je suis bien au bon guichet ? …) ; Qu’il est donc très naturel pour eux de venir me poser des questions pour se rassurer. Quand je pense à tout ça, j’essaie de prendre sur moi (ce n’est pas toujours facile ! ) Pour surmonter mon énervement et pour leur répondre patiemment et de façon et agréable.
Cette expérience fait état d’une tension entre deux tendances opposées, deux « voix » contraires qui s’affrontent en nous. L’une de ces tendances correspond à la voix de la raison, fondée sur des valeurs d’humanité telles que l’altruisme, ou des principes éthiques comme celui qui veut qu’on agisse envers les autres comme on voudrait qu’ils agissent envers nous-même. C’est cette tendance qui pousse Romain à « prendre sur lui », même si ce n’est pas facile, pour se montrer patient et agréable. Cette première tendance correspond à la manifestation de ce qu’Ostad Elahi appelle l’âme céleste.

L’autre « voix » repérable dans ce récit correspond à une tendance anti-éthique fondée sur l’égoïsme et le désir d’assouvir immédiatement ses pulsions nuisibles (ici, des pulsions d’agressivité) sans tenir aucun compte des principes éthiques et de l’humanité que je dois à mes semblables comme à moi-même. Telle personne me pose une question qui m’énerve : comme je suis dans une position d’impunité qui me permet de réagir comme je l’entends, je laisse aller mon agressivité, sans tenir compte des droits de mon interlocuteur, en tant qu’usager de l’administration publique qui m’emploie, mais aussi simplement en tant qu’être humain. Cette deuxième tendance correspond à ce qu’Ostad Elahi appelle le soi impérieux.

Le soi impérieux se manifeste donc à travers des pulsions nuisibles qui s’opposent systématiquement aux valeurs de l’éthique véritable.

Cette première définition a le mérite d’être simple et de reposer sur une expérience que chacun peut reconnaître en soi, celle du tiraillement intérieur entre deux voix opposées. Elle est pourtant incomplète ; elle ne rend pas compte de la complexité de cette instance essentiellement inconsciente, qui peut prendre les formes les plus variées et les plus subtiles, et qui suppose donc qu’on apprenne à la reconnaître. Ainsi par exemple :

  • toute pulsion n’est pas nécessairement la manifestation du soi impérieux. Le fait que Romain soit agacé ou énervé par une situation objectivement stressante est une réaction naturelle. Ce sentiment, considéré en lui-même, ne relève pas a priori du soi impérieux. Mais s’il le conduit à se montrer désagréable (donc nuisible aux autres) ou à développer une forme d’ingratitude et de pessimisme par rapport à la vie (sentiments nuisibles à sa propre personne), alors on peut dire qu’il a basculé dans le soi impérieux ;
  • inversement, des comportements ou des attitudes en apparence raisonnables, éthiques ou spirituelles peuvent relever en fait du soi impérieux. Ce dernier exerce en effet sur notre psychisme une pression anti-éthique et anti-divine permanente, sans que nous en soyons nécessairement conscients. Il peut arriver que, sous l’influence du soi impérieux, nous accomplissions des actions parfaitement illégitimes, tout en nous persuadant nous-même que nous sommes dans notre bon « droit ».

Sous les manifestations les plus variées et les plus contradictoires, le soi impérieux représente donc toujours une même tendance au sein du soi : la tendance anti-éthique et anti-divine. Sa fonction principale semble donc être de nous empêcher de progresser et de croître spirituellement. Toutefois, il est essentiel de comprendre que même s’il se définit avant tout par son caractère nuisible, le soi impérieux est en réalité indispensable à la maturation de notre âme céleste. En effet, la tension interne à travers laquelle se manifeste le soi impérieux est une nécessité : sans cette résistance, il n’y a ni progrès ni maturation. Ce n’est qu’à travers une lutte active contre la pression anti-éthique et anti-divine du soi impérieux que l’âme céleste peut réaliser son perfectionnement. Le soi impérieux est donc autant un obstacle qu’une condition du développement de soi.

Les caractéristiques du soi impérieux

Le soi impérieux peut être décrit comme :

  1. nuisible envers les autres mais aussi envers soi-même. Le soi impérieux est l’adversaire de l’âme céleste, mon adversaire donc, puisque le Moi est une émanation de l’âme céleste. Non content d’entraver le progression, l’évolution positive de la part céleste, il tend par nature à l’envahir et, si nous ne luttons pas, à la dénaturer et à l’empoisonner entièrement.
  2. Hostile et agressif : le soi impérieux piétine volontiers les autres. Il vise à l’expansion de l’ego, et cherche donc à neutraliser tout ce qui peut y faire obstacle.
  3. Hyperactif et infatigable : le soi impérieux travaille naturellement sans relâche, sans que cela nous demande aucun effort. Obéissant au seul principe de plaisir, il cherche aveuglément à assouvir ses pulsions et continue à le faire tant qu’il n’est pas arrêté et maîtrisé par le Moi.
  4. Rebelle : le soi impérieux résiste viscéralement à toutes les formes de maîtrise par lesquelles on cherche à se défaire de son emprise. Plus fondamentalement, il est rétif et s’oppose systématiquement à tout ce qui contribue à développer et à nourrir notre âme céleste (et donc à affaiblir sa domination sur nous) : l’éthique véritable, la spiritualité, l’attention au divin…
  5. Rusé : s’il ne peut passer en force, le soi impérieux emploie des moyens détournés pour assurer sa domination. Il peut en particulier contaminer notre jugement ou nous faire adopter de faux raisonnements ou encore mimer en nous la voix de notre âme.
  6. Envahisseur : si on ne lutte pas activement contre sa propension à coloniser l’ensemble du soi, il finit par prendre le contrôle des trois autres instances (Moi, Surmoi, Surça). Sa tendance naturelle est de dominer notre psychisme pour nous faire adopter ses valeurs et nous faire penser et agir en fonction de ses intérêts.
  7. Irresponsable : le soi impérieux, dont le mode d’opération est pulsionnel, est une force aveugle et donc irresponsable, qui ne peut répondre de ses actes. Il faut en conclure qu’il n’est pas « mauvais » en soi. C’est au Moi qu’incombe la responsabilité de le repérer, de le maîtriser, d’en prévenir les effets. De ce point de vue il nous est utile, comme les haltères sont utiles à l’athlète qui veut développer sa masse musculaire.
  8. Anti-éthiqueet anti-divin : le soi impérieux est anti-éthique, car il est à l’origine de toutes nos pulsions, de toutes nos émotions, de toutes nos pensées et de toutes nos actions nuisibles, qui tendent à léser les droits d’autrui ou nos propres droits. On médit, c’est lui ; on est impatient, agressif et colérique, c’est lui ; on est jaloux, c’est lui ; on est orgueilleux, on veut frimer et montrer sa supériorité, c’est toujours lui ; on juge ou on méprise les autres, c’est encore lui. Et c’est lui encore, sous un autre mode, quand on est lâche, faible ou incapable de défendre ses droits ; quand on se laisse déprimer (en dehors des cas cliniques qui échappent à la volonté), quand on veut tout laisser tomber, qu’on rumine des pensées pessimistes ou qu’on voit la vie d’un point de vue exclusivement négatif… Le soi impérieux est en outre anti-divin, car il est à la source de toutes les pensées ou actions qui nous poussent à couper notre relation avec la Source (athéisme réel). C’est aussi lui qui nous pousse à nous représenter Dieu et la spiritualité non pas tels qu’ils sont mais de la façon qui nous arrange (fanatisme, dogmatisme, ou au contraire laxisme spirituel).

Ce que le soi impérieux n’est pas

Le soi impérieux n’est pas le corps. Il est une extension ou une complication de l’âme terrestre ou Ça. Lutter contre le soi impérieux ne passe donc pas par la mortification du corps ni par le refus de plaisirs légitimes. Le corps est à respecter et à soigner comme une créature dont la garde nous serait confiée, ni plus, ni moins.

Le soi impérieux n’est pas une substance. Il ne s’agit pas d’une instance à part, d’un germe de mal ou – en se référant à une représentation familière – d’une sorte de petit diable qui aurait en chacun un mode d’existence propre. Le soi impérieux n’est pas une substance, une entité en soi : sa nature est relationnelle. Il est le résultat d’un problème fonctionnel, en l’occurrence d’un dysfonctionnement du Ça, par excès ou défaut. Le soi impérieux apparaît lorsqu’on laisse libre cours à des pulsions susceptibles de nuire aux autres ou à soi-même en introduisant une forme d’excès ou de défaut dans notre relation aux autres ou à nous-même. Sitôt qu’un Moi fort parvient à réguler ces excès du ça, le soi impérieux disparaît, tout comme une maladie fonctionnelle disparaît quand on réussit à résorber le déséquilibre qui est à sa source.

Dans la pratique, il est toutefois utile de parler du soi impérieux comme d’un être à part, au besoin en le personnifiant, en lui attribuant de véritables intentions anti-éthiques ou encore en lui prêtant une « voix » opposée à la voix de la conscience. On peut alors se le représenter comme un adversaire contre lequel il faut lutter et dont il faut déjouer les ruses. Une telle fiction s’avère nécessaire sur le terrain pratique : on ne peut pas se battre contre une abstraction.

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